‹ Le Messianisme chez les JuifsChapitre 48 sur 118 · I.E RABHIMSME. — I.A TKADITION. — SON C.AlîACTKl^F. I · texte numérisé non relu

I.E RABHIMSME. — I.A TKADITION. — SON C.AlîACTKl^F. I

doit quelque chose au droit romain, et quelle législation moderne s'est inspirée du Talmud?

Le droit romain classique mérite cependant un grave reproche : il fait une trop grande part à la fiction. Pour ne sacrifier ni les textes ni la justice, on réglait les cas comme si on élait dans Thypothèse j)révue par la rigueur des vieilles formules. Peu à peu cependant on se décida à légiférer, et le christianisme fit décidément tomber en désuétude un formalisme suranné. Le rabbinisme, lui, poussa la fiction jusqu'aux dernières limites de l'invraisemblable. Lorsque la tradition eut acquis force de loi à côté de la loi écrite (1 i, on lui créa un titre égal, en supposant qu'elle avait été, elle aussi, enseignée par Dieu au Sinaï. Elle faisait, en effet, partie intégrante de la Thora, désormais composée de loi écrite et de tradition orale. C'est ainsi qu'on explique la célèbre phrase qui ouvre le traité des Décisions des Pères : « iMoïse a reçu la Thora du Sinaï, et l'a transmise à Josué, et Josué aux anciens, et les anciens aux prophètes, et les prophètes l'ont transmise aux hommes de la grande synagogue (-2) ».

Les hommes de la grande synagogue n'ont jamais existé que dans l'imagination des rabbins, mais ce terme explique tant bien que mal les origines de leur caste. C'est l'anneau qui les rattache à Moïse et à Dieu, par les prophètes, les anciens et Josué. Leurs explications avaient donc la même autorité que la parole de Dieu. Il pouvait paraître étrange que Dieu eût révélé en même temps sa Loi, et l'exégèse de son texte. Mais on ne reculait pas devant cette suprême fiction : H. Josué ben Lévi concluait de certaines particularités du texte (3) « que la Bible, la Michna, le Talmud [k] et l'Exégèse, même ce que l'élève perspicace ii'j-'.v.zz) enseignera un jour en présence du maître, tout cela a déjà été dit à Moïse sur le mont Sinaï » (5).

On en arrivait même à préférer les traditions orales, et cela en s'appuyant sur un texte (6) ! Cependant, à proprement parler, on ne pouvait concevoir un conflit. Si l'on dit qu'il est plus grave de contredire les paroles des Scribes que celles de la Thora, c'est qu'on suppose qu'une atteinte à la Thora est sans portée (7), tandis que

(1) Nomtnée ordinairement xip'I.

(2) Pirqè. Abôlh, cité ordinairement Abolh : 'J'C^7\^h ."fC'ZI ^'■Z''-C':2 ""^ir '^ZZ "^L'rz

.nr-i- r\c:z ic:nS m^cc D''x'2n □'n''2:S n^zp^ n'ip'"^ yurin'i

(3) Df. IX, 10.

(4) Dans le sens d'enseignement des maîtres.

(5) Traité Péa. Trad. Schwab, t. II, p. 37.

(6) j. Meg. IV, 74' 7"i2''2n "£2*^1'' "jmN « celles qui viennent par la bouche sont plus aimées » d'après Ex. \xxiv, 27.

(7) Sailli. XI, 3 : ri"lin ''■^2"*2 □''""ÎIC ''1Z"i2 '^'2*". Ce passage pouriail imluire en erreur

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les scribes entendent se faire respecter. En réalité, on vient de le voir, Écriture et Tradition ne sont qu'une même autorité; la Tradition, en dépit de ses prétentions à posséder une autorité éi^ale, ayant toujours soin de s'appuyer le plus possible sur l'Écriture.

Ainsi le scribe fait dire à la lettre ce qu'il veut, mais il ne peut rien avancer sans elle ; il en abuse à sa fantaisie, et il en est l'esclave : disposition desprit aussi incompatible avec une exéîi'èse littérale soignée, qu'avec une exégèse religieuse un peu libre, telle que celle des Apôtres et des premiers Pères qui allaient à l'enseignement religieux sans trop s'arrêter aux images qu'ils prenaient résolument pour des symboles. Dans cette voie, qui otfre la solution du problème messianique, le rabbinisme pharisaïque s'est montré de plus en plus récalcitrant; il a fini par se cantonner dans le sens littéral. D'où cette boutade pénétrante d'un allégoriste exagéré, que Pharisien ou coupé voulait dire ceux qui ont séparé et rejeté le sens spirituel des prophètes, ne gardant que le sens historique matériel (1). Si l'étymologie allégorique n'est qu'amusante, il est très vrai de dire que le sens historique des prophètes était comme animé par le sens spirituel ou religieux. L'acharnement des rabbins à exiger l'accomplissement de tous les détails descriptifs de la période messianique est précisément ce qui distingue le plus leur méthode de celle des Apôtres.

Encore est-il que la fiction dont nous venons de parler est une fiction légale, imputable au système plutôt qu'aux personnes.

On a fait aux maîtres un reproche plus grave : celui d'une dissimulation délibérée, et on l'appuie sur une de^ leurs locutions assez courantes : « pour le bien de la paix (2) ». On lit par exemple dans la Michna : « Pour la môme raison de bonne entente, on n'empêchera pas les pauvres païens de prendre part au g-lanage ou de ramasser des épis oubliés, ou de cueillir ceux do l'angle des champs (3) ». Cette bienveillance est assez équivoque.

Est-ce donc simplement par crainte de représailles ou de mauvais traitements ffu'on édicté un principe si élémentaire de charité? Le

si on ne le lisait dans le contexte : « Ainsi, lorsque l'aneien enseigne ce qui est contraire à la parole du Pentalcuque, s'il dit par cicemple qu'il ne faut pas metlrc des phylactères, il n'est pas rondamné à mort, car tout le monde connaît cette loi de la Bible (Dr.iilér. vi, 8), et l'ancien ne |ieut tromper personne. Mais s'il enseigne ce qui est contraire seulement à la tradition lixée par les docteurs, comme d'avoir 5 cases dans les pinlactèrcs (au lieu de 4), il est condamné, » (Trad. Schwab, t. XI, p. 68).

(1; OnK;i';NE, in Mallli. xmii, 29 : rfclc l'hnrisaei sunt appelloii, kl est praecisi, r/ui spiritualia prnpiietanim n rorpornli liixtnria praecidervnl.

'3; Gnillin, \, 9. Trad. Schwab, I. IX. p. :{I.

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