‹ Le Messianisme chez les JuifsChapitre 52 sur 118 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

IGO l.K MKSSIAMSMi: l»AI'Ui;S l.i: l'IlAlilSAISMK UAlUilMQUE.

A tout preiulrc, la perdition des pécheurs n'est donc pas la destruction absolue : ils sont roléfiués loin de Dieu, oublies, perdus sans ressource.

Ce (jni importe le })lus à uotie sujet, c'est le sort des justes. Les textes que nous avons parcourus s'expliquent si clairement d'une vie de Tau-dclù, toute eu Dieu, (pi'elle n'a vraiment aucune relatioa directe avec le messianisme terrestre décrit par l'auteur aux psaumes wii et xviii. On pourrait cependant objecter que le bonheur des justes ne commence pas après la mort; il dépend d'un jugement général prononcé sur tous. Ne doit-on pas supposer que ce jugement précède lépoque messianique? Tout pourrait s'accorder; les justes ressusciteraient pour prendre [)art au bonheur des autres.

Il n'v a qu'une difficulté, mais elle est capitale : tel n'est pas le point de vue de l'auteur. En parlant du bonheur des justes, auprès de Dieu, dans sa bienveillance, dans sa lumière, il n'a fait aucune allusion à la félicité messianique. Au contraire, lorsqu'il traite de ce temps, il dit deux fois avec emphase : « Heureux ceux qui vivront dans ce temps (1) ! » Le règne terrestre du Messie sera la joie de ceux qui vivront alors sur la terre de leur vie naturelle, non des autres.

La pensée de l'auteur était donc que le grand jugement suivait, non qu'il précédait la période messianique. Cela était d'ailleurs parfaitement naturel, puisque ce jugement ne pouvait avoir lieu qu'une fois, et que ceux qui devaient vivre au temps messianique, pour saints qu'ils fussent — et tous les Gentils ne l'étaient pas, — ne pouvaient être exempts de cette sanction suprême.

La seule difficulté qui demeure, c'est que les mêmes expressions de durée indéfinie s'appliquaient au salut d'Israël. C'était la part de survivance des anciens tableaux de l'avenir. Quand on traitait du salut personnel des justes, on l'envisageait sous l'aspect du mérite et du démérite, de la vie près de Dieu ou de la perte éternelle. Quand on reproduisait l'espérance traditionnelle, on lui assignait des perspectives indéfinies :

Le salut du Seigneur à jamais sur Israël son serviteur,

et (lue les pécheurs disparaissent d'une seule fois devant la face du Seigneur,

et que les saints du Seigneur aient en iiéritage ses promesses (2).

Israël, comme nation, entrait dans sa vie nouvelle, à jamais, par l'accomplissement des promesses (jui sont les promesses anciennes du

(1) Ps. x\n, 50 cl WMI, 7 : (j.x/.âpioi ol y'vôjxzvo'. èv xotï; :?;|j:ipat; ^/tsivai; toeïv Ta àyaôà y.upio'j, et TtoiriiE'. yEVEà Tr) £p/o(x£vr,. Ce dernier jiassaijc esl c'aiaclérisli(|ue : licureusos les gf-néralions de l'avenir!

(2; l's. XM, 7. 8.

t.A VIE FLTL'IŒ. },;i

salut du peuple. Chacun ne pouvait entrer dans la vie ([irau moment du jugement, La difliculté de concilier ces deux idées a longtemps pesé, môme sur la théologie catholique (1); elle découle de l'origine distincte et de la valeur propre des deux concepts. Ce n'est pas une raison pour supposer que les psaumes de Saloraon appartiennent ;\ des auteurs dillerents, ni pour confondre des idées distinctes en les expliquant, ou plutôt en les dénaturant Tune par l'autre. Il faut les noter telles quelles et aussi la difficulté de les ramener à l'unité.

Les psaumes de Salomon croient donc à une vie éternelle, que les justes méritent par leurs bonnes œuvres; ils croient aussi au règne du Messie, mais ils n'ont noué aucun rapport ni entre ces deux existences, ni entre l'action du Messie et le mérite des justes. En d'autres termes, d'après eux, la vie future, précédée de la résurrection, appartient au domaine de l'eschatologie définitive, non du messianisme.

C'est précisément la manière de voir du quatrième livre d'Esdras que nous rappelons ici pour montrer combien il coïncide avec la doctrine pharisaïque. Après la mort du Christ, le monde ou le siècle reviendra pendant sept jours au silence primitif.

Et après sept jours, le siècle qui n'est pas encore éveillé surgira, et celui qui est corrompu mourra (2).

Puis vient la résurrection, la géhenne et le paradis apparaissent. Dieu jug-e, et c'est le commencement du siècle futur (3 . Le jour du jugement est précisément placé entre ce temps-ci et le temps immortel, c'est-à-dire entre le monde présent et le monde à venir f4).

Dieu promet à Esdras le paradis et le siècle futur; il ne lui parle pas d'assister aux temps messianiques (5).

L'apocalypse de Baruch est encore beaucoup plus formelle. Le monde présent est constamment le monde du mérite; le monde futur €st le monde de la récompense. Reprenant l'idée du trésor amassé auprès de Dieu, l'auteur nous montre les justes quittant ce monde sans crainte parce qu'ils espèrent recevoir le monde qu'il leur a promis (6).

(1) Oq a soutenu jusqu'au temps de Jean XXII que la vision béatilîque ne commençait tju'aprcs la résurrection.

(2) IV Exd. Yii, 31.

(3) VII, 47 : El nunc video qitoniam ad paucos perlinebit futurum sxculum iocundiiatem facere, mullis autem tormenta.

(4) VII, 113 : Dies nutem iudicii erit finis temporis huius [et initium] futuri immortalis temporis, in quo perlransivil corruptela...

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