‹ Le Messianisme chez les JuifsChapitre 59 sur 118 · I.A RtSlllRECTlON DES MOUTS · texte numérisé non relu

I.A RtSlllRECTlON DES MOUTS

tion et le monde de rau-delù, qui exigeait pour la résurrection un certain degré spirituel. On en vint donc à distinguer, dans cette école, la condition des ressuscites sous le Messie et dans la vie futuie. Dans le premier cas, ils mangeaient, buvaient, et usaient du mariage, comme les morts ressuscites par Élic ou Elisée ; dans le second cas, la présence de Dieu leur tenait lieu de nourriture et du reste (1).

Mais d'autres docteurs, et c'était peut-être le grand courant orthodoxe, continuaient de placer la résurrection des morts après les temps messianiques.

D'après les textes examinés, ce devait être l'opinion dominante, et peut-être la seule, au temps de Jésus.

La résurrection, comme le monde à venir, était dominée par la grande idée du jugement et du compte à rendre.

Un tannaïte de la fin du second siècle, Éléazar ben Ilaqappar, a bien résumé une longue série de spéculations sur ce thème quand il a dit :

Ceux qui naissent vont à la mort, ceux qui meurent vont à la vie et reviennent à la vie pour être jugés; pour savoir et faire savoir et être connus. Car c'est lui qui nous a moulés, lui le Créateur, l'Omniscient, juge, témoin et plaignant, qui doit juger. Dans son jugement il n'y a ni erreur, ni oubli, ni acception de personne, et il ne reçoit pas de présents, car tout est à lui. Et sache que tout conduit à rendre compte. Et que ton penchant ne te fasse pas accroire qu'il y a au Chéol un lieu de refuge, car tu as été formé malgré toi, tu es né malgré toi, tu as vécu malgré toi, tu mourras malgré toi. et c'est malgré toi que tu rendras un compte en justice devant le roi des rois des rois, le saint béni (2).

(1] Jelunek, Bet ha-Midrasch, VI, p. 148 ss., dix questions sur la résurrection des morts, regardées par léditeur comme des traductions de Saadya. (2) Aboth, IV, 22.

CllAlMTUE V LES TEMPS MESSIANIQUES.

Le Messie était attendu comme un sauveur; c'était donc une loi de sa destinée de paraître dans des temps calamiteux : sa gloire serait pins grande à les changer, et c'est précisément quand l'oppression se faisait plus lourde qu'on appelait plus hâtivement le Libérateur. Cette situation d'angoisse antécédente à la joie était comparée, d'après une formule déjà familière aux prophètes (1), aux douleurs de la femme au momentd'enfanter. C'est le sens de l'expression presque technique «douleur du Messie », qu'il faut entendre non comme des douleurs personnelles au Messie, mais comme celle du temps qui doit lui donner le jour (2). Aussi supposait-on que l'épreuve durerait neuf mois, le temps d'une grossesse. Elle devait être si terrible que plusieurs préféraient renoncer à voir ce Messie, plutôt que de s'y exposer.

Un texte du Talmud peint bien les perplexités des amoras de Babylone.

liai) dit : Le fils de David ne viendra pas avant que l'empire se soit étendu sur Israël pendant neuf mois, car il est dit(3Iic/(. v, 2) : c'est pourquoi il les livrera jusqu'à re que celle qui doit enfante)-, enfante, et le reste de ses frères se joindront aux fils d7.srael. 'OuUa dit : Qu'il vienne, et (jue je ne le voie pas; [Rabba] dit aussi : Qu'il vienne et que je ne le voie pas. K. Joseph dit : Qu'il vienne, et que je sois digne de m'asseoir à l'ombre des crottins de son àne. Abaï lui dit (en parlant de Rabba; : Pourquoi opine-

(1) 7s. Lxvi, 7; Os. xiii, 13.

(2) E.\primées ordinairement ri''U.*^~ "iSzn, n^ais M. Dalinan a montré depuis longtemps

que cette expression est moderne, apparaissant pour la première fois dans Q\ur, Thariq f'ftrinitfi. Les seuls endroits anciens connus b. Saiili. '.)8'', Chabbal 118\ Pesnkhim 118\ Atel.ilta 58'', Midracli sur Prov. n, 1, lalqouf Cfiimeôni 11, 132', ont n'''kl?'2 Sc V"'2n, c'est-àdire le singulier, répondant moins exactement au grec woïvî;. Dans b. Kefhubot 111% on lit niUQ ''Sin, 'nais le vrai texte (lensemble est araméen) doit (itre n'';l??2T nSin, ce qui revifînt exactement à l'expression hébraïque ancienne. On trouve aussi le sing. I Th. v, 3. La remarque de M. Dalman (Der leidcnde..., p. 42 et notes), qui esta retenir pour l'exactitude [)liii()]ogique, est d'ailleurs sans grande importance pour le sens.

Li:S TBIPS MESSIANIQUES. IS:

t-il [ainsi]? Peut-être à cause de la douleur messianique. Et on rapporte par tradition que les disciples de R. Éliézer lui demandèrent : Que pourra-t-on faire pour éciiapper à la douleur messianique? il leur dit : S'attacher à la Loi et aux ouvres de miséricorde (1).

On a remarqué que ce texte se termine par une baraïlha attribuée à R. Éliézer ben Hyrkanos, antérieur à Hadrien.

Il indiquait à chaque individu le moyen d'échapper à la.yrande angoisse : ;: Si Ton voulait observer le sabbat, on se préservait du jour de Gog et Magog-, de la douleur messianique et du jour du grand jugement » (2), mais ces calamités, en elles-mêmes, étaient inéluctables (3).

La description des fléauv variait au goût de chacun ; il y avait cependant des traits généraux traditionnels : la disette, suivie de la famine, la dévastation du pays et la licence extrême des mœurs. La soumission des Juifs à une puissance étrangère est comme un postulat nécessaire, mais n'est pas toujours spécialement indiquée; on veut marquer surtout une sorte de renversement des lois de la nature et de la société. C'est le caractère du tableau présenté par laMichna (i).

Avant la venue du Messie, l'audace criminelle augmentera, la cherté sera à son comble, la vigne donnera son fruit, et cependant le vin sera cher, et le règne sera gagné à l'hérésie judéo-chrétienne; et il n'y aura pas de correction-, l'école servira à

(1) b. Sanh. 98'' : ny^TI SxlU,^'» Sy DIdScH 'iDttTEnn^* ~" N2 -"i- p ]\S' 21 ^^ZN

i^x Sxiï;i 1:2 Sy p2Ti*i i^nN iniT mSi mSTi ny -" uit\^ pi "'«ZNi-r airin 137NT inii "i^zx =]DTi 2T -'':iî2nix nSt inii [n2-i] igk pi -^:V2n\x nSt in^"' nS^ Sf i'^2n u^'cn xî2iS\s -12"^ [n2iS] it2K S"k nin^zn- xn^Ei:- nSt^2 2''n\sn-zx 7\'^-:2y2 S^ iS2na h'^.^^ n-x r^x:':> n^z n"t nx m^z^n rx-r x*:nm n^cs

.2i-zn n"Svz;i .-Tr2 pizyi =r.S

L'abréviation 'd'^Q =■ Dyc HQ.

(2) Mekilta sur Ex. xvi, 25; éd. Weiss, p. 59» : nx IVZw'S l:fn DX i'Z*X l'VX 121

:i- DivzT ni-:;^ S-j V1r\^^ :ia^T :i: S-j mi^ mi:"ii3 -cSuj'z irj:7\ n2^n

(3) Le Targum sur Is. l.wi, 7, semble dire le contraire de la douleur antécédente au Messie; il a été obligé de suivre son texte, et il est probable qu'il faut entendre que la douleur sera très courte, si courte qu'elle ne comptera pas : « Avant que ne lui vienne l'angoisse, elle sera sauvée; avant que le tremblement des douleurs de la femme ne l'atteigne, son roi sera manifesté ».

:4) soia, IX, 15 : -ipii2 ]i>m Hiis ]nn ]D'^n ni^zxi "ip'T'T n;zi xsïin Nni-i'^z m2py2 □rji ^b2;m 21-1 SiS;m m;7S nMi t;t ni2 nn:in pxi m:''*zS -,£-n nisS^zm •vzx-zi x'cn ixniT mcn diieid nîz-m i::ini xSi ii"S ii->-îz '122101 Si2;n ic^ixi 2x Si:'z 72 aijisp 1:2^ tî^ZjI ai:p7 'i;i2Si Di:pT 1:3 QiiïJ ni~yj N~n nrzxm irx pn 2S:- i:Ew m-n i:î: ^ni2 iu*;x ï;ix i2iix nnTznz -S3 -*zx2 .-'z^ n2 .□i^zczr •:*2x S" yjz-nh ^:h ui i*z S"! rzx-z ui2n*z

Au début, litt. sur « les talons du Messie », pour désigner le temps qui le précède im-

18S I.1-: .Mi:ssiAMSMi: 1)aimji:s i.k imiauisais\œ r.Aiir.iMnUE.

la prostitution, la dalilée sera couverte de ruines et 'le Djùlàn' dévasté ; les gens de la frontière s'en iront de ville on ville sans qu'on en ait compassion, la sagesse des scrihes sera en mauvaise odeur, ceux qui cnugnent de pécher seront méprisés et la vérité malmenée. Les jeunes gens feront pâlir les vieillards, les vieillards se tiendront debout devant des enfants-, un fils fera allront à son père, une fille se dressera contre sa mère, une bru contre sa belle-mère; un homme aura pour ennemis les gens de sa maison, la face de cette génération sera la face d'un chien, le fils ne rougira plus devant son père. Et sur (|ui nous appuyer? sur notre père qui est dans le ciel.

On voit percer ici rcfïï'oi qu'inspiraient aux Juifs les progrès du christianisme, même au sein de la nation (1). Sans être aussi précis, d'autres raneoaient parmi les grandes douleurs l'oubli de la Thora. Une baraitha anonyme, attribuée par quelques-uns à Simon b. lokhaï (2), avait ce caractère particulier que l'anxiété n'était pas à son comble à l'avènement du Messie; elle progressait jusqu'à un maximum pour diminuer ensuite graduellement.

Dans la semaine [d'années] où le fils de David doit venir, la première année s'ac complira ce qui est dit (Aryios, iv. 7) : je ferai pleuvoir sur une ville, et je ne ferai pas pleuvoir sur une autre. La deuxième année les llèches de la famine seront tirées ; la troisième, une grande famine, les hommes, les femmes, les enfants succombent, les gens pieux et les hommes d'œuvres [sont en moins grand nombre], et la Loi est oubliée de ceux qui l'apprennent. Dans la quatrième, abondance sans abondance; dans la cinquième, j:rande abondance, on mange, on boit, on se réjouit, et la Loi revient à ceux qui l'apprennent. Dans la sixième, des bruits se répandent] : dans la septième, des guerres: à la lin de la septième, vient le fils de David (3).

Il est très important de noter avec M. Klausner que cet obscurcissement de la Loi fait partie des douleurs messianiques ; elle reprend son éclat avant l'avènement du Messie. Les Juifs, demeurés Juifs, ne pouvaient admettre que la Loi fût abrogée (V .

Dans la pensée d'un grand nombre de maîtres, les douleurs messia-

niédiatement. "j'?2;m ne peut guère signifier la Gébalène, ou pays au nord dÈdom, dont les Juifs ne se souciaient guère; nous avons traduit comme s'il y avait ]Slin. Cet ensemble est détaillé en trois baraïthoth, attribuées à R. Kéhémie (Sanli. 97"), à R. lehoudah (ib.) à R. Nelioraï (ib.); cf Klal'sneu, l. t., p. 50 s.

1) L'ensemble est donc postérieur à Hadrien; cependant le noyau peut remonter à Ganialiel II (Hacher, Tannaiten, I-, p. 92).

(2) Par Déreli ères zula, c. lo.

(3J b. Sanh. 97" : "Tn'iZ'Sm HT N"^p^2 D''''pn'2 nZV^'NI r,:'Z' 12 N2 'M ]ZZ' VIZ'J

r^yz^z n''icr*2 rn-n-wC n-nm r\^rT2 i-»:-:nt ditch •=\c^ dt:i dicin ain^i

-"i-TcrS n-in nnm ';^n^ï;i ]\-Tiy,n ]^S:*,xi Sii; 'ji'.v: nTi'znz vzrc i:\s'T '^Jz^z'

HZ "ni ]z nivizc \*<ïic2 r.''^2:{'^';2 n'oyiez mSip rT-^irn

(4) Cependant il sagit bien d'une amélioration dans SifréDl., § IGO (éd. Friedm. lOJ'); cf. les textes cités par de Voisin dans le Pugio fidei, fol. 122 s.

niques n'étaient sûrement pas destinées seulement à un ellct de contraste. Les souffrances de la nation, depuis l'histoire des Juges surtout, étaient dans le dessein de Dieu des épreuves pour amener Isra»"l à résipiscence. Il ne criait vers Dieu pour avoir un Sauveur que lorsqu'il était opprimé. Ces cris avaient été maintes fois entendus de Dieu. On devait espérer que le salut messianique, le plus éclatant de tous, suivrait à une épreuve plus dure, accompagnée de péuitcnce. D'où l'extrême importance de la pénitence pour amener le Messie. Ce principe admis, d'autres pouvaient penser que la fidélité à la Loi ou les œuvres de miséricorde n'auraient pas moins de poids dans la balance divine qui réglait les destinées. Et en effet, nous rencontrons chez les tannaites l'expression de ces diverses opinions, appuyées sur des textes scripturaires.

R. lokhanan rapportait au nom de R. Siméonb. lokhaï : Si seulement les Israélites observaient deux sabbats dans les règles, ils seraient aussitôt sauvés, car il est dit (/.-. LVi. 4) : Voici ce que Dieu dit aux eunuque.'^ qui observent mes sabbats; et il est écrit ensuite {Is. lvi, 7) : je les amènerai à ma montagne sainte, etc. (1).

Le sabbat était donc si difficile à observer dans toute sa rigueur, que l'observation parfaite de deux sabbats était regardée ici comme un idéal impossible à réaliser; l'apophtegme de R. Simon b. lokhaï était plutôt un paradoxe qu'une idée courante.

La bienfaisance ou l'aumône, plus facile, ne pouvait prétendre qu'à rapprocher le temps du salut, d'après R. lehouda b. Haï (2) : « Grande est la valeur de l'aumône, qui rapproche la rédemption, car il est dit (/.S-. LVI, 1) : Voici ce que dit Dieu : gardez le droit et pratiquez la justice, car mon salut est proche, et ma justice va se révéler » i3).

Mais le point principal était évidemment la pénitence. C'était elle qui avait toujours touché lahvé et l'avait décidé à intervenir.

Aussi R. ÉUézer b. Hyrkanos allait-il jusqu'à affirmer que c'était une condition absolument indispensable. Sans la pénitence, pas de salut.

La tradition avait conservé le souvenir d'une discussion très serrée entre ce maître et .losué ben Khanania, plus soucieux de réserver la liberté de Dieu et sa fidélité à tenir ses promesses au temps marqué,

.'i;i t^-p nn Sx aTiiN^^m nimi 217121 imn2U

(2) D après Bâcher, Tann... II, p. 218; d'après Klausner, R. losc.

(3)6. Baba bathra, 10": l'^X .13 'n:w nS"X;- PX r2^p*2*w' "p-j,* H^l-a ""21X l""!

mSinS inpiST N2S ^n"itt;i n2np 12 np-ï rz'v^ •2£-i'-3 in?2U7 'n. lc mot np-y

n'a pas le même sens chez le prophète, el dans le TalmuJ.

100 I.R MESSIANISME DAPRKS LE IMIAniSAISME RABBINIQUE.

«juclles ()uc fussent les dispositions cVlsraël. Chacun apportait des textes à l'appui de son opinion.

Voici comment le Talmud de Kabylone exposait cette argumentation (l) :

R. Eliézer disait : Si Israi-l fait pénitence, il sera racheté, mais sans cela il ne sera pas raclieté. Ral)i Jusiié h. Khanania] lui dit : Si donc ils ne font pas pénitence, ils ne seront pas raclietés? II. Kiiézer lui dit (2) : Dieu leur imposera un roi dont les décrets seront durs comme ceux d'Aman, de sorte qu'Israël fera pénitence, et reviendra au bien.

D'après un autre tanna, R. Eliézer dit : Si Israël fait pénitence, ils seront rachetés, car il est dit (./(■/•. m, 22) : faites pcnilence, fih «H/ù/é/es, et je guérirai vos infulvlilés. R. Josué lui dit : N'est-il pas dit aussi (/s. lu, 3) : vous avez t'té vnidns jicnir rien, et vou.-i serez raclictrs sans argent? Vous avez été vendus pour r/'c/i s'entend du culte des astres ; vous nerez rachetés sans argent [veut dire] sans pénitence et sans bonnes œuvres. R. Eliézer répondit à R. Josué : Et n'est-il pas encore écrit [Mal. m. 7) : Revenez à moi, et je reviendrai à vous? R. Josué lui répliqua : Et n'est-il pas aussi écrit {Jér. m, 14) : je suis votre ma'ilre^ et je vous prendrai l'un d'une ville, et deux d'un clan, et je vous ramènerai à Sio7i? R. Eliézer lui dit : Et n'est-il pas dit aussi {Is. XXX, 15) : vous serez sauves si vous vous convertissez et demeurez tranquilles? R. Josué dit à R. Eliézer : Et n'est-il pas dit aussi {îs. xlix, 7) : Ainsi 'parle Bleu, le rédempteur et le saint d'Isi'aél, au méprisé, à Vhorreur des nations, à l'esclave des souverains : Des rois verront et des princes se lèveront et adoreront {'i)? R. Eliézer lui dit : N'est-il pas dit aussi [Jr'r. iv, 1) : si tu te convertis, Israël, parole de Dieu, tu te convertis à moi? R. Josué lui dit : N'est-il pas dit aussi {Dan. xii, 7) : et f entendis riiomme vêtu de lin qui était au-dessus des eaux du fleuve et il leva sa main droite et sa main gauche vers le ciel, et il jura par celui qui vit éternellement que ce serait dans un tfmps. des temps, et une moitié [de temps], et que, quand la force du peuple saint serait entièrement brisée, toutes ces choses s'accompliront, etc. ? Et R. Eliézer garda le silence.

R. Eliézer s'avouait donc vaincu. Les textes qu'il avait cités étaient des appels à la pénitence; ils n'excluaient pas l'intervention de Dieu à son heure. Dans le Talmud de Jérusalem, R. Josué découvre mieux sa pensée : Dieu aura pitié des Israélites et les délivrera, « cet acte de délivrance étant un de ses attributs, comme Test la chute de la pluie )>. Dieu donne la pluie aux pécheurs et aux justes, sa bonté ne dépend pas des actes de 1 homme. Telle est la raison profonde que R. Josué avait su tirer des textes de l'Écriture.

fl) b. Sanli. !t7'' et 98^ (dans le Taliiuid de Jérusalem, Ta'anilh, trad. Scliwab, t. Vf, |i. 142 s.). Le te.\le hébreu de Sanh. est trop long pour ôlre reproduit ici.

(2) D'après le Talmud de Jér.; celui de Babylone porte xSn, « mais », et attribue ce (|ui suit à Josué. La leçon nSx, moins bonne, a pu naître d'une fausse lecture de l'abréviation X'i S'N {Lévi, Bâcher, Klaiisner).

(3) R. Josué suppose que si Israël est abaissé, c'est donc qu'il était pécheur : sans Iransilion, les rois se prosternent, étonnés de sa gloire.

LES TEMPS MESSIANlnUES. lOl'

Cependant on ne saurait affirmer qu'elle avait prévalu clans le judaïsme. Peu après l'endroit qui semblait donner raisou à R. Josué, le Talmud de Jérusalem reprend les thèmes que nous connaissons

déjà(l) :

Quand sera-ce? — Quand vous voudrez, Dieu voudra aussi; à vous de l'invoquer.

— Quel obstacle y a -t-il à liotre salut? — Il ne manque que le repentir, répondit-il (2)... R. Alia dit au nom de R. Tanlioum b. Iliya : Si Israël se repentait un seul jour, aussitôt le iMessie viendrait, selon ces mots (Ps. \cv, 7) : IJ)i ce jour, si vou>i ''coûtiez, sa voix. R. Lévi dit : Si Israël observait un seul sabbat en régie, aussitôt le Messie viendrait, etc.

Mais Israël n'était jamais sûr de ses propres dispositions, et demeurait dans l'incertitude.

Ainsi donc le seul signe incontesté de la venue du Messie, c'était une extrême misère des temps. Il était loisible à chacun d'insister sur tel ou tel point particulier : la prédominance des traîtres, la diminution des écoliers, la pauvreté, le désespoir lui-même, lorsque Israël se serait vu sans chef et sans sauveur (3). On avait connu tous ces maux, mais on pouvait craindre pire, et rien ne venait. Aussi quelques-uns demandaient des signes positifs, des symptômes avant-coureurs plus précis. La prudence des rabbins ne se prêtait guère à ces impatiences. Tout le monde convenait qu'il fallait que Rome fut vaincue, mais quelques-uns la jugeaient avec raison très solide. José ben Qisma était de ce nombre. Il avait conseillé à son ami Khanina ben Teradion d'obéir aux édits et de fermer son école ; il vivait en bonne intelligence avec les autorités de l'Empire, estimant que c'était folie aux Juifs de l'attaquer de front. La tradition a conservé le souvenir d'un de ses entretiens avec ses disciples sur le moment de la venue du Messie (4) :

Les disciples de Rabbi José ben Qisma lui dirent : Quand viendra le fils de David?

— Il leur dit : Je crains que vous ne me demandiez un prodige. — Ils lui dirent : Nous ne te demandons pas de prodige. — Il leur dit : Quand cette porte sera tombée et aura été rebâtie, et sera tombée [encore] et aura été rebâtie, et sera tombée et aura été rebâtie], et sera tombée et qu'on ne pourra plus la rebâtir, le lils de David viendra. — Ils lui dirent : Notre maître, donne-nous un signe (prodige;. — Il leur dit : Et pourtant vous disiez que vous ne me demandiez pas de signe? — Ils lui dirent : Quand il en serait ainsi? — Il leur dit : Comme preuve qu'il en sera ainsi, que les eaux de la grotte de Panéas se changent en sang! et elles se changèrent en

1) Talmud Jér., trad. Schwab, t. VI, p. 144.

(2) Siméon b. lokhaï, enseignant ses disciples.

(3) Sur ces différentes opinions, cf. Kl.vusnkr, l. L, p. 40 ss.

(4) Bien expliqué par Bacjikr, Tanii... I-, p. 398.

192 LE MESSlAMSMi: I) APRKS I.E PlIARISAISME RABBINIQUE.

sang. Au moment de sa mort, il leur dit : Placez mon sarcophage très profond, car il n'v aura pas de palmier en Babylonie où un cheval perse ne soit attaché, ni une auge dans le pays d'Israël où un cheval mède ne mange de la paille (1).

On peut négliger le miracle des eaux changées en sang, qui a cependant l'utilité de nous renseigner sur le lieu de cette scène; on était près de la grotte de Fîanias, d'où sort une des sources du Jourdain. Il y avait sans doute h\ une forteresse romaine (2), et José voulait dire que llomc ne céderait qu'aux assauts répétés des Parthes. Vaincue, elle se relèverait trois fois, pour succomber enfin, du moins en Palestine.

En dehors de cette conjecture politique, on citera avec M. Klausner des présages tirés des songes : on pouvait attendre la venue du Messie quand on avait rêvé d'un âne, à cause de la prophétie de Zacharie (ix, 9) ou d'une \'igne, à cause de la bénédiction de Jacob [Gen. XLi\, 11) (3 . Ces puérilités montrent qu'à l'époque des tannas ces passages étaient couramment entendus du Messie.

D'autres préféraient fonder leurs prévisions sur TÉcriture, mais se gardaient de trop de précision. José ben Khalaphta pensait qu'on pourrait calculer l'arrivée du Messie, si l'on savait combien de temps Israël avait servi les faux dieux, car la servitude devait durer le même temps, d'après Osée (ii, 15), Zacharie (vu, 13) et Jérémie (v, 19) \k). Des deux controversistes, Josué ben Khanania et Éliézer b. Hyrkanos, le premier fixait le grand salut au printemps, à l'instar de la délivrance d'Egypte, le second à l'automne ^5). Quelques-uns cependant

(l)6.SaJlA. 98V I^N N2 'M "jZ ^n*2\S* N"2r'p 'Ç. ''^T' ''2T nx TT^^zSn rNC

im:2S ^ip''£Da ]\st h^z''•^ [n:2^i h^z^^\ n:2n Sie^i ,1:2^1 7\'t\ T>•l:^^ Sis^j^S Dnx ]"'î<a "h Dmî2N -3 xSi S"k mx i:S ^n "1:121 iS T!'2x n2 -tt pu r: Diias m"a V2 idîhi -3 dn cnS 't2x p e""nt "h n'2N m^< ^:*2'2 ^Tp2'2 Sp- Sd ^ix-w (98'') izliN iS "ipv2y- pS T2X ^T\^^'cz nvu2 a-^ ^z^r^z^ a-^ Sxiui yiN2r ^iiNT -jinx S3 '^ "jiNi 12 lup: di^dis br d12 ^\vu S222U Sp-i

.pn 12 S^lX 17?D D1D •5\s*u £ ;;x"l = ")£ S" ^Xl. Il en était sans doute alors comme aujourd'hui, où plus d'ua sarcophage sert d'auge auprès des fontaines ou dans les écuries. Les mots entre parenthèses indiquent une variante; ils manquent au texte ordinaire du Talmud, mais il est plus facile d'ad mettre que le scribe s'est fatigué de la répétition, que de supposer qu'il a encore ajouté les mêmes mots.

(2j A Césarée de Philippe, mais le gouverneur romain résidait à Césarée sur le bord de la mer (contre M. Klmsneh, /. /., p. 40}.

(3) b. Berahoth, 56'' et 57.

(4) lUcnER, Tann... II, p. 187, d'après E/>a r., prologue, n» 21.

(5) D'après J's. lxixi, 4. B.vcukr, Tann. I-, p. 133 s.

I r.S TFMI'S MKSSIAMOrES. io:{

pi étendaient indiquer exactement l'année de la venue du Messie. R. Khanina la mettait quatre cents ans après la ruine du Temple; une baraïtha anonyme disait : « Après quatre mille deux cent trente et un an depuis la création du monde, si un homme te dit : prends pour un dinar un champ qui en vaut mille; ne le prends pas » (1). On suppose que le Messie va venir et donner des champs pour rien.

Mais celte précision exposait à trop de mécomptes; elle déplut, et H. José b. Khalaphta eu vint à déclarer que ceux qui calculeraient " la fin », c'est-à-dire l'avènement messianique, n'auraient point de part au monde à venir (2 . Il fut donc entendu que le Messie viendrait sans être attendu, comme la mort, ou comme le scorpion qui pique à limproviste, ou comme le trésor découvert par hasard.

S'il était difficile de savoir quand viendrait le Messie, on .savait du moins que ce serait à la fin des temps, quel que fût le sens de ce terme. Quelques-uns pensaient-ils à la fin du monde? C'est ce qui parait résulter d'un axiome plusieurs fois répété. La tradition babylonienne l'attribuait soit à R. José (3), qui serait probablement R. José ben Khalaphta, disciple d'Aqiba, soit à R. Asi (4), un amora de la fin du III' siècle. La formule était stéréotypée : « Le fils de David ne viendra que lorsqu'il n'y aura plus d'àmes dans le réceptacle, car il est dit ils. LVii, 16) : car l'f.'iprit attendra en ma présence et /es âmes que fai faites (5) ».

Le réceptacle est une sorte de trésor où les Ames, créées depuis le commencement du monde, attendent le moment d'entrer dans les corps. Quand il sera vide, on touchera donc à la fin du monde. La

•npn Sn Tnx -iina 011:1- '^''^x nir mu; -S np q-n "^ i^^n"' D^< nhrj

(2) Bâcher, Tann. II. 159, n. 7. D'après Dérek ères rohba, c. 11. CeUe déri.sion ne mil l)as (in aux calculs. Le plus illustre maître de tout le moyen âge, R. Moïse Maiinonide, fixait la venue du Messie à l'an 121G, d'après le n"D {Num. xxiii, 23) de Balaam, qui était censé situé en l'an 2488, entre la création du monde et le Messie (2488x2 = 4y"6, soit l'an 1216 ap. J.-C). Il est vrai que certains savants Israélites, D. Kaufmann et I. Lévi, déclarent ce passage interpolé; mais il est soutenu par Bâcher qui l'enlend — trop subtilement— d'une rénovation de l'esprit prophétique (cf. lievue des éludes juives, t. XXXIV, p. 101-105).

(3) 'Aboda zara, 5", et Xidda, 13'-.

(4) Icbamoth, 62' et 63''.

(5) maurji '^^'oT "^zzh^ T\^^ ^z mx: =]"i;2U niTzr: iS-it* -" n2 ttt \z ^-x

WU?Î? ^:n. Le texte d'Isa'i'e esta traduire : « car l'esprit succnmherait devant moi, les âmes que j'ai faites » ; mais l'application rabhinique suggère que îll'cy' était pris dans le sens d'attendre. Dès lors c'est le Messie qui est l'esprit. aUendant auprès de Dieu le moment de paraître. Simon b. Lakich avait interprété du Messie l'esprit de Dieu de Cm. 1, 2 {Gen, r., c. 2); cf. BAciiF.ii, ï)ic Aç/ada der palâst. Am, III, p. 172, n. 5.

Page 1