XII
(6) Éditions 1) de Ryle et James, 2) de Gebhardt; voir plus loin, p. 230.
(7) Contre M. BoeniiER, Zum Verstundniss..., p. 463.
i:iO LK MESSlANISMi: ir'Al'HKS l.i: IMI AIIIS AISMK HAnniMQUE.
Et maintenant voyez, giMiids de In terre, le jugement du Seigneur, car c'est un grand rui. et juste. (|ui drcide de tout sous le ciel (1).
Le juiicment de Dieu sur l'ennemi des Juifs est un fait accompli : le l'oi du ciel a rendu la justice, comme c'est son oflicc de tous les jours.
Le psalmistc dit ailleurs (2) :
Ceux qui craignent le Seigneur se réjouissent dans la prospérité, et ta bonté [se répand] sur Israël, sous ton règne. Bénie soit la gloire du Seigneur, car il est notre roi.
On voit reparaître ici l'ancienne manière : Dieu est le roi d'Israël ; mais elle se concilie fort bien avec la monarchie universelle de Dieu, et, à vrai dire, il ne s'agit que des Israélites qui craignent Dieu. Le sentiment nationaliste est épuré par la foi religieuse. Le texte grec suggère l'idée d'un royaume, mais il est plus probable qu'il faut entendre ici 3^7'.As{a du pouvoir royal (3).
Pour voir un sens eschatologique dans ce passage, il faut l'y mettre, comme l'ont fait certains auteurs (4). Le dernier verset montre clairement que Dieu était déj;\ le roi de cet Israël.
Le psaume xvii, sur lequel nous devrons revenir, a une importance capitale, non seulement pour le tableau du règne du Messie, mais aussi pour la coïncidence de son règne avec le règne de Dieu. Tout le psaume étant eschatologique, dans le sens du messianisme historique, on a pensé que cette nuance s'étendait aussi au règne de Dieu. Or, l'auteur a précisément marqué que le règne du Messie n'est qu'un épisode de ce règne général, aussi fortement qu'il pouvait le faire, en l'encadrant dans l'affirmation solennelle du règne éternel de Dieu. Le dernier vers est presque identique au premier :
Le Seigneur, lui-même, est notre roi. pour les siècles et à jamais (5). De plus, un des caractères du Messie c'est que « le Seigneur est son
(2) V, 21 : £Ùçp(xvOr,<jav ol çogoûiJ.îvoi Kupiov èv àyaGoï;, xal Tj xpr;aT0Tri; (70u èttI 'lapariX év TTi paat/.eîa aou. 22 IvJXoyriixÉvTi r, ôô^a Kupiou on aOxô; Pa<Ti),£Ù; v;[jlù)v.
(3; M.M. Uyle cl Jaines notent que èv ty) pacriXeia ao-j a pciîl-ètre été employé par le traducteur dans U: sens de èv tm paaiXeùiaî ae « sous Ion règne ». Le ro\aunie comme territoire ne Si; dit jamais de Dieu dans l'A. T. ni dans le rabbinisme. Gebhaidl a montre qu'on ne peut supprimer èv.
fi; Par excm|)le en changeant, contre l'aulorilo des inss., eO^pâvOriiTav en cO?pav6£iV,(rav (Frilzscbc;, ou en insérant kummr, « qu il vienne », — comme dans la traduction des Apocryphes de Kautzsch — où nous avons mis « se répand », au luéscnl, selon le sens de tout le psaume.
'^5) xvn, 51.
roi » (l).Le règne temporel est donc subordonné an règne éternel, le Messie à Dieu. D'ailleurs il était impossible de méconnaître que les temps messianiques seraient comme un développement du règne de Dieu, par le double exercice de sa miséricorde en faveur d'Isra«^l et de sa justice envers les Gentils (2).
A jamais Dieu secourra Israël et jugera les nations, comme il l'a déjà fait; il n'y a pas d'allusion ici à un jugement catastrophique spécial. Tout ce qu'on peut dire, c'est que le règne de Dieu s'exercera davantage par l'intermédiaire du règne du Messie.
En passant aux traditions des maîtres tannaïtes, nous retrouvons les mêmes idées, mais enveloppées de termes qui leur sont propres.
« Le règne des cieux », ou simplement « le règne », est une expression fréquente dans les écrits des rabbins. Son sens a été très bien expliqué par M. Dalman {d). Le terme de « cieux » ou de « ciel », puisque l'hébreu ne possède pas de singulier, est simplement synonyme de « Dieu ». C'est une de ces expressions moins augustes qu'on aimait à employer pour ne pas prononcer trop souvent le nom de Dieu (V). Quant au mot de malkouth, encore qu'il figure en araméen dans le sens de royaume, pour marquer le territoire assujetti à la puissance d'un monarque (5), M. Dalman nous assure, — et ce point ne semble pas avoir été contesté, — que dans la locution en question il signihe toujours chez les rabbins le règne et non le royaume. Il s'agit donc toujours du pouvoir royal de Dieu, de la domination qu'il exerce, et, comme ce pouvoir s'étend partout, on a évité de le limiter en désignant par exemple le ciel comme le royaume de Dieu, à l'exclusion de la terre. Si certains textes distinguent le règne du ciel et celui de la terre, ce n'est pas pour opposer un territoire à un autre, c'est pour comparer le mode de gouvernement du souverain du ciel à celui des rois de la terre (6).
Le droit de Dieu à commander est dès maintenant absolu. L'homme doit le reconnaître et ensuite se soumettre à ses ordres. Envisagée de cette façon, la notion du règne de Dieu n'a rien d'eschatologique. C'est un joug que tout homme doit porter, et le Juif l'accepte chaque
(1) XTii, 38.
(2) Voir le texte plus bas, p. 2-30 ss.
(3) Die Worte Jesu, p. "3-83.
(4) Aussi dit-on □V2»^r sans article, et non □"2^"."!.
(5) Cf. Dalman lui-même dans son dictionnaire araméen, cl le Targ. d'Onq. Cen. xx, 9; XXV, 23.
(6) En particulier b. Ber. 58% où il est fait allusion à la façon dont Dieu se présente, I Reg. XIX, 11. De même l'expression de Siméon b. Lakich, u*y2X3 m^Sa et yiSM nljb'Z (Dalhan, /. /., p. 75).
i:\2 l.i: MESSIAMSMI- h AI'KKS I.K IMIAUISAISME RABBINIQUE.
jour en récitant le C/irnif/, la confession du Dieu unique, .losué fils de Qarkha (vers 150 ap. J.-C.) demandait : Pourquoi récite-t-on dans le Chema le passage du Deutéronome vi, V-9, avant xi, i;i-21?Et il répondait : C'est atîn de se soumettre d'abord au joug du règne du ciel, et ensuite A celui des commandements (1). On ne peut donc songer à renvoyer ce règne à pins tard, ni s'y soustraire un seul instant. Quelques-uns des disciples de (iamaliel II (vers 110 ap. J.-C.) s'étonnaient qu'il eût récité le Chema la nuit de ses noces. « Je ne puis, répondit-il, me dispenser du joug du royaume du ciel même pour une heure » (-2). Le terme dont se sert ici Gamaliel II insinue que celui qui ne reconnaît pas le règne de Dieu le rend pour ainsi dire inutile, et, en quelque sorte, le détruit. Au contraire celui qui accepte ce joug fait régner Dieu; Dieu , jusqu'alors roi du ciel, est devenu aussi roi de la terre par l'adhésion d'Abraham (3). L'élection d'Israël avait précisément pour but d'établir parmi les hommes le règne de Dieu.
L'obéissance des hommes et leur fidélité ont donc pour résultat d'étendre et d'affirmer le règne de Dieu. Son droit, toujours le même, dépend en quelque manière des hommes quant à son exercice. Il en résulte que le règne de Dieu est éminemment moral. C'est, en effet, pour obéir à Dieu qu'on doit pratiquer la vertu. Éléazar ben Azaria, un moment président de l'école de labné, vers l'an 100 ap. J.-C, a donné à ce principe une forme originale et sans doute un peu exagérée : « On ne doit pas dire : Je n'ai aucun désir de porter des habits de tissus mélangés, ni de manger de la viande de porc, ni de contracter un mariage prohibé, je m'en abstiens donc. Mais qu'on dise : J'en aurais bien le désir (i), mais que dois-je faire après que mon Père dans le ciel m'a défendu tout cela? Car il est écrit (Lév. xx, 2Gj : je vous ai séparés des peuples, afin que vous m'apparteniez ; qui se tient éloigné du péché doit en même temps reconnaître le règne du ciel (5) ! »
C'est toujours le même terme, reconnaître, accepter, prendre sur
(1) b. Ber. 13».
(2) Mic/ina, Ber. ii, 5 : pnx nyu? iS'iSN DlD^y m^Sa hvj '':nG S"C2S.
(3) Texte du Sifré (Dt. 113, éd. Fr. 13i') cité par Dalman (/. /., p. 79) : « Avant que noire père Abraham vint au monde, Dieu nétail roi (jue sur le ciel; mais quand Abraham vint, il le fit roi sur le ciel cl la terre ». C'est la doctrine que nous avons constatée dans le livre des Jubilés (xir, lî>).
(i) Ce désir ne serait pas coupable, car il s'a^il, par hypothèse, de choses défendues par la loi cérémonielle et qui ne sont pas contre le droit naturel.
(5) Baguer, Vir Aijfidn dcr Tannaiten, I-', p. 219 s. d'après Sifrà, h. 1. ('JS'') : Ni*'2;3
soi, ce qui suppose toujours, même lorsque le mot « joug- » n'est pas exprimé, qu'on s'engage librement à pratiquer la loi de Dieu.
Or on savait qu'il viendrait un temps où Dieu serait reconnu de tous les hommes. Il fallait donc admettre qu'à la suite d'une intervention spéciale de Dieu, ce règ^nc serait tellement agrandi que ce serait pour ainsi dire l'inauguration du règne de Dieu.
Le règne de Dieu, présent en soi, se transportait ainsi dans les perspectives de l'avenir. Ce qui n'était qu'un développement pouvait revêtir l'apparence d'une institution future spéciale.
Ce nouveau concept se trouvait dans l'A. T., en même temps que l'autre, et les rabbins ne pouvaient l'oublier. Aussi en trouvc-t-on l'expression dans la onzième demande du Chemonr-esrê (1) : « Règne sur nous, lahvé, toi seul! » Où l'on voit que la nouveauté de ce règne sera précisément qu'Israël n'aura pas d'autre roi que son Dieu, et que ce même Dieu sera le roi du monde entier dans les siècles des siècles. R. Josué b. Khanania (vers 100 ap. J.-C.) qui exprime très fortement cette pensée l'entendait certainement des temps messianiques (2).
Ce n'est pas d'ailleurs une "raison pour transporter le règne de Dieu dans le monde à venir. M. Dalman, s'il a un peu trop restreint le sens messianique de l'expression, a du moins parfaitement raison de prétendre que le règne de Dieu appartient au monde présent. Il s'agissait seulement de le restaurer et de l'améliorer, comme le demande la prière 'Alênou, attribuée à Rab, le plus grand maître des Amoras, et par conséquent composée en Babylonie vers 240 ap. J.-C.
En voici le texte; il montre plus clairement qu'une discussion la fusion du présent et de l'avenir dans l'idée du règne de Dieu.
C'est à nous ,'3j de gloriûer le Seigneur de tout,
de magniûer celui qui a créé au commencement.
Car il ne nous a point faits comme les nations des régions,
et il ne nous a pas assimilés à toutes les tribus de la terre.
Car il n'a point fait notre part comme la leur,
ni notre sort comme [celui de] leur tourbe.
Car ils adorent la vanité et le néant,
et ils prient qui ne peut les aider.
Nous nous prosternons devant le roi des rois des rois [le Saint, béni soit-il](4),
car il a étendu le ciel et fondé la terre.
(1) D'après la recensioa palestiaienne; voir aux appendices notre texte IV.
(2) Bâcher, Die Agnda dc.r Tannailea, 1-, p. 138 ss.
(3) Traduit d'après le texte hébreu de Dalman, l. L, p. 307, dans nos appendices, texte V.
(4) Mots interpolés d'après Dalman.
lai 1,1: MKSSlAMSMi: D.VIMJKS I.K l'IlAUISAISMI-] MAI3B1.M0UE.
Il fiiit habiter sa splendeur au ciel en haut,
et la manifestation de sa force dans le sublime des hauteurs.
C'est notre Dieu et il n'y en a pas d'autre.
la conlianre de nos rois, et il n'\ en a pas en dehors de lui.
Aussi nous espérons en toi. la. notre Dieu,
pour voir promptement la uiagnilîcence de ta force;
Pour faire disparaître les idoles de la terre,
et les faux dieux seront complètement détruits:
Pour restaurer le monde par le rè^n»^ du Tout-Puissant '1),
et tous les enfants des hommes invoi|ueront ton nom;
Pour ramener à toi tous les méchants de la terre,
tous les habitants du monde reconnaîtront et sauront.
Car tout irenou se courbera devant toi,
toute langue jurera par toi.
Ils se courberont et tomberont devant toi. la, notre Dieu,
et rendront honneur à la gloire de Ion grand nom.
Et ils recevront sur eux le joug de ton règne ^2>
et tu régneras siu* eux à jamais et toujours.
Car c'est à toi qu'appartient le règne,
et tu régneras dans la gloire pendant les siècles des siècles.
Le règne de Dieu est actuel : Dieu est le Roi des rois des rois. Il le sera plus encore au moment où les idoles disparaîtront et où tout genou se courbera devant lahvé. Les Gentils feront alors ce que les Juifs font aujourd'hui, ils accepteront le joug du règne. Il était impossible de mieux marquer la continuité du régime, et en môme temps la gloire des temps nouveaux. Dans ces mêmes milieux oîi Ton croyait fermement que le règne de Dieu datait de la création, on faisait une prière analogue à celle du Pater : Que votre règne arrive I Ce règne nouveau était sans doute transcendant, et par sa nature, et à cause de l'intervention de Dieu qui devait l'établir, mais il n'apparaît pas tout fondé dans une sphère distincte, survenant sur la terre comme un décor en remplace un autre, ou substituant le moude céleste au monde sublunairc.
Chose étrange! nous sommes tentés de conclure à cette apparition merveilleuse parce que nous interprétons d'une façon trop littérale des textes qui étaient précisément conçus pour atténuer l'impression qu'aurait pu causer la lecture des prophètes.
Les prophètes ne faisaient pas difficulté d'annoncer la venue de Dieu pour inaugurer son règne. A les prendre strictement, on eût pu songer à un règne entièrement nouveau. Cette idée n'était guère conciliable avec celle qui avait prév;ilu du règne éternel de Dieu,
(2) -,m:bî2 hrj DmSy iS^pii.
1,1-: RKCNE DE DIEU. i;):j
fondé sur son droit de Créateur. Les Targums eurent donc soin de remplacer l'inauguration d'un règne nouveau par la manifestation du règne immuable, et c'est justement ce terme de « manifestation » qui a été pris par certains exégètes comme l'indice d'un avènement instantané et fulgurant !
C'est ainsi que le ïargum des prophètes remplace assez souvent la présence de Dieu, ou l'annonce qu'il régnera, par la simple reconnaissance du règne de Dieu. Quand Isaïe disait, à propos du retour de la captivité : « voici votre Dieu », le Targum traduisait : « le règne de votre Dieu sera manifesté » ou reconnu (1). « Ton Dieu règne (2) », dans la même circonstance, devient : « le règne de ton Dieu est manifesté ». Michée disait aussi de la montagne de Sion : « lahvé régnera sur eux (3) »; Targum : « le règne de la sera manifesté ».
Isaïe (4) exprime par la descente de lahvé le secours divin dans une circonstance contemporaine; c'est encore, dans le Targum, la manifestation de son règne. A plus forte raison en est-il ainsi lorsque l'horizon s'étend à des perspectives indéfinies, comme dans Abdias (5) : « le règne appartiendra à lahvé », traduit : « le règne de lahvé sera établi pour toujours », ou dans Zacharie (6) : « et lahvé sera roi sur toute la terre », traduit : « le règne de lahvé sera reconnu de tous les habitants de la terre ».
Dans le midrach du Cantique (7), le règne de Dieu succède aux autres règnes, et coïncide, semble-t-il, avec la rédemption d'Israël : « le temps est venu pour Israël d'être délivré; le temps est venu pour les non-circoncis d'être coupés, le temps est venu pour le royaume des Cuthéens — entendez des Romains — d'être aboli; le temps est venu pour le règne du ciel d'être manifesté (8) ».
On ne peut donc pas douter que le règne de Dieu ou de lahvé, comme dit le Targum, ou le règne du ciel, comme préfèrent les rabbins, ne soit employé des temps messianiques, pourvu qu'on constate bien que la nouveauté consistera surtout à reconnaître le fait existant du règne de Dieu. Le terme de « révélation » ou de « manifestation » est ici trop fort. A plus forte raison ne faut-il pas traduire : le règne
(1) is. XL, 9 : cz^nbx r\::]; targ. : pinSxi xm-Sr r^'^^inv
(2) is. LU, 7 : yrha -jSr:; targ. : -j\-iSn-t xm^Sa niS;rN.
(3) Mich. IV, : 7 : nlHl -|S'2l ; targ. : 1117 Nniz'^^ lS:nm.
(4) is. XXXI, 4 : r^^n"^ -11 p; targ. : 111T xm^'^G ''S:nn "5:.
(5) Abdias, vers. 21 : HDiSan HiniS nn\"ii; targ. : aS^S Dip ''''''T xm^So \im.
(6) zach. xiv, 9 : -j'^)2S mni :\^T\^\ targ. : m- xm^'^^a "iSinm.
(7) Sur II, 2.
(8) Dans Lévy {Birt.), s. v. nl-Sc
k;g i.k messianisme d'après i.i: i'iiaiusaisme rabrinique.
de Dieu fera son apparition, comme sil existait déjà, tout prêt à entrer en scène, ainsi qu'un monde nouveau qui succéderait à un monde vieilli. Le verbe qu'on traduit en latin revolarc signifie seulement que le règne sera reconnu, accepté. C'est une tournure du Targum pour éviter de mettre Dieu en acte trop directement : au lieu de dire qu'il viendra, on dit (ju'il sera vu, ou reconnu (1). Au lieu d'insister sur la création d'une (]uantilé nouvelle, l'expression, bien comprise, marque plutôt que tout le changement est dans l'esprit des hommes désormais mieux éclairés. Tout cela est parfaitement cohérent, et même clair.
L'expression u le règne de Dieu sera dévoilé, ou apparaîtra », a pu prendre un autre sens, surtout en grec, ou dans un contexte apocalyptique; mais la preuve de cet autre sens sera toujours à faire; d'une façon normale le règne de Dieu, présent ou futur, et à la fois présent et futur, a un principe transcendant, et son exercice sur la terre résultera d'hommages librement rendus.
Comme on a pu le constater par les exemples tirés de FA. T., ou des Jubilés, ou des psaumes de Salomon, il n'y a rien là de bien nouveau. Les docteurs n'ont pas changé leur concept du règne de Dieu sous l'impulsion de telles ou telles circonstances, par exemple de leurs désillusions messianiques après Bar-Kokébas. C'est bien le concept qui devait être répandu en Palestine au temps de Jésus. Lors môme que le messianisme était le plus nettement regardé comme un règne, il était expressément rattaché au règne de Dieu.
Le règne de Dieu, ayant son point de départ au ciel, devait y avoir son terme. La plus simple réflexion suggérait que Dieu était surtout maître chez lui. Si donc il y avait un monde à venir, séjour des bienheureux auprès de Dieu, il devait, par excellence, être placé sous le règne de Dieu.
Le livre de la Sagesse avait fait une place à cette expression (2).
La littérature rabbinique y est arrivée elle aussi, mais, semble-t-il, très tard. Si c'est bien au monde de l'au-delà que font allusion les prières citées par M. Dalman, toujours est-il qu'elles ne remontent pas à une haute antiquité (3).
Peut-être est-ce parce que l'idée de roi était, par son origine, une
(lj/5. XL, 10;cf. /5. xxxiii, ai.oiimnl "iI'ïn est rendu ll- xmiZi tSinnel /s. xxxiii. lu « maintenant je me lèverai » devient « alors je me manifesterai ».
(2; Cf. /?/?., 1907, p. 102 ss.
(3) <( Le rèsne appartient à lahvé dans ce monde et dans le monde à venir «dans Mahzor Vitry, 343 = (Dai.iian, /. L, p. 8>). Le monde à venir peut être le temps messianique :
idée politique et nationale; appliquée à Dieu, elle était nécessairement un symbole, mais un symbole très lié aux institutions de la terre. Peut-être est-ce simplement parce que le judaïsme s'en est tenu à la notion du canon hébreu qui ne parlait que du règne de Dieu ici-bas.
Quoi qu'il en soit, le règne de Dieu est une des principales préoccupations du judaïsme, dès le temps des tannaïtes, et .sans doute beaucoup auparavant.
On prêtait même à R. lokhanan, le plus illustre des amoras de Palestine qui avaient été disciples de leliouda le Saint, cette parole : « toute bénédiction où ne figure pas le règne, n'est pas une bénédiction (1) ». Le sens est que toute bénédiction doit glorifier Dieu comme roi. (»n en vint à forger un nom barbare, malkiijôth (2), pour désigner certains versets de l'Écriture où il était question du règne de Dieu. Ces versets au nombre de dix, quatre de la Torah, trois des Hagiograplies et trois des Prophètes, se disaient après la prière du jour de Tan dite 'Alênou, que nous avons reproduite en entier (3 . D'après Dalman, ces malkiyôth sont même antérieures à la prière, et datent du commencement du second siècle (4). Elles s'appliquent au règne éternel et permanent de Dieu (5 , dont on souhaitait le plein épanouissement sur la terre.
(1) b.Ber.Xl': ,1312 |-i:\^ T\^zh^ n2 ]\Vï: 'Z^ZL hz.
(2) m^^Sa.
(3) Roch-ha Chana, b. 32' ; j. trad. Schwab, t. IV, p. 88 : « Comme le verset Je suis l'Éternel votre Dieu {Xomb}-es, x, 10) est rapproché de celui qui prescrit de célébrer le nouvel an, on y voit une allusion au devoir de réciter les versets qui proclament la royauté divine ».
(4) L. t., p. 307, note 11.
(5) Ce sonl, d'après les livres de prières juifs : Ex. xv, 18; Num. xxiii, 21 ; Dt. xxxiii, 5;
Ps. XXII, 29; xciii, 1; xxiv, 7. 10; Is. xliv, 6; Abd. V. 21; Zach. XIV, 9; cf. Boeiimer, Die Studierstube, septembre 1905, p. 536).
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