‹ Le Messianisme chez les JuifsChapitre 64 sur 118 · I. — L AVKXEMENT DELIE · texte numérisé non relu

I. — L AVKXEMENT DELIE

Un sait par les Evangiles qu'au temps de Jésus les docteurs de la Loi regardaient l'avènement d'Élie comme une condition préalable à la venue du Messie (1). Jésus expliqua que ce rôle avait été rempli par Jean-Baptiste.

Los Juifs l'entendaient d'une façon littérale, et attribuaient à Élie diverses fonctions. Si l'on veut suivre le développement de cette idée, il faut remonter à deux textes de l'Écriture.

.Malachie a dit (21 :

Voici que je vais vous envoyer Elie le prophète, avant que n'arrive le jour de Jahvé, grand et redoutable: et il ramènera le cœur des pères vers les enfants, et le cœur des enfants vers les pères, de peur que je ne vienne frapper la terre d'anathèrae.

Ce passage se rapportant à ce qui est dit peu auparavant du messager de Dieu (3), le rôle d'Élie était bien celui d'un précurseur aux temps messianiques, avec la mission de rétablir la paix.

Le Siracide marque moins clairement l'œuvre d'Élie comme subordonnée à celle d'un autre. Il ajoute des traits importants. L'auteur s'adresse à Elie pour célébrer ses dons et ses u'uvres :

ïoi dont il est écrit que tu es prêt pour le temps, pour apaiser la colère avant l'explosion, pour ramener le cœur des pères vers les (ils. pour restaurer les tribus d'Israël :

Heureux qui te verra et mourra, ou plutôt nous vivrons (4) !

(1) Ml. M, 14: \\u, 11.

(2) Mal. \i\, '23-2i. Trad. van lluonacker.

(3} Mal. m, 1 : « Voici que je vais ciivoypr mon messager et il déblaiera le clieniiu devant moi, cl aussitôt viendra à son Temple le Seigneur auquel vous aspirez et l'ange d»' l'alliance que vous désirez ».

(4; Lccli. i.xvMi, 10 et 11.

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Les trois premiers hémistiches reproduisent Malachie. L'auteur attribue ensuite à Élic une fonction semblable, presque mot pour mot, k celle du Serviteur dans Isaïe (1), la restauration des tribus d'israi'l. La fin est assez obscure et le texte hébreu est malheureusement laeuneux. Il nous parait cependant certain avec M. Peters quïl y est question de la résurrection des morts (2). Après avoir poussé le cri classique : voir ce temps heureux et mourir! Fauteur se corrige et affirme : « Ou plutôt nous-mêmes, qui serons morts, nous revivrons! » C'est lafoi en la résurrection qui termine la perspective, sans que le rôle d'Élic y soit autrement déterminé.

C'est très probablemeat de ces textes que le rabbinisme a tiré les rois fonctions dout il investit Élie. Il viendra pour restaurer Israël, pour oindre le Messie, et il aura une certaine part à la résurrection des morts, du moins selon quekjues-uns.

La première fonction pouvait s'entendre de bien des manières. Mais comme le rôle d'Élie n'était que préliminaire, on lui attribuait de préférence une sorte de recensement ou de lustration des tribus d'Israël pour éliminer les non-israélites qui n'avaient pas droit au salut, et pour réintégrer dans leur droit les familles qui auraient été exclues à tort. Le texte le plus important s'exprime ainsi (3) :

R. Josué rapporte comme une tradition de R. lokiianan ben Zakkaï qui la tenait de sou maître (4', et sou maître de sou maître, couime une règle de droit venue avec Moïse du Sinaï, qu'Elie ne viendra pas pour déclarer [dans tous les cas] impur ou pur, pour éliminer et pour admettre, [mais seulement] pour éliminer ceux qu'on avait admis en violation du droit, et pour admettre ceux qu'on avait éliminés en violation du droit... R. lehouda {-i) dit : Pour admettre, et non pour éliminer. R. SiméoQ (0) dit : Pour aplanir les difficultés. Et les sages dirent : Ce n'est pas pour éliminer, ni pour admettre, mais pour faire la paix dans le monde.

Et ces sages citaient Malachie, préférant s'en tenir simplement aux termes du prophète et à leur exégèse la plus générale, qui était bien la paix. Mais cette prudente réserve eût mis un frein trop sévère à l'imagination des rabbins. L'idée de R. Siméon (ou de R. Ismaël)

(1) S[xir^ ^'o]zx: ]^zr\h^ et is. xux, 6.

(2) Le grec et le syriaque sont assez d'accord dans ce sens pour que M. N. Peters soit autorisé à restituer : ri1[nj HT! "ZriIN D; Id] P^2^ ■jNI ['']l;2?N : Beatus est, qui te videt et moritur, navi elinm nos vita vivemus, d'après le grec : xatyàp r;(xîï; Çwr, Çr,aô[X£9a. L'opposition marquée par le syriaque est bien dans le contexte, aussi je préférerais : "Z =]Nl à Di lj.

(3) 'Eduyoth, vin, 7.

(4) Hillel l'ancien !

(5) Ben Bathyra, d'après Friedmann et Klausner (ap. KL.\L's\nR, oj). l., p. 00).

(6) D'après Kladsner, eod. loc, R. Israaël.

212 I.K MKSSlAMS.Mr: DAl'HKS I.K IMIAIUS.VIS.ME RAHBINIQUE.

(jnKlic vioiidrait résoudre les questions pendantes se rattachait à l'attente i^ciirrale du t;i'and prophète, appelé à réparer les lacunes laissées par la suspension de l'esinit pro[)héti(]ue. Quand Judas Macchahée dédia le lemple qui avait été profané, on mit les anciennes pierres do l'autel dans un lieu convenable, en attendant la venue dun prophète qui dirait ce «juil en fallait faire (1). De pareils doutes pouvaient surdr à cha(|uc pas, aussi ne faut-il pas s'étonner qu'on ait réservé à Klie de donner la solution de certains cas douteux, coniuio de trancher les questions de propriété, de choses pures ou iuq)ures, de sacrilices à oiTrir, voire d'interprétation des textes (2). C-oninie cet oflice était le plus ordinairement celui des rabbins, la grande personnalité du prophète fut insensiblement rabaissée aux traits d'un casuisle rabl)inique.

Cependant on n'oubliait pas l'allusion faite par Malachie au rôle d'Élie comme précurseur.

Le juif Tryphon objecte à saint Justin que le Christ, d'abord inconnu, doit être oint par Élie, qui est chargé de le révéler au monde (3). Élie agit donc ici avant tout comme prophète ; c'est par une révélation de Dieu qu'il saura reconnaître le Christ, l'oindre et le manifester. C'est Samuel, un prophète, qui avait oint Saiïl en discernant dans la foule des Israélites l'élu de Dieu (i), et ensuite David. Elisée avait même chargé un de ses disciples d'oindre Jéhu, roi d'Israël (5).

Tant qu'Élie n'était pas venu, déclarait Tryphon, et il n'était pas venu de son temps, personne ne pouvait se flatter de connaître le Messie '6),

Il y avait là encore un thème fécond en développements; nous en rencontrerons quelques-uns à propos de la préexistence du Messie.

Enfin on associait Élie à la résurrection des morts. Dans certains textes de la Michna , on lit même expressément que la résurrection a lieu par le ministère d'Élie (7), dont le nom est en bénédiction. Mais c'est la conclusion fort inattendue d'une assez longue argumentation. Le contexte suggère seulement que la résurrection des morts fait

(1) I Macch. IV, 46.

(2) YoLZ, p. 192; Klausnek, p. ô8 ss.

(3) Contre Tnjpfi. c. vin : Xpifftô; oè, eî xal '{t^é'jri^oLi, xai k'oTi tcou, àYvti)OTÔ; k<j~i. xal oùôè oOxô; 710) cïut'jv ÈrtidTaTai, oùSè ï/ji c-jva|x(v Ttva [A£"/pt; àv DOwv 'IlÀîa; xpiffr, aÙTÔv, xal çavEpov Tcàoi Tronôffr,.

(4) I .Sam. X, 1; xvi, 13.

(5) Il neg. IX, 1-10.

(6) Contre Tryph. c. xi.ix.

{7) Michna .Sota,\\,\'o : yrx ZlcS 1*:7 N^Z:" lô-^N '!-1 Sv N2 DT^ZH n'iTim; cf. plus liant, p. 182.

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penser à Élie. Et c'est bien ainsi que M. Scliwab a traduil le ïalmud de Jérusalem (1).

Quoi qu'il en soit, Elie était déjà associé par le Siracide à la résurrection des morts. On doit observer que dans ces cas il n'est pas question de messianisme.

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