I. — Contenu des oracles
L’oracle s'ouvre par l'invitation que Jahvé adresse au prophète de tourner «sa face vers Gog, au pays de Magog (2), prince-souverain (3) de Meshek et de Tubal» et de prophétiser contre lui.
(2) Dans l’hébreu, après «vers Gog» se trouvent les mots An VX qui, sous leur forme actuelle, présentent quelque difficulté. Car du fait qu'ici et en 39, 6; Gen. 10, 2 et 1 Chron. 1, 5, Magog est employé comme un nom propre désignant un pays, la leçon massorétique, où, contre les règles de la grammaire hébraïque, l’article précède le nom du pays, n’est certainement pas exacte. Aussi adoptera-t-on la correction proposée par Stade, qui considère f1 devant Magog comme «fi de direction», qui s’est détaché du mot précédent VON de sorte qu’on doit lire par conséquent FIXIN — au pays. Herrmann, Kom., p. 238, note 2, et, à sa suite, Rothstein, Hôlscher, op. cit, p. 178, note 2, et Gressmann émettent quelques doutes sur l’authenticité de ces mots.
(3) D’après le texte hébreu, Gog est 7201 qu UN QUE
Cette désignation n’est pas claire; car on ne sait pas s’il faut, avec les LXX qui traduisent &pxovra ‘Pac, regarder UN comme le nom d’un pays, de la même manière que 20 107, ou plutôt, avec le Targum, la Peshito, Aquila et ee Jérôme, comme un déterminatif de N’@2 (prince, chef) qui à l'instar de UN 7712 (voir Herrmann, Kom., p. 244) caractérise Gog comme prince-souverain de Meshek et de Tubal. Les deux possibilités sont admises par les auteurs modernes: pour la première se prononcent Rothstein, Touzard, loc cit; p. 55, note 3, Dürr, Die Stellung, p. 95 sq., pour la seconde Ewald, Hengstenberg, Gautier, Smend, Ed. Mayer (cités par Trochon, op. cit., p. 261, et par Hôlscher, op. cit., p. 178, note 3), Heïinisch, Herrmann (Kom.; autrefois, dans ses Ezechielstudien, p. 39, celui-ci considérait, à l'exemple de Jahn, N'Ÿ) comme une glose), Hülscher. Parce qu’on ne rencontre nulle part dans l’Ancien Testament GNT comme un nom de pays, mieux vaut donner la préférence
Ezéchiel s'adresse ensuite à Gog, comme si celui-ci était présent et l’écoutait, et lui fait connaître que le Très-Haut «s’en prendra à lui» (4. Dans ce but Dieu l’emmènera (5) de sa demeure, en mettant, comme sil s'agissait d’une bête indomptée, des crocs à sa mâ-
à la seconde manière d’entendre les mots en question et les traduire, comme constituant un titre composé de Gog, par «chefsuprême» de Meshek et de Tubal.
(4) C’est là le sens de l’expression qui se trouve en 38, 3 et qui, par ses termes mêmes (surtout quand on adopte au lieu de la leçon massorétique celle des LXX: «voici, je (viens) contre toi»), donne à l’oracle annoncé un caractère menaçant.
(5) La signification exacte de r n22101 , qui Se rencontre au 8 Dr,
commencement de 38, 4 et une seconde fois dans cette prophétie en 39, 2, est difficile à saisir. Se basant sur Is. 47, 10, Smend lui donne le sens de «mener», Bertholet celui de «séduire». Herrmann, Kom., p. 252 sq., et Hôlscher, op. cit., p. 178, note 5, tout en étant d'accord qu’à la base de la racine 2© se trouve toujours l’idée de «tourner», diffèrent pourtant lorsqu'il s’agit d'indiquer le sens précis de la locution en question. D’après Herrmann, l’expression ferait ressortir l’idée que Gog, avant de se précipiter sur la Palestine, se tournera tout d’abord contre Babylone pour lui infliger au nom de Jahvé la punition qu’elle a méritée. C’est alors seulement qu’il marchera, conformément à ce qu’annonce la locution en question, contre Israël. Cependant cette explication ne s'impose pas, surtout parce qu’elle ne tient aucunement compte des données du verset 38, 8, d’après lesquelles l'invasion de Gog aura lieu à la fin des temps, donc après le retour d'Israël ‘de l'exil. Or, d’après les idées messianiques d’Ezéchiel qu'on à vues jusqu'ici, la chute de Babel devrait coïncider avec le rapatriement des déportés. Ensuite l’autre supposition de Herrmann, savoir de regarder le verset 38, 8 dans sa majeure partie comme ajouté après coup (voir Kom., p. 246, note à propos de 38, 8), n’est pas non plus admissible (voir plus loin). Hôlscher interprète A22101 dans le sens de tourner: «Jahvé domptera la bête sauvage et la tournera dans la direction dans laquelle elle doit courir». C’est, nous paraît-il, la meilleure explication.
choire (6), pour le faire apparaître, à la tête d’une immense armée de cavaliers, sur le théâtre du monde. Son apparition sera d'autant plus redoutable que ses guerriers seront magnifiquement équipés (7) et que Gomer et Bet-Togarma, peuples septentrionaux (8), le suivront
(6) Voir 29, 4, où la même locution est appliquée au Pharaon de l'Egypte, qui y est comparé à un grand crocodile.
(7) Comme il s’agit d’une armée de cavaliers, la mention du grand bouclier ( mix ) parmi les pièces qui constitueront
l’équipement des soldats de Gog étonne. Aussi les LXX et la Vulgate présentent-elles une autre leçon, savoir «des cuirasses». D'ailleurs il est probable, comme le remarquent Herrmann, Kom., p. 238, note 4e, et Hôlscher, op. cit, p. 179, note 1, que le texte (à la fin) du verset est glosé.
(8) Le verset 38, 5 énumère comme auxiliaires de Gog:
Paras (s'agit-il, comme l’admet la grande majorité des exégètes, des Perses, où plutôt, comme l’a proposé tout dernièrement Herrmann, Kom., p. 165, note à propos de 27, 10a, et p. 304, note ad p. 165, d’un peuple africain, par exemple des Pharusit, mentionnés dans Plin. V, 1, 10; 8, 8; Ptol. IV, 6, 17; Pomp. Mela III, 11;:Strabo, II, 131?),
Kush (— Ethiopiens) et Put (à la suite de W. M. Müller, Asien und Europa, p. 114 sq., qui identifiait Put avec le Punt des inscriptions égyptiennes, Kraetzschmar, Gunkel, Kom. zur Genesis, note à propos de Gen. 10, 6, Plessis, op. cit., p. 29, note à propos d’Ez. 30, 5, Cheminant, op. cit, p. 42, note à propos d’Ez. 27, 10, Touzard, loc. cit., p. 56, Herrmann, Kom., p. 165, Hôlscher, op. cit., p. 179, note 2, cherchent Kush et Punt sur la côte africaine de la mer Rouge.
L’authenticité de ce verset est contestée par Winckler, Jahn, Rothstein, Heinisch (quoique d’une manière moins catégorique), Herrmann, Hôlscher et Gressmann, Der Messias, p. 119, note f. Ils font surtout valoir (p. ex. Herrmann, Kom., p. 238, notes 5a et 5b) que la mention de ces peuples n’y est pas à sa place, vu que Kush et Put sont des peuples africains et qu’au verset suivant Ezéchiel revient à des peuples septentrionaux (Gomer et Bet-Togarma). Bien que le fils de Buzi mentionne Kush et Put en 27, 10 et en 36, 5, il nous semble pourtant qu’il faut considérer le verset en question comme une interpolation. D'autant plus
qu’on rencontre dans ce même verset le mot DNK (avec eux),
qui, comme l’observe Herrmann, paraît être une glose.
dans son expédition avec leurs nombreuses troupes auxiliaires, 38, 1-6. \
Dans la suite l’ordre ironique est donné à Gog, qui sera le chef (9) de cette coalition de peuples barbares, de faire dès maintenant les préparatifs nécessaires pour être en mesure, le moment venu, d'exécuter promptement .les plans de Jahvé. Qu'il sache qu’il n’entreprendra pas son expédition en pleine indépendance. Au contraire, quoiqu'il ne s’en rende pas compte, il ne fera qu’accomplir les desseins du Dieu d'Israël. C’est au fond sur son ordre (10) qu’il marchera «au bout de beaucoup de jours», c’est-à-dire à la fin des temps contre les Israélites, qui, à cette époque, vivront dans une pleine sécurité sur le sol de leurs ancêtres.
Ce sera précisément, d’après 38, 10 sq., ce sentiment de sécurité complète auquel les fidèles de Jahvé s’aban-
(9) Le sens des {mots TABBLXX 07 1? ANNE) qu'on lit
à la fin du verset 38, 7 est Ep difficile à préciser. Tandis que Smend, Trochon, Fillion, Crampon, Hôlscher, op. cit., p. 179, note 4, les traduisent par: «sois leur chef» Fe traduction des LXX, qui rendent cette phrase par:xat ëon pot si: Tpocqu\axv— sers-moi d'avant poste, va dans un sens semblable), Hitzig les rend plutôt par: <«tiens-toi pour moi en réserve». Rothstein, Heinisch et Herrmann le suivent, puisqu'ils traduisent: «et sois prêt pour mon service».
(10) Parce que le verbe 75 peut avoir la double signification de «visiter» et de «mander, donner l’ordre», quelques auteurs, par exemple Trochon, Fillion, Crampon, voient, dans l'expression 7PEn du verset 38, 8, une allusion à l'issue misé-
rable que va prendre l'expédition de Gog et la rendent pour ce motif par: «tu seras visité», c’est-à-dire <tu seras châtié». Cependant, bien que la prophétie des chapitres 38-—39 se présente dès le commencement (voir 38, 3) comme un oracle de calamité, il vaut quand même mieux traduire le mot en question, à l’exemple de Touzard, loc. cit, p. 56, note 7, Heinisch, Herrmann et Hôlscher, par: «tu recevras l’ordre» pour cette raison que le prophète s’y adresse avec ironie à Gog, qui se croit d’ailleurs tout à fait sûr de la réussite de son entreprise projetée.
donneront après le retour de l'exil, qui fera naître dans l'esprit de Gog la pensée d’envahir le pays d'Israël si riche en butin, Cette idée le fascinera d’autant plus que la Palestine lui paraîtra très facile à conquérir du fait que ni remparts, ni forteresses n’en défendront les de-
-meures, 38, 11 (11).
(11) Comp. Zach. 2, 8, où il est dit de la nouvelle Jérusalem qu’elle sera une ville «ouverte», sans murailles tant il y aura en son sein d'hommes et de bêtes. Ici lé même terme MTTE
exprime, comme la suite du vers. le montre, plutôt le sentiment de pleine sécurité dans lequel vivront les Israélites au temps qui suivra l'exil. C’est puisqu'ils se croiront exempts de tout péril, qu’ils ne fortifieront pas leurs villes ni leurs demeures. On notera cependant que ce trait va à l’encontre de 36, 35. D’après ce verset, en effet, les rapatriés fortifieront, en les relevant des ruines, leurs villes. Cette diversité de trait s’explique, comme le remarque très justement Herrmann, Kom., p. 247, par le but qu’'Ezéchiel poursuivait dans ces deux passages. Tandis que là il s'agissait de faire ressortir l’idée du renouveau qui aura lieu après le retour de l'exil, ici il se proposait de mettre en relief la sécurité qui caractérisera la vie des fidèles de Jahvé à l’époque messianique. Comp. 29, 26; 34, 25, 27, 28; 37, 26; 38, 8 (fin), 14b; 39, 26. — On remarquera aussi qu’en 38, 12b (comp. Jubil. 8, 19; Hén. 26, 1 sq.) Israël est caractérisé comme «habitant au centre (mot-à-mot: à l’ombilic) de la terre», trait qui est conforme à 5, 5, puisque d’après ce verset Jérusalem est située au centre des nations. Quelle est au juste Ja portée de cette expression? Heinisch, op. cit, p. 185, et Hôlscher, op. cit. p. 181, note 3 — ce dernier allègue quelques citations analogues, tirées des auteurs profanes (Livius, XXXV, 18; Cicéro, Verr. IV, 106; Pindare, Pyth. IV, 131) — pensent que la Palestine et, par conséquent, Jérusalem y sont envisagées comme centre spirituel du monde. Cependant, il se pourrait que cette locution ne fait que refléter la connaissance imparfaite de la géographie d’alors, d’après laquelle on regardait — tout comme le font encore de nos jours les Chinois pour leur pays (voir Toy, The book of the prophet Ezekiel, p. 105, note 4) — la Palestine comme située juste au milieu de la terre. Voir les deux cartes du monde, provenant du Moyen-Age, reproduites dans Toy, ibidem, qui sont, ‘la première surtout, très expressives à cet égard.
À peine l’envahisseur, à la tête de ses guerriers innombrables, est-il en route pour Chanaan (12), que le bruit s’en répand rapidement. Des peuples de commerçants: Saba (13) et Dédan (14) ainsi que les trafiquants de
(12) C’est là, nous semble-t-il, le sens du verset 13, tel qu’il est suggéré par ses termes mêmes, étant donné que les peuples de marchands adressent à Gog cette question: «Est-ce pour piller que tu viens?» D'ailleurs, le fait même que des peuples de commerçants posent des questions au sujet du but de son entreprise semble assez clairement indiquer que Gog est déjà en train d'exécuter son projet; car c’est sans doute l’espoir d’un gain prochain qui a déterminé ces marchands à se joindre à l’armée de l’envahisseur. Aussi ne croyons-nous pas devoir tenir compte de l’avis de Herrmann, Kom., p. 247, note à propos de ce verset, qui, à la suite de Jahn (voir Herrmann, Ezechielstudien, p. 40 sq.), trouve ce verset inintelligible et le range parmi les gloses. Voir Hôlscher, op. cil., p. 82e; Gressmann, Der Messias, p. 120, note 1.
(13) En hébreu NID, pays dont Ezéchiel fait aussi mention
en 27, 22. De quel Sheba s’agit-il, de celui du Nord, dont il est question Job 1, 15; 6, 19 (voir Dhorme, Le livre de Job, p. XX sq, p. 8 sq. p. 80) ou plutôt de celui de l’Arabie Heureuse si célèbre par ses richesses et ses parfums (Jér. 6, 20; Is. 60, 6; Ps. 72, 15)? Du fait que les produits énumérés en 27, 22, «parfums de prix, pierres précieuses, or», correspondent exactement aux présents apportés à Salomon par la reine de Sheba’ (1 Reg. 10, 2, 10), Cheminant, op. cit., p. 62, note à propos de 27, 22, Condamin, op. cit., p. 55, note à propos de Jér. 6, 20 qu’il juxtapose à Ez. 27, 22, Heïnisch, Herrmann cherchent Sheba’ dans la région du Sud-Ouest de l'Arabie (el-Yemen) en l'identifiant avec le pays mentionné par Hérodote, III, 107-112; Strabon, XVI, 4, 19; Diodore, III, 46: Pline, Hist. Nat., VI, 32; Virgil. Aen., I, 417. Cependant, comme en 38, 10, Sheba’ est mentionné à la suite de. Dédan, dont le territoire était, comme il en sera tout de suite question, en relation avec Kédar et Teïma, il se pourrait qu'Ezéchiel pense non pas aux habitants du grand royaume de lArabie méridionale, mais plutôt au peuple de ce même nom, situé plus au Nord et dont il s’agit en Job 1, 15 et 6, 19.
(14) Dédan est encore mentionné trois fois dans Ezéchiel: 25, 13; 27, 15 et 20. En 25, 13, tout comme dans Jér. 49, 8, la tribu est étrôitement liée au pays d’Edom. D'où Jaussen et Savignac, Revue biblique, 1910, p. 529 (cités par Cheminant, op. Ci. p. 54, et Condamin, op. cit., p. 194), infèrent avec raison,
Tharsis (14 bis), en prennent connaissance et accourent aussitôt. Attirés par l’espoir d’un grand gain, ils lui adressent, comme pour s’en convaincre, les questions suivantes: «Est-ce pour piller que tu viens? Est-ce pour
qu’elle «doit appartenir à cette région et non point à l’Arabie proprement dite».
En 27, 15 les LXX présentent, au lieu de 711 ‘22 du
texte massorétique, viot “Pcôlwv —habitants de Rhodes, leçon qui est adoptée (voir Cheminant, op. cit., p. 54) par Cornill, Bertholet, Toy, Kraetzschmar, Herrmann, Kom., p. 166, note 15a. Jaussen et Savignac, loc. cit., p. 528, et, à leur suite, Cheminant et Heiïinisch, bien qu’ils qualifient cette correction du texte hébreu de «fort suggestive», donnent quand même la préférence à la leçon massorétique, trouvant «que les caravanes d’Arabie étaient plus à même que les vaisseaux rhodiens d'apporter sur les marchés de Tyr de l’ébène ou de l’ivoire, qui abondaient sans doute dans les ports de la mer Rouge». Il s'ensuit que Dédan est à chercher dans le voisinage de la mer Rouge.
Il en est question une troisième fois quelques versets plus loin: 27, 20. D’après Cheminant, op. cit., p. 60, il ne s’agirait plus ici du Dédan dont il est question en 27, 15, mais d’un Dédan en relation avec Kédar et Teima, comme il ressort de 27, 21; Is. 21, 13; Jér. 25, 23. L’auteur se base sur les données des archéologues Jayssen et Savignac, loc. cit., p. 525-531, qui, dans leur troisième mission en Arabie, ont identifié Dédan avec le village d’EI-Ela, situé à 300 kilomètres au Nord-Ouest de Médine (Teïma est à 150 kilomètres environ au Nord-Est d’El-Ela).
(14 bis) En hébreu D'Un. Les LXX rendent ordinairement
ce nom par Oxocec ; comp. Ez. 1, 16: Jért9MPMCantMD AT T: Dan. 10, 6 (Théodotion). Ici cependant, comme à deux autres endroits d’Ezéchiel (27, 12 et 25), ainsi qu'Is. 23, 1, 6, 10 14, elles l'ont identifié à Kagy1dwv. Pour localiser cette ville de commerce, les hypothèses les plus diverses ont été faites. Comp. Josèphe, Ant. Jud., 1, 6, 1; saint Jérôme, In Jeremiam 10, 9 (P.L. t. XXIV, col. 748); Le Page Renouf, Proceedings of the Society of Biblical Archeology, XVI, 104; Cheyne, Orientalistische Literaturzeitung, II, p. 151 (cités d’après Cheminant, op. cit., p. 50). D’une façon générale, on la cherche en Espagne Méri-
faire du butin que tu as assemblé tes troupes, pour emporter de l’argent et de l’or, pour prendre des troupeaux et des biens, pour ravir de grandes dépouilles» ? 13.
Sur une nouvelle invitation de Jahvé, le fils de Buzi annonce à Gog que l’entreprise, contrairement à sa conviction, finira par un échec complet. En face de cette confiance aveugle de Gog, le prophète l’interroge tout d’abord sur son project néfaste. Dès qu’il saura (15) qu’Israël
dionale, en l'identifiant le plus souvent à T297100€< d'Hérodote, IV, 152. Comp. Eusèbe, Onom. (édit. Lagarde), 166, 8: « Qxçoets ñ Bsatixr»s. Voir Cheminant, ibidem; Herrmann, Kom., p. 166, note 12a; Heinisch, op. cit., p. 133.
Les mots ME 551 — et tous ses lionceaux, comme l’ob-
serve très qui FA nes Kom., p. 239, note 13a, ne donnent
aucun sens. Et parce que la leçon des LXX, qui y présentent le
mot xopar — villages comme s’il y avait en hébreu 1782, ne satisfait pas davantage, il est très vraisemblable que le texte y est corrompu. Aussi différents auteurs substituent-ils pour cette raison au mot IP V23 un synonyme du mot précédent IE 10 qui signifie: trafiquants. C’est ainsi que Cornill, Bertholet, Rothstein, se rapportant à Is. 23, 8, proposent de lire a 2922 (Toy et Rothstein: n°229 , ce qui donne le même ns Heinisch
adopte cette RO ton Herrmann par contre la trouve possible, mais non suffisamment assurée.
(15) Au lieu de 27h —tu sauras (à la fin du verset 14), les LXX paraissent avoir lu nu (nif’al de \Ÿ )=tu te le-
veras, leçon qu’adoptent Heinisch, Herrmann et Hôlscher. C’est à tort cependant que le dernier, op. cit., p. 182 sq., et note 1, voit
dans ces mots: 12% NME 721? NKA1 ( XX) 1 A
—{u te lèveras et tu viendras de t a demeure, des doutiné du septentrion (fin du v. 14 et commencement du v. 15), une citation textuelle de Jér. 6, 22; 4, 7, 13. Car, si les mots en question se trouvent dans les passages cités de Jérémie, ils ne s’y rencontrent pourtant pas réunis dans un verset, mais dispersés sur plusieurs, de sorte qu’il ne peut guère être question d’une citation textuelle et d’une dépendance littéraire proprement dite.
habite en pleine sécurité dans sa patrie, est-ce vraiment son dessein de quitter son pays, situé aux confins du septentrion, pour se jeter avec une armée immense de cavaliers sur le patrimoine du peuple de Dieu? Et immédiatement, d’un ton ironique, il lui fait savoir que le Très-Haut n’aura aucune raison de s'opposer à ce qu’il mette en exécution son projet. Au contraire, il profitera volontiers de cette occasion pour montrer aux regards des païens qu’il est saint et prouver une fois de plus aux nations qui il «est en vérité»! 14-16.
Du reste, depuis longtemps (16) Jahvé a prédit par les prophètes l’arrivée de Gog (17). Dès que Gog mettra le
(16) En hébreu on lit l’expression D°2127p 07272, qui
a ici la signification «aux jours du passé, autrefois». C’est pourquoi Herrmann, Kom., p. 247, prétend bien à tort qu'Ezéchiel, s’il pensait à des prophéties de Jérémie ou de Sophonie, n’a pu s'exprimer de cette façon.
(17) En hébreu, le verset 17 est conçu comme une phrase interrogative adressée à Gog pan le prophète. Mais, du fait qu’elle commence par la particule "1 — est-ce (TIANIT —est-ce que tu...) — on s’attendrait plutôt, d’après le lien logique qui la rattache au contexte, à DRE est-ce pas CAN NID =n’est-ce pas toi) (comp. v. 14) — les auteurs modernes (Cornill, Bertholet, Herrmann, Dürr, Hôlscher) biffent ce n et, à l'exemple des LXX et
de la Vulgate, considèrent le verset comme une affirmation, parce que, d’après le fils de Buzi, parmi les prophéties d'Israël il y en aurait eu quelques-unes qui se rapportaient à Gog.
Mais, si les exégètes récents sont unanimes à reconnaître qu’on trouve .dans Ce verset une indication nette qu'Ezéchiel connaissait des oracles antérieurs relatifs à l'invasion de Gog, leur désaccord est complet, lorsqu'il s’agit de préciser quelles sont en particulier ces prophéties auxquelles le prophète ferait allusion. Ainsi on a essayé de rapprocher de notre texte quelques passages d’Isaïe (Hôlscher, op. cit., p. 183, note 1: 5, 26 et 10, 3; Smend, op. cit., p. 300: 10, 5-34 et 17, 12 sq.; Heinisch, op. cit. p. 186; 10, 5-19; 18, 5 sq.; 30, 27-33; 31, 8 sq.;), de Michée (Kuenen, Einleitung, t. II, p. 289, note 8, et Heinisch: 4, 11-13 — ce qui
pied sur la terre d'Israël, Dieu interviendra, sentant <«le courroux lui monter aux narines», et procédera aussitôt à son jugement. Celui-ci sera des plus terribles. En «ce jour-là», un grand tremblement de terre aura lieu. Sa véhémence sera extraordinaire: les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bêtes des champs, les reptiles qui se meuvent sur la terre ainsi que <tout homme» qui se trouvera alors dans le pays d’Israël (18), en souffriront. La nature inanimée elle-même en ressentira les effets: Iles montagnes s’écrouleront et les rochers tom-
n'empêche pourtant pas le premier de placer ce passage, ibid., p. 361, au temps de l’exil, même après l’exil —; Smend: 5, 11;), de Sophonie (Kraetzschmar, op. cit., p. 257, Touzard, loc. cit. p. 57, note 4, Heinisch: 1, 14 sq.; Smend, Bertholet, op. cit., p. 190, Kraetzschmar; 3. 8;), de Jérémie (Kraetzschmar, Bertholet: 3-6; Hôlscher: 4, 7, 13 —— celui-ci veut même en la phrase 38, 9: «Tu monteras, tu arriveras Comme un ouragan, comme une nuée.…..» voir une citation tirée textuellement de Jér. 4, 13: «voici qu'il monte comme une nuée»; voir ce qui.en a été dit ci-dessus, note 15,— Touzard: 4, 5-6, 30;), même de Joël (von Orelli: 4, 2, 9 sq.) sans toutefois arriver à un résultat satisfaisant. Cela d’ailleurs ne surprendra personne. Du fait qu'Ezéchiel ne nomme pas les prophètes auxquels il pense et qu’il n’indique surtout pas s’il a dans l’esprit des prophètes-écrivains ou des prophètes-orateurs, toutes ces recherches se meuvent sur un terrain incertain. Et comme d’autre part on ne trouve, dans toute la littérature de l'Ancien Testament, aucune prédiction qui fasse expligitement allusion à l’invasion de Gog, les divers rapprochements tentés ne peuvent, à vrai dire, aboutir qu’à la constatation d’analogies plus ou moins frappantes. Aussi les auteurs qui se sont occupés de cette question se gardent-ils bien de prétendre qu’en proposant une comparaison des chapitres 38-39 avec certaines prophéties antérieures ils ont trouvé la source dont s’est servi le fils de Buzi. Hôlscher seul (op. cit., p. 183) est tout à fait catégorique. L'auteur de cette prophétie viserait sûrément Jérémie et peut-être encore Isaïe.
(18) Malgré la portée générale des termes dans lesquels le tremblement “de terre y est dépeint, celui-ci n’aura lieu qu’au pays d'Israël, comme il résulte du verset 19. Il ne faut d’ailleurs pas, comme le remarque très justement Hôlscher, op. cit. p. 183h, vouloir entendre tout ce qui est dit à ce propos rigoureusement au pied de la lettre, en y trouvant par exemple l’affirmation que les fléaux s’abattront indistinctement sur «tout homme» qui se trouvera alors dans le pays d'Israël, sur les Israélites aussi bien que sur les envahisseurs. Cette affirmation n’est certainement pas dans la pensée du prophète. Ce qui lui importe, c’est de faire ressortir d’une façon saisissante que Jahvé, Maître absolu de tous les peuples, saura faire disparaître avec facilité sous des coups terribles l’ennemi redoutable, si fier de son armée immense!
beront, bref tout ce qu’il y a de plus fort et de plus résistant s’effondrera sous les secousses terribles qui auront lieu, 17-20.
A ce fléau d’autres non moins effroyables se joindront. Affolés par une panique subite, les soldats de Gog s’égorgeront mutuellement. La peste en fera mourir une autre partie. Des «torrents de pluie et des pierres de grêle, du feu et du soufre», que le Très-Haut fera pleuvoir à l’approche de l’envahisseur, s’abattront sur la malheureuse armée de Gog. Tel est l’accueil qui lui est réservé. Le résultat en sera que «beaucoup de nations» apprendront une fois de plus qu’il est, lui seul, le vrai Dieu, 21-23.
Cette première description du jugement de Gog, contenue au chapitre 38, est suivie, au chapitre 39, d’une seconde, qui s'arrête surtout à l’aspect terrible du champ de bataïile sur lequel Gog succombera avec son armée. Le prophète reçoit ici l’ordre de prophétiser de nouveau contre l’envahisseur (19). Aussi Ezéchiel s’adresse-t-il immédiatement à celui-ci, en lui faisant, pour une seconde fois, part de ce que le Très-Haut «s’en prendra à lui» (20). En même temps il.lui rappelle, dans une sorte de résumé succinct, «la procédure» qu’adoptera dans son affaire le Juge suprême. Dieu l’amènera (21) de son pays, situé aux confins du septentrion, le fera mar-
(19) Le chapitre 39 commence par cette phrase: «Et toi, fils d'homme, prophétise contre Gog et dis: Ainsi parle Jahvé: Voici, que je (viens) contre (LXX) toi, Gog, prince-souverain de Meshek et de Tubal.» Tout en rappelant par plus d’un trait les versets qui introduisent le chapitre 38, une comparaison de 39, 1 avec 38, 1-3 montre que cette introduction est cependant moins solennelle.
(20) En hébreu: «Voici je veux contre (LXX) toi, Gog, princesouverain de Meshek et de Tubal», phrase qui se lit mot à mot 38, 2 (fin).
(21) L'expression TNNEU qui suit Jn22301 est obscure et ne se rencontre qu'ici. Tandis que les hébraïsants modernes cherchent à en déterminer le sens en tenant compte de l’éthiopien et la rendent par: «Et je te conduirai» (comp. la Vulgate), Herrmann, Kom., p. 240, note 2b, la rapproche d’Isaïe 27, 8 et la traduit: «Et je te chasserai (scheuchen)»>.
cher contre son peuple et le conduira de cette façon «sur les montagnes d'Israël» (22), théâtre du jugement, 1-2.
Là, en effet, Jahvé exécutera sa sentence. Il frappera les archers renommés de Gog de coups si terribles qu'ils laisseront tomber «l’arc de leur main gauche et les fièches de leur main droite». Rendue de cette manière inapte à la lutte, l'immense armée tombera tout entière avec son illustre chef pour servir de pâture aux oiseaux de proie et aux bêtes sauvages. Il en sera certainement ainsi; car le Très-Haut y a engagé sa parole (23). Il l’ac-
(22) Ezéchiel relève 39, 2 (fin) et 39, 4 que le jugement de Gog aura lieu sur <les montagnes d'Israël». Comme pourtant au verset 5 il est dit que l’ennemi tombera sur «le champ (ouvert)», il ne faut attribuer (Herrmann) un sens trop spécial à cette expression, mais l’entendre plutôt comme une affirmation que Gog trouvera sa fin dans le pays montagneux d'Israël.
(23) Parce que le verset 6 interrompt la suite des idées, nous le regardons, à l’exemple de Herrmann, Ezechielstudien, p. 42f, et Kom., p. 248, et. de Gressmann, Der Messias, p. 121, note 2, comme ajouté après. coup. D’autant plus que l’annonce qu’il renferme est surprenante. Il y est, en effet, dit que Jahvé ne se contentera pas du châtiment qu’il infligera à l’envahisseur sur le territoire d'Israël, mais qu'il le poursuivra par «du feu» dans son propre pays. Ce trait ne nous paraît pas cadrer avec l’idée générale des chapitres 38-39. En effet, c’est toujours le pays d'Israël qui est prévu comme le théâtre où s’accomplira le grand drame. D'ailleurs le-texte de G6a n'est pas tout à fait
sûr. Au lieu de: «Et j’enverrai du feu en Magog ( 3222 )> du vit
texte massorétique, les LXX donnent: «Et j'enverrai du feu contre Gog (rt l'uy)», ce qui suggère l’idée que les LXX ne songeaient pas au pays, mais à la catastrophe de Gog en Palestine. Enfin la partie qui termine le verset 6, dans laquelle il est dit que le même fléau visitera aussi les habitants des îles (en hébreu :DNIT 20") qui vivent en sécurité, est non moins surprenante, étant donné que, parmi les alliés de Gog en 38, 5-6, il n’est fait d'eux aucune mention. Heinisch, il est vrai, rend l'expression en question par <ceux qui habitent sur les bords.
complira d'autant plus volontiers qu’il pourra faire cunnaître à cefte occasion, {ant à ses fidèles qu'aux païens, combien il est puissant et saint. Les derniers surtout en concluront que c’est la volonté arrêtée de Jahvé de ne plus permettre qu'on profane «son saint nom», 3-8 (24).
D'ailleurs, cette puniiion de Gog ne sera que le traitement qu’il voulait faire subir aux Israélites. C’est pourquoi ce seront les habitants du pays envahi et non l’envahisseur qui profiteront de cette expédition. L’armée redoutable une fois écrasée, ils sortiront de leurs villes pour ramasser les dépouilles restées sur le lieu du jugement. KÆlles consisteront en diverses espèces d'armes. Si on doit les recueillir ce n’est pas qu’on songe encore à la guerre, mais pour s’en servir dans un but plus pratique: savoir le chauffage. Et comme les guerriers de Gog en laisseront derrière eux une quantité immense en raison de leur extraordinaire multitude ainsi que de la richesse de leur équipement, on n’aura pas besoin d’aller chercher du bois dans la forêt durant sept années! C’est ainsi que, au lieu d’être exposés au pillage, les envahis feront du butin sur l’envahisseur, 9-10.
Une autre besogne incombera encore aux fidèles de Jahvé après la défaite de Gog. Comme celle-ci sera complète, immense sera — tout comme les dépouilles — le nombre des cadavres dont sera jonché le pays. Aussi serat-il nécessaire que durant sept mois tout le peuple se mette à l’œuvre pour les recueillir. Mais comme ils ne pourront pas être ensevelis sur place, à cause du caractère sacré du pays d'Israël, ils seront enterrés en dehors de la Terre sainte, dans une vallée à l'Est de la mer Morte (24 bis). Le nombre des cadavres qu’on y déposera sera
(lointains de la mer Noire et Caspienne)»; ce qui donne un sens acceptable. Mais toujours reste-t-il que les LXX, qui y présentent cette autre leçon: «Et les îles seront habitées en paix», ne pensent pas non plus ici à une catastrophe qui s’étendra jusqu’au pays des envahisseurs. . ' cé
(24) La phrase finale du verset 8: «C’est là le jour dont j'ai parlé» rappelle 38, 17, verset où il est question de ces oracles antérieurs à Ezéchiel dans lesquels Jahvé s'était déjà prononcé sur l'invasion de Gog. tes 71
(24 bis) Le {verset 11a présente quelque difficulté. En voici là traduction: «Et il arrivera en ce jour-là: Je donnerai à Gog
si grand qu’elle en sera barrée (25). Aussi ce lieu prendrat-il dès lors le nom de «Vallée de Hamon-Gog» (Vallée de la multitude de Gog) pour transmettre à la postérité
un lieu célèbre (LXX) en Israël pour sépulcre: la vallée des passants (2297 3) à l'Orient de la mer.» La mer, dont il y
est question, est, comme les exégètes, à l'exception de Gressmann, Der Messias, p. 126 sq., l’admettent maintenant unaniment, la mer Morte. Du fait cependant que, d’après 47, 15-20 (voir surtout le v. 19), le territoire qu’'Israël doit posséder après le retour de l'exil ne comprendra que le Chanaan proprement dit et que, si l’on en juge d’après le contenu de ce verset, la vallée dans laquelle Gog sera enterré est située à l'Est de la mer Morte, donc en dehors de la Terre sainte, il est surprenant de voir Ezéchiel affirmer que Dieu donnera à Gog un lieu «en Israël» pour sépulture. Heinisch tâche de parer la difficulté en traduisant «près d'Israël», traduction qui n’est guère admissible. Herrmann est plus radical; il regarde l’expression en question comme secondaire. A notre avis, la prétendue contradiction s'explique aisement sans qu’il soit nécessaire d’avoir recours à cette supposition. Seulement il ne faut pas, comme le font Heinisch, Herrmann et Gressmann, prendre l'expression «en Israël» comme une détermination géographique du lieu où Gog aura son ensevelissement, mais la rattacher au mot «célèbre»: renommé en Israël.
Quant à l'emplacement exact de la vallée où l’on devra déposer les cadavres des soldats tombés de Gog, les commenta-
teurs récents l’identifient, en général, en lisant non pas 021 LE (vallée des passants) mais 97929" à, à la vallée d’Abarim, vallée
qui est en rapport avec la montagne d’Abarim (voir Nombr. 27, 12: 38, 47, 48; Dt. 32, 49), située à l'Est de la mer Morte, au Sud- Ouest du plateau de Moab (voir Hagen, Atlas Bibl., tab. 14 B 2). Voir Touzard, loc. cit, p. 58, rote 7; Gressmann, ibidem, p. 129 sq. qui s’oppose, sans raison, à cette identification.
(25) La phrasé DADITNN NT NOM = et elle (la
vallée pleine de cadavres) fermera (le chemin) aux passants, 11b, présente, comme l’observent tous les commentateurs modernes, «de sérieuses difficultés grammaticales» (Touzard, loc. cit., p. 58, note 8). Parce que les LXX (—et ils fermeront l’ouverture de la vallée) et la Peshito (—et ils fermeront la vallée) l'ont rendue
comme s’il y avait en hébreu NT TN Tom, Hitzig, Cornill,
la mémoire de l'intervention du Très-Haut en faveur de son peuple. Cette intervention, en effet, vaudra aux Juifs un nom illustre, étant donné la manière éclatante dont Jahvé aura à cette occasion manifesté sa puissance. Cet événement à la fois grandiose et terrible contribuera encore d’une autre façon à la gloire des Israélites et de leur Dieu. Instruits par la leçon donnée par Jahvé à l’envahisseur, les Israélites en concluront à sa parfaite sainteté et mettront tous leurs soins à faire disparaître le plus tôt possible de leur pays les cadavres dont la présence souille le sol sacré. C’est pourquoi, au terme des sept mois durant lesquels eux tous s’occuperont de l’enterrement des morts, ils enverront des hommes par tout le territoire, avec mission officielle de recueillir les dépouilles mortelles éparses qui auraient pu échapper aux premières recherches. Et ces commissaires ne manqueront point de zèle: pendant sept mois ils parcourront toute la Terre sainte, en mettant, s’ils trouvent des ossements humaïns, un signal à côté de ceux-ci, pour que les fossayeurs puissent reconnaître l’endroit où ils gîsent, les en retirer pour les enterrer dans la fosse commune de la Vallée Hamon-Gog. De cette façon on arrivera, quatorze mois après la défaite de Gog, à habiter un pays entièrement «pur» et agréable à Dieu, 11-16 (26).
Le prophète adresse ensuite, vers. 17-20, un appel pressant aux oiseaux de proie et aux bêtes fauves de se
Touzard, Heinisch biffent les motsD ANT NN es passants ct
traduisent, à l’exemple des versions citées, «et ils boucheront la valiée» (Hitzig, cité par Herrmann, Kom., p. 241, note 114). Toy et Herrmann s’abstiennent de tout essai de reconstruction du texte, qu’ils croient corrompu. Hôlscher (voir aussi Gressmann, Der Messias, p. 122) est d’un tout autre avis. Il rejette résolument la correction proposée par Hitzig et lui préfère, avec raison, semble-t-il, le texte actuel. Aussi maintient-il le texte tel qu’il se trouve dans la Bible hébraïque et en donne-t-il, à l'exemple de Raschi, la traduction suivante: «Elle (la vallée remplie de cadavres) exclut les passants» (op. cit., p. 1860).
(26) Le verset 16a: «Et aussi le nom d’une ville est Hamonah> est sans doute une glose. Son sens exact est inintelligible. Voir Herrmann, Heinisch, Hôlscher, Touzard, Gressmann.
réunir pour prendre part au grand repas de sacrifice que Dieu a préparé pour eux sur les montagnes d'Israël. Qu'ils ne tardent pas à venir, qu’ils viennent tous; car ils auront l’occasion rare de manger de la chair de héros et de boire du sang de princes de la terre. Et combien riches seront les mets! Ils y trouveront «béliers, agneaux et boucs, jeunes taureaux, bœufs gras de Basan», bref, des viandes de choix et en si grande quantité qu'ils pourront manger «de la graisse à satiété» et boire «du sang jusqu’à l'ivresse» ! Quelque grand que soit le nombre des convives, tous seront rassassiés: à tous Jahvé servira des coursiers et des cavaliers, des héros et des guerriers de toutes sortes.
Aux versets suivants, 21-24, qui forment l’épilogue de la prophétie, le fils de Buzi tire, pour l'instruction de ses compatriotes, la leçon pratique qui en découle. A cet effet il y découvre le but que le Très-Haut poursuivra en intervenant à propos de l'invasion de Gog en faveur de son peuple. Après y avoir fait déjà plusieurs fois allusion au cours de l’oracle, voir 38, 16, 23; 39, 6, 7, 13, il le fait ressortir ici avec relief. Ce sera avant tout de manifester sa gloire parmi les nations. La manière éclatante et effroyable dont il délivrera son peuple de ses envahisseurs en ce moment critique amènera les païens à comprendre l’attitude de Dieu en face de ses fidèles. Ils en arriveront, en effet, à se rendre compte que le Très-Haut n’agit que par zèle pour la gloire de son saint nom. C’est ainsi qu’ils acquerront alors l'intelligence du sens profond de l’exil. Instruits par la protection extraordinaire dont Jahvé couvrira ses sujets à cette heure suprême, ils se rendront parfaitement compte que ce n’était point à la suite de l'impuissance de leur Dieu que les Israélites ont dû dans le passé quitter leur pays, mais uniquement à cause de leur infidélité. Ce n’est pas seulement aux nations que la défaite de Gog donnera une salutaire leçon; Israël lui-même en profitera dans une large mesure. Après que Jahvé lui aura témoigné, à l’occasion de ce danger, tant de faveur, celui-ci apprendra à mieux estimer l’obéissance envers la volonté divine. Aussi sa confiance en Jahvé sera-t-elle dorénavant inébranlable: à tout jamais il le reconnaîtera comme son Dieu!
Dans une dernière partie, 39, 25-29, le prophète n’envisage plus le temps de l’invasion de Gog, mais l’époque douloureuse de l'exil, pour en signaler la fin. Il y annonce, en effet, que Dieu changera le sort de «toute la inaison d'Israël», en mettant fin aux temps des dures épreuves. Car il reconduira Israël dans sa patrie où il habitera «en sécurité sans que personne ne l’inquiète». Les motifs qui détermineront le Très-Haut à intervenir en faveur des malheureux déportés seront la compassion et la jalousie pour son saint nom. La destinée que Jahvé leur préparera sera d’ailleurs si brillante qu’ils rougiront au souvenir de leur conduite coupable dans le passé. Leur confusion sera d’autant plus grande qu’ils se verront comblés de tant de bienfaits dont ils sauront qu’ils sont absolument gratuits. Car ils comprendront maintenant que Jahvé n'avait jamais cessé de les aimer, pas même lorsqu'il les livrait aux coups de l’ennemi et aux rigueurs de l'exil. À cette époque, ils auront, en effet, une connaissance plus parfaite de leurs relations avec Dieu. Aussi la conviction qu’ils sont l’objet de tant d’attention d’un Dieu si bon et à la fois si saint les rendrat-elle très heureux, surtout parce que, par suite de l’effusion de l'Esprit de Dieu, ils auront la certitude que le Très-Haut «ne leur cachera plus sa face».