I.A vu: FLTLRK
Cet auteur emploie 'olàm dans le sens de monde (1), mais encore bien près de sa valeur primitive, mettant en parallélisme les rois anciens et les dominateurs du siècle passé r2), ou du monde ancien. Et la Sagesse emploie auôv dans le sens de monde (3;.
Le monde qui vient, par opposition à ce monde-ci (i), est donc le monde à venir. Lequel? les temps messianiques ou le monde de laiidelà?
La question ne peut être résolue que par Texamen des te.vtes.
11 est très souvent question du monde à venir dans les sentences des tannas. Ce terme s'applique à une conception suffisamment claire; et si elle demeure dans une certaine obscurité, inhérente au sujet, du moins est-elle ordinairement distincte du concept des temps messianiques.
Il est facile de s'en convaincre en parcourant ces dires. Les oppositions sont réelles et marquées. Le monde à venir est le monde de la rétribution individuelle, tandis que les temps messianiques sont la délivrance et le triomphe d'Israël; le monde à venir est promis aux justes après leur mort, tandis que les temps messianiques feront la félicité des générations qu'ils trouveront vivantes ; le monde à venir est tout à fait distinct de ce monde corruptible; il n'est pas décrit, si ce n'est par des allusions très sobres, précisément parce qu'il est absolument mystérieux ; il ne peut être question de lui assigner un terme ; tous caractères opposés à ceux des temps messianiques.
Il faut revenir sur ces points. Les textes que nous aurons occasion de citer nous feront bien pénétrer dans les idées des maîtres en Israël.
Le monde à venir est le monde de la rétribution individuelle, ou, pour parler plus exactement, de la récompense individuelle, car le terme de monde à venir ne s'applique pas au châtiment des pécheurs. Il constitue une vie nouvelle, ce qu'on ne saurait dire de l'existence des réprouvés, à supposer qu'elle aussi soit éternelle.
C'est sur quoi insistent surtout les textes.
Hillel paraît être le premier auquel cette expression, le monde à venir, a été attribuée par la tradition. Il disait : « Celui qui acquiert les paroles de la Loi, acquiert la vie du monde à venir » (5).
11 iii, 18 : uhrj mSi-i '^:*2 -r£: 'c^jrz.
■1) XVI, 7 : an"n2:2 nSv>* ci^-^rn a-p 131:::^ xr: n'-^.
3) Sap. Sal. xvin, 4. mais non les psaumes de Salomon ; le mot aiwv y est employé .Il lois, mais toujours dans le sens de l'avenir indéfini, sauf une fois (vm, 1) oii il marque le temps passé.
(^) ri^ri ahrjn.
(5) Aboth, u, 7 : N-n aSrn "ï'n V-^ n::: mm iiz- iS n:,:.
134 I.E Ml^SSIAMSMi: h Al'HKS I.K l'IlAHIS.MSMl- RAHRINIQUE.
Éléazar de Modin, vers 90 ap. J.-C. , expliquait que celui qui a commis certaines fautes «. n'a pas de part au monde à venir » (1).
R. Aqiba excluait du monde à venir ceux qui chantent dans les festins des passages du Cantique des cantiques {'2V II disait que Dieu juge exactement les pieux et les pécheurs; chez ceux-là il punit même les rares mauvaises actions qu'ils commettent dans ce monde, atîn de leur garder la récompense dans le monde <\ venir; il laisse aux pécheurs bonheur et bien-être à cause des rares bonnes actions qu'ils accomplissent, pour laisser le jugement s'exercer dans le monde à venir iS).
Khanina b. Teradion, pressentant son martyre sous Hadrien, était cependant inquiet de son sort dans le monde à venir, tant le jugement y était sévère sur les œuvres (4).
La bonne œuvre par excellence était l'étude de la Thora.
José b. Qisma disait :
Quand l'homnie meurt, ni l'argent, ni l'or, ni les pierres précieuses, ni les perles ne l'accompagnent, mais la Thora et les bonnes actions seulement; car il est dit
(Prov. VI, 22) : quand tu voyages — dans ce monde — elle te conduit; quand tu te reposes — dans le tombeau, — elle le garde; et quand tu te réveilles — dans le monde à venir, — elle cause avec toi (5).
Les tannas de la On du if siècle ont la même préoccupation du salut individuel dans le monde à venir. R. iMéïr : « Celui qni a une école dans son pays et n'y va pas, n'a pas de part au monde à venir » (6 . 11 pensait — et cette maxime est attribuée à d'autres — que les avis d'un ami sévère conduisent ù la vie du monde à venir (7).
Siméon b. lokhaï disait : « qui cherche l'or perd sa récompense dans le monde à venir ». Et encore : «■ entraîner un homme à pécher, c'est pire que de le tuer; car le tuer, c'est l'enlever seulement de ce monde, tandis que le corrupteur le prive de ce monde et du monde à venir » (8).
R. Nehoraï : <« Je n'enseigne à mon enfant que la Thora, la science dont on mange les fruits en ce monde, et dont le capital reste entier pour le monde à venir ». C'est l'idée des psaumes de Salomon, de
(J) Al>oth, III, 11.
(2) Bâcher, Tann. Y-, [). 311, d'après Tosefta >ianh. xii, 10.
(3) Baciiei!, Tann. I-, p. 336.
(4) BAfiiEu, Taiin. 1-, p. 395.
(5) Bâcher, Tann. l\ p. ''"'»
(G) Bâcher, Tann. II, p.
(7) Ibid., p. 15.
(8) Jltid., p. 75 cl p. S2