‹ Le Messianisme chez les JuifsChapitre 22 sur 118 · II. — rsciiATOi.OGii: cosMinn: iranscknmamk · texte numérisé non relu

II. — rsciiATOi.OGii: cosMinn: iranscknmamk

L'eschatologie qui se développa dans ce sens peut être dite cosmique transcendante. Sans parler du livre de la Sa,i:esse , 1 , (jui sort de notre cadre, elle est contenue dans une partie du livre d'Hénoch qu'on peut bien nommer, d'après l'auteur, le Livre de la Sagesse d'Hénoch : « Écrit compose par Hénoch. Hénoch écrivit donc toute cette doctrine de sagesse » (2)... M. Martin préfère le nommer Livre de re.iliortatioji et de la 7nalédiction ; mais autant vaudrait dire le livre de la malédiction tout court, tant les malédictions l'emportent sur de rares promesses adressées aux justes. Tout se passera dans l'au-delà. Les justes ressusciteront 3i pour jouir de leur bonheur très bien résumé par M. Martin : « Une claire lumière luira pour eux, et ils goûteront des jours nombreux et bons, dans le ciel même dont la porte s'ouvrira devant eux, aussi heureux que les anges de l'armée céleste dont ils partageront le sort. Ils y brilleront conmie les luminaires des cieux, d'un éclat éternel; leurs âmes ne périront pas et leur mémoire ne passera pas devant la face du Grand, dans toutes les générations du monde » (4).

Cette esquisse des joies célestes se détache sur le sombre horizon du châtiment réservé aux impies. Malheur à eux, malheur, et encore malheur ! La passion de l'auteur atteint son paroxysme dans les imprécations dont il les accable. Dieu se réjouit de leur perte (5), et ils seront livrés entre les mains des justes j^our être châtiés à leur bon plaisir i 6 . A certains moments, on dirait que les impies seront anéantis . "j, et même les justes se donneront la satisfaction de leur trancher la tête (8;; mais on voit cependant que leur supplice n'aura pas de fin (9) : « Et votre

(1) Cf. RD., 1907, p. 85-104.

(2) xr.ii, 1. Ce livre comprend de xci à civ ou cv, sauf l'apocalypse des semaines (xciu H xci, 12-17) qui y est insérée. Étant donné cet état de dislocation, il n'est pas téméraire de considérer avec Charles le chap. xcii comme étant originairement avant le chap. xcr.

(3) xci, 10; xcii, 3; C, ô.

(4) Martin, /. /., p. lu. *•

(5) xciv, 10.

(6) xcv, 3.

(7) xcvii, 1.

(8) xcviii, 12.

(9) Ciii, 8 (Trad. Martin;.

04 i/APocAi.Yi'rini i: .Hivi:.

âme 11 outrera dans les tônM)ies et dans les liens et dans une llanime ardente, là où aur.i lifii le iiraiitl cliàtiiuciit, et le gi'and châtiment durera dans toutes les générations du monde; malheur à vous, car vous n'aurez pas de paix ».

C.etto révélati<»n de la justice absolue explique réniginc du temps présent. Comme ranteiii- de la Sagesse, notre voyant console ainsi les justes des maux (pie leur font endurer les méchants. Ce sont les mêmes pidhlémes généraux et les mêmes solutions, avec un accent beaucoup plus religieux dans le livre d(^ la Sagesse, plus de haine et de colère dans celui d'Ilénoch. Celte véritable fureur s'expli(juc probablement par la lutte acharnée des partis ou par une persécution. On a pensé à la situation des Pharisiens, malmenés par Alexandre .lannée (10.'3-70 av. .I.-C.i, et cela est vraisemblable, sans être décisif. La i)ersécution dAntiochus Épiphane a pu provoquer la môme explosion de colère, mais l'ensemble parait plus récent. On peut se rappeler la dureté des exactions romaines. S'il est vraisemblable que les Sadducéens sont visés, il est tout à fait certain que l'auteur en a avant tout à l'idolâtrie et qu'il condamne sans distinction les païens au feu éternel (2) : « Et toutes les idoles des païens et (leur) temple seront livrés au feu ardent. On les chassera de toute la terre et ils seront jetés dans le supplice du feu, et ils seront détruits par la colère et par un supplice terrible, qui sera éternel ».

Cette apocalypse peut donc se placer de 50 avant à 50 après J.-C. Klle a conmie appendice le chapitre cviii (3), muni d'un titre spécial. C'est une eschatologie fort spirituelle, et d'un ton plus modéré, malgré l'opposition très marquée entre les fils de lumière et ceux des ténèbres. Il est presque chrétien d'allure, et s'adresse cependant à ceux qui observeront la Loi dans les derniers temps (4).

Si on ne peut faire remonter ces doctrines plus haut que les Séleucides, elles peuvent descendre plus bas, car elles sont désormais le patrimoine des Juifs. On en trouve un autre échantillon dans le IV livre de la Sibylle, (jue la critique actuelle attribue à un Juif, vers l'an 80 après J.-C. (5j. Lorsque tout le monde aura péri par le feu, quand tout sera réduit en poussière, alors Dieu ressuscitera tous les hommes et procédera au jugement. Les impies seront plongés sous

(1) Il ne semble pas que les mtxhants ressuscitenl.

(2) xci, 9 (;Tra(l. Martini.

(3) Les cliap. cvi et c\ii reviennent à l'histoire de Noé.

(4) cviii, 1.

(5) Alexandre le croyait chrétien, et s'appuyait sur les vers 1C2-172, qui sont peut-être en eflel une interpolation chrétienne. >'est-cc pas le baplôme plutôt que le bain des prosélytes qui est décrit v. 165 ss. ':"

ESCHATOLOGIE SANS MESSIE. 63

terre, dans le Tartare, les gens pieux jouiront du bonheur sur la terre, à la lumière du soleil, car ils seront ressuscites T). La terre n'empêche pas que l'eschatologie soit plutôt transccntlante. L'auteur est assez modéré et admet que ses compatriotes ont été punis pour leurs fautes (2). Il ne distingue pas entre les Juifs et les Gentils, mais entre les bons et les méchants; il est probable que dans sa pensée cela revenait au même; toutefois il faut reconnaître l'élévation morale de cette pièce qui ne respire pas la haine de Rome, quoique très rapprochée de la ruine de Jérusalem (3).

Dans les différentes eschatologies que nous venons de passer en revue, le Messie ne parait pas. Le bonheur futur quelles font espérer ne peut donc guère se nommer messianisme, si ce n'est dans un sens tout à fait large, et même impropre. On comprend très bien que le Messie n'y figure pas, puisque son rôle traditionnel le plus communément admis était limité aux destinées nationales. Les auteurs de ces apocalypses qui ne se préoccupaient que de l'au-delà n'avaient pas plus à en parler que l'auteur de la Sagesse. L'action du Messie pour le salut des âmes était précisément le mystère réservé au Nouveau Testament.

A côté de ces spéculations, et parallèlement, puisqu'on n'en percevait pas le lien, il y avait place pour une eschatologie messianique.

(1) V. 187 s. : ooffot 5' î'jcrîêéoufft, 7rà).iv Ç^crovt' £7:1 yaTav

7rv£y[ji.a 0£où SdvToç Çwrjv 6' afjia -/.al yiptv aÔToîç.

(3) L'auteur connaît la prise de la ville, v. 115-118; l'éruption du Vésuve, v. 130-136, mais croit encore au retour de Néron, v. 119-124, 137-139.

LE MESSIANISMK.

CHAPiTrtE m

ESCHATOLOGIE MESSIANIQUE HISTORIQUE.

Les victoires de Judas Macchabée avaient surexcité à la fois le sentiment rel ,i:i(Mix et le sentiment nntional. Or c'étaient les deux appuis du messianisme ancien. On devait donc s'attendre à voir renaître plus vives les espérances traditionnelles. Elles reparaissent en eflet, mais d'abord sous une forme collective qui ne met pas l'accent sur la personne du Messie. Il s'écoula un assez long- temps avant qu'elle se dégagent nettement de la pénombre où l'avait laissée Daniel. Celui qui lui avait apparu, semblable à un homme, représentait-il seulement le peuple saint ou le chef surnaturel du règne de Dieu? On finit par s'arrêter à la seconde alternative, qui représente bien le sens des passages, mais peut-être d'abord pensa-t-on surtout à l'élite des saints, aux héros des guerres niacchabéennes, aux Assidéens, qui étaient appelés à accomplir l'œuvre messianique. Il était très naturel de leur donner pour chef le Messie, mais où prendre ce Messie? On ne pouvait ni exclure les Asmonéens qui portaient le poids de la guerre et dont Fautorité allait grandissant, ni donner à l'un d'eux ouvertement le titre de Messie, au mépris de la tradition, ni môme l'attendre d'une famille qui n'avait rien de commun avec la race de David. Il restait la ressource de regarder leurs triomphes comme un messianisme commencé, et, pour ne pas se taire complètement sur le Messie, de l'annoncer rapidement ou dans des allégories voilées.

Ces diflerents traits sont ceux du livre des Jubilés, des Testaments des douze patriarches, de l'allégorie des semaines et du livre des songes dans Ilénoch.

Nous citons ici le livre des Jubilés, quoiqu'il ne soit pas proprement une apocalypse. Les traits de ce genre littéraire n'y manquent pas et ce qui regarde l'avenir, révélé à Moïse, a bien ce caractère. Il semble que, d'après l'auteur, qui écrivait probablement sous Jean Hyrcan, le messianisme a déjà commencé. M. Charles a bien noté qu'il suivra une progression de bien en mieux (1).

vlj D'après Ciiai\les, The hooh of Jubilers, xxiii, 26-31.

ESCHATOLOGIE MESSIANIQUE HISTORIQUE. G7

2« Et dans ces jours les eafants commenceront à chercher les lois, et à poursuivre les commandements et à retourner dans les sentiers de la justice. =' Et les jours commenceront à se multiplier et à augmenter parmi ces fils des hommes, de vénération en génération, et de jour en jour, jusqu'à ce que leurs jours approchent de mille ans. et atteignent même un chiffre plus élevé que celui d'auparavant (1). 2» Et il n'y aura pas de vieillards, ni personne qui ne soit satisfait de ses jours, car tous seront comme des enfants et de jeunes hommes. ^9 Et ils achèveront tous leurs jours et vivront en paix et en joie, et il n'y aura ni Satan, ni aucun mauvais destructeur, car tous leurs jours seront des jours de bénédiction et de salut. ^° VA dans ce temps le Seigneur guérira ses serviteurs, et ils se relèveront et verront une grande paix, et repousseront leurs adversaires, et les justes verront et seront reconnaissants et se réjouiront pour toujours et à jamais, et verront (s'accomplir) tous leurs jugements et leurs malédictions sur leurs ennemis. ^' Et leurs os reposeront dans la terre, et leurs esprits auront beaucoup de joie, et ils sauront que c'est le Seigneur qui exécute le jugement et fait grâce à des centaines et à des milliers, et à tous ceux qui Taiment.

Certes on n'accusera pas l'auteur de désespérer de son temps. Il y voit déjà l'aurore d'une époque encore plus fortunée. Au lieu de renvoyer le bonheur après le jugement qui remettra tout dans l'ordre, il le place hardiment en deçà, au cours d'une histoire déjà commencée. Le jour du jugement ne disparait pas complètement de la perspective : il demeure à l'horizon 2), mais simplement comme un événement plus notable de l'histoire, après quoi le messianisme évoluera sans lin 3}. « Et le Seigneur apparaîtra aux yeux de tous, et tous sauront que je suis le Dieu d'Israël et le père de tous les fils de Jacob, roi sur le mont Sion pour toute l'éternité ».

A cette époque, cependant, on ne pouvait faire abstraction complètement de l'au-delà et négliger les âmes des morts. Aussi l'auteur a-t-il soin de nous dire que les esprits des défunts se réjouissent du bonheur des vivants; mais on ne voit pas que les morts ressuscitent pour en jouir. Les méchants, spécialement ceux qui répandent le sang ou s'en nourrissent, les idolâtres, iront au Gliéol, lieu de la damnation dans les ténèbres (4).

Cette ère de bonheur terrestre, dans les conditions actuelles améliorées, peut bien être nommée un messianisme historique; on serait tenté de le qualifier de collectif. Pourtant il fallait un Messie. L'auteur est embarrassé : les promesses faites à l'héritier de David sont formelles, et cependant les Asmonéens sont là. Il s'en tire en maintenant vaguement les assurances données à Juda. C'est un Messie bien atténué qui figure dans la bénédiction transmise par Isaac. Il dit à Juda : « Tu

(1) Au temps des patriarches.

(2) X, 17; xxui, 11.

(3) I, 28; cf. I, 23; L, 5.

(4) vu, 29; xxu, 22.

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seras un prince, et un de tes fils, sur les fils de Jacob. Que ton nom et le nom de tes fils aille et pénètre clKupie pays et chaque région. Alors les Gentils trembleront devant ta face, et toutes les nations seront ébranlées « {D. Mais Lévi, béni le premier, est beaucoup mieux traité : (( Ils (tes fils) seront princes et juges et chefs de toute la race des fils de Jacob: ils proféreront la parole du Seigneur en droiture, et ils prononceront tous ses jugements en droiture. Et ils déclareront mes voies à Jacob et mes sentiers à Isi-ar-l. La bénédiction du Seigneur sera mise dans leur bouche, pour bénir towte la race du bien-aimé » (2). C'est donc en somme Lévi (]ui a la meilleure part, Lévi, c'est-à-dire le sacerdoce, dans la lignée des Asmonéens devenus les chefs d'Israël.

On entend la même note dans les Testatiients des douze patriarches (3), qu'il faut discuter un peu plus longuement, à cause des controverses récentes suscitées par ce livre. On l'a tenu longtemps pour un ouvrage chiéticn; mais, depuis quelques années, l'accord parait s'être fait sur ce point qu'il est d'origine juive, quoique saupoudré d'interpolations chrétiennes sur le nombre desquelles on n'est pas fixé. M. Charles semble avoir démontré solidement que l'original a été écrit en hébreu et, pour le fond, dès le temps de Jean Hyrcan (4) (135 à lOi av. J.-C). Ce l)loc primitif était tout à la louange de Lévi, c'est-à-dire des grands-prêtres Asmonéens. Plus tard, de 70 à 40 av. J.-C, on y joignit des morceaux écrits dans un style tout différent, hostiles au sacerdoce, et dont nous n'avons pas à nous occuper en ce moment (5).

En supposant acquise cette distinction de deux sources juives, il reste encore assez de difficultés, car les interpolations chrétiennes s'étendent partout, et il est à peu près impossible d'en mesurer la portée. Le système adopté par MM. Charles et Bousset (6) consiste à éliminer uniquement ce qui est évidemment d'origine chrétienne, d'une façon claire et pour ainsi dire technique; encore M. Charles regarde-t-il comme juifs des passages qu'on retrouve en substance

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