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Au moment où le prosélytisme juits'éteii;iiait en Occident, il prenait on Arabie un développement extraordinaire. Cette histoire, malheureusement peu connue, est cependant une partie intégrante des espérances et dos échecs du judaïsme.
Uuand les Juifs ont-ils pénétré en Arabie? nul ne peut le dire. La tradition arabe remontait au temps de Moïse, après sa victoire sur les Aniîdécites. C'est légende pure. Les modernes, après Aboul'faradj- Isl'aiiàni, supposent une série de migrations, après les prises de Jérusalem par Pompée, par Titus, par Hadrien (1). Cela est naturellement possible, et même vraisemblable, pourvu qu'on ne se figure pas des masses trop considérables. Les Juifs ont dû se répandre en Arabie par petits paquets, comme dans le monde romain, et leurs rapports commerciaux avec les Nabatéens leur en ouvraient la poi'te. De Pétra et d'Hég-ra -2), les deux capitales nabatéennes, les Juifs pouvaient facilement pénétrer jusqu aux environs de Yathrib, nommée Médine depuis rislam. Là fut toujours le centre de leur influence. C est de Yathrib ((ue le judaïsme pénétra dans le Yémen, vraisemblablement à la suite de la conversion d'Abou Karib, tobba des Ilimyarites, vers le début du III'' siècle. Philostorge (3 1 constatait, au début du iv" siècle, sa diffusion parmi les Ilimyarites, et les choses en vinrent au point qu'au sixième siècle ils étaient les maîtres du Yémen.
11 est vrai que d'autres auteurs racontent les mômes faits du célèbre DhouNowâSjle persécuteur des chrétiens. Son nom était, dit-on, Zura' ; en se convertissant au judaïsme ou en montant sur le trône il prit le nom de lousouf (V); Dhou Nowàs est un surnom qui fait allusion aux mèches de cheveux pendantes qu'il portait probablement à la fa^on des papillotes des Juifs modernes. Il régnait, disent les sources (5), sur tous les Juifs; mais le récit éthiopien prétend qu'ils observaient fort [)eu la Thora, à l'exception des lois sur les aliments. C'est là sans doute une exagération, mais elle n'eût pas même été possible, si tous les Juifs du Yémen avaient été des Juifs de race; c'étaient plutôt des prosélytes dans le .sens large. Le prince juif engagea une véritable
(1) Cal'ssin iie Peuci:\ ai,, tssai sur ihlstoire des Arabes. Il, p . 644.
(2) Les Pères Jaussen el Savignac viennent de trouver une tombe juive à Médaïii Saleli .
(3) P. G., t. L.W, c. 481 : oùx oXiyov oz TzXrfio; xai 'louoaioov aOroï; àvaTcéçupTai. (i) Le récit t-lliiopieii le nomme Piiu'lias, autre nom juil".
(•'») Fei.i,, Die C It rislenver/'olg aiig in Sudaruhicn uad die Ininjuriscli-dl/iiopischeu krieije nach abessinischer Ueberlieferuni/, dans /.eilscUrifl der dcufscUen Moryfiit. (Jes.. l. XXW, 1S81, |). 1-74.
guerre relig-ieuse contre les chrétiens dominant dans la \ille de Nedjrân, au nord du Yémen. 11 s'adressa même à AI-Mundhir III, prince de Hira, le priant d'exterminer, lui aussi, les chrétiens de ses états (1). C'était donc une véritable tentative de chasser le christianisme des pays arabes. Il parvint à réduire iXedjrAn dont les habitants furent massacrés en haine de la foi, puis fut vaincu par les Abyssiniens, qui avaient franchi la mer pour venger leurs coreligionnaires; mais on pouvait craindre une revanche des Juifs et se demander s'il ne leur serait pas donné d'établir leur hégémonie en Arabie, lorsque Mahomet parut.
Leur succès s'explique aisément. Malgré leurs hardies falsilications des auteui-s grecs anciens et leur prétention d'avoir été la source de toute philosophie, les Juifs furent toujours méprisés des lettrés de la (irèce et de l»omc. En Arabie, ils l'emportaient beaucoup par leur instruction; c'est probablement par leur intluence que les Arabes substituèrent à l'année solaire, admise du moins par les Nabatéens, les mois lunaires avec un mois intercalaire tous les trois ans. Ils étaient les gens du Livre. Dans les histoires de conversions, ce sont toujouis les saints livres qui jouent le rôle principal ; ils résistent au feu ou même ils réteignent. Ce sont les Juifs qu'on consulte pour poser à Mahomet des questions embarrassantes (3).
Le monothéisme était par lui-même une grande force. Dans le chaos des panthéons orientaux se manifestait une tendance à l'unité. Aucune religion ancienne ne pouvait y arriver par ses propres forces, mais les esprits étaient préparés à la confesser ailleurs. Les nouvelles inscriptions de Médain Saleh découvertes par les Pères Jaussen et Savignac renferment deux formules qui se rapprochent de celles de Palmyre glorifiant le maître du monde, et celui qui sépare le jour de la nuit. L'attrait de l'unité s'exerçait ici d'autant plus librement que le principal obstacle au judaïsme complet n'existait pas en Arabie; la circoncision y était générale. Beaucoup d'Arabes n'admettaient pas la survivance de l'àme, mais « d'autres croyaient à la résurrection et à une autre vie (3) ». Si ceux-là n'étaient pas des prosélytes juifs, ils étaient du moins bien préparés poui' le devenir.
Le seul obstacle était donc lidolàtrie, une idolâtrie en décadence, et le christianisme grandissant. Mais le christianisme était représenté par l'empire grec dont on craignait le joug ('t), et qui avait moins d'af-
(1) Et mêine, daprès les sources, au roi de Perse.
(2) C.vussiN Di: Perceval, I, p. 381.
(3) Caussin de Perceval, I, p. 3i9.
(4) Il n'eut donc que des succès partiels, comme celui de l'ambassade de ThéopLile, eiivové par Constance aux Himyariles et qui réduisit les Juifs au silence {P. G., t. LXV, c iSi •