‹ Le Messianisme chez les JuifsChapitre 69 sur 118 · V. MANIFESTATION DU MESSIE. SON RÈGNE · texte numérisé non relu

V. MANIFESTATION DU MESSIE. SON RÈGNE

Comment se manifesterait le Messie, sur les nuées, ou sur un âne?

Le judaïsme pharisaïque qui admettait sans hésiter l'existence humble et modeste de l'homme destiné à devenir le Messie, n'était pas même certain que sa manifestation dût être glorieuse et convaincante pour tous. Il aurait à faire la preuve de son messianisme. La principale devait être le don de juger, en vertu d'une lumière divine, sans qu'il ait besoin d'entendre la cause. Ce don se rattachait comme un septième aux dons de l'Esprit-Saint énumérés par Isaïe (4), mais tandis que les six premiers avaient été accordés à six descendants de Ruth :

(1) Midr. des Psaumes, sur Ps. \\i, 7, [>. 179 de mon édition, Wilna, 1891, où d'ailleurs il y a deux fois "rri-N l'our T*N, ie pluriel au lieu du singulier.

(2) Targ. sur I Clir. m, 2i : r;X*"^anNS -'D'Jl Hnl'C'Z N3^"2 N'.l "::'>•

(3) Voici, d'après M. Dahnan (Der liedendc..., p. 38, noie), la liste des passages qui font ve- Hir le Messie sur les nuées d'après Dan. vu, 13 : IV Esd. xiii, 3; Hénoc/i, xlvi,62; s. Justin, Dial.avecTryphon, xxxii; San/i. 98'; Midrnsch sur Ps. ii, 1; Nisthrolh R. Siméon b. Joklial, dans Bel ha-Midrach de Jellinek. III, p. 80; Agadath Berechith (Jell. IV, p. 22, 35); Bemidbar r. xui, 14; le texte cité ici de R. Mocheh ha-Darchan; Coinm. de Cbron. du \' siècle, éd. Kirchheiin de Francfort s. le m. 1874, p. 16. Il se nomme Anani d'après le Targum el le commentaire cilé sur I C/ir. iii, 24, Tanchuma{éA. Buber) Berecint, 70''; lalqul Chimeôni, H, 85'-, Agudcilh Bercchilli (Jell. IV, 62); Ber. r. sur Gen. xxviii, 10 (dans R. Martin^ fol. 331), el dans quelques poésies ou prières.

(4) h. XI, 2 s.

LE .MKSSIli:. 229

David, Daniel, Anania, xMikaël, Azaria, et le Messie, ce cleniier devait avoir en propre le don de juger par son flair surnaturel.

Il s'agissait d'expliquer le mot d'isaïe : « Et il respirera dans la crainte de lahvc ». Un amora, Kaba, dit (1) :

Cela veut dire qu'il odore et juge, car il est écrit {Is. \i, 3 s.) : il ne jugera pus d'après le témoignage de ses yeux, mais il jugera selon la justice tes pauvres, et il prononcera selon le droit en faveur des petites gens du pay^. Bar Koziba régua trois ans et demi. Il dit à uos maîtres : Je suis le Messie. Ils lui dirent : Il est écrit du Messie qu'il odore et juge; voyons s'il odore et juge. Comme donc ils virent qu'il ne jugeait pas à l'odeur, ils le tuèrent.

Il est inutile d insister sur le caractère légendaire de cette anecdote. On fait allusion sans doute à la brutalité de Bar-Kokébas qui tua d'un coup de pied son oncle Éléazar, le saint rabbin, ensuite de quoi il fut vaincu par les Romains (2). Ce qu'il faut retenir ici c'est que, même après avoir été reconnu comme roi, le prétendu Messie devait faire la preuve de ses dons surnaturels, indice plus certain de sa vocation divine que ses aptitudes militaires.

Cependant, dune part, jamais le judaïsme, dans tout le cours de sa littérature, ne porta ces prérogatives surnaturelles jusqu'à remettre les péchés (3); d'autre part, la dignité royale parait tout à fait nécessaire à son rùle, du moins à l'époque des tannas. Personne à cette époque ne le dcpgint seulement comme un maître dans la loi ou comme un prophète prêchant la justice; c'est un roi pacifique, juste et saint, un nouveau Salomon, sans les taches, et bien supérieur en sainteté.

-Vous avons déjà relevé les expressions de Tryphon (V), le titre de roi, ajouté fréquemment au nom du Messie et qui lui donne sa véritable portée, de sorte que Messie, à lui seul, signifiait l'oint comme roi, et non comme prêtre; et cette foi se retrouve dans la prière C/iemoné-esré, qui demande le Messie pour renouveler le règne de David (5).

Heureusement nous pouvons remonter encore plus haut, par les

(1) à. sanii. gs** : 'cz'<r^ '>2'.Z'Z"i v:*" hnt^S nSt i^tij" "|\x-i n^'*2- '•zn nz"' y.'z "jiN-i nT2 \x iix n-': "j'^-n mi^- 21713 -"w-22 n^S ".tzx nit'"2 n:x ^:2^^

(2) Voir ci-dessous, p. 316.

(3) M. Dalman .>'en fait garant, Die Worle Jesu, p. 215.

(4) Dial. c. xxxu et r.xvui.

(5) Demande quatorzième ; appendices, texte IV.

■î:\0 l.i: MKSSIANISMK l> Al'UKS I.K l'IIARISAlSMI' llAlilUMQUE.

psaumes de Salonion [l). (Test une bonne fortune inappréciable, (l'être dispensé de dépouiller la littérature rabbinique, plus ou moins sûre, puisque nous possédims un document antérieur à Jésus, qui trace le tableau détaillé du régne du Messie. (Vest le psaume w n ([uil tant lire :

' Seigneur, c'est toi qui es notre roi. ;i jamais et encore,

car c'est en toi. 6 Dieu, que nous plaçons notre gloire. - Et combien [de temps] dure la vie de l'homme sur la terre?

Autant vaut sa durée, autant vaut l'espérance qu'on fonde sur lui. ^ Pour nous, nous mettrons notre espérance en Dieu notre sauveur,

car la force de notre Dieu [s'exercera] à jamais, jointe à la miséricorde :

Dieu jugera les nations, et son règne subsistera sur elles à jamais.

('"est toi. Seigneur, qui as choisi David couane roi sur Israël,

et tu lui as fait serment, au sujet de sa race, pour jamais (2),

que sou règne ne disparaîtrait pas de ta présence. • A cause de nos péchés, des pécheurs se sont imposés à nous :

ceux auxquels tu n'avais rien promis (3) se sont imposés à nous et nous ont

[bannis;

ils ont enlevé avec violence, et n'ont pas glorifié ton nom si vénéré (4). •"• Ils ont préféré un règne éclatant à ce qui eut dû être leur véritable grandeur,

ils ont désolé le trône de David par cette transformation orgueilleuse. ' Et toi, ô Dieu, lu les renverseras (5) et tu ôteras leur race de la terre.

en élevant contre eux un homme étranger à notre race.

(1) Die Psaltnen Salomo's ziun erslen Maie rail Benutzung der Alhoshandschriften und •les Codex Casanatensis, herausgegebeii von Oscar von Gebhardt, Leipzig, Hinrichs, 1895. C'est l édition que nous suivons pour le texte et la numérotation. — Psahns of Ihe Pharisces, comnionly called Ihe Psalms of Solomon, the lexl newiy rerised froni ail Ihe Mss. idiled, wilh introduction, english translation, notes, appendix and indices by Herbert Edward Ryle and Montagne Rhodes James, Cambridge, 1891. — Die Psalmen Salomo's dans les Apocryphes de Kautzscb, traduction et notes par Kittel. — Rappelons que ces psaumes, au nombre de dix-huit, ont été écrits en hébreu. Nous ne les possédons jdus qu'en grec. On est d'accord pour placer leur composition après la mort de Pompée (Septembre 48 av. J.-C). C'est Pompée qui est l'homme étranger, instrument du chûlimenl divin, le dragon qui a pris Jérusalem, qui a été tué près des montagnes d'Egypte (le mont Cassius, Dion Cassiîis, XLU, 5), et laissé sans sépulture (Ps. Sal. n. 26. 27). D'autre part rien n'indique une date sensiblement plus basse. Aucune allusion au règne d'Hérode. 11 semble même que la colère de l'auteur vise plutôt le temps où les Asmonéens étaient puissants que le gouvernement d'Hyrcan il. Cet auteur ou ces auteurs aiiparliennent au parti des Pharisiens. Ce sont bien leurs doctrines, leurs tendances et leurs passions qui se font jour. Aussi les a-l-on nommés parfois Psaumesdes Pharisiens. — Voir aux appendices le grec du Ps. xvu (texte III).

(2) Ps. Lx\xi\, i. .");cxxxu, 11. 12; I Macch. u, 57; passages qui s'appuient tous sur II Sain. vu.

(3) La famille des Asmonéens.

Ci) Le sens de l'hébreu était probablement : ce que lu ne leur avais pas promis, ils l'ont pris de force; cf. Ryle et James.

(5) Ce verbe et les suivants sont au futur en grec. C'est probablement une traduction trop servile de l'imparfait hébreu qui aurait dû être rendu ici par le passé. — Après la prise de Jérusalem, Pompée, l'étranger, retint Aristohule prisonnier pour figurer à son Iriomidie avec son fils Anligone. Ilyrran II i>erdil li- titre de roi.

* Tu châtieras leurs manquements comme il convient,

de façon qu'ils soient traités selon leurs œuvres. ^ Dieu ne leur a pas tait grâce.

il a sondé leur race et n'a pardonné à nul d'enlre eux. ^" Le Seigneur est (idèle dans tous les jugements qu'il exerce sur la terre. *' L'homme impie a dépouillé notre pays de ses habitants.

Ils ont fait disparaître le jeune homme et le vieillard et en même temps leurs

[enfants.

'- Et même, pour son triomphe '1). il a envoyé ces enfants jusqu'en Occident,

avec les chefs du pays pour se jouer d'eux (2), et il n'a point eu de clémence. ^^ Etant étranger, l'ennemi a agi avec insolence,

et son cœur était éloigné de notre Dieu. ^* Et il a tout fait à Jérusalem,

comme font les nations 3) dans les villes à leurs dieux. '■' Les tils de l'alliance, [habitant] au milieu des nations mélangées, se sont joints

[à eux (4),

et il n'y avait parmi eux personne qui pratiquât à Jérusalem la charité et la

[vérité ; ''■ ceux qui aimaient les réunions des saints les ont fuis,

comme des passereaux ils ont été emportés loin de leur nid. '' Ils ont erré dans les déserts pour se sauver du péril;

c'était beaucoup pour un groupe de fugitifs de sauver sa vie de leurs atteintes; ^^ les impies les ont dispersés dans toute la terre.

Car le ciel a cessé de distiller la pluie sur la terre (5), " les sources perpétuelles de l'abîme [coulant] des montagnes élevées se sont

[taries.

Car il n'y avait parmi eux personne qui pratiquât la justice et l'équité; -^ depuis leur chef jusqu'au petit peuple on péchait de toute manière :

le roi était transgresseur. le juge incrédule, le peuple pécheur. " Vois, Seigneur, et fais surgir pour eux leur roi, fils de David,

au temps que tu as fixé, ô Dieu, pour régner sur Israël ton serviteur,

(1) Le grec èv ôpv^ ~o\i xi),Xou; aô-coù, « dans la colère de sa beauté «, est jugé par tous inadmissible. On propose (Rt/le et James, Kiltel etc.) comme texte primitif : 1EX pini « dans la fureur de sa colère «; 1£}< aurait été lu TiEl « sa beauté ». Mais l'exil est un résultat bénin de cette fureur, et l'étrange xâUov; doit d'autant moins être sacrKié qu'il s'agit du triomphe. Nous supposons iniXSnS =1X1 « et même pour se faire honneur » (cf. Is. LU, 1); la confusion s'est produite sur le premier mol.

(2) Aristobuie et son (ils Antigone conduits en triomphe.

(3) Ici Gebhardt lit par conjecture toO ctOévoj; au lieu de -roï; 6eot;, avec le sens : « dans les villes tombées en leur puissance ». Ce changement ne paraît pas nécessaire et rend la phrase banale. Pompée a prétendu traiter le dieu des Juifs comme on traitait les dieux des vaincus, en étrangers.

(4) Le grec xal ÈTCsxpaToùaav aOttov rend probablement □,"!! Ip''"»!!''!. — C'est un retour sur la situation au moment de la guerre faite aux Pharisiens par les Asmonéens puissants, surtout par Alexandre Jannée, car, après la prise de Jérusalem par Pompée, le faible Hyrcan II n'a pas dii leur faire ombrage, étant plutôt sous l'influence de leur parti.

(5) Il |)araîlrait beaucoup plus naturel de placer au v. 18 la seconde partie du v. 19 et réciproquement.

232 I.K .Mi:SSIAMSMK llAl'UKS l.I- PlIAr.lSAISMF. r.AHHlNlni K.

-- et ceins-le de force, aiin qu'il réduise les chefs injiisles.

qu'il purifie Jérusalem des nations qui la foulent en la ruinant. -^ Sage et juste, qu'il chasse les pécheurs de l'iiéritage,

qu'il brise l'insolence du pécheur connue les vases du potier: • avec une vcrj^e de fer (pi'il mette en pièces toute leur confiance;

quil détruise toutes les nations sans morale par la parole de sa bouche; = (jue ses menaces mettent en fuite devant lui les nations,

(pi'il convainque les pécheurs par les [propres] pensées de leur cœur. ■-'"• Kt il réunira un peuple saint (|u'il dirigera dans la justice,

et il jugera les tribus du peuple sanctillé par le Seigneur son Dieu. -" et il ne permettra pas à l'injustice de sinstailer encore au milieu d'eux.

Et aucun homme habile au mal n'habitera avec eux.

car il les connaîtra tous pour les fils de leur Dieu. -■^ Et il les répartira sur le pays dans leurs tribus;

ni colon, ni étranger, ne résidera plus parmi eux. " Il jugera les peuples et les nations dans la sagesse de sa justice. (Diapsalmaj. *" Et il aura les peuples des nations sous son joug pour le servir.

et il rendra gloire au Seigneur au vu (1) de toute la terre.

et il purifiera .lérusalem redevenue sainte comme au commencement. -' Les nations viendront des extrémités de la terre pour voir sa gloire

portant comme présents les fils défaillants [de Jérusalem]

et verront la gloire du Seigneur dont Dieu l'a glorifiée. 3- Pour lui. [il règne] sur eux comme un roi juste, instruit par Dieu.

et il n'y a pas de son temps d'injustice parmi eux,

car tous sont saints et leur roi est le Christ « du » (2) Seigneur. •'^ Car il ne mettra pas son espérance dans les chevaux, les cavaliers et les arcs,

et il n'aura pas un amas d'or et d'argent pour la guerre.

il ne placera pas son espérance dans le nombre pour le jour du combat (3). 3'* Le Seigneur lui-même est son roi, espérance de celui qui est fort par l'espé-

[rance en Dieu.

et il fera grâce à toutes les nations craintives devant lui. ■■'^ Car il frappera la terre de la parole de sa bouche, pour jamais,

il bénira le peuple du Seigneur, vivant dans la sagesse avec bonheur. "'' Lui-même est pur du péché, [digne] de gouverner un grand peuple,

de confondre les puissants et de faire disparaître les pécheurs par la force de la

[parole.

■'' Et il ne défaillera pas pendant sa vie [appuyé] sur son Dieu, car Dieu l'a rendu puissant dans l'Esprit-Saint, et sage dans le conseil d'intelligence, avec force et justice.

(1) h ir^:cr,\>.o). iiiiilatioii ûls. XI, 10 ^21-

(2) Le grec Xpi-rio; Kipio;. Ces mois ne peuvent évidemment répondre à un hébreu « le Messie lalivé », qui .serait absolument coniraire à l'usago, même de l'auteur. Il est mômi' invraisemliiahie «pic le traducteur grec ait commis la méprise de traduire de cette façon rî*ni n''"ù"2<iui ne pouvait sit^nifierquc « le Messie de lahvé », 12 à l'étal construit au lieu de tZ- Il y a donc dans le texte une altération chrétienne, très naturelle dans le grec. It>le et James sui>i>osenl rn hébreu "îllN ri''*ù**2. mais rien n'appuie cette leçon.

(3, Sens assez douteux, le texte est particulièicmenl obscur.

^* Et la bénédiction du Seigneur est avec lui en lorce,

et il ne défaillera pas.

•^ Son espérance est dans le Seigneur :

qui peut quelque chose contre lui? •'^ Il est ferme dans ses œuvres et robuste dans la crainte de Dieu,

paissant le troupeau du Seigneur dans la foi et la justice,

et il ne laissera défaillir aucun d'eux pendant qu'ils paîtront. '' Il les conduira tous sur le même pied d'égalité (1),

et il n'y aura pas parmi eux d'orgueil [résultat] de l'oppression exercée parmi eux. *- Telle est la belle ordonnance du roi d'Israël, que Dieu a prévue,

se proposant de l'élever sur la maison d'Israël, de l'instruire. •' Ses paroles sont plus pures que l'or du premier choix;

dans les assemblées il saura discerner les tribus du peuple sanctifié;

ses paroles sont comme les paroles des Saints (2), au milieu des peuples sanctifiés. ''' Heureux ceux qui vivront dans ces jours,

de façon à voir les biens d'Israël dans l'assemblée des tribus, ce que Dieu fera. ^^ Que Dieu fasse venir promptement sa miséricorde sur Israël,

qu'il nous sauve de l'impureté d'ennemis profanes! •*■' Le Seigneur lui-même est notre roi, à jamais et encore.

A ce psaume xvir, de beaucoup le plus long et le plus important de tous, il faut joindre un passage tiré du psaume xviii" et dernier.

* Ta discipline est sur nous, comme sur un fils unique premier-né,

de façon à ramener une âme docile qui errait par ignorance. ^ Purifie, ô Dieu, Israël, pour le jour de la miséricorde dans la bénédiction,

pour le jour de l'élection, lors de la présentation de son Christ (3). ® Heureux ceux qui vivront dans ces jours,

de façon à voir les biens du Seigneur, qu'il fera à la génération future, ■^ sous le sceptre de la discipline du Christ du Seigneur dans la crainte de son Dieu.

dans la sagesse de l'esprit et de la justice et de la force, 8 pour redresser l'homme dans des œuvres de justice par la crainte de Dieu,

pour les ranger tous en présence du Seigneur. ^ Bonne génération dans la crainte de Dieu aux jours de la miséricorde !

Ce qui. frappe le plus tout dabord dans cette peinture du Messie et du règne messianique, c'est qu'elle se rattache très directement aux anciennes proptiéties et spécialement à celle du roi sorti de la tige de Jessé dans Isaïe {Fs. xt, 1-10). Le Messie est fils de David, et, comme la succession davidique a été interrompue, c'est donc bien un rejeton sorti de sa racine. Il est ceint de force (v. 22), — dans Isaïe (xi, 5) de justice et de fidélité; — il triomphe des ennemis par la parole de sa

(1) Nous prenons iv lc6-r,zi à la lettre, comme l'expression des sentiments démocratiques des Pharisiens, ennemis de l'aristocratie saducéenne; Ryles et James : èv ô(7i6TTiTt.

(2) Les princes des anges au milieu des an^es.

(3) el; ^iixspav ïx/ofri^ Èv àvà?£i XpisToC aj-o-j, rappelle tout à fait la théorie de Tryphon que le Messie, déjà existant, sera élu jiar Dieu pour son rôle et produit ou manifesté par lui.

■2:vt i.i: Mi-ssiAMSMK I) Ai'iu:s m: imiaiusaisme rabbinique.

boiiclic (V. -lï et 35 1, — dans Isaïe par le souffle de sa bouche; — il est oriu' des dons du Saint-Esprit ([ui sont lï peu près les mômes dans les deux textes (v. 37 et Is. xi, 2]. On dirait donc d'im simple développement littéraire d'un ancien oracle.

A y regarder de piès, on est surtout saisi par l'application de cet oracle ^ des circonstances liisloriqncs déterminées.

Les Asmonéens sont clairement visés, et rendus responsables du mal. Nous sommes loin du temps du Livre des Jubilés et des plus anciens morceaux dos Testaments des XII patriarches, où la tradition du Messie né de Juda s'efl'açait presque ou du moins s'associait étroitement ;uix es[H''ranccs (ju'avaient suscitées les Macchabées, descendants de Lévi. L:i rupture est complète, et dès lors l'ancien messianisme refleurit et se rattache ;\ la prophétie initiale de Nathan à David, et à la forme que lui avait donnée Isaie. Il était d'autant plus indiqué d'y revenir que le rejeton de Jessé représentait pour Isaie la foi de David, interrompue par l'infidélité d'Achaz. Nous sommes donc dans la pure veine traditionnelle. Toutefois les circonstances étaient encore beaucoup plus graves au temps des Psaumes de Salomon. La dynastie qui avait amené l'étranger ou n'avait pas su l'arrêter, autrefois zélée pour la religion d'Israël, était devenue l'ennemi des Pharisiens qui se croyaient seuls véritables représentants de la religion ; elle était soutenue par un parti profane qui s'était fait le persécuteur des saints. Le premier devoir du Messie sera donc de débarrasser le pays de ce parti, de ceux (jui sont pour l'auteur « les pécheurs » sans plus. Après quoi il puriiiera la terre sainte du contact des étrangers et étendra môme sa domination sur le reste du monde.

(>e Messie est un homme descendant de David, choisi par Dieu et manifesté par lui au temps voulu (xviii, 5). L'intervention de Dieu consiste à lui donner le trône, comme dans le Psaume ii dont l'auteur s'est manifestement inspiré (xvii, 23 s.).

La tradition était formelle : le Messie doit hériter du trùne de David. Mais on peut dire qu'il sera roi aussi peu que possible. La théocratie juive, dont on a tant parlé, ne trouve vraiment son affirmation qu'ici. Le roi Messie n'aura qu'à prendre pour son compte l'expression qui revient si souvent dans le psaume xvii, que Dieu est le seul véritable roi d'Israël. Autrefois, en demandant un roi, on avait rejeté la royauté de Dieu ^I Smn. vm, 7) ; avec le roi Messie, les deux idées seront combinées de manière que Dieu exerce réellement la royauté, car le Messie suit son im|)ulsion comme pourrait le faire un prophète. C'est le rôle de Samuel, tel que le comprenaient les scribes, avec le titre de roi davidique pour la forme. Ou plutôt, comme la grande sève pro-

Lt: MESSIK. 235

phétique était épuisée, on peut se demander si le Messie n'était pas déjà pour eux comnio un premier crayon du patriarche Ilillel, tel que la tradition l'a imaginé par la suite, descendaût de David, et président du sanhédrin. Le Messie est surtout un docteur dans le Ps. xviii (v. i ss. .

Le parti pharisien avait horreur du faste royal et des armes; il ne pouvait se représenter le temps messianique comme un temps de iîuerres, même heureuses. Par ce point encore il se rattachait à la description isaïenne (xi, 10), où le Messie était vainqueur sans combat.

Le psaume salomonien a plutôt aitaibli ce surnaturel très imagé. Il ne revient pas sur la paix qui régnera entre toutes les créatures, même entre les animaux. Le ^Messie ne tue pas l'impie du souftle de sa bouche ils. xi, k) ; il se sert de la parole, et il suffit de ses menaces pour épouvanter les nations t\. 2i s.).

C'est donc en réalité Dieu qui fera tout, et le Messie ne pourra pas même s'attribuer la gloire des armes, comme un David. Il est, beaucoup plus encore que le saint roi, un pur instrument de Dieu, fort par le secours de Dieu, sage par les instructions qu'il reçoit de lui. Son royaume ressemble à celui des anges dans le ciel (v. i3). Et cependant il reconstitue l'ancien royaume d'Israël; les tribus dispersées seront réunies; Jérusalem recouvrera sa gloire, tous étant les fils de Dieu. Du Temple et des sacrifices il n'est pas question, non plus que du sacerdoce. Nulle part non plus il n'est dit que ce règne du Messie durera toujours ; il est même indiqué positivement qu'il durera pendant un temps marqué (v. 37). Peu importe, puisque le véritable roi est Dieu, dont le règne est éternel. Une fois les choses mises sur un bon pied, peut-être n'aura-t-on pas même besoin d'un roi-Messie.

L'auteur n'affirme rien ; la tradition étant muette sur les successeurs du Messie, il n'a pas voulu suppléer à son silence. Il est clair que pour lui le Messie est un pur homme, et c'est l'honorer que de comparer sa parole à celle des chefs des anges (v. i3).

Ce qui nous importe le plus ici, c'est de constater que ce messianisme, très spirituel par bien des côtés, est purement terrestre et très national ; on soupire après le règne de la justice et de la sainteté, mais on l'attend sur la terre au sein d'Israël. Et cependant, nous l'avons vu, le même auteur ou du moins, si ces Psaumes ont eu plusieurs auteurs, des esprits imbus des mêmes doctrines avaient déjà une idée très nette de la transcendance des récompenses et des châtiments.

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