II. — LA FJXICITÉ MESSIANIQUE
Tout ce qu'avaient annoncé les Prophètes de la prospérité réservée à l'avenir, de la fécondité du sol, de la délivrance d'Israël, de ses victoires, de la gloire de .Jérusalem et du Temple, se résume pour les rabbins en un terme technique, le temps du Messie. K. Khiya b. Aba exprimait tout cela d'un mot : « Tous les prophètes n'ont prophétisé que des jours du Messie (5) ».
Certes, ce tableau prophétique était assez splendide. La nature transformée, le désert devenu fertile et les champs féconds à l'excès,
(IjGen. i:, c. 24 (cf. Lev. /•., c. 15) : nT2C:n '^: ISIZT ~" X2 niU?12n '^'2 ]>ii
(2) Op. laud., [). 3G ss.
(3) b. Baba balhra, 60'-.
(4) b. Nichla, 13'' : n Les prosclNles el (eux «lui joiienl avoc des jt'unos (illes rclardenl le Messie ».
(5j b. ciiahhifih. n.'i' : n"w'2n nv2'^ iS'^N' *N2:r: xS cx^zzn ^:. \
des sources arrosant les gorges arides, les animaux sauvages dcxilcs à riionmie et doux les uns aux autres, le peuple de Dieu refr.i me, Jérusalem enrichie des dépouilles des nations, leurs rois ollVant des présents au Temple.
Fallait-il prendre ces images dans le sens symbolique, comme si le bonheur temporel n'était là que pour marquer une transfoimation des âmes, religieuse et morale? ('/est ce qu'ont failles Apôtres, étlairés par l'évidenee des réalités spirituelles dont ils étaient témoins et participants.
Les voyants des premières apocalypses ne se sont pas non plus souciés d'un accomplissement strictement littéral! C'est dans Esdras, dans Baruch surtout, parce qu'il est plus imbu des doctrines rabbiniques, qu'on prend plaisir à renchérir sur ces descriptions plantureuses. Ou ne pouvait exiger une intelligence tout à fait spirituelle des prophéties avant la révélation de Jésus, mais du moins on était en droit d'attendre une juste appréciation de la valeur si différente des divers éléments de la prophétie. A supposer qu'on dut prendre à la lettre la transfiguration de la nature, elle n'était dans les Prophètes qu'une conséquence de l'innocence reconquise, et un renouvellement embelli du cadre où avait été placé le premier homme. C'était donc sur la rénovation religieuse que les livres inspirés avaient mis l'accent : la connaissance et le service de Dieu, son règne auquel serait associée la nature.
Or on ne voit pas que les rabbins aient compris ce rapport. Sauf une ou deux exceptions très remarquables sur lesquelles il y aura lieu de revenir, ils ont donné libre carrière .'\ leur imagination, grossissant comme à plaisir dos descriptions déjà si extraordinaires, que leur outrance même avertissait de ne point tout prendre à la lettre.
Ce sont là débauches d'esprit sans agrément de style, divagations sur l'Ile des plaisirs, ennuyeuses parce qu'elles sont sérieuses, pénibles au lecteur étranger, parce que ce sérieux vient de l'immense orgueil qui rendait plausibles à Israél toutes les extravagances ordonnées à sa gloire.
La terre devait produire dos fruits abondants et merveilleux, qu'on u aurait aucune incommodité à cultiver, et pas même la peine de cueillir. Assurément il y avait dans l'Écriture des points d'appui |)our de semblables chimères, si on prétendait prendre les textes dans le sens littéral. Ézéchiel décrivait la source miraculeuse qui devait sortir du Temple : « Près du torrent, sur sa rive de chaque côté, croîtront toutes sortes d'arbres fruitiers, dont le feuillage ne se tlétrira point... Chaque mois ils produiront des fruits nouveaux, parce que ses eaux
196 LE MESSIAMSMK D APHi.S IF. l'Il AKISATSME RABBINIQIE.
sortent du sanctuaire; leur fruit sera l)on à manger, et leurs feuilles serviront à guérir » (1). Naturellement on exploitait ce texte; on se demandait seulement s'il ne fallait pas conclure, de la fécondité des arbres tous les mois, à la fécondité des céréales tous les cjuinze jours. VA ou essayait de trouver la même annonce dans Joël, qui n'a rien de semblable (-2). Les promesses de la fécondité la plus luxuriante ne suffisaient pas. Si le psalmiste avait promis « abondance de blé dans la plaine et au sommet des montagnes » (3), on interprétait que l'orge serait aussi haut que le palmier, ot monterait Jusqu'au sommet des montagnes. Mais alors comment moissonner? Le texte fournissait le remède : « et il fumera comme le Liban >> [k), c'est-à-dire que Dieu fera sortir de ses réceptacles un vent qui répandra la fleur de la farine, de sorte que chacun recueillera en passant sa nourriture et celle de sa famille (5).
La récolte du vin ne pouvait rester en arrière : « Il n'y aura pas de grappe de raisin qui ne donne trente tonneaux de vin, car il est écrit : « tu boiras comme vin le jus de la vigne » (6). Pour tirer sa conclusion, le commentateur se permet un changement dans les voyelles du texte, ce qui donne pour chaque vigne un khomer de vin, c'est-àdiro une mesure équivalant au kor pour les choses sèches, de la valeur de trente scrts.
L'apocalypse de Baruch (7) a la même comparaison avec un ko)\ mais c'est le grain de raisin et non pas seulement la grappe qui donne cette quantité fabuleuse de liquide. Le bon Papias ne s'en contenta pas et multiplia tout par dix mille, aboutissant à faire rendre à chaque grain vingt-cinq mesures (8).
De la fécondité des plantes, on passait à celle des animaux et même de l'homme. Kabbi Gamaliel II qui vivait au temps de la guerre de
(1) L;. XLVii, 12.
(2) Joèl, II, 23; Kl.AUSNEU, l. /., p. Ul.
(3) Pu. Lxxn, 16.
(4) Lire toute cette strophe un peu autroinenl (juc le texte massorétique; voy. ItB., 1905,
(5) Baraïtha anonyme, ft. A'e/^M/;o</j, 111''.
(6) b. Kelhuboth, \\V' : 'N3U? ]''"' "ilia U>^2^^ .12 ^"-xr T^I^V^ r\1Z'-J Sd "jS ^^NT
ycm nSx lan i"ipn Sn icn nnu*n i2'j an {di. xxxn, i4}.
(7) Apoc- Baruch, xxix, .'> : ctiam terra dabil fructits suos nnuin in dcccm milUn, et in vite una erunt mille palinites, cf. unus palmes faciet mille botros, et bnlrtis unus faciet mille acinos, et U7ius admis faciet corum vint.
(8) Veillent dies in quibus vincae nascentur singula dena millia palmitum habenles, et in uno palmite dena millia brachiornm, cl in uno brachio palmitis dena millia flagellorum, et in unoquoque flagella dena millia botruum, et unumqnodque acinvm expression dabil viginti quinqve metrelas vini {apud Ircn. v, 33).
Titus disait : << Il viendra un temps où la femme enfantera chaque jour, car il est dit [Jêrémie, xxxi, 8) : Femmes enceintes et accouchées ensemble. Cependant un disciple se moqua de lui, et lui rappela le cours invariable des lois de la nature, attesté par l'Ecclésiaste : il ny a rien de nouveau sous le soleil. Gamaliel lui dit : Viens, je vais te montrer quelque chose en ce monde-ci, et il lui montra une poule » (1).
Le dialogue se poursuit, Gamaliel continuant à vanter les merveilles de l'avenir, le disciple opposant toujours le texte de l'Ecclésiaste, et le maitre faisant appel à des analogies constatées comme pour bien marquer, même au sujet de ces exagérations prodigieuses, qu'il ne s'agissait que de développer et de transformer les énergies de la nature.
Cette transformation devait atteindre la stature de l'homme, désormais deux fois plus haut qu'Adam, auquel on attribuait cent coudées, ou du moins aussi haut que le Temple. Tout cela était prouvé par des textes de l'Écriture. N'était-il pas écrit des femmes : (( Que nos filles soient comme les colonnes angulaires, dont les parures variées ornent nos palais » (2)?
11 était certes beaucoup plus facile d'établir que les bêtes féroces deviendraient inoffensives, le célèbre texte d'Isaïe étant très clair làdessus, si on ne se décidait pas à l'entendre au sens symbolique (3).
Toute cette merveilleuse transfiguration de la nature n'était que le cadre ou le point d'appui de la félicité d'Israël. Il fallait qu'il fût restauré, comme au plus beau temps de son histoire, et dans une gloire incomparable.
Le premier acte était le rassemblement d'Israël dispersé, et son retour dans la Terre sainte. Aussi la dixième demande du Chemonéesrê supplie Dieu de sonner de la grande trompette de la délivrance, de faire un signe pour ramener les exilés dans leur patrie, de tous les bouts du monde.
D'autres pensaient que le Messie lui-même emboucherait la trompette (4). De toute façon on s'accoutuma à nommer cette trompette la trompette du Messie, dans le sens général de trompette des temps messianiques.
(1) b. Sabbatli, 30'' : ,tj;x m^FI" ^^ll XpT Ss^iSoS ]31 l^nn NH Ij NM iNQ
.nSia:in mS ''inx ps: f"nr;i ]n72;i- -Nnsi n2 S"n •»y'2;yn nnn
(2) Ps. cxLiT, 12; 6. Baba bathra, 75'.
(3) Is. XI, 6-9. Siphra. éd. Weiss, itl*; cf. Klausner, 1. 1., p. 113.
(4) Ps. Sal. XVII, 28; Tunj. Ps.-Jon. sur Dt. xxx, 't et Jer. xxxiir, 13.
lOS I.R MESSIANISME 1) APRKS I.E PIlAniSMS.Ml' llARlilNlorE.
I.es dix ti'ibus, quoiqu'elles aient depuis si longtemps disparu de l'horizon, ne pouvaient manquer au rendez-vous. Quelques-uns cependant les estimaient c\ jamais réprouvées; c'était du moins le sentiment d'Aqiba :
Les dix tribus ne reviendront plus, car il est dit Ufiifi'y. \\i\. 28' : // hs rejettera dans un autre pai/s., comme en ce jour; or. comme « ce jour » une fois écoulé ne revient plus, de même les dix tribus partiront et ne reviendront plus. Tel est l'avis de R. Aqiba. R. Eliézer au contraire dit : Comme le jour après avoir été sombre redevient clair, de même les dix tribus dont le sort aura été obscurci, brilleront d'une nonvpjlo clarté I .
Évidemment c'est le sentiment qui a prévalu (2). Cependant si la Michna elle-même n'a pas dédaigné de reproduire le sentiment d'Aqiba, c'est qu'il n'y avait pas sur ce point de dogme intangible.
On se perd en conjectures sur ce qui a pu motiver la sévère réprobation des di.v tribus par ce maître. Peut-être, jugeant éternelle la malédiction du Lévitique : « Vous périrez parmi les nations, et le pays de vos ennemis vous dévorera » (3), préférait-il la restreindre aux dix tribus qui semblaient bien en avoir subi l'étreinte; peut-être, décidé à saluer Bar-Kokébas comme Messie, ne voulait-il pas attendre un retour fort hypothétique.
Quoi qu'il en soit, cette opinion demeura isolée. On admettait donc que toutes les tribus seraient réunies et se partageraient la Palestine. Même la tribu de Lévi devait avoir sa part comme les autres, puisque le nombre total est de treize, Ephraim et Manassé étant maintenus au lieu de Joseph. L'opération menaçait d'être assez compliquée. Chacun devait posséder un lopin de terre en plaine aussi bien qu'en montagne, pour avoir en même temps un champ de blé et un verg-er. On ne voit pas bien après cela comment la répartition se faisait entre tribus (4).
Peut-être voulait-on marquer que dans les temps messianiques la fusion serait plus complète entre les tribus, pour effacer les dernières traces des anciennes rivalités.
(1) Michna Sanli. x, 5, traduction Scinvab.
(2) Un célèbre ainora du nr s., R. lokhanan, déclarait mt^mo qu'à cette occasion Aqiba avait perdu sa piété onlinairf -, h. Sanfi. 110''.
(■î) Lev. wvr, 38.
CO rJaraïtha anonyme dans li. Ikdxi hafhrn, 122' : SnIÏ?'' VIN' mTiy N^iin '\^V^
Q-x T'mvn z'nrj Se :^j:^-^r\ i"nr; ^c -p'-^nz x'-^i sv::!^; j"")S pSnnrm;
-S i^N n'nvh pS mu? *iS 'j\s Diis n-r 0112 mu* r ■jin pb mr iS w^
p^yn nS£U?2l ini lS ]''Xï;? ni lUa hz. I-e monde à venir est ici le temps messianique, 3"my = X2n nSiyn, les cbamps blancs .sont des champs de céréales où il n'y a point d'arbres qui donneraient de l'ombie-, la division de la Palestine en trois parties, monta^^nc, Chéféla cl vallée, suppose que rliacun aurait trois propriétés.
LES TEMIS MESSIANIOraS. 199
Il allait de soi que Jérusalem serait lebàlie, plus glorieuse que jamais. Pendant que les autres maîtres pleuraient en contemplant les ruines de Jérusalem, R. Aqiha exaltait son espérance jusqu'au sourire et son ardeur fut si communicative que les autres s'écrièrent : « Tu nous as consolés, Aqiba, tu nous as consolés » (1); Il avait fait faire <\ sa femme un ornement d'or, probalîlement un diadème, représentant la cité sainte, afin qu'elle n'en perdit jamais la mémoire (2).
Jérusalem devait alors s'agrandir outre mesure. D'après José « le fils de la damasquine », Jérusalem, sans quitter sa place, puisqu'elle devait être rebâtie au même lieu, s'étendrait jusqu'à Damas (3).
D'après Éléazar b. laqob, la cité sainte devait s'élever jusqu'où trône de Dieu pour lui dire : « Je suis à l'étroit ; fais-moi de la place, pour que je m'établisse » M).
Elle pouvait être ainsi la capitale du monde, et contenir les peuples qui devaient s'y rassembler comme les eaux dans l'Océan (5).
Plus tard on trouva le moyen de consolider Jérusalem juchée à une si prodigieuse hauteur, en lui donnant pour base le Sinaï, le Thabor et le Carmel i6).
Dès l'époque des tannas on supposait que le Thabor et le Carmel avaient été transportés au Sinaï pour y recevoir la Loi; à plus forte raison les synagogues et les écoles de Babylone seraient transportées en Palestine aux temps messianiques (7).
Quoi qu'il en soit de ces exagérations, la restauration de Jérusalem est une des principales espérances des Juifs, exprimées dans la prière Chemoné-esrê (8\
La reconstruction du Temple en fait naturellement partie. C'est un
(1) Baguer, Tann. I-, p. 87 s. daprès Sifrv sur Deut. ;', 43. Voir plus bas, p. 304.
(2) Bâcher, /. l., p. 383 s.
(3) Bâcher, 1. 1., p. 391, parce que le Messie, sous le no:n de -ji-n. devait avoir son lieu de repos à Damas [Zach. ix, 1).
(4) Bâcher, Tann. II, p. 291. Baraïtha A'a^vH Pesiqla, 143''.
(5) D'après Simon b. Garaaliel; BvcuEn, Tann. II, p. 327. D'après Abolh di H. Nathan, c. 35 (fin).
(6) R. Martini, fol. 341, d'après Midrach Tehlll. sur P.'s. lxwvii, 1 : cniE 1CN ^WNIl nSuJlTi ]nSl S*212Sl nznSl ''rcS N^ShS n"2pn ■l^l". Le savant dominicain citait encore d'après h. Baba bathra, section n;"'SDn DX "121*2.1 : Di.ril R. loclianan, Fuluruni est quod Deus sanctu.'i et benedictus elevet Jérusalem tribus leucis, sicut dictiim est Zach. xiv, 19. Et exaltabitur et sedebit sub se. Quemadmodum sub ipsa ires leucas Ha sursum quoque très leucas habebit. Dixil Rabba, senex quidam att mihi qui viderai Jérusalem in statu suo et erit trium leucarum. F.t forsan dices quod difficullas erit in ascendendo ad eam; docemur autem quod non, ubi dicum est fs. i.x, 6, qui sunt isti qui ut nubes volant, et sicut columbae ad fenestra* suas.
(7) b. Megillah, 29'.
(8) Demande quatorzième ; cf. aux appendices, texte IV.
iOO Ul MKSSIAMS.MI- DAI'UKS Ll- l'IlAKISAlSMI' UAl'.IU NIOL L .
des points les plus avérés. On peut rnèiiie ilire que le soin des talmudistes de conserver intacte toute la Iradition l'ituelle supposait une l'cconstitulion intégi-ale du cidte ijui ne j)ouvait avoir lieu sans le Temple. Or, pouvait-on espérer désormais que le Temple serait rebâti avant l'époque messianique? Peut-être cependant ne faut-il pas être trop aflirmafif sur ce point. Les Juifs attendaient la restauration du culte avec une impatience beaucoup pins grande que les temps messianiques. La venue du Messie était remise à Dieu; on ne pouvait observer la Loi sans avoir un temple. De là les souhaits passionnés de sa reconstruction prochaine (1 ). D'après une baraitha anonyme, attribuée par quelques-uns à lokhanan b. Zakkaï, un prosélyte devait avoir toujours un quart de denier prêt pour les sacrifices du Temple, au cas où il serait rebâti de son temps (2),
Une fois rebâti, on espérait bien (pi'il ne serait plus détruit; de toute façon, au temps messianique, il devait être dans toute sa splendeur. C'est ce qu'il faut conclure d'un texte du Sifrr (3) où Raymond Martini a lu précisément la conclusion contraire, parce qu'il interprétait le monde à venir du monde de l'au-delà, du ciel, tandis que c'est un des cas où ce terme signifie simplement l'époque messianique.
Ce réalisme très concret n'excluait pas sans doute des spéculations plus ou moins Imaginatives sur le temple construit par Dieu dans le ciel (4j. Mais on se représentait le Temple restauré sur la terre comme une quantité très précise, et il ne semble pas qu'il ait été l'objet, du moins à l'époque des taimas, des embellissements excentriques que nous avons constatés sur d'autres terrains. C'était une amélioration assez modeste que de donner huit cordes aux cithares dans le temple
(1) Quand 011 cile le Temple on ajoute assez souvent : « puisse-t-il ôtre vite rebâti de notre temps! » 1:1^11 nin^Zl n:i''y;. Kiaisnek, /. /., [>. ne, citant par exemple Miclnia Tn'anilh, iv, 1; Tamid, vu, 3 etc.
(2) Klalsner, l. L, p. 116, citant h. Ilocli ha-chanak, 31''.
(.3) C'est à projjos de Dt. xxiiii, 12 : TEHj 7121 a'l\l hz TTJ ^nsn 1"'Sî? ri'ûzS Ijï?"' ■jl'^1' habitabit super ip>um : prote;;ens super eum tola die, et inter scapulas élus habitans. .le cite seulement la traduction de Martini : Protegens super eum illud est aedi/lciiim primum : tota die hoc est aedificium ulUinum : et inter scapulas cius habitans aedificalitm et consummalam in fittaro sneculo. Il est vrai qu'une autre exégèse s'exprimiit ainsi : Protegens super eum in saeculo isto; tola die, ad dies Messine; et inter scapulas eius habitans aedifica/uvi et perfectnm ad saectilnin futiiruin, mais dans cette seconde traililion les mots aedi/icatuin et coiiKiiminutinn sont superflus, il ne sagil plus du Temple. Dans toute la série des textes qui suivent, la comparaison est simplement entre le Temple détruit et le Temple relevé dans le monde à venir.
(^] Telles qu'on les trouve par exemple pour une épo(|ue postérieure dans Berechith lalibti sur Gcn. xxviii, 17. Mais déjà dans les Testaments des douze iiatriarches, Lévi, v, I et dans i ApocaiNpse de S. Jean, xi, 1',»; xvi, 17, <'n ronirastc avec \xi, 22.
messianique, au lieu de sept dans les temples passés et dix daus le monde à venir (1).
Le Temple, construit déjà dans le passé sur un plan divin, sennt assez ])cau en retrouvant ses proportions anciennes, avec les développcmeuls indiqués par Ézéchiel pour les cours et magasins avoisinants. Le culte du Temple exigeait naturellement un grand prêtre. Le rahbinisme ne pouvait se contenter pour l'époque messianique d'un descendant quelconque d'Aaron. D'où la nécessité d'avoir un grand prêtre qui fût en quelque sorte le pendant du Messie, puisqu'on ne voulait pas admettre avec les chrétiens que le Messie avait rendu inutile le sacerdoce ancien. C'est du moins ainsi que j'entends la création du Cohen sédeq sur lequel l'épigraphie contemporaine jette peut-être une certaine lumière. La seconde série des inscriptions du temple d Kchmoun à Sidon fait mention d'un ben-séderj, titre que M. Clermont- Ganneau (2) a reconnu comme équivalant à fils légitime, héritier présomptif, prince royal. C'est le sens du « Germe de justice » dans .lérémie (3). Or ce germe était un des noms du Messie, employé spécialement par Zacharie (i;. Le même Zacharie avait vu deux oliviers plantés^ droits devant le maitre de la terre (5) ; d'après l'exégèse courante, l'un était le Messie, que Jérémie nommait le « Germe de justice », l'autre était le prêtre. Comme pendant du Messie, on pouvait fort bien le nommer « le prêtre de justice », et c'est ce que fit R. Siméon fils de Gamaliel II, dont l'avis nous a été conservé dans les Aboth de U. Nathan:
Rabban Siméon b. Gamaliel disait : ... Ce sont les deux fils de l'huile qui se tiennent devant le Seigneur rf^ toute la terre {Zach. iv. t-lj : c'est Aaron et le Messie. Et je ne saurais pas lequel est le plus aimé, mais, comme il est dit (Ps. ex, 5) : Dieii l'a juré, et il ne se repentira pas, tu es prêtre pour toujours; je sais donc que le roi Messie est plus aimé que le prêtre de justice (fi).
On voit que, dans ce passage, loin d'identifier le Co/ien sédeq avec Melkisédeq, R. Siméon met le Messie au-dessus du prêtre, parce que le Messie est prêtre éternel en vertu du serment divin. C'était, en quel-
(1) lehouda b. Haï, disciple dAqiba, dans b. Arakhin, n\ Cf. plus haut, p. 171.
(2) Clermont-Ganneau, Recueil d'arcli. or., VI, p. 162; cf. RB., 1905, p. 307 : piï Î2.
(3) Jcr. xxxui, 15 : np~i* ÎTSï.
(4) Zach. m, 6; vi, 12.
(5) Zach. IV, 14.
(6) Aboth di R. Nathan, c. Si; éd. Schechter, p. 99 s. : T31N' Sn"!S"2; 72 YT2'C Tl""
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202 I.E MliSSlAMSMi; l>\riU;S II". PIIAHISAISMI-: UAi5r.lMQUE.
que manièro, concôdei' l'ar-umcnf de l'épUrc aux Hébreux (1) sur la supériorité du Messie. \\. Siniéon y échappait en partie en maintenant un prêtre à coté de ce Messie auquel il reconnaissait une sorte de sacerdoce. Il nommait ce prêtre Aaron pour bien marquer qu'il représentait lo sacerdoce lévitiquo. C'était exactement lintcrprétation de lehouda b. Haï, qui nommait les deux oints de/acharie David et Aaron, entendant naturellement le grand hériUer de David et le grand héritier d' Aaron. Dans ce texte, lehouda supposait donc l'existence d'un grand prêtre, mais il était dispensé d'onction au temps messianique, sûrement à cause de l'onction surnaturelle à laquelle Zacharie semblait faire allusion (2 .
On rencontre encore ce Cohen sédcq plus tard, ;\ l'époque des amoras, formant un quatuor avec Élie, le Messie fils de David et le Messie fils de Joseph. Ce sont alors les quatre cornes de Zacharie (3).
l'ne condition essentielle des temps messianiques, c'était la paix dont devait jouir Israël, rég-nant sur les nations soumises. On s'appuyait sur Isaïe (4), annonçant que les armes seraient changées en instruments pacifiques. Suivant une opinion qui se fait jour au livre d'Hénoch (51, les armes avaient été inventées par le diable. U. Eliézer b. Hyrkanos pensait qu'aux jours du Messie, comme dès à présent au jour du sabbat, on pourrait les porter comme ornements (6). Mais il
(1) Heb. M, 20; 1-17.
(2) Sifrâ, section ii\ § 18; P- 40 éd. J. Weiss : pns "linl SIj'' l'p'N n~*n- "::n
]^nN -7 y^xn ^- i-tn '^'j Di-av;n nni'\-i ':2 ^;ï: hSn D^^pa i;x na xn v:2
-•"1. « Rabbi lehouda dit : On pourrait supposer que Aaron et ses fils auront besoin de l'huile de l'onction au temps à venir ; aussi cxplique-t-on (Lev. vu, 35) : Ceci est l'onction (lAnron el fonction de ses fils. Et je le confirme, car : ce sont les deux fils de l huile qui se tiennent devant le Seigneur de toute la terre (Zach. iv, 14) c'est Aaron et David ».
f3) b. Soukka, 52'' : T- ]^ ^^^'2 X'^i^n ^'"«^r ^"X X:7'2 ^2 XIH 2T T2X
T)^z-\pr\ n^a 2^7131 -:"n ^-n \s rrc 2^ 2t:2 p-y ]nz* im^xi ^dv p n-cai
n''\7\'f nx 117 l'CX. « Rab Khana fils de Bizna a dit au nom de R. Siméon Khasida : Le Messie fils de David, cl le Messie fils de Joseph, el Élie, el le prêtre de justice. R. Chechel lui répliqua : N'est-ce pas ce qui est écrit {Zac/i. i, 21) : Ce sont les cornes qui ont dispersé Judo? »
(4) Is. II, 4.
(5) néii. VIII, 1 : « Et Azazel ap|)rit aux hommes à fabriquer les épécs et les glaives, le bouclier et la cuirasse de la poitrine, el il leur montra les métaux, et l'art de les travailler » (Trad. Martin).
(r,) Discussion assez confuse dans b. Sabb. (Vi\ Éliézer qui admettait qu'on portât les armes le jour du .sabbat était conséquent en les admettant aussi au temps du Messie; c'est ainsi qu'une tradition, qui parait i>our cela meilleure, termine la discussion : '"y) r) MDH
Ï1X 7nS lax rrz'^r^ n"a"'S i'Sc2 ]n na i:sa iS "jn iv£^;y2n" inxa 'S"! iTy^Sit
vhl2'l ]:^X n'U^an nl'2''S. Puisque les armes peuvent être considérées comme ornement,
I,ES TBII\S MrSSIAMOUES. 003
S'écartait on cela de lopinion commune, appuyée sur le texte du prophète. A quoi bon cet ornement, dans une époque si glorieuse? ne seraitce pas une lampe en plein midi (1)?
La soumission des empires était regardée comme une sorte dl.onimagc rendu au Messie. Les députés des peuples venaient le trouver et lui portaient des présents comme à un monarque quelconque 1.^ plus puissant de tous. C'est ainsi qu'Ismaël décrivait la situation'daprès les idées de son père José, disciple d'Aqiba (2) :
Lorsque les Égyptiens apporteront leur présent au Messie, il se demandera s'il ne (lo.i pas le refuser. Mais Dieu dira au Messie ; Rerois-le de leur part, car les Égyptiens ont donné Thospitalité à mes fils en Egypte; et alors : Lr. j>nnclpm,r <nùr/,>niimdronl » (P.v. vm, 32). L'Kthiopie se croira autorisée à plus forte raison, se disant • S. ceux-ci qui ont assujetti les [sraélites sont ainsi traités, n'en sera-t-il pas ainsi de moi qui ne les ai pas assujettis? Dieu dira au Messie : Rerois leur présent; et alors • / kt}nop,e Wndra ses mains vers Dieu (Ps. lxvui, 32). [Ceux du] rovaume dlsniaël se croiront autorisés à plus forte raison, et diront : Si ceux-ci qui n'étaient pas leurs reres sont amsi traités, n'en sera-t-il pas ainsi de nous qui sommes leurs frères^ Dieu dira a Gabriel : Menace la hète des roseaux {Ps. lwiii, 31).... car il est écrit • Le sanulier dn h, forèi la dcmrc, et les brtes des champs en font leur pâture (Ps LWX, 1-4). '
On admire ici la sagacité avec laquelle ces anciens tannas savaient reconnaître dans les textes les allusions aux temps du salut. Cependant ils entendaient d'un hommage temporel rendu au Messie ce qu'il eût fallu entendre de la conversion des peuples. On sourit de la naïveté des Romains. Les rabbins avaient pris Thabitude de les désigner sous le nom d'Édom ou d'Ésaii, quelquefois d'Ismaël; les liomams sappuient sur cette fraternité qui leur est reconnue, sans soupçonner la haine qu'elle dissimule, la vieille haine fraternelle contre Ésaii ou Ismaël. Dieu, pour ne pas troubler la paix du Messie, ordonne à Gabriel de les chasser et les compare au sanglier mal-
pourquoi disparaissent-elles au temps du Messie? D'autres lui faisaient dire quelles seraient alors un ornement peu appréciable.
(1) Eod. col. : N-Invi22 xaiCN mm ll^a ^'ZX 1'2N.
mb.Pesalnm, 118'': Dn>2 Szpa IJlK IIID- H^UJcS pniT NM^nr □>-'ï«2 n-\nV
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Yp abréviation pour laim Sp, l'argument du moins au plus; )S"2. abréviation pour pttr 13,, « de toute façon », a à plus forte raison ».
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taisant; ou sait que les Komaius avaient placé l'image du sang-lier,un des insignes de la \' légion, sur une des portes d'Aelia, fermée au\ Juifs après la guerre d'Hadrien (1).
Les Uomaios confus et soumis, apportant au Messie leurs dons, en seront pour leur courto honte, repoussés et humiliés. Naturellement les Israélites seront associés à la gloire de leur roi, et goûteront les délices de l'oisiveté. Éliézer, fils de José le Galiléen, a eu la singulière idée de comparer ce bonheur à celui de prètres-rois qui n'auraient rien à faire. C'était peu qu'ils fussent des princes, car cela pourrait s'entendre de princes commerçants comme ceux de Tyr [Is. xxiii, 8); ils devaient être rois. Mais un roi est exposé à la nécessité de faire la guerre. Ils seraient donc aussi prêtres, et, comme on se rappelait certains prêtres errants, assez mal en point, ils seraient des prêtres princes, des prêtres oisifs (2). Voilà ce qu'on avait fait du beau texte de l'Exode (xix, 6), que l'Apocalypse de saint Jean sut entendre dans un sens tout autre et vraiment spirituel [3] .
Ainsi rien ne paraissait trop extraordinaire pour les temps messianiques. Dans cette surenchère de bonheur inouï, on n'est pas peu surpris d'entendre une voix discordante qui a cependant trouvé beaucoup d'écho dans le Talmud de Babylone. C'est celle d'un amora de Babylone, R. Samuel. Il affirmait qu'il n'y aurait « entre ce monde et les temps messianiques d'autre différence que l'assujettissement des royaumes [à Israël], car il est dit : il ne cessera pas d'y avoir des pauvres dans le pays » (/)/. xv, 11) (4).
Et l'on regardait comme une confirmation de cet avis la sentence de R. Khiya, déjà citée, qui distinguait nettement le temps messianique et le monde futur. Si le temps messianique n'était qu'un épisode de l'histoire humaine, les conditions de la vie et de la nature ne devaient donc point être changées. Seulement au lieu d'implorer un changement religieux, R. Samuel n'attendait qu'une péripétie poli-
(1) Chron. d'Euscbc, traduite par S. Jérôme : .le/m ah Aelio Hadriano conditn, et in fronte ejus porlae, (/no Bethléem e.gredimur, sus sculptas in marmore, significans Itomanne potcslali subjaccre Judneos {P. /,., t. XXVII, G19-G22). M. Klausner {l. /.,p. 105 s.) pense que les Romains ont iilacé cet emblème pour humilier les Juifs; en réalité le sanglier est siiuplemont un des insignes de la lei/io A'" frelensis; et m»^me « il se trouve tomme emblème sacré des étendards de la plus ancienne armée romaine » (Micmon, HR., 1900, p. 103).
(2) Klausner, l. L, p. 114, d'a|très Melàlla, éd. Fricdmann, p. 0:5". On comparait c«'S prêtres actifs aux fils de David qui étaient princes, et, dans l'opinion des rabbins, sans véritables fonctions sacerdotales (II Saw. viii, 18).
(3) Apoc. I, G.
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