‹ Le Messianisme chez les JuifsChapitre 76 sur 118 · II. — LE 3IESSIE FILS I)E JOSEPU · texte numérisé non relu

II. — LE 3IESSIE FILS I)E JOSEPU

^ Ce Messie fils de Joseph apparaît tout à coup, allégué au cours d'une discussion par un maitre, comme s'il s'agissait d'une personne bien connue. Ce maître est un R. Dosa, mais on ne sait si c'est R. Dosa ben Harkinos, qui vivait déjà vers la fin du i^^ siècle, ou un second R. Dosa que M. 3acher place après Hadrien (1). De toute façon il appartiendrait à l'époque tannaïte.

C'est à propos du célèbre passage de Zacharie : « Et je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit de grâce et de miséricorde, et ils regarderont vers moi; et celui qu'ils auront transpercé, ils pleureront sur lui comme on pleure sur le bienaimé » fa). Là-dessus (3) :

(1) Bâcher, Tanu. II, p. 389 s.

(2) Zach. XII, 10; cf. RB., 190(5, p. 57 s. Avec la rorrerlion du texte massorélique, «iV^y pour iSy, ce qui est d'ailleurs l'ancienne leçon du Talrnud ;Dai.m\n, Der leidende..., y. 2).

(3) b. Soucca,^2^: '^^,r>:Z' ^D^^ ]2 n^'O^ h'J T2X fn ^:2n ND1- 121 -2 li^Ss

Tin\T h'J -fEDG^ r^h'J TîEDT np- ICX nx iSn rûl2m 2^7131. M- Klausner (Die mess. Vorslellungen.... p. 93) ne voit pas dans notre texte une baraïtha proprement dite.

•2.r2 LE -MESSIANISME DAI'RÈS LE PIIARISAISME RABBIMQUE.

Il y avait controverse entre l\. Dosa et nos maîtres; l'un disait : C'est à propos du Messie fils de Joseph qui doit être tué; et un autre disait : C'est à propos du mauvais penchant qui doit être tué. Pour celui qui dit : C'est à propos du Messie fils de Joseph qui doit être tué, cela concorde bien iivec ce qui est écrit : et ils regarderont vers moi qu'ils ont jicrcé, et ils pleureront sur lui comme on pleure sur le bien-aimé.

Le Messie fils de Joseph est donc un Messie qui doit mourir : c'est son rôle, et c'est par cela même qu'il s'oppose au Messie, fils de David dans un autre texte du même traité du Talmud de Babylone (1) :

Nos maîtres ont transmis : Le Messie fils de David qui doit être révélé bien vite de notre temps, Dieu lui dira : Demande-moi quelque chose et je te le donnerai, car il est dit : j'annoncerai le statut, etc., je t'engendre aujourd'hui; demande-moi, et je te donnerai les nations pour ton héritage {Ps. ii, 7 s.). Lors donc qu'il vit que le Messie fils de Joseph était tué, il dit en sa présence : Maître du monde, je ne te demande que la vie! Il lui dit : La vie ! avant que tu aies parlé, déjà ton père David avait prophétisé de toi, car il est dit : // t'a demandé la vie, tu la lui as donnée {Ps. xxi, 5).

Un autre texte, du temps des amoras, nous en apprend encore moins; nous voyons seulement le Messie fils de Joseph après le Messie fils de David, mais avant Élie et le prêtre de justice, représentés par les quatre forgerons de Zacharie (2).

Tels sont les témoignages du Talmud de Babylone; celui de Jérusalem ne nomme pas le Messie fils de Joseph, et le premier passage cité plus haut à propos de Zacharie se réfère vaguement au deuil pour le Messie (3). Cependant ce n'est point là une tradition propre à Babylone; on retrouve le Messie fils d'Éphraïm dans le Targum du pseudo-Jonathan. Il n'y est pas question de sa mort, mais du concours que son bras donnera à Israël pour vaincre Gog et ses bandes à la fin des temps (i).

A supposer que la tradition ait été transmise par des amoras, elle remonte du moins pour le fond au temps qui a suivi Hadrien.

(1)6. 60UCCO, 52" : iS iDix iz^u^i mnîzz niSAnS -^nr^ iM ]2 n"it*a i"n -pn-Si DTin i:n' 'i^t pin Sx m^DN iîzxjc -S ]nxT 121 ^:aa Snï; n"3p.n l'ijaS T21X ;in:u? '^I!^^ p n^^'z nxTU? piiT -n'-^n: dii; n:nxT i:)2a Snu

.i;t r^ nnn: -^2*2 Sx-j: C'^n "i72x:c ~''2X iM yih'j

(2) ù. Soucca, 52'' : 21 T2X Dlnn n'JZli< 'inZ'^: '[H^ U^'C^U n"2"IX 'H IZNlII

^.-131 iniSxi î]m^ ]2 nvj>2i -tt p -"^'2 x-irn ]'^T2'C i"n n"12 ^2 N:n

p~ï. Simon le Pieux vivait au commencement du ni*^ siècle; cf. plus haut, p. 202.

(3) « Il y a deux manières difl'érentes d'expliquer ce verset : d'après un avis, le prophète déplore la mort future du Messie; d'après l'autre, il s'agit de la ruine du mauvais penchant » (Talmud de Jôr., Irad. Schwab, VI, p. 43, traité Soucca). Le texte |)arle de deux amoras 'î"i"lV2X T'iin. « La mort future », litt. « le deuil )> : n''w"2 '^"J,* ll^'EDH.

('i)SiiTi:xoUe, XL, 11 : Sntj'' îT'i "jt-inî; 1T7'' S'- ."i'';)2 ■p'^i::! w^-^za 12 Nn'>*w)2T

LE MESSIE SOUFFRANT ET I.E MESSIE FILS DE JOSEPIL 2o3

A i)ropos des deux faons jumeaux du Cantique, le Targum parle à deux reprises des deux sauveurs attendus d'Israël, couple répondant àiMoïse et à Aaron (1).

Ces deux sauveurs sont tout uniment nommés les deux Messies, i un, fils de David, l'autre, fils de Joseph, dans un texte attribué par Raymond Martini au midrach de la Genèse, et qu'on n'a pu y reirouver depuis. Peut-être ce passage est-il emprunté non pas au midrach classique, Berechith rahba, comme le porte le texte de frère Raymond Martini, mais au midrach de la Genèse de Mocheh ha-Darchan qui est perdu. Quoi qu'il en soit, le savant dominicain n'a pas inventé ce texte qui nous mettra peut-être sur la voie, quand il sera question de l'origine littéraire du Messie fils de Joseph. A propos de cet endroit : Issachar est un âne robuste [Gen. xlix, 14), le midrach continue (2) :

C'est ce que signifie : heureux^ voua qui semez sur toutes les eaux {h. xxxii 20 . Car la semence, c'est l'aumône et les œuvres de miséricorde, comme il est dit : Voux tous qui avez soit, venez aux eaux [Is. lv, 1}. Et quiconque en agit ainsi mérite dé recevoir Elie et les deux Messies. C'est ce que signifie : qui envoyez le pied du taureau et de l'âne [Is. xxxii, 20) Qui envoyez se rapporte à Élie, comme il y a : voici que je vous envoie Élie le prophète, etc. {Mal. iv, 5); le pied du taureau, c'est le Messie fils de Joseph, comme il y a : sa splendeur est celle d'un jeune taureau {Dt. xxxiii, M). et l'âne, c'est le Messie fils de David, comme il y a : pauvre et monté sur un âne {Zach. IX, 9).

Nous ne pouvons citer ici tous les textes qui se rapportent à ce Messie. Ceux qui sont de basse époque accentuent son caractère belliqueux. Mais il semble qu'en même temps ils se préoccupent de le différencier du grand Messie. On pouvait sans grave conséquence parler de deux oints, ou même de quatre, quand le sens appellatif du mot n'était pas tout à fait perdu de vue. mais il importait de maintenir dans un rang unique le Messie fils de David. C'est probablement pour cela que l'oint pour la guerre fut nommé, par un léger changement de nom, Mechouakh et non pas Mechiakh (3).

Le rùle de ce second Messie demeure dans le vague. Il n'est pas seulement un lieutenant du grand Messie; il a en lui-même sa raison

(1) Cant. IV, 5:p,-iNT .TiT^^^ ^^27 . . r^^^-^ï^d,-' '\'^VT\'J- "''pllE ^'HTI. Cf. sur vu, 3.

(2) Pugio ficlei, f. 330 : np-j: nSn ."iV^Tr ^\X1 D'^'Z hz '^'J ''•^niT □j'^^rx "î"."!-

i:tt»ST in''"'^N'-' -ijI- p nuv* nxi a-^di i^S n-zï S- iin tzxiu,* nnicn nrv2:i .'laT ncn h-j iDi-n .i:*^ Na^Tî ne; -tt p -1^*3 ni n^m iS nin mur

(3) Dauun', Der Icidende..., p. 5 ss.

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