‹ Le Messianisme chez les JuifsChapitre 55 sur 118 · I.A VIE FLïnu:. lOo · texte numérisé non relu

I.A VIE FLïnu:. lOo

l'apocalypse de Barucli, — et de l'Évangile — , sur le trésor des bonnes œuvres amassé auprès de Dieu (1).

Simon b. Éléazar opinait comme R. Méïr sur le danger de la flatterie et l'avantage du blâme, qui conduit au monde à venir [i).

\{. Nathan affirmait dans des termes qui ne sont point éloignés de ceux de l'Évangile : « il n'est si petit commandement écrit dans la Thora qui n'ait déjà en partie sa récompense dans ce monde, et, dans le monde à venir, une plénitude inconnue de récompense » (:5 .

R. lehouda le Saint, rédacteur de la Michna : « Celui qui choisit les joies de ce monde, on lui enlève les joies du monde à venir; à celui qui ne choisit pas les premières, les dernières sont réservées » (i).

Si nous avons insisté, c'est plutôt à cause de la beauté de quelquesunes de ces maximes que pour la nécessité de la démonstration. Il est clair que pour tous les maîtres, depuis Hillel jusqu'à R. lehouda, le monde présent est un monde de travail, d'étude, d'épreuve, une occasion de faire des bonnes actions dont la récompense est réservée dans le monde à venir.

Il est donc bien évident dans tous ces cas que le monde à venir suit la mort. Ce qu'il importe aussi de noter, c'est que jamais il ne s'applique à des vivants.

C'est le monde de la vie, mais il faut avoir été ressuscité pour y parvenir. D'ailleurs, tous les justes, et même les pécheurs auxquels le Seigneur ferait miséricorde, peuvent espérer de s'y rencontrer.

Tout le monde était d'accord que tous les morts seraient répartis en deux classes, les bons et les mauvais, les uns destinés à la vie éternelle, les autres à un opprobre éternel, d'après Daniel. L'école de Chammaï admettait une troisième classe, celle des médiocres qui, suspendus au-dessus du feu, moulaient et retombaient jusqu'à la fin de l'épreuve. L'école de Ilillel inclinait vers la miséricorde (5). On ne voit pas d'ailleurs exactement en quoi consistait la différence. Peut-être ceux de Hillel, sans nier ce purgatoire, en abrégeaient-ils le temps. Quoi qu'il en soit, cette distribution en classes ne porte que sur des morts.

On se demandait souvent qui serait admis dans le monde à venir? Il y avait bien la réponse générale des bonnes œuvres, mais on voulait être plus précis. De là des discussions entre Éliézer b. Ilyrkanos et Josué b. Khanania, entre Aqiba et Ismael b. Élicha ou entre Aqiba et

(n Ibid., p. 427.

(2) Qiddouchi», iv (14).

(3) Baciier, Tann. II, p. 443.

(4) Ibid., p. 461.

(5) Tosefta Sanh. xiii, 3. On reviendra sur ce texte, p. 177 s.

100 l.i: MKSSIAMSMK I» AIMxKS l.i: IMIAIÎIS.MS.ME HABniMQUE.

leliouda b. lialhyra. Noinlu'e dautres rabbins ont aussi donné leur avis. La controverse l'on lait sur les Sodoniites, la génération perverse dos Israélites moits dans le désort, Abs ilom, Acbaz et les mauvais rois d'lsra«.'l. les enfants des païens et les païens eux-mêmes. Dans aucune de ces discussions il n'est lait la moindre allusion à quelqu'un des traits du régne messianique. Ceux dont il est question sont morts depuis longtemps, ou on suppose qu'ils passeront par la mort.

Il faut citer ici la belle parabole de lokhanan b. Zakkaï, d'autant plus importante qu'elle ressemble à la parabole des vierges folles et des vierges sages.

R. lokhanan b. Zakkaï dit : C'est la parabole d'un roi qui invita ses serviteurs à un festin, et il ne leur indiqua pas le temps. Les sages parmi eux se parèrent, et s'assirent à la porte de la maison du roi: ils disaient : l>a maison du roi peut-elle manquer de quelque chose? les malavisés allèrent à leurs allaires, disant : Peut-il y avoir un festin sans préparatifs? Tout à coup le roi appela ses serviteurs; les sages se réunirent devant lui. parés comme ils étaient, et les malavisés se réunirent devant lui mal mis comme ils étaient. Le roi se réjouit de l'attitude des sages, et sirrila contre les sots. Il dit : Ceux qui sont parés pour le festin s'assiéront et mangeront et boiront; ceux qui ne se sont pas parés pour le festin se tiendront debout et regarderont (I).

A lire cette convocation générale, cette apparition du roi appelant ensemble tous ses serviteurs, ne croirait-on pas qu'il s'agit de la manifestation du règne messianique? Il n'en est rien cependant. "Il est clair par ce qui précède qu'il ne s'agit que de la préparation de cbacun c\ la mort. Il faut se convertir du moins un jour avant de mourir. Mais (jui sait le jour de sa mort? A quoi la Guémara répond par la parabole de K. lokhanan b. Zakkaï, qu'il faut être toujours prêt.

Le monde à venir n'est pas nommé dans ce contexte, mais c'est bien de lui qu'il s'agit. Il est comparé à un festin qui se donne dans le palais du roi.

Si le festin n'est pas commencé, du moins le palais existe. Il y a déjà en réalité coexistence entre les deux mondes; ils sont dès maintenant subordonnés l'un à l'autre, de sorte que, en fait, ce n'est pas le monde à venir qui viendra, mais le monde présent qui lui cédera la place et qui disparaîtra, quand le monde à venir sera devenu le monde de la vie éternelle, pour ceux qui ont vécu dans le monde présent, lin d'autres termes, le monde à venir est un festin tout préparé, conmie disait H. Aqiba (2). Même comparaison de la part de U. Jacob, son élève : « Ce monde est comme un vestibule en face du monde ù. venir;

(1) b. sabbat. 153'.

(2) Abolh, m, 16 : « tout est préparé pour le festin » .-MiyC"' yiTVZ Sz.Tl.

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