‹ Le Messianisme d'ÉzéchielChapitre 23 sur 40 · RÔLE DE JAHVÉ ET DU MESSIE · texte numérisé non relu

RÔLE DE JAHVÉ ET DU MESSIE

Dans cette description la mention d’un nouveau roi, que Jahvé doit donner à son peuple, mérite une attention spéciale. Le Très-Haut, tout en se présentant à plusieurs reprises comme le berger de son peuple, ne gardera pas toujours personnellement son troupeau: il aura un remplaçant. La manière dont il parle de son lieutenant ne peut pas laisser de doute qu’il vise le Messie. Tous les exégètes le reconnaissent (18), bien qu’ils ne soient pas d’accord pour l'interprétation des différents termes que Jahvé emploie pour désigner sa personne et son œuvre.

À l’exemple de Jérémie il le nomme David tout court, Par cette dénomination, le roi futur est conçu non seulement comme sortant de la souche davidique, mais surtout comme ressemblant à tel point à son grand ancêtre qu’il mérite de porter son nom. Parmi les faits qui lui vaudront d’être pris pour un David redivivus, Jahvé n’en relève que deux: il sera fidèle dans le service de son chef céleste de sorte qu’il méritera le titre de serviteur de Jahvé, si souvent donné à David: 2 Reg. 8, 19; Ps. 18, 1; 89, 4, 21 (19) et qui est toujours réservé à des personnages éminemment pieux (20) ou à des hommes choisis par Jahvé d’une manière toute spéciale comme exécuteurs de sa volonté (21), et il sera le seul roi d’Israël, c’est-à-dire il réunira sous son sceptre toutes les tribus.

Le rôle exact qu'Ezéchiel attribue dans ces lignes au Messie sera étudié dans l’exposé du passage parallèle 37, 15 sq.

(18) Tous les auteurs admettent aussi l’authenticité des versets 23-24. Hôlscher seul, pour qui d’ailleurs tout le chapitre 54 n’est pas original, la conteste. D’après lui, Hesektel, der Dichter, p. 471, il n’y aurait pas de place pour le berger humain à côté du berger divin. Mais déjà Rothstein et Herrmann, Ezechielstudien, p. 35, ont très bien remarqué qu’on ne pourrait pas précisément à propos du passage en cause parler d’une contradiction, puisque le Messie y apparaît seulement après le rétablissement du DAURIE et avant tout comme instrument de Jahvé, berger souverain. Voir aussi Kessler, op. cit., p. 80 sq. |

(19) Voir Rothstein, op. cit., p. 968, note à propos du vers. 23.

(20). A Abraham: Ps. NUE à Josué: Jos. 24, 29; Juges 2, 8:"à Job: Job 1, 8;'°2, 3; 42, 8.

(21) Par exemple au roi de Babylone: Jér. 25, 9; 27, 6; 43, 10,

Ici nous voulons seulement relever que si, pour exprimer sa dignité royale, le prophète n’emploie pas le terme ordinaire de 40% — roi, mais celui de N'@) — prince, ce fait ne prouve pas — comme le veulent plusieurs exégètes, par exemple Smend (22), Touzard (23), Gressmann (24), — qu’il ne s’agit pas pour Ezéchiel d’un véritable souverain égal aux autres chefs d'Etat; car le prophète a une prédilection pour cette expression et s’en sert presque exclusivement quand il parle des rois d’Israël (25).

(22) Cité par Begrich, loc. cit., p. 448.

(23) Loc. cit., p. 40.

(24) Der Messias, p. 255..

. (25) Voir Bühmer, 00 und N90)3 bei Ezechiel, loc. cit. p. 112-117. Herrmann, Kom;, p. 134, note que, sur trente-quatre

fois qu’on rencontre le mot 77 dans le livre d’Ezéchiel, vingtcinq fois il est appliqué à des Non-Israélites; trois fois: 43,7 (deux fois), 9 à des rois d'Israël en général, deux fois: 1, 2; 17, 22 au roi Jéchonias. En 7, 27 et 37, 22 bis, il serait à supprimer, puisqu'il manque dans les LXX; en 37, 22 et 37, 24, où ce terme est employé pour désigner le Messie, son originalité serait douteuse, puisque les LXX y présentent l’équivalent de N'®2. A propos des deux derniers endroits, voir pourtant la note relative à 37, 22 et 37, 24, p. 78.

IT. — Ruine d'Edom: 35, 1-36, 15.

Ayant montré au chapitre 34 de quelle façon Jahvé retirera son troupeau de l’exil pour le ramener dans sa patrie et de quelle manière il lui assurera un bon gouvernement pour lui procurer une vie tranquille et heuréuse, Ezéchiel reprend dans les chapitres 35 et 36, 1-15 deux points spéciaux, tous deux déjà traités ailleurs, savoir la chute des peuples ennemis d'Israël et le relèvement du pays ruiné. Cette prédiction se compose de deux oracles antithétiques, dont le premier concerne le sort «de la montage de Séir» (26) habitée par les Edomites, c. 35, le second la destinée «des montagnes d’Israël», c. 36, 1-15. Par rapport à l’oracle précédent, on peut dire que c. 35, 1-36, 15 sont un développement des idées contenues en 34, 25-31. Mais là le peuple était au premier plan, ici c’est le pays d’Israël que le prophète présente comblé des bienfaits divins.

Dans le premier oracle, Ezéchiel s’adresse donc aux Edomites. De prime abord on pourrait être surpris de la présence du chapitre 35 au milieu des oracles relatifs à la restauration d’Israël. Car Ezéchiel s’y adresse d’un bout à l’autre à une nation païenne. Sa place plus naturelle semble être parmi les prédictions relatives aux destinées des peuples étrangers, réunies dans les chapitres 25-32, D’autant plus que là, 25, 12-14, se trouve déjà un bref oracle contre l’Idumée. Cependant la suite fait voir que le chapitre 35 n’existe pas pour lui seul, mais qu’il forme un tout avec l’oracle contenu dans 36, 1-15. Car il y a un contraste tellement saisissant entre les menaces lancées contre les montagnes de Séir et les promesses faites aux imontagnes d'Israël (27) qu’il ne peut

(26) On appelait ainsi les deux chaînes parallèles de montagnes qui s’étendent de l'extrémité méridionale de la mer Morte jusqu’à la pointe septentrionale du golfe élamitique de la mer Rouge. C'était le séjour des Iduméens, peuple frère d'Israël, puisqu'il descendait d’'Esaü. Le

27) Gautier, Introduction, t. 1, p. 444, le relève ainsi: «Là, c'était l’orgueil vindicatif d'Edom et le châtiment qui l'attend. Ici, c’est le malheur d’Israël, devenu «la proie et la risée des nations d’alentour», et la promesse d’un avenir prospère et béni, d’une restauration, d’une grande multiplication et d’un héritage

qu'être voulu et produit par le prophète lui-même. Aussi les versets 36, 2 et 5 seraient-ils incompréhensibles sans le chapitre 35, au contenu duquel ils se rapportent. Il s'ensuit que le chapitre 35 date de la même époque que les oracles 34-37 (28).

Comme dans les autres oracles contre les paiens, Ezéchiel s'occupe ici du salut d'Israël d’une façon négative, en annonçant que tout obstacle qui pourrait empêcher Ja réoccupation de Chanaan par les Juifs sera enlevé. Pour cette raison Ezéchiel annonce à plusieurs reprises que ceux qui se sont emparés du territoire et des propriétés des exilés en seront chassés. Il l'avait déjà affirmé, 33, 23-29, en face de ceux des Juifs eux-mêmes qui, avant 586, étaient encore restés dans le pays; ensuite surtout dans toute cette série d’oracles prononcés contre les païens. Ici il revient à cette idée qui lui est si chère.

Dans ce sens, il menace d’un châtiment terrible les habitants des monts de Séir. Les reproches les plus graves y sont formulés contre eux pour plusieurs motifs. Tout d’abord, parce que, malgré les liens de parenté qui les unissent au peuple de Jahvé, ils lui ont toujours manifesté une haine implacable (289). Cette antipathie vient d'atteindre son point culminant; car, lors de la ruine de Jérusalem, non seulement les Edomites se sont. réjouis du désastre, maïs ils y ont contribué <en livrant les Israélites au glaive» (30). En même temps ils ont eu l’audace de convoiter les territoires sacrés des deux royaumes, 35, 10, et de prétendre que ce serait pour les

indestructible>. Voir aussi du même auteur La mission, p. 305 sq.; Kraetzschmar, op. cit., p. 245; Steuernagel, op. cit. p. 589; Tobac, op. cit. p. 407; Heinisch, op. cit., p. 168, 170; Herrmann, Kom., p. 225 .

(28) Heinisch, op. cit., p. 168, pense à 586.

(29) En effet, depuis David, les luttes entre Edomites ct Israélites ne cessèrent pas: 2 Sam. 8, 11 sq.; 1 Reg. 11, 14, sq.; 22, 48; 2 Reg. 8, 20 sq.; 14, 7; 14, 22; 16, 6 et cette inimitié a trouvé de multiples échos chez les prophètes: Am. 1, 11-12; Is. 34, 5-17; 63, 1-6; Ez. 25, 12-14; Jér. 49, 7-22; Abd. 1-16; Lam. 4 21-22: Mal.1,2-5;:1PsS4 137, 7.

(30) I n’y a pas de doute que le prophète ne vise par cette indication les actes de violence dont les Edomites se sont rendus coupables à l’occasion du siège et de la prise de Jérusalem. D’après Abd. 10-14, en effet, ils ont prêté leur appui aux Babyloniens.

RUINE D’EDOM 63 leur abandonner que Jahvé aurait rendues désertes les montagnes d'Israël.

C’est pourquoi le Très-Haut ne tardera pas à venger son honneur outragé. Il traitera les Iduméens conformément à leur conduite vis-à-vis de lui, propriétaire de - Chanaan. Il changera l’Idumée tout entière en un désert,

détruira ses villes et exterminera complètement sa population.

Dans le second oracle, le prophète relève d’abord que ce ne furent pas uniquement les Edomites qui aspirèrent à s'emparer du territoire juif, mais aussi les autres (31) peuples voisins. Tous ils n’ont eu que des railleries au moment de la catastrophe et ils se sont écriés: «Ah! Ah! Des ruines (32) éternelles; cela devient notre propriété», 36, 2. Ezéchiel leur annonce ensuite que c’est en vain qu'ils se sont réjouis; car d’une part ils auront à supporter leur propre honte, de l’autre les hauteurs d'Israël seront rétablies (33). Ces «montagnes et collines,

(31) «L’ennemi» visé en 36, 2 est sans doute Edom (comp. 36, 2 à 35, 10 et 12); le fait que, 36, 3, 5, d’autres peuples voisins d'Israël sont associés à Edom, mais que ce dernier seul est expressément nommé, prouve que le prophète juge la méchanceté d’Edom particulièrement grave. L'expression Dan DINT — reste des peuples, 36, 3, 4, 5, signifie sans doute, comme le relève Heinisch, op. cit., p. 170, en renvoyant à Jér. 39, 3, «les autres nations» par opposition à Israël. Herrmann y veut trouver le sens de «reste des peuples», comme s’il s'agissait «de tout ce qui est resté des peuples après les événements au cours desquels Juda est succombé». Ce n’est qu’en 36, 36 qu’on doit

supposer le sens spécifique de «reste» survivant à la calamité.

(32) Au lieu de na — hauteurs, il faut lire avec les LXX (éonpa) NY2% ou PNA — ruines. Comp. 35, 9, 12.

(33) 36, 1-7. Le texte de ces versets ne semble pas être en ordre: dans six d’entre eux (2-7) se lit chaque fois la formule «ainsi parle le Seigneur Jahvé» et dans cinq versets successifs

ravins et vallons», actuellement désolés et dévastés, 5e ranimeront un jour, se couvriront de nouvelles verdures et produiront des fruits pour nourrir les Israélites, qui vont revenir. Alors le sol sera de nouveau cultivé et ensemencé, les villes seront rebâties et les ruines relevées. Les hommes et les bêtes deviéndront plus nombréüx et plus bénis qu'auparavant et ne seront plus éloignés du pays (34).

(3-7) se rencontre cinq fois l'expression «c’est pourquoi» ( 122 ).

Kraetzschmar veut expliquer ces répétitions en prenant 3-4 pour un doublet de 5-6. Jahn élimine les versets 3 et 5. Herrmann, dans ses Ezechielstudien, p. 35, considère le verset 7 et un des versets 1-6, sans pouvoir dire lequel, comme seuls primitifs. Dans son commiéntaire, p. 227, il est encore plus réservé et ne tranche pas davantage la question. Steuernagel, op. eit., p. 590, et Heinisch, op. cit., p. 170, tout en relevant la complexité du texte, s’abstiennent de tout essai de remaniement. Rothstein suppose qu’une main étrangère a introduit quelques phrases après coup. Smend et Bertholet expliquent l’incohérence par l’excitation et l’irritation extraordinaire du. prophète.-Hôlscher,' Hesekiel, der Dichter, p.172, biffe les versets 3, (depuis 4b 297%), 5, 6 (jusqu’au mot:11;1). Dans le texte ainsi arrangé, il serait question en général de la risée des nations environnantes, et non point seulement de celle d’Edom. D'où il conclut que le chapitre 35 a éfé inséré après coup, comme l'ont affirmé aussi Jahn et transitoirement Herrmann, Ezechielstudien, p. 36. Cependant cette conclusion de Hôülscher ne s’impose pas, même si l’on acceptait son arrangement des versets 1-7. Car le verset 36, 2 (voir la note 31 ci-dessus), qui est maintenu par lui comme primitif, vise clairement 35, 10 et 12. Aussi Herrmann at-il depuis changé d’opinion et reconnait-il, Kom., p. 225, 227, que 36, 1-15 est composé en mèêine temps que €. 35 pour en former !a contrepartie. Du reste Hôlscher n'allègue aucun argumeñt sérieux contre l’authenticité du chapitre 35 et Kessler, op. cit. p. 82, observe que justement les faits allégués par Hôlscher contre l'authenticité y sont plutôt favorables. |

(34) Mot à mot: «La terre ne dévorera plus ses enfants.» Ezéchiel fait sans doute allusion d’une part aux batailles meurtrières, de l’autre aux calamités multiples, famines, pestes, etc., que Jahvé avait envoyées pour les punir à cause de leurs iniquités. Tous ces fléaux faisaient disparaître les habitants du sol, de sorte .que celui-ci semblait les dévorer.

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