I.A MK l-LTlUi
Le kinnor de ce temps a se[)t cordes... le kinnoi' des temps messianiques aura huit cordes... le kinnor du monde à venir aura dix cordes (1). Le tout prouvé par des textes de psaumes. .V propos du texte du Deutéronome : « il le protège en tout temps, et habite entre ses épaules », une première baraïtha expUque : « il le protrge^ — c'est le premier sanctuaire; en tout tonps — c'est le second sanctuaire; // habite entre ses épaules — c'est le temps du Messie ». Mais Ualihi lehouda le Saint prolongeait la perspective : « // le protrgr — c'est ce monde; en tout temps — c'est le temps du Messie; il habite entre ses épaules, c'est le monde à venir (2) ».
Même gradation dans une baraïtha anonyme, à propos de Kuth. Après plusieurs explications du passage : « elle s'assit, et se rassasia, et en laissa », le Talmud de Babylone cite une tradition tannaite qui l'entendait ainsi : « elle mangea — dans ce monde ; elle se rassasia — au temps du Messie; elle en laissa — au monde qui doit venir » (3).
Dans ce dernier exemple, qui est d'ailleurs anonyme, l'expression employée n'est plus ^olâm hab-bâ, mais le-'athid la-bô, « pour ce qui doit venir », expression dont l'opposition avec « ce monde » est beaucoup moins marquée, puisqu'elle indique seulement le « temps » à venir (i). Aussi est-elle employée pour désigner les temps messianiques, plus souvent peut-être que pour le monde de l'au-delà. Dans les divers recueils de traditions, Talmud et midrachim, ces expressions sont interchangeables (5K On en vint même à employer 'olâm hab-bd pour le temps du Messie. Mais cette confusion dans les termes, assez naturelle à cause du vague de l'expression, ne suppose point une confusion dans les idées, et elle ne s'est produite qu'assez tard. Les maximes dont les auteurs sont connus, — plus d'une cinquantaine, — telles que nous les avons colligées dans Bâcher, peuvent toutes s'expliquer du monde de l'au-delà; le plus grand nombre est très clair dans ce sens. Or il s'agit de tous les grands maîtres d'Israël, dont quelques-uns ont discuté aussi le problème messianique, sans jamais mélanger la perspective temporelle à la perspective des fins ultimes. Si donc quelques baraïthas anonymes ont employé 'oliun hab-bd en
(1) Tosefla Arohliin, ii, 28.
(2) b. zcbakhim, 118'' : n^w^zH n^i^z^ iS>s' ciM hj H"- c'"^r;n -- ^S^'J ï]Sin ^'2ix "^
(3; Sur Rulh, ii, 14; b. Sabbath, 113'-.
'M NzS "TivS, sous-entendu "jC".
f5) M. Klausner cite b. Berah. 12% où il y a n''"J.*^2- r*'2":'", remplacé par xz~ -T""» ilans Mekilta, tr. Piskha, c. 16 (éd. Friedm. 19») et b. Zebalihim, 118'', comparé à Sifrè Dent, g 352 (éd. Friedm. 145" ), dans Die Messianischen Vorstellungen des judischen Vollies im Zeitalter der Tannailen, p. 24 s.
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parlant des temps nicssiaiii([ucs 1 ), il est assez vraisemblable que leur pensée a été traduite dans un lanij;age moins précis que celui des premiers temps. Ces traditions répétées sans nom d'auteur ne sauraient, dans l'ensemble, avoir la même valeur que les autres, parfaitement cohérentes entre elles.
Il est vrai que M. Schiirer (2) a cité un texte de la Michna (|ui oppose ce monde présent aux jours du Messie. Il en conclut que le monde à venir, opposé lui aussi dans tous les textes au monde présent, désigne les jours du Messie; mais il est trop évident que deux quantités opposées à une troisième ne sont pas pour cela égales entre elles. De ce que le monde présent est distinct, soit de la période messianique, soit du monde de l'au-delà, il ne suit pas que ces deux périodes sont identiques; elles peuvent être coordonnées. Et c'est bien ainsi que l'a entendu le judaïsme, toutes les fois qu'il a eu l'occasion de s'en expliquer avec précision. Une baraïtha reproduite dans un traité assez moderne donne la vraie notion du monde à venir :
Dans le monde à venir, il n'y a ni manger, ni boire, ni génération, ni reproduction, mais les pieux sont assis avec des couronnes sur la tête et ils se baignent dans l'éclat de la divinité, car il a été dit {Ex. x.x.iv, 4) : et ils virent Dieu et ils mangèrent et burent (3).
Le texte biblique allégué dit en apparence tout le contraire; d'après lui on pourrait manger en présence de Dieu. L'auteur l'entend donc d'une façon spirituelle, comme si la vue de Dieu remplaçait le boire et le manger. Et sans doute c'est aussi par métaphore qu'ils sont assis, de sorte que probablement ce texte fait allusion au sort des âmes des justes, en attendant la résurrection. C'est d'ailleurs ce que la suite explique assez clairement.
Au temps où on disait quelquefois « le monde à venir » pour signifier les temps messianiques, on ne savait comment concilier ce bonheur purement spirituel avec les promesses du bien-être temporel. Comment entendre de l'au-delà que dans le monde à venir on n'aurait aucune peine à la vendange, que Dieu enverrait un vent qui ferait
(1) Kl\isni:r, l. /., p. 17 et 18.
(2) ScHiiRER, Geschichle.. .,\\^,\}.^'t^, cM3i.nl liernhoth, i. 5 : Sj j"".! dSi^H "ilTl ''*2"» ri*w*'2r! riT2"'b X''2nS ";''''" VZV l' est vrai que M. Klvlsner, l. l., p. 19, elle la Michna (le Jéiusalern : n''C"2ri nvri"? N'oins N2~ cSl"", "lais dans ce cas ce n'est plus une alternance, c'est un doublet. Il est i)rolial»Ie que x^n C'^IvS a pénétré là comme une glose; ce ternie ne se trouve pas dans la traduction tic M. Schwab.
(3) Kalhih ralibatlii, c. :>., ap. Kiausneii, /. /., p. 2\.