‹ Le Messianisme chez les JuifsChapitre 20 sur 118 · Esr.IIATOLOGIK COSMIQUF, TKMI'OHKLLK · texte numérisé non relu

Esr.IIATOLOGIK COSMIQUF, TKMI'OHKLLK

Ce système se rattache à son début au livre d'Isaïe, soit dans la description du lionheur des justes il), soit dans celle du châtiment des ennemis de Dieu {i). C'est celui de la première partie d'IIénoch (3j qui ne comprend pas moins de trois tableaux eschatologiques; les traits sont dillercnts, mais le fond est le même; tout se détache sur la perspective du grand jugement qui va rétablir Tordre violé par le péché. Nous voyons dabord ( Vj Dieu descendre de nouveau sur le Sinaï, environné de ses anges, pour perdre les méchants et bénir les justes. Les élus recevront la sagesse et ne pécheront plus; le mal ayant disparu, rien n'abrégera leur vie qui sera longue. Ils posséderont le pays et ne mourront pas de mort violente. Quant aux pécheurs, ils seront punis, sans qu'on voie clairement en quoi consistera cette punition, ni s'ils survivront après la mort. Il est encore plus étrange que l'auteur ne nous dise pas ce qu'il adviendra des justes quand ils arriveront enfin au terme de cette très longue vie. Son regard ne s'étend donc pas dans l'au-delà. Il rêve seulement d'un monde meilleur; il voit l'avenir comme un renouveau de l'Eden, une renaissance de l'innocence primitive. Le jugement assurera le bonheur temporel des justes.

Le second tableau (5 ) découvre le rôle des mauvais anges ; ce sont eux qui ont entraîné les hommes au mal. Michel les a enchaînés pour soixante-dix générations. Au jour du jugement, ils seront mis au feu, pendant que la terre jouira du bonheur dans la justice. Elle produira tout en abondance; les justes auront mille enfants, tous les peuples adoreront le Très-Haut. C'est à peu près la même conception que dans le prologue, en insistant sur les avantages particuliers

(1) /.v. Lxv, 17-25.

(2) y.v. Lxvi, 15-18. 24.

(3) Hén. (Hh., i-xxxvi.

(4) Hén. i-v.

(5) Ilén. vi-xi.

ESCHATOLOGIE SANS MESSIE. 61

d'Israël, la communauté sainte, la plante de justice (1). Le ju'^ement est encore ici le seul passage entre le présent et l'idéal ù venir.

Il domine de la même façon la troisième description '2i qui n'a probablement pas le même auteur. Celui-ci divise tous les temps en deux époques, séparées par le jugement. En attendant ce moment décisif que deviennent les Ames? Chacun savait, de par la tradition antique qu'elles étaient dans le Chéol. Mais qu'y faisaient-elles.' Ce (lui est nouveau ici, c'est la description de ce Chéol, où les rangs sont marqués comme si un premier jugement était déjà prononcé. Hénoch y voit quatre compartiments distincts. A travers l'obscurité du texte on croit distinguer une place spéciale pour Abel et ceux qui ont souffert comme lui, et une région lumineuse avec une fontaine pour les justes; à ces deux compartiments sont opposés deux lieux de souffrances; dans l'un les pécheurs les plus coupables, qui n'en sortiront, au jour du jugement, que pour être châtiés davantage; dans l'autre ceux qui ont péché moins grièvement ou qui ont déjà été punis ici-bas; ces derniers ne quitteront pas leur triste séjour, mais c'est pour eux un moindre mal. Le grand jugement ne fera donc que confirmer une sentence déjà rendue (3). C'est là un point considérable. Mais l'eschatologie de l'auteur n'en est pas plus .spirituelle pour cela. Les justes jouiront d'une vie nouvelle, probablement après une résurrection mentionnée d'une façon au moins implicite. La suite nous montre l'arbre de vie, maintenant relégué au bout du monde, transplanté après le jugement en terre sainte, auprès de la maison de Dieu, roi du siècle. Son odeur donnera aux justes une existence plus longue que celle des anciens patriarches (i). En face des justes, qui sont évidemment installés sur la montagne du Temple, s'ouvre la vallée maudite où les blasphémateurs seront punis pour toujours. L'antithèse est entre les justes et les pécheurs. Le bonheur des justes se déroule sur la terre, à Jérusalem (5), parce que c'est la cité de Dieu, mais sans accentuer le triomphe national. Ce bonheur ne finira pas (d; du moins l'auteur n'a rien prévu

(1) Cette plante de justice (s, 16) n'est pas le Messie ; cf. lxii, 8; lxxxiv, 6; xciii, 2. 5.10, où il est aussi question d'Abraham.

(2) Bén. xii-xxxvi.

(3) C'est donc par une sorte de régression de la doctrine que Lactance a |)u écrire : Xec lamen quisquam putet animos post mortem protinus judicari. Aam omnes in una communique cnslodia detinentur, donec tempus adveniat, quo maximus judex meritorum faciat examen (De div. Inst. lib. VII, c. xxi).

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