‹ Le Messianisme chez les JuifsChapitre 97 sur 118 · S, ].E MESSIANISME EN ACTION · texte numérisé non relu

S, ].E MESSIANISME EN ACTION

Unités ethniques avec les Arabes que les Juifs. Les chances du judaïsme «■'taient donc considéi-ablcs. Si rentrainement ne fut pas plus décisif, cola tint sans doute à ce (ju(\ même là, le judaïsme ne cessa point d «''tre une religion nationale. Les Juifs des environs de Mcdine étaient arabisés; ou sentait toujours la différence : c'étaient encore des Juifs. Avec le soin jaloux des tribus arabes de conserver leur indépendance et la pureté de leur sang, une compénétration complète était bien difficile. Beaucoup d'Arabes ne voulaient plus de leur ancienne religion, mais ils voulaient une religion à eux, une religion arabe. Le génie de Mahomet cl les circonstances firent ce prodige.

Peut-être les Juifs y contribuèrent-ils plus qu'on ne pense, parleurs espérances messianiques. Elles se perpétuaient là comme ailleurs. Lorsque Abou Karib (vers 206 après J.-C), tobba des Himyarites, assiégeait Médine, occupée alors surtout par les tribus juives des Corayzha et des Nadhir, k deux savants docteurs Israélites allèrent le trouver et le prévinrent que s'il s'obstinait à vouloir détruire Yathrib, il s'exposait à un châtiment terrible du ciel. « Pourquoi cela? demanda le roi. — C'est, repondirent-ils, parce ({ue cette ville est destinée à servir de retraite à un prophète qui doit paraître dans les derniers temps, et qui, chassé de SI patrie, fera ici sa résidence 1) ». Dans ces termes l'anecdote est plus que suspecte : elle vise Mahomet; mais l'espérance messianique peut très bien être authentique. Abou Karib et Dhou Nowàs furent sans doute salués par ({uelques Juifs du titre de Messie 2), à plus juste titre que Vespasion par Josèphe, puisqu'ils combattirent pour eux.

Les Juifs eux-mêmes étaient plus portés à l'agriculture qu'à la guerre. Aussi les tribus juives de Yathrib ne purent-elles résister aux Aus et aux Khazradj, tribus idolâtres qui les opprimèrent assez durement. On se consolait par fattente du Messie. « Les Aus et les Khazradj avaient souvent entendu les Juifs leurs compatriotes parler de l'apparition prochaine d'un prophète qui soumettrait le monde à son empire, et s'écrier dans les moments où ils se sentaient opprimés : « Qu'il vienne, ce Messie! nous serons les premiers à le suivre. Avec son aide puissante, nous secouerons votre joug et nous vous détruirons (:V) ».

Quand Mahomet parut, quelques-uns des Khazradj se dirent que cet hr.intnc était sans doute l'envoyé du ciel, dont les Juifs les mena-

;l) Caussin m. Pkiu:i.\ \L, 1, |.. <J2.

'7) Dans i'inlprroj;aloire de sainl Arélas (Uirut;, I un des grands lui dit : « Ne savez-vous pas quo le roi des Juifs est loint du Seigneur? -; ce qui indique du moins que Dliou Novvds élait resardé comme le li'gilimo hérilier des rois d'Israël ou de .liida, ou plutôt comme le Messie (dans le texte éthiopien. Fi.ii.. /. /.. p. fioi.

(^{y Caissi\ \,r. Pr.nr.ENM, I, p. ',o!).

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çaient. Ils se donnèrent à lui et furent les plus ardents parmi ses premiers auxiliaires [Ansar).

On cite deux docteurs juifs qui se convertirent à l'Islam : la masse se montra réservée, puis franchement hostile. Pendant lonutemps Mahomet espéra les gagner j) et il les comprit dans sa première charte, avec leurs clients et amis, c'est-à-dire peut-être avec leurs prosélytes plus ou moins convertis 2). On sait comment la défection dcsCorayzha et l'atroce massacre de toute la trihu mit entre le judaïsme et l'Islam un souvenir de haine et de vengeance. Ces Juifs surent mourir fidèles à leur foi et ils avaient, comme leurs ancêtres au temps des Macchabées, refusé de combattre un jour de sabbat. Cependant Mahomet ne renonça pas à se rattacher aux prophéties et à l'attente des Juifs. Ce n'est pas ici le lieu de montrer que sa mission est une page, la plus inattendue et la plus décevante pour les Juifs, des antiques espérances messianiques (3 ). C'était bien le Messie guerrier qu'ils avaient rêvé, mais il n'était pas de leur race. Son triomphe leur coûta cher. Les anciens seigneurs des châteaux des environs de Médine ne furent même pas tolérés comme fermiers des musulmans. L'Arabie ne devait avoir qu'une religion : Juifs et chrétiens en furent chassés.

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