‹ Le Messianisme d'ÉzéchielChapitre 14 sur 40 · RÉTABLISSEMENT DU PEUPLE DE DIEU · texte numérisé non relu

RÉTABLISSEMENT DU PEUPLE DE DIEU

Dans le récit de cette vision est englobée la description d’une autre qui a l'air d’en faire partie. De la porte septentrionale, où il se trouva en dernicr lieu, Ezéchiel cst transporté à la porte orientale. Il y aperçoit un collège de vingt-cinq hommes, qui sont sans doute des chefs et parmi eux deux qu’il connaît et qu’il désigne par leurs noms. Jahvé les lui caractérise comme les grands coupables qui séduisent les habitants de la ville par leurs mauvais conseils et donne au prophète l’ordre de lancer contre eux une véhémente menace. Pendant qu’Ezéchiel les apostrophe, l’un des deux meurt subitement. Effrayé le prophète tombe sur sa face et s’écrie: «Ab, Seigneur! Est-ce que tu veux extirper le reste d'Israël?» 11, 1-13.

Cette plainte d’Ezéchiel est suivie d’une révélation très consolante. Après le désastre viendra le rétablissement du peuple dont le noyau sera formé, non pas par ceux qui restent encore maintenant à Jérusalem, mais par ceux qui sont déjà déportés, 11, 14-21.

Les exégètes modernes sont unanimes à reconnaître que Je groupe de versets qui contient cette seconde vi- Sion ne se trouve pas à sa place primitive. En effet, il sépare brusquement la fin du chapitre 10, où le départ de Jahvé est présenté comme imminent, de la fin du chapitre 11, versets 22 sq., où le départ a effectivement lieu. L’exclamation de 11, 13 n’est guère compréhensible après celle de 9, 8. D’après les chapitres 9-10 tous les malfaiteurs sont exterminés et la ville est brûlée. Mais ‘d’après 11, 1-13 les habitants de la cité existent encore. De plus, la situation dans les deux cas est différente: iciile prophète assiste à des machïnations funestes des chefs, là ce sont plutôt des pratiques idolâtriques qui attirent son attention. On remarquera aussi que dans 11; 1-13 le prophète profère sur l’ordre de Dieu des menaces contre les coupables, ce qui n’a pas lieu dans les chapitres 8-10. D’ailleurs la formule 11, 1: «L'Esprit m’enleva et m’amena à la porte orientale» semble vouloir indiquer qu’elle introduit le récit d’une vision nouvelle. On le constate surtout, lorsqu’on la compare à celle de 8, 3, qui par sa solennité diffère beaucoup des formules analogues 8, 7, 14, 16.

Il résulte de ces constatations que les versets 11, 1-21 ne cadrent pas avec le contexte (24). En les lisant attentivement, on découvre qu’ils ne sont pas même homogènes entre eux. La prophétie de 11, 14-21 n’est pas la suite de la vision de 11, 1-13. Car les versets 14-21 ne se rapportent nullement à la situation de la vision du temple et la formule introductoire 14: «La parole de Jahvé me fut adressée ainsi» prouve qu’il s’agit d’un oracle indépendant (25). Il faut donc séparer 11, 1-13 de 11, 14-21.

Rothstein et Heïnisch intercalent le premier morceau entre 8, 15 et 8, 16. Hermann, avec plus de raison, semble-t-il, le dégage tout à fait de Ja vision des chapitres 8-10, bien qu’il le range parmi les textes qui datent du temps qui précéda la chute de Jérusalem.

Pour le second morceau, la question se pose de savoir s’il doit être considéré comme appartenant à la première époque de l’activité du prophète. Kraetzschmar

(24) Il n’est d’ailleurs pas difficile de saisir le motif pour lequel 11, 1 sq. a été inséré dans le récit de la grande vision. Dans les deux cas le prophète fut transporté en esprit au temple de Jérusalem. Mais c’est surtout le verset 11, 13, tout à fait analogue à 9, 8, qui semble avoir été la cause principale pour laquelle le morceau a reçu sa place actuelle.

(25) A notre connaissance, seul Hôlscher, Hesekiel, der Dâchter, p. 77, se prononce contre l’indépendance de 11, 14—21 par rapport à 11, 1—13. Mais l’unique raison qu’il invoque, à savoir que le soupir du prophète rapporté en 11, 13 exigerait une réponse divine est insuffisante, vu que le soupir tout à fait semblable, 9, 8, est également resté sans réponse. Cependant tout en rejetant la manière de voir de ce critique, on peut admettre que la raison pour laquelle 11, 14—21, morceau primitivement indépendant, a été placé à la suite de 11, 1—13 est celle qu’il allègue. En effet l’oracle 11, 14—21 se prêtait bien à paraître comme la réponse donnée à ce qui précède.

D'ailleurs il n’est guère difficile de deviner, pourquoi Hôlscher veut absolument maintenir l’unité de 11, 1—21, une fois qu’on se rappelle sa thèse: Ezéchiel n’a été que la Cassandre de Jérusalem agonisante, Car, comme d’une part il est certain que 11, 1-21 est secondaire par rapport à la vision des chapitres 8—10 et que d’autre part pour lui éfre secondaire veut dire être inauthentique, il peut de cette manière éliminer d’une façon commode et 11, 1—13 et surtout la promesse messianique 11, 14—21, Mais il le fait à tort. Heinisch, op. cit., p. 67, Herrmann, Ezechielstudien, p. 18, et Kom., p. XXV. 5, Dürr, Die Stellung, p. 18, note 4, maintiennent l’authenticité des versets en question, bien qu’ils les regardent comme insérés dans:la vision des chapitres 8—10.

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