i4 KE MESSIAMSMK KAPliKS l.i: l'IlAlIlSAISME KAnr.l.MOL'E
d'être, il intervient clans l'histoire comme Messie, ('/est au moment de la lut le suprême. Grâce à sa valeur. Israël triomphe de Gog, mais, connno Judas Macchabé(\ il demeure enseveli dans sa victoire. C'est tout ce c]u"on peut dire de lui il). 11 n'y a absolument rien dans sa carrière qui rappelle l'expiation, comme si on avait séparé en deux le Messie pour attribuer «Y l'un la gloire, A. l'autre les soull'rances. Et en ell'et, nous avons vu que les textes d'Isaïe — plus ou moins faussés — étaient appliqués au vrai Messie, et qu'on ne parle pas des souffrances, mais seulement de Toccision du Messie fds de Joseph. Aussi est-ce une question foit débattue que de savoir d'où est née l'idée de ce second Messie.
M. bévy (2) croit que la mort violente de Bar-Kokébas en fut l'origine. Obligés de reconnaître qu'il n'était pas le vrai Messie, les Juifs n'auraient pu consentir à confesser tout uniment qu'ils s'étaient trompés. Il fallait surtout sauver l'honneur du grand Rabbi Aqiba qui s'était prononcé avec tant d'assurance. Mais il semble bien que, déçus, les Rabbins ont fait payer leur illusion au héros lui-même, ([u'ils regardèrent plutôt comme un imposteur que comme un Messie.
D'après une opinion depuis longtemps abandonnée (3), les Juifs des dix tribus et les Samaritains ayant leur Messie traditionnel, on lui aurait fait une place qui ne pouvait être que subordonnée. Mais où étaient alors les dix tribus, en dehors de la communauté des Samaritains? et les Juifs se souciaient-ils de ménager les Samaritains? Sans compter que le Taëb de ces derniers, prédicateur de pénitence, n'a pas les traits du Messie guerrier, fils de Joseph.
Enfin, dans les différentes légendes, ce n'est pas le Messie éphraïmite qui ramène les dix tribus; elles ne reviennent qu'après sa mort.
D'après M. Dalman ('i-), le second Messie est né du texte mystérieux de Zacharie sur la mort d'un grand inconnu, pleuré par tout un peuple. Avant ce moment, la victoire; après ce deuil, le triomphe définitif par l'intervention de lahvé. La première victoire exigeait un Messie, et ce Messie, dont on pleurait la perte, n'était pas destiné à régner. Pourquoi le nomme-t-on fils de Joseph? A cause des magnifiques promesses du Deutéronome; le taureau premier-né de Joseph est
(1) Il n'y a pas grand'chose de plus dans les diverses combinaisons de la léj;ende au dixième siècle, si ce n'est que la première luUe est dirigée contre Rome; le Messie ben Josepli est lue par Armilos; alors paraît le Messie (ils de David; cf. Dalman, Der Icidende..., p. 10 ss. d'après J'esiqla zxdarUii, et d'après Saadva. Généralement le Messie fils de Joseph revient à la tète des morts (|ui ressuscitent à l'arrivée du fils de David.
(2) Neuhebr. Worlerb. III, 271".
(3) BlillTUOLD, (JLAESF.NEH, DE 'WETTE, ap. Dvf.MAN, /. /., p, IG.
(4) Der leidende..., p. 17 ss.
LE MESSIE SOLFERANT ET I.E MESSIE FILS DE JOSEPH. 2oi;
l'emblème du Messie fils de Joseph, comme l'Ano do Zachaiie est Temblèmc du Messie fils de David.
A cela M. Klausner (1) a objecté que les rabbins ne créaient pas des concepts nouveaux en suite de leur exégèse, mais que ce sont bien plutôt les idées nouvelles qui se font une place dans renseignement au moyen d'une exég-èse artificielle. C'est parce que les maîtres attendaient un Messie fils de Joseph qu'ils lui ont forgé un état civil dans l'Écriture. D'où leur est donc venue cetle conception ? Jusqu'à Hadrien, le judaïsme pharisaïque poursuivait surtout un idéal politique national. Après le désastre, il eut le loisir de méditer sur les inconvénients do fagitation politique et fut davantage frappé de ce que disait rÉciiturc du caractère spirituel du Messie. Le double rôle guerrier et spirituel .imena à dédoubler le Messie, et le second Messie ne pouvait appartenir qu'à Joseph. Pour revenir à l'unité, on imagina qu'il mourrait, non sans gloire, ni sans utilité pour la nation.
On voit assez que cette explication est une déduction logique, plutôt qu'une interprétation des textes, et il serait très malaisé de prouver ce changement dans les idées messianiques dos rabbins.
Il est vrai que plus d'une idée nouvelle fut introduite de gré ou de force dans l'exégèse, mais il faut tenir compte aussi de l'influence exercée par certains textes, sinon très clairs, du moins très suggestifs.
Toutefois on n'accordera pas à M. Dalmaii que le texte de Zacharie ait donné naissance au Messie fils de Joseph, puisque le prophète y vise si expressément la maison de David. Le point de départ est bien plutôt dans la bénédiction de Jacob (2) et dans celle de Moïse, toutes deux si glorieuses pour Joseph, qui femporte môme sur Juda dans le cantique du Deutéronome (3). Puisque les dix tribus, malgré les fautes du passé, devaient être admises à la restauration messianique, il pouvait paraître convenable de leur attribuer un Messie. C'est lorsque ce Messie eut pris une certaine consistance dans le public qu'on lui chercha un rôle. L'opinion de M. Klausner pourrait être utilisée sur ce point; le guerrier s'opposait assez naturellement au roi pacifique, et, dès lors, en dépit de l'allusion à la maison de David, le passage de Zacharie, d'aspect messianique, fut interprété de la mort du Messie guerrier. Les Juifs imaginèrent volt)ntiers, avant la suprême intervention divine, des guerres de revanche et de vengeance sous la direction d'un chef national.
Quoiqu'il en soit, — et il faut convenir que la question demeure obs-
(1) Die mess. Vorslell..., p- 94 ss.
(2) Gen. XLix.
(3) Dt. xxxiii,' 7 sur Juda; xxxiii, 13-17 sur Josepii.
256 l.K MKSSI.VMSME D'APUliS 1.1-: IMIAUISMSMi; ll.VBBIMOUE.
cure, — tous les critiques, chrétiens et juifs, s'accordent sur l'origine relativement tardive de l'idée. Personne ne remonte au delà d'Hadrien. Cette conception n'est donc pas de celles qui ont exercé de l'influence à l'époque du N. T.
Elle demeura toujours discutée, même dans le sein du judaïsme. Raymond Martini (1) avait déjà noté très finement (jue le midrach de la Genèse appliquait au Messie fils de David le texte de Zacharie (2 que d'autres citaient du fils de Joseph, et que le taureau de Joseph était entendu du fils de David par le midrach des Psaumes (3).
Il n'y avait peut-être pas là de contradiction formelle, mais le Ma'asc Daniel (V , cité par M. Dalman, donne clairement le pseudo-Messie éphraïmite comme un imposteur incapable d'opérer les prodiges qui doivent prouver sa mission.
(1) Pncjio, fol. 330.
(2) Zacli. XII, 10.
(3) Pvgio, fol. 332; cf. Dt. xxxiii, 17.
(i) JiîLLiMùK, V, p. 127 s., traduit dans Dalman, l. L, p. 2i ss.
CO:\IPARAISON DE L'APOCALYPTIQUE ET DU RABBIxNISME
L'apocalyptique et le rabbinismese sont développés sur le même sol; ils ont eu des idées communes; ils offrent des divergences. Ce sont ces rapports qu'il faudrait préciser, en distinguant ce qui regarde les fins dernières et ce qui a trait au Messie et au règ-ne de Dieu.
FINS DKRXIKIIES OU ESCUATOLOCIK TRAXSCKNDAXTF.
Si l'on compare les apocalypses d'Esc! ras et de Barucli avec la doctrine rabbinique des fins dernières, on n'y trouve aucune différence appréciable. Des deux cùtés, on croit à la survivance de l'âme, au mérite et au démérite, avec leur suite obligée de récompenses et de châtiments. Chacun doit rendre compte à Dieu de ses actes, et son sort sera déterminé pour toujours à la suite d'un strict jugement. Le monde de l'au-delà sera inauguré dune façon solennelle par la résurrection des morts.
Or tout porte à croire que ces doctrines ne sont point nouvelles. Si elles ne paraissent pas encore arrêtées avec cette précision (1) avant la persécution d'Antiochus Épiphane, ou plutôt, si nous manquons de textes pour prouver leur existence, on peut les constater du moins en iO av. J.-C, dans les psaumes de Salomon. Le livre de la Sagesse qui date environ de ce temps est une autre preuve de l'importance suprême qu'a prise aux yeux des Juifs l'existence d'outre-tombe avec ses rétributions. A partir de ce moment, personne ne peut se désintéresser de ce problème; il est au premier rang; on ne songe
;i) Il faudra longtemps encore citer Bossuet, autorité irréprochable pour son sens très traditionnel, afin de ne pas étonner certaines personnes par le simple exposé des faits : « la loi de Moïse ne donnait à l'homme qu'une première notion de la nature de l'âme et de sa félicité... Encore donc que les Juifs eussent dans leurs Écritures quelques promesses des félicités éternelles, et que vers le temps du Messie où elles devaient être déclarées, ils en pariassent beaucoup davantage, comme il parait par les livres de la Sagesse et des Macchabées; toutefois cette vérité faisait si peu un dogme formel et universel de l'ancien peuple, que les Sadducéens, sans la reconnaître, non seulement étaient admis dans la Synagogue, mais encore élevés au sacerdoce. C'est un des caractères du peuple nouveau, de poser pour fondement de la religion la foi de la vie future-, et ce devait être le fruit de la venue du Messie » {Discours sur l'histoire universelle, part. II, ch. xix). Bossuet exagère la nouveauté de la foi en la vie future, mais cette exagération n'empêche pas la légitimité du principe qu'il pose, à savoir l'évolution de la doctrine sur ce point capital.
LE MESSIVMSME. 17