I.A ME FLTLRE
tomber les raisins et, pour employer les expressions de Rabban Gamaliel, que les femmes enfanteraient tous les jours? Pour concilier ces deux points de vue, les amoras ont dit :
Ce que nous avons appris ^du bonheur spirituel] se rapporte au temps qui précède la résurrection des morts (l); là au contraire on fciit allusion au temps messianique (2).
La distinction n'est pas moins marquée dans le Targum entre les temps du Messie et la vie éternelle. La vie éternelle, c'est le terme dont se sert le Targum du pseudo-Jonathan pour désigner le lieu des àmcs auprès de Dieu. L'Ame de Moïse sera gardée avec ses pères dans le trésor de la vie éternelle (3), et de même, dans le Targum de Samuel, l'âme de David, pour échapper à Nabal (4). Cette vie éternelle est l'équivalent du monde à venir, et distincte des temps du Messie. Dans le Targum du cantique d'Anne, Dieu, souverain du monde, a le pouvoir de faire périr et de faire remonter du chéol à la vie éternelle (5), comme de plonger les pécheurs dans la géhenne. Il peut aussi abattre les ennemis de son peuple, triompher de Gog et de Magog et prolonger le règne de son Messie (6j; c'est une vue diil'érente.
Le judaïsme demeura donc fidèle à la distinction maîtresse proposée parle grand amora lokhanan, transmise par R. Khiyab. Abba (7) : « Les prophètes n'ont fait allusion dans leurs prophéties qu'aux jours du Messie; quant au monde avenir, l'œil na pas vu, ô Dieu, hors de toi » {Is. Lxiv, 3), comme pour exprimer qu'il était au-dessus de toute idée.
Le scoliaste de Maimonide résumait parfaitement la tradition lorsqu'il disait :
Par beaucoup d'endroits il est prouvé que le monde à venir est le monde de la récompense suscité par Dieu au temps de la résurrection; ce n'est pas le monde des âmes que nous nommons le Paradis, mais le monde de la résurrection. Et c'est le monde que Dieu doit inaugurer après le temps du Messie et la résurrection des morts (8).
(1) C'est donc le lot des âmes séparées.
(2) Kl\usneu, /. /., p. 22, note, propose de lire «près et non avant la résurrection. Noire espiication rend cette correction inutile.
(3) Ps.-Jon. sur Dl. xxxi, Vi : nr^h'J '^"■Ti T'^IiZ N""':; "'HT) 'ITZ^L'll.
(4) Targ. I Sam. xxv, 29.
(5) Targ. I Satn. ii, 6.
(6) Targ. I Sam. u, 10.
(7) b. Berak. .34'' : sin uhvjh Szx niu;!2n mî2iS n'-n ^N2:nJ nS p^: z^n'^:- Ss
.-nSiT a\n'?N -pni nS ]''!;
(8) Dans le Pugio fidei de U. Martin, fol. 128, observation de De Voisin.
ITi \y. MKSSIAMSMI- DAI'P.KS l.K l'IlAlUSMSMR l{AnniMOl'E.
Il est vi'ai que ce texte ajoute ici des (lévelo|)|)enieiits postérieurs, en distinguant le monde des Ames ou (lan- Eden, mais il a un sens juste de la tradition. Nous retrouvons la même tradition avec plus de précision encore dans un texte lort remarquable du traité Ikkarim :
Le inonde à venir se prend dans le sens griiéral et dans le sens particulier. En général il s'entend d'un degré quelconque de récompense des Ames après la mort. En particulier il s'entend du plus haut degré au(iucl puisse atteindre le juste parfait, et c'est le degré qui est réalisé après la rcsiurcction des morts (Il
Le monde à venir en général, la résurrection comprise, mais sans (}u"on en lixe Tépoque, c'est bien la notion ancienne du monde à venir, le uumde de la récompense après la mort. On a dû se demander quelle est, cbez les Juifs, l'origine du « monde à venir ». S'il s'agit; de l'expression seulement, la question a peu d'importance. On serait tenté de concéder à M. Schûrer qu'on l'a empruntée à l'attente messianique, qui était l'annonce de cieux nouveaux et d'une terre nouvelle, rénovation qu'on attendait de l'avenir. Toutefois il est remarquable qu'Éléazar de Modin a bien accepté le terme de monde nouveau pour le temps du Messie, mais réservé le monde à venir pour une autre idée. Et de fait l'usage le plus ancien ne favorise pas cette hypothèse, puisque la confusion, nous l'avons vu, est de date plus récente. L'opposition de monde à monde est très radicale, et a pu se présenter à l'esprit quand on songeait au monde où sont les morts, par opposition au monde des vivants, sauf à qualifier le monde des morts de monde à venir parce qu il ne devait être constitué dans son éclat que par la résurrection.
Nous admettons donc plutôt que l'expression a été créée pour une idée nouvelle. Et cette idée elle-même ne parait pas avoir découlé du messianisme. On dit assez souvent que. lorsque le judaïsme est devenu plus spirituel, l'idéal messianique, national et temporel, ne lui a plus suffi, et qu'il l'a encore idéalisé en quelque sorte par la conception du monde à venir. Mais alors on ne les eût pas distingués si nettement. Il eût suffi, pour donner satisfaction à la tendance suggérée, d'embellir le messianisme lui-même. Ce qu'il y a de vrai dans l'opinion proposée, c'est que, en cfiet, à une époque donnée, les .luifs ne se sont pas contentés du messianisme traditionnel. Il résolvait la question de l'avenir national; il ne savait rien de la destinée des âmes après la mort. C'est ce problème qui se posait impérieusement à la pensée juive depuis Ézéchicl et Jérémie, et que la Réveil) Pugio fidei, fol. 3:>G.
i.A VIE ri TU RE. i::;
Jation a tranché dans le sens de la foi traditionnelle en la Justice de lahvé. Dès ses premières origines, ce monde à venir fut le monde de la rétribution.
A partir du moment où on on eut une idée nette, il l'ut impossible de le confondre avec les temps messianiques. On ne pouvait les mêler qu'en sacrifiant le caractère propre de lun des deux mondes : ou bien le messianisme cesserait d'être terrestre, ou bien le monde à venir ne serait plus qu'un temps de bonheur sur la terre. Le second parti conduisait à un millénarismc éternel, qui était contradictoire dans les termes. On ne pouvait prendre le premier sans renoncer aux prophéties. Ce cas s'est présenté cependant, et c'est dans les paraboles d'Hénoch :
En ce jour, je fenii habiter mon Elu au milieu d'eux, et je transformerai le ciel, et je le ferai hénédiction et lumière pour l'éternité. Et je transformerai l'aride, et je la ferai bénédiction, et j'y ferai habiter mes élus : mais ceux qui ont commis le péché et le crime ne la fouleront pas (1).
Ce texte n'a pas échappé à M. Schïirer qui lui demande de prouver que le judaïsme ancien confondait le monde à venir avec le temps messianique. Mais une théorie aussi particulière ne doit pas être choisie pour représenter le vrai courant du judaïsme. Si le monde à venir est inauguré par l'Elu, c'est que, dans ce livre, l'Élu n'a plus rien du Messie temporel ; c'est le Messie qui s'est transporté dans l'audelà, quoique l'on puisse dire que l'au-delà a fait la moitié du chemin en s'abaissant des hauteurs mystérieuses où le judaïsme le laissait dans une obscurité voulue, et qui convenait bien pour rendre l'inexprimable, ce qu'il appelait cependant la vie auprès de Dieu.
(1) Hén. élii. \iv, 4-5 (Trad. MarlinJ.
ClIAPITUi: IV LA RÉSURRECTION DES MORTS.
Lorsqu'on idcntilic les temps messianiques et la vie éternelle, on est très logique en plaçant la résurrection des morts à l'arrivée du Messie. C'est aussi ce que fait très expressément M. Schiirer : « Les justes ressusciteront pour la vie éternelle dans la splendeur du royaume messianique ». Et encore : Les Sadducéens, en niant la résurrection, « rejetaient l'ensemble de l'espérance messianique, du moins sous la forme que le judaïsme récent lui a donnée (1) ».
Même si l'on distingue la vie éternelle et les temps messianiques, on pourrait supposer que les justes, morts avant le xMessie, ressusciteront pour prendre part aux joies de son règne avant l'inauguration de la vie éternelle. Cependant, si la résurrection était placée après ce règne, la distinction des deux époques n'en serait que mieux marquée. Il y a donc place, sur ce point, à des positions différentes, môme pour ceux qui distingueraient l'ordre de la délivrance d'Israël de l'ordre de la rétribution. Et c'est bien ce que nous aurons à constater. L'opinion de M. Schûrer et des critiques très nombreux qui partagent son avis est donc à tout le moins trop absolue. Il y a plus, et nous croyons que, dans les temps les plus anciens du rabbinisme, la résurrection des morts inaugurait la période finale ou plutôt éternelle, et suivait la période messianique. Cette opinion a d'ailleurs prévalu dans le judaïsme : on peut la nommer à la fois primitive et traditionnelle.
Lexamen des psaumes de Salomon ne serait qu'une redite. A propos du monde à venir nous avons clairement constaté que s'ils affirment à la fois la résurrection des justes et le règne du Messie, ils ne supposent pas un instant que ces justes, morts et ressuscites, participeront à ce règne; au contraire ils disent expressément qu'il est réservé à ceux qui vivront alors, à la génération de ce temps, donc en suivant l'ordre naturel des choses.
Ce qui a été dit du sort des Ames à propos des apocalypses nous permet de classer la doctrine que Josèphe attribue aux Pharisiens :
(1) ScuOber, Ceschichte..., 11^, p. 391 s.
' LA lŒSURRECTlON DES MORTS. 177
c'est en partie celle de la première section du livre d'IIénoch (1 ) : « Ils pensent que les ;Vmes ont une énergie immortelle ; selon qu'on a pratiqué le bien ou le mal pendant la vie on reçoit sous la terre des ciiàliments ou des récompenses; les unes demeurent éternellement enfermées, les autres ont la faculté de vivre de nouveau (2) ». Gela dans les Antiquités. Dans la (jurrre juive, Josèphe a donné à sa pensée un tour plus indécis, qu'on eût pu interpréter dans le sens de la métempsycose, à ignorer les opinions pharisiennes : « toute âme est immortelle, celle des bons seule passe dans un autre corps, celles des méchants subissent un châtiment éternel i.'î) »,
Peut-être Josèphe préféra-t-il, en exposant les opinions des Pharisiens et des Sadducéens comme s'il s'agissait de sectes philosophiques, laisser leur pensée dans un certain vague auquel les étrangers donneraient plus facilement un sens qui leur parût acceptable. Quoi qu'il en soit, la résurrection des bons est uniquement dans l'ordre de la rétribution, dans un ordre presque abstrait, sans aucune nuance de messianisme. Quant aux méchants, Josèphe parait les exclure complètement de la résurrection. En quoi il a généralisé à l'excès, ne voulant point exposer à la discussion des Gentils des points trop particuliers. Il est certain (ju'il ne pouvait nommer la résurrection des pécheurs une nouvelle vie ; c'eût été contraire à l'opinion générale, telle que nous la connaissons par tous les autres textes. Mais, d'autre part, le passage même du livre d'Hénoch qui n'admet pas la résurrection de tous les pécheurs (4) l'accepte cependant pour une catégorie d'entre eux, peut-être la plus nombreuse dans sa pensée.
Personne dans Israël ne pouvait la nier absolument, k moins de rejeter l'autorité de Daniel (5).
G'est son texte que prenait pour point de départ la discussion entre Hillel et Ghammaï sur le sort de ceux qui n'étaient ni bons ni mauvais (6).
L'école de Cliammaï dit : 11 y a trois classes; l'une pour la vie éternelle, l'autre pour les opprobres pour une durée éternelle (D«u. xii, 2) : ce sont les méchants qui
(1) Voir plus haut, p. 165.
(2) Ant. XVIII, I, 3 : àÔxvaTÔv T£ ît/ùv Taï; ^-r/nX:, îîiiTTt; aOroî; EÎvai xal y-o xôo'/ov Stxa'.û(j£i; TE xai Tifià; ol; àpsTy;; f, xay.îa; £7riTir,ôeu(3-tî sv T(Ô piw ysyovev, xai Tat; [xèv eipytiàv aïSiov TrfOTtôecrOat, Taî<; Sa pactwvrjv to-j àvaêio-jv.
(3) Bail. II, vni, 14 : 'Vj//i'' "- Tràcav [xèv àçQapxov, ij.£"a8a{vî'.v os et; ETîpov cwjAa r/jv Tûv àya^ûv (xôvTiv, xà; oà twv saOXwv àtSîw Ti[Jiwpîac xoXiÇïdÔat.
(4) Hén. élh. xxn.
(5) Dan. xn, 2.
(6) Tosefla Sanli. xui, 3: nnNl D^VJ l'^rh nn.S "JH n1n'3 ^'^'ù^ '*2"N \xcu? rii2
•("'îï£'jïî2i uzrs'jh ]mi^ pau; yhi^'ù' n^n^; a^*;ï?i iS\s' nhrj pxTiiS msinS
178 l.E MESSIANISME U'WWVS l.E PILVRISAISME RABBINIQUE.
sont entièrement tels-, ceux d'entre eux où la balance est égale descendent dans la "éhenne et se maintiennent au-dessus, et en remontant et sont guens, comme il est dit • je ferai pa.srr la troisième partie dans le feu et je les purifierai comme on purifie Vargeat, et Je les rprouverai vomme on éprouve Vor : celui-là invoquera mon nom et je serai so„ Dieu {Zach. xiii, 91: c'est aussi d'eux qu'Anne a dit : lahvé donnant la mort et rendant la v,e, faisant ilcscemlre au Chcol et d en fait monter (1 Sam. ii. 6). Et l'école de Hillel dit : H est riche en misêncorde {Ex. xxxiv, (; , il décide selon sa miséricorde; et c'est d'eux que David a dit : famé, car lahvé a entendu {Ps. cwi). et c'est d'eux qu'a été dile toute cette section.
L'allusion à Daniel ne laisse aucun doute sur le sens de cette scène. Il saeit du jugement suprême et de la distinction des méchants et des bons^Le théâtre est supra-terrestre, avec des Ames suspendues entre le monde d'en haut et la géhenne. Il n'y a là aucune place pour un messianisme temporel. Nous sommes peu surpris que Hillel à ce moment n'ait plus voulu entendre parler d'un purgatoire. Si les mérites égalent les démérites, Dieu tranche dans le sens de la miséricorde. ^D'après ce que nous avons constaté pour la vie future, nous nous croyons autorisé à prendre dans le môme sens de l'eschatologie déiinitive les sentences où les maîtres parlent de la résurrection en traitant de la rétribution individuelle particulière. La résurrection était intimement liée avec le jugement général. Dans la série des controverses entre Éliézer ben Hyrkanos et Josué ben Khanania, quand la JNIichna dit : « ils n'auront pas de part au monde à venir et ne se lèveront pas pour le jugement » (1), c'est la résurrection qui est désignée, et la Tosefta l'indique plus clairement : « ils n'auront pas de part au monde à venir, et ils ne vivront pas pour le monde à venir » (2).
Le dogme de la résurrection était celui qui choquait le plus les (ientils. Chacun le sait par l'épisode de saint Paul à Athènes (3). Les rabbins rencontraient les mômes répugnances, et les textes mentionnent plus d'une discussion entre eux et des incrédules. Ces incrédules, étaient quelquefois des Juifs, car ces .luifs d'Alexandrie qui demandaient à Josué ben Khanania si les ressuscites devaient être aspergés
in-iSyi -on ^2^3 n-ûTD ion 21 'mx SS^n n^zi Sy^i SiN\y -ina ninai îT^^^c i'"»
L'expression siïETZi'C ou t^ïSïC est bien ramenée par Bachkr, Tann. V-, p. 16, n. 3, à la racine nii», « nager ». La même doctrine b. Rock ha-chana, 16''.
(1) snnh. c. X : -jn^ ^ncv> ^ixi xm dSv^S pSn onS iix.
(2) Tosefta Sanh. c xni passim : xzn D^vh ^"^n ]:\ST XZH aSlvS pSn Drh ]'^ii.
(3) Acl. xvu, 32,
d'eau, paraissent assez sceptiques en matière de résuiTection (1). Mais le plus souvent ce sont des philosophes, ou même des empereurs. Or cette discussion n'aurait guère de sens si on n'avait eu en vue que la résurrection des justes israélitcs pour jouir des biens messianiques.
C'est ainsi que R. Gamaliel II, probablement dans son célèbre voyag-e à Rome en 95, essaya de prouver la résurrection par divers textes qui ne iirent aucune impression sur ses interlocuteurs (2 . Il les convainquit enfin en citant : « Et vous qui adhérez à lahvé, votre Dieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui » (3). Argument sans appui sur le sens littéral historique, mais admirable par l'assurance sous-entondue que ceux qui vivent en Dieu doivent vivre î\ jamais en Lui dans l'intégrité de leur nature (4). La fille du patriarche s'exerçait aussi dans le même genre de controverses (5).
Josuc ben Khanania expHquait à Hadrien que pour la résurrection Dieu se servirait d'un os de la colonne vertébrale en forme d'amande, qui ne se corrompt ni dans le feu, ni dans l'eau, et qu'on ne peut piler (6).
Dans l'école d'Ismaël, on faisait de la résurrection la contre-partie de la création. Si le vase de verre brisé, vase produit par le souffle de l'homme, peut être raccommodé quand il est brisé, combien plus l'homme, créé par le souffle de Dieu (7)?
Le lien étroit entre l'idée de rétribution et la résurrection a été exprimé par R. Jacob sous une forme obscure et un peu paradoxale. « Toutes les fois qu'un commandement de la Thora mentionne une récompense, il fait allusion à la résurrection des morts » (8). Rien de plus contraire en apparence au sens littéral, par exemple si celui-ci promet une longue vie sur la terre. Mais c'est précisément sur quoi s'appuie R. Jacob. Le Deutéronome prescrit, quand on déniche des oiseaux, de laisser aller la mère : « afin que tu sois heureux et que tu prolonges tes jours » ;9 . Or il peut arriver que celui qui a accompli le précepte tombe d'une branche et se rompe le cou. Que devient sa
(1) Bâcher, Tann. I-, p. 180.
(2) Dt. XXXI, 16; Is. xxvi, 19; Canl. vir, 10. (3j Dt. IV, 4.
(4) Cf. Marc, xii, 27.
(5) b. Sanh. 90'-.
(6) Bâcher, Tann. \-, p. 1G6.
(7) Bâcher, Tann. II, p. 343 s. La même comparaison est attribuée à Josué b. Kbalapbla pour consoler un père, en lui promettant qu'il reverrait son fils dans le inonde à venir (Bâcher, Tann. II, p. I89j.
(8) Tosefta Khoullin, éd. Zuckerm., p. 512 : i\s"w minz n1ï72 "jS VX "I^IX Z^T 'l
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(9) Dt. xxn, 7.
180 I.K MKSSIA.MSMI' DAPliKS l.i; l'Il.VKlSAISMi: UABBIMQL'E.
récompense? Il ne peut vivo lieiircux que clans la résurrection des morts et le monde à venir. Kllc était donc exigée par la justice de Dieu, suppléant aux ini perfections de la justice en ce monde.
Naturellcuient on faisait un raisonnement inverse au sujet des pécheurs. Simon ben Éléazar prouvait aux Samaritains la résurrection par un texte des Nombres (1) où il est dit d'une personne menacée d'extermination pour un crime : « que ses péchés soient sur elle » ; ce qui ne peut s'entendre que si elle rend compte au jour du jugement.
Cette manière d'envisager la résurrection comme un événement cosmi(]ue, cpii endjrasse tous les particuliers, se rattachant au souverain pouvoir de Dieu sur le monde et non à sa Providence spéciale sur Israël, est le grand courant de la tradition hébraïque, représenté par la prière Chcmonc-esrê qui a ensuite contribué à le maintenir. Le pouvoir de Dieu sur les morts pour les rendre à la vie figure dès le second article, comme un attribut divin, tandis que le messianisme davidiquc ne parait qu'au quatorzième (2).
Il est certain cependant que, ù partir d'une certaine époque, quelques rabbins ont exprimé l'espérance de ressusciter au moment de 3 l'avènement du Messie. Je n'en vois pas de trace avant R. Méïr, disciple de Kabbi Acpba.
Une tradition de basse époque raconte un entretien qu'il aurait eu avec un chef romain. Lliégémôn comparait Israël à un esclave chassé par son maître. K. Méïr répliquait que c'était un fils, châtié par son père; aussi Dieu est-il tout disposé à pardonner aux Israélites repentants et à les ramener à Sion. La dernière instance de l'hégémôn, c'est que Dieu rappellera bien les vivants, mais non les morts. A quoi II. Méïr réplique par le texte d'Isaïe sur la résurrection des cadavres (3). Mais l'ouvrage où cette tradition est rapportée est de très basse époque, et Bâcher n'ose affirmer l'authenticité de la petite histoire [h).
Les autres maximes de R. Méïr sur la résurrection s'entendraient mieux du jugement général. Il disait que ni Absalom, ni aucun des rois d'Israël ne ressusciterait au jour du jugement (5).
(1) Sum. XV, 31; cf. lUciiiîR, Tann. H, p. 423.
(2) Voir aux api>endices, texte IV.
(3) Jelunek, Bel ha-Midrasch, I, |>. 22 : S"1 171" S'T"! □''''" ^" X'2U* "jT2;n r "^'ZN'
•:"icnn (/•«• xxvi, i9) iT^ipi ^rh^i'j i'tid 123 i\s**2 '"' iS "^^zx im i:\s c^n^zr.
(i) Tnnn. Il, p. 35 : Vielleicht gelil auf cclile Tradition das in eineni jiingercn Midrasch- Averke fîrhaltene Gespriicli...
(5) b. Sanh. MS'' : yf'JT^^l nSt "j^ln nS-
LA RÉSURRECTION DES MORTS. ISl
Il avait d'ailleurs toute une théorie sur les sept cieux (1 ). Dans le i)lus élevé, qu il nommait 'Arahoth, il plaçait « la justice et le droit, et la bienfaisance, les trésors de la vie et de la paix et les trésors de la bénédiction et les âmes des justes et les esprits et les âmes qui devaient être créés, et la rosée dont Dieu devait se servir pour ressusciter les morts » (-2). Chaque point est prouvé par un texte de l'Kcriture. Si les âmes des justes sont là, c'est parce qu'il a été dit à David : « L'Ame de mon seigneur sera liée dans le faisceau des vivants auprès de lahvé, ton Dieu » (3). Leur présence, si près de la divinité, ressemble à la situation des justes dans l'apocalypse d'Esdras, au septième dcùré qui précède la résurrection. Toute la situation a un aspect cosuiolog-iciue, sans allusion au temps du Messie. R. Méïr, lorsqu'il parle de ce temps, — et avec quel luxe d'imagination! — n'y fait aucune place à la résurrection (4)7]
Vers la fin du ii*" siècle, quelques-uns ont dit clairement que les morts devaient ressusciter pour le temps du Messie. C'est du moins ce que l'amora Simon ben Lakich attribuait à Bar Kappara et à Simi ou Simaï. tannaïte d'époque inconnue, mais qui ne peut être très ancien, et qui est même regardé par quelques-uns comme amora. Voici le texte du Talmud de Jérusalem (5) :
Je marclierai devant Dieu dans les pays de la vie (Ps. cxvr, 9)... Non, dit R. Simon ben Lakiscli, au nom de Bar Kappara : on entend par là un pays dont les morts ressusciteront les premiers à l'arrivée du Messie ; et, ce qui le prouve, c'est (]u'il est dit {Isaïe, xlii, .5) : // donne l'âme au peuple à cause d'elle (de cette terre).
Est-ce à dire que nos rabbins enterrés hors de la Palestine ne jouiront pas du bénéfice de la résurrection? L'Éternel, dit R. Simi, creusera la terre sous leur corps, de façon qu'ils viennent rouler comme des outres jusqu'en Terre sainte; et parvenus là, leur âme retournera dans leur corps et les vivifiera.
Un autre contemporain de Rabbi, Pinkhas ben laïr, exprimait par une gradation ascendante comment, de vertu en vertu, on arrivait à la résurrection des morts. Dans la Michna, ce texte se termine par l'affirmation que « la résurrection des morts se produit par l'entremise
(1) Dans b. KliarjUjà, que nous allons citer, la théorie est atlribuée à S'"!, ce que Bâcher estime une erreur pour ♦2'l ; R- Méïr est l'auteur d'après Ab. di R. Nathan, c. 37 (55''); cf. Bâcher, Tann. II, p. 05 s. et notes.
(2) b. KiuKjigâ, n"- : i7;:'i DiSu,' "'t::! 2i'n 17:1 np-ïi rsuyai p'^i* 12c r:2T>* -"^pn -inyu ''^'c^ riN^znS -\t;'u nT2c:i pimm □ip''"i* '"^x: p*2r:i nzia
-CiTZ "iz nrnnS
(3) I Sam. XXV, 29.
(4) On peut noter encore que R. Méïr prouvait la rtJsurreclion par des passages comme Ex. XV, 1 et Jos. vni, 30, où il est dit : « Moïse chantera » T'ï;'!; « Josué construira », nzz''.
(5)/. Kilaim, trad. Schwab, vol. H, p. 319.
182 LE MESSIAMS.Mi: I) AlMlKS I.K l'IlAUlSAISME UAHBIMQL'E.
du pn^pliètc Klie, [qu'il soif! mentionnô en bonne part » (1). Cette intervention d'Klie est caractéi'isti([ue pour l'époque messianique.
VA il en est de même de riin[)()rtance qu on attachait à être enseveli on Terre sainte. l»a])l)i Méir (jui inouint près d'Antioche demanda que du moins on l'enterrât sur le bord de la mer, ce qui était comme un contact avec la Palestine. 11 voulut qu'on lui mit une corde aux pieds, afin d'y être tiré plus facilement au jour de la résurrection (2), On trouva ce mode de locomotion ingénieux, et il devint d'un usage général parmi les personnes pieuses.
Ce qui prouve d'ailleurs dans quel sens réaliste était entendue cette résurrection, ce sont les discussions sur l'état des ressuscites. On se demandait si les morts ressusciteraient tout habillés. Depuis l'installation des g-ymnases à Jérusalem, les Juifs avaient horreur du nu; outre ce qu'il peut avoir de choquant pour la décence, il était toujours lié dans leur pensée aux cultes polythéistes (3).
La reine Cléopàlre (4) demandait à Rabbi Méïr : Nous savons que les morts vivront, car il est écrit : et ils germeront de la ville comme l'herbe des chainps {Ps. Lxxii, 16): mais quand ils ressusciteront, ressusciteront-ils nus ou dans leurs vêtements? Il lui dit : A plus forte raison que le grain d'orge; et si le grain d'orge qui est enseveli nu sort si bien habillé, combien plus les justes qui ont été ensevelis dans leurs habits!
La réponse était en quelque sorte suggérée par la demande ; on ne saurait avoir plus d'à propos, et la comparaison du grain de blé pourrait s'entendre dans le sens d'une transformation, même spirituelle, comme dans saint Paul (5). Ici encore R. Méïr semble occuper une position intermédiaire. Plus tard on ne recula pas devant un réalisme plus grossier.
On a enseigné (6) au nom de R. Nathan : Le vêtement que l'homme emporte dans la tombe le couvrira au moment de la résurrection: et ce qui le prouve, c'est qu'il est
(1) Michna Sota, ix, 15 : px zrci-^ 1137 NiiM iniSx i-"! h'j NI Din^n ni'nm.
La même énumération j. Chabbah, Schwab, t. IV, p. 16, où la fin est ainsi traduite : « Celle-ci (la résurrection) mène à concevoir l'arrivée d'Élie dont le souvenir est rappelé en bien»; cf. ^^ Clieqnlim, III, 'i.
(2) ;. Kilaim, trad. Schwab, H, p. 320.
(3) b. sanh. 90'' : i23u; ''''m N:"fi Tîiax [itxj'z "t nx xnoSîz Ni:22ixiSp nSxu •jn^iTi^Sz! IN ]iaTiy "jn^^iy ^^-n" ]n*r3 n^x y-ixn i-jvd i"i*>*:2 "iïiïit z>t\z- 7\'2zi nxi-ii r^-orr:: mip:^; r^-c-^-n, nci n-ûtn'z [y:2^~]^ ['i]p nS irx y^i'zr:
ii) Ou plutôt le patriarche des Sainarilains, *ixmzT xp"'"'"CE, comme le [iropose IJacher {Tann. II, p. 08, note 2;, ce qui fait disparailro l'anaclironismc ; d'autant qu'il serait étonnant que Cléopàtre concédât la résurrection, mt^iie ironiquement.
(3) I Cor. XV, 37.
(<j)j. Kilaim, Irad. Schwab, t. II, p. 315 s.
écrit ijob, xxxviri, l-4i : la terre rham/e comme l'argile peut changer d'empreinte, et ih se présentent comme un vêtement i c'est-à-dire vêtus, selon le .sens adopté ici). Antonin demanda à Rabbi : Que signifie ce verset? Cela veut dire, répondit Rabbi : celui qui change la face des choses et ressuscite les morts reconstitue aussi leurs vêtements (1). R. Juda recommanda de le couvrir après sa mort i)ar une étoiïe verte, qui ne soit ni blanche ni noire: car, dit-il, si je me trouve placé parmi les justes, je ne rougirai pas, n'ayant pas d'étoffe noire: et si je me trouve parmi les impies, je ne serai pas non plus remarqué, n'étant pas couvert de blanc. R. Ynschia prescrivit qu'on le revêtit de blanc éclatant. Quoi ! lui dit-on, te crois-tu au-dessus de Rabbi.' Kon, répondit-il ; mais je n'ai pas à rougir de mes actions f^sans me régler d'après ce qu'il fait). De même R. Jérémie recommanda de le vêtir d'étolTes éclatantes de blanc, de ses habits les plus riches, de mettre des sandales à ses pieds, son bâton à la main, de le coucher de côté, non sur le dos, afin qu'au jour de l'arrivée du Messie il soit tout prêt à le suivre.
K. Jérémie, qui vivait au iv" siècle, est donc bien postérieur au temps des tannaïtes. C'eût été dommage cependant d'arrêter la citation avant de l'avoir entendu. Il est logique. Si Ton doit revenir pour assister au temps du Messie, il est indiqué de mettre ses plus beaux habits et de ne pas ouljlior sa canne, ni même son chapeau.
Il y a quelque chose de touchant dans cette foi inébranlable, mais combien cette façon d'entendre la résurrection diffère de celle de saint Paul! On ne comprend pas qu'un homme comme R. lehouda le Saint soit tombé dans cette niaiserie de se faire habiller de vert dans son tombeau, lui qui enseignait que les ressuscites seraient semblables aux étoiles.
Peut-être le seul moyen d'éviter une contradiction flagrante est-il de lui attribuer l'opinion de l'apocalypse de Baruch. Les morts devaient tous ressusciter tels qu'ils étaient, afin de se reconnaître les uns les autres. C'est seulement après, que les bons étaient transformés dans la lumière. De sorte que ceux qui attendaient une résurrection si matérielle ne la plaçaient pas pour cela nécessairement avant le temps du Messie.
Peut-être était-ce en vue de cette confrontation des bons et des méchants que R. Méïr tenait à ce que la résurrection fût publique. Il le prouvait à un Samaritain par la comparaison de l'enfant, conçu dans le secret, et produit publiquement à la lumière : combien plus Dieu rendra-t-il au grand jour ceux qu'on a ainsi confiés à la terre (2) !
Il est probable que chacun ressuscitait à làge qu'il avait. On peut
(1) L'opinion de Rabbi était donc que Dieu ressusciterait aussi les vêlements; on lit peu auparavant : « car, disait Rabbi, lorsque l'homme ressuscitera, il n'aura plus les vêlements qu'il avait en étant enterré; tandis que, selon d'autres rabbin>. il iiardc au moment de la résurrection les effets qu'il avait sur lui dans sa sépulture ».
(2) Bacheu. Tann. II, p. G7 s.
I8i LE MESSIANISME DAIMlKS I.K l'II MUSAISMK IIARRIMOUK.
du moins 1<> déduii'C d'une discussion (Mitre I\. Kli\ ia et K. Simon bcu Rabbi sur l'Age auquel les enfants rtaient susceptibles de la vie éternelle ()). Le premier disait : aussitôt que l'enfant est né (2) ; le second : aussitôt qu'il peut parlei' [3j. On est très surpris qu'il ne soit pas ici question de la circoncision.
Nous avons donc constaté de graves divergences relativement au temps de la résurrection et <|uant ;\ sa relation avec l'époque messianique. M. Klausncr la regarde comme tellement liée au monde de l'audelà qu il ne veut même pas en traiter dans son étude .sur le messianisme au temps des tannaïtes (4). Au contraire, M. Rabinsohn n'a pas craint d'écrire : <» Mais il ne s'agit pas, comme dans le Mazdéisme, les apocalypses et le Nouveau Testament, d'une résurrection comportant la naissance d'une bumanité nouvelle, tout à fait différente et perfectionnée, exempte de besoins et de défaillance. Il est seulement question d'une réparation pure et simple de l'œuvre de la mort, afin de pouvoir permettre aux générations défuntes de jouir elles aussi de l'heureux avenir d'Israël » (5).
Ces deux opinions sont trop absolues en sens contraire. Il est vraisemblable qu'à la fin du premier siècle et au début du second il n'y avait aucune divergence doctrinale grave entre les auteurs des apocalypses d'Esdras ou de Baruch, si pénétrés des idées du judaïsme pharisien, et les autres maîtres en Israël. On suivait la ligne des psaumes de Salomon. Le changement se fît plus tard. Les Pharisiens se mêlèrent peu à la révolte de l'an 70, et le gros du parti fut mécontent de l'attitude des chefs de l'insurrection. Sous Hadrien, plusieurs rabbins, R. Aqiba en tête, se soulevèrent avec Bar-Kokébas; parmi ceux mêmes qui demeurèrent paisibles, plusieurs furent martyrs de leur attachement à la Loi et aux Écritures.
Peut-être est-ce à partir de ce moment qu'il parut plus conforme à la justice de Dieu de ressusciter ces martyrs et les autres justes avant les temps messianiques. Quelques-uns prirent ce parti, et cela devint une doctrine assez assurée du judaïsme.
Toutefois ce n'était pas une raison pour confondre les temps messianiques et la vie éternelle, — les deux concepts étaient désormais trop distincts, — ni même pour abandonner le lien entre la résurrec-
(1) Bacukr. Tanii. 11, j.. 528.
(2) D'après ps. xxii, 31.
(3) D'afiri'S ps. xxii, 32.
(4) JJie messianisclien Vorslellungen des jiUUschen Volhes im Zeilalter (1er Tannailen.
(5) Le Messianisme dans le Talmud cl les Midrascliim, \k 92 (Paris, 1907).