‹ Le Messianisme d'ÉzéchielChapitre 35 sur 40 · IL. — Critique littéraire · texte numérisé non relu

IL. — Critique littéraire

À en croire un bon nombre d’auteurs récents, la structure littéraire des chapitres 38-39 est fort compliquée et pour bien des passages l’authenticité elle-même serait en jeu. Bousset (27) et, à sa suite, Gressmann (28) et Hôlscher (29) sont allés jusqu’à contester à Ezéchiel les deux chapitres tout entiers.

Notons d’abord que 39, 25-29 n’appartient plus à la prophétie sur Gog de Magog, comme les exégètes sont unanimes à le reconnaître. Il faut considérer ces versets comme un oracle indépendant dont le but exclusif est d'annoncer la fin de l’exil et l'avènement d’un temps meilleur (30). L’authenticité n’en a été sérieusement mise en doute que par Gressmann et par Hôlscher. Ces versets rappellent d’une façon si évidente par leurs idées le recueil des prophéties renfermées dans les chapitres

(27) Die Religion des Judentums, p. 203, note 3.

(28) Der Ursprung der israelitisch-jüdischen Eschatologie, p. 182, Der Messias, p. 123.

(30) Aussi est-ce à tort que Touzard, loc. eit., p. 60, note 2, rattache ces cinq versets aux versets 21-24, avec lesquels il les fait constituer l’épilogue de l’oracle sur Gog. Son interprétation du vers. 26, qui est la base de son rapprochement des deux groupes de versets, n’est guère admissible. Car elle suppose un brusque changement de sujet, qu'il faudrait sous-entendre dans ce verset. Touzard, ibidem, note 3, propose (Kraetzschmar l’a fait avant lui) pour le vers. 26 la traduction suivante: (26a) «Et ils (les peuples étrangers) porteront leur ignominie et toute l’infidélité qu’ils ont commise envers moi, (26b) quand ils (les Israélites) habiteront sur leur terre en sécurité, sans que personne ne les inquiète.» Bien qu’un tel changement de sujet dans une même phrase ne présente rien d’inoui pour la syntaxe hébraïque, il n’y a cependant pas lieu de l’admettre ici pour une double raison. Comme il s’agit là «de l’infidélité commise envers Jahvé», il semble être formellement exclu qu’on puisse entendre la première partie du verset des peuples étrangers et aucun mot dans tous ces cinq versets n'indique qu’il y soit encore question des peuples qui formeront la coalition de Gog. Au verset 27, il est vrai, des païens sont mentionnés. Pourtant cette mention n’a pas d'autre but, comme le contexte le prouve, que celui d'annoncer que les nations, instruites par l’œuvre de sanctification que Jahvé accomplira sous leurs yeux en faveur de son peuple, acquerront une connaissance plus parfaite de l’éminence de la sainteté du Dieu d'Israël. Du reste, le verset 26 ne pré-

34-37, que Steuernagel (31) est allé jusqu'à prétendre qu'il faut les regarder comme un oracle parallèle à celui de 36, 16 sq. Avec plus de raison, Herrmann prend les versets en question pour une sorte de conclusion des chapitres 34-37 et suppose qu'ils en ont été séparés par l’in- sertion des chapitres 38 et 39, 1-24, qui seraient très probablement d’une date postérieure (32).

La prophétie proprement dite sur Gog comprend donc les versets 38, 1-39, 24 (33). Au jugement de la plupart des exégètes modernes, les deux chapitres ne présenteraient pas d’unité littéraire.

sente aucune difficulté, dès qu’on n’entend pas l'expression NU) Ta : 2 au sens de «porter, subir une peine honteuse», mais Dot au sens d’ «avoir honte», comme le suggère 16, 54.

Quant à ia phrase: Dn?2" NN 103 ; remarquons qu’il n'est pas nécessaire d’y apporter une cotréctiônt quelconque. C’est à tort, en effet, que Rothstein, Heïinisch et Hôülscher préfèrent la leçon des EXX: h#boytat tv a@tutav — ils oublieront leur ignominie». A notre avis, cette correction, pour insignifiante qu’elle soit (au lieu de 19 il faudrait lire 1@) ), n’est gère nécessaire, le texte massorétique étant sans elle bien en ordre. Car dès qu’on admet avec Herrmann, Kom., p. 242, note 26a, 302 — ND) , leçon que présentent plusieurs manuscrits

C à Air | et que demande le Keré, le texte hébreu est clair, surtout lorsqu'on rapproche l'expression en question, comme nous venons de le faire, du vers. 16, 54.

(31) Op. cit., p. 591, $ 124, G6c (fin).

(32) Kom., p. 291.

(33) Les auteurs ne s'accordent pas entre eux sur le verset qu’il faut regarder comme fin exacte de la prophétie. Tandis que la plupart considèrent comme tel le vers. 20, Heinisch descend jusqu’au vers. 22 et Herrmann jusqu’au vers. 24. Du fait cependant qu’on trouve au commencement du vers. 25 le mot 12 =. C’est pourquoi, suivi de la formule d’introduction: «Ainsi parle le Seigneur. Jahvé», l'opinion de Herrmann nous semble la plus juste.

L'analyse que nous venons d’en faire montre que la structure de ces deux chapitres est assez complexe: on y constate surtout une singulière prolixité et de curieuses répétitions. Autrefois les exégètes ont expliqué ces particularités par le style extraordinaire d’Ezéchiel. De nos jours, ils contestent l’unité du texte. Ils prennent les deux chapitres pour deux recensions du même oracle et subdivisent, en outre, chaque chapitre en morceaux disparates.

Le premier qui ait supposé dans les chapitres 38-39 l'existence de deux oracles parallèles est Toy (34). Il fut suivi de Kraetzschmar, qui a élaboré en détail ce nouveau système d’explication. D’après lui, le texte actuel serait un mélange de recensions, qui existaient d’abord indépendamment l’une de l’autre et qui ont été plus tard seulement combinées. Il le déduit du fait que les deux chapitres commencent par la même invitation à «prophétiser contre Gog». Il signale les doublets suivants: 38, 4-9—38, 10-16; 38, 1 sq.—39, 1-8; 39, 9-16—39, 17-20; 39, 21, 23-26—39, 22, 27-29. II met donc en parallèle non seulement des morceaux qui se lisent successivement dans les deux chapitres, mais aussi des morceaux d’un seul chapitre. L’unité du chapitre 38 souffrirait de ce que, pour l'invasion de Gog, deux causes sont indiquées: d’après 38, 2-9, Gog est suscité par Jahvé; d’après les versets 10-16, c’est au contraire Gog lui-même qui, attiré par le désir de conquêtes et par l’appât d’un riche butin, se décide à envahir Israël. Le chapitre 39 serait un conglomérat de plusieurs fragments incohérents. Anormal serait surtout de lire, dans les vers. 17-20, que Jahvé invite tous les oiseaux de proie et tous les animaux féroces à prendre part au grand festin sacrificiel qu’il prépare avec les cadavres des guerriers sur les montagnes d'Israël; car, dans les versets précédents 11-16, il est dit que les victimes de l’entreprise de Gog sont déjà enterrées dans la vallée de Hamon-Gog.

(34) The book of the Prophet Ezekiel, 1899. Voir Kraetzschmar, op. cit., p. 255, et Steuernagel, op. cit., p. 591.

Jahn (35) s’est inspiré de la manière de voir de Kraetzschmar. Il considère le chapitre 38 comme l’oracle primitif contre Gog, le chapitre 39, par contre, comme un développement plus récent du même thème, entrepris par un autre auteur dans le but de compléter les données du premier texte.

Gressmann d’abord a également partagé l’opinion de Kraetzschmar. Comme ce dernier, il distinguait une recension À et une recension B. La première, qui serait la plus ancienne, ne cemprendrait que 38, 10-16a, 18-23; 39, 9-20. La deuxième serait représentée par les morceaux 38, 1-9, 16b, 17; 39, 1-9. La recension A serait plus ancienne que la recension B pour les raisons suivantes: À présente plusieurs traits mythiques et fabuleux, qui font défaut en B. Seule la recension B mentionne les peuples du Sud, c’est-à-dire de l'Afrique (38, 5). Elle seule aussi fait allusion aux prophéties antérieures sur Gog (38, 17). Ces oracles précédents seraient précisément ceux de la recension À. Quant à la question d'auteur, Gressmann conteste, à la suite de Bousset, ces deux chapitres entiers au fils de Buzi (36).

Steuernagel critique fortement cette conception de Gressmann, principalement parce qu’il enlève à Ezéchiel les deux chapitres. Il se range à l’avis de Kraetzschmar, sans toutefois l’adopter intégralement (37). Il voudrait surtout maintenir l’unité essentielle du chapitre 58. Car il n’y aurait pas de contradiction entre 38, 4 sq. et 38, 10 sq. et ces deux passages ne seraient pas des doublets. Par contre, il considère, avec Kraetzschmar, 39, 1-8 non pas comme la suite du chapitre 38, mais comme un passage parallèle à ce qui précède et il suppose la même relation entre 39, 9-16 et 39, 17-20. Il rattache 39, 9-16 au chapitre 38. Comme le contenu de 39, 17-20 est préparé par 39, 4, il relie ce morceau à 39, 1-8. Les versets 35, 21-22 pourraient être regardés aussi bien comme la suite de 38, 1-23-+39, 9-16 que de 39, 1-8+17-20. Les versets

(35) Das Buch Ezechiel, 1905; voir Hôlscher, op. cit., p. 177, note 6. -

(36) Der Ursprung, p. 181-186.

(37) Op. cit. p. 591, $ 124,-6c.

39, 23-29, par contre, seraient un appendice, qui n’a rien à faire avec la prophétie sur Gog. Enfin Steuernagel relève expressément que ces deux'‘recensions parallèles remonteraient à un auteur commun qui ne serait autre qu'Ezéchiel. Quant aux versets 38, 8, 16, qui annoncent l'expédition de Gog pour la fin des temps, il voudrait les attribuer à un rédacteur postérieur (38).

Herrmann s’est occupé à deux reprises (39) du problème. La première fois, il a pris comme point de départ pour ses recherches la conception mythique de Gressmann, tout en arrivant à des conclusions bien différentes. Tandis que ce dernier admet qu’il faudrait considérer les chapitres en question comme contenant deux prophéties parallèles et distinctes sur Gog, Herrmann prétend qu'il n’y en aurait qu'une, qui, abstraction faite de quelques gloses, serait renfermée dans les passages suivants: 38, 1-4, 7, 9-12, 14-16-4139, 1-4, 6-11, 13, 14a, 15-20. Les versets 39, 21-29 seraient à détacher de la prophétie, parce qu’ils constituent un appendice. Les versets 38, 5-6, 8, 13, 17-23 et 39, 5, 12, 14b auraient été ajoutés après coup au texte primitif dans le but de transformer la prophétie sur Gog, qui originairement ne visait que le proche avenir, en oracle «eschatologique», ne devant, d’après les anciennes prophéties, s’accomplir qu’à la fin des temps. Mais, comme, dans ces chapitres, la marche des idées n’est pas bien coulante et que plusieurs passages contiennent des idées semblables, Herrmann en conclut que l’auteur de cette longue prophétie est partout le même, qu’il développe le même sujet sous des aspects différents en trois tableaux distincts et que très probablement cet auteur n’est pas un autre qu'Ezéchiel.

Rothstein (40) suit de très près Herrmann. Il regarde comme noyau primitif de l'unique prophétie sur Gog les versets 38, 1-4, 6-8aa, 9-12, 14-16a-+39, 1b, 3-5, 8-10, 17-29. I1 n’hésite cependant pas à attribuer l’ensemble des deux chapitres à Ezéchiel lui-même.

(38) Ibidem, p. 592, $ 124, 6c (fin).

(39) Ezechielstudien, 1908, p. 37-48; Kom., 1924, p. 251- 253 et XXX, 6.

(40) Dans Kautzsch, t. I, 1922.

Heïnisch (41), par contre, a repris l’opinion de Toy, de Kraetzschmar et de Steuernagel. À leur exemple, il trouve dans les chapitres 38 et 39 deux prophéties distinctes et parallèles. La première, antérieure en date, serait contenue dans le chapitre 38, dont il maintient, à l'exemple de Steuernagel et contre Kraetzschmar, l'unité essentielle. Pour le chapitre 39, il propose l’ordre sui- - vant: 39, 1-8 (39, 1-2—38, 2-9; 39, 3-8—38, 18-23) +17-20+ 9-16+21-22 (—38, 14-16). Seul le verset 38, 5 serait secondaire. Heinisch attribue les deux chapitres à Ezéchiel; cependant son ton n’est pas aussi affirmatif que celui de Steuernagel.

Plus tard, Herrmann (42) s’est prononcé une seconde fois sur le problème en question, pour adopter hypothèse de deux oracles primitifs. Le chapitre 38, qui renfermerait la première prophétie sur Gog, constituerait d’une façon générale une unité littéraire, indépendante du chapitre 39. Ce morceau se subdiviserait en trois parties: 38, 1-13, 14-16, 17-23. Dans la première, il y aurait cependant lieu de distinguer un noyau primitif: 1-4, 6-7, 8aa, 9 et des additions postérieures: 5, 13, 8agb, 10-12. Les versets 5 et 13 seraient des gloses, les versets 8agb et 10-12 des élargissements ajoutés au noyau authentique dans le but de transporter l'invasion de Gog à la fin des temps. Les versets 1-24 du chapitre 39 ne représenteraient pas une suite; ils seraient plutôt un recueil d’oracles contre Gog. Car il faudrait y relever les groupes suivants: 1-8 (v. 6 serait une glose), 9-10, 11-16, 17-20, 21-24. Le noyau primitif ne se trouverait que dans les morceaux: 1-8+17-20+21-24, les versets 9-10 et 11-16 étant très probablement une couche secondaire. Par rapport à l’authenticité des textes primitifs, Herrmann n’a pas de doutes; sur celle des additions postérieures, il ne se prononce pas. Toutefois il n’exclut pas expressément Ezéchiel comme auteur (43).

(41) Op. cit., 1923, p. 182.

(42) Voir ci-dessus, note 39.

(43) Kom., p. XXX, 6 (fin).

Une conception spéciale est émise par Hôlscher (44). D’après lui, l’état littéraire de ces deux chapitres ne serait point aussi compliqué que la plupart-des auteurs modernes voudraient le faire croire. Il.considère, abstraction faite de quelques gloses, 38, 1-39, 16 comme une unité. 39, 17-20 et 21-29 seraient par contre des appendices plus récents. Les versets 38, 21-23 ne constitueraient point un doublet de 39, 1-5. Car l’énumération de fléaux: si divers et si terribles n’aurait pas pour but d'annoncer l’'écrasement complet de Gog, mais plutôt de donner une idée de ce que sera le premier accueil que Jahvé prépare à l’envahisseur sur le sol d'Israël; le point culminant du drame ne se trouverait qu’en 39, 1-5. Pour cette raison, il ne serait pas surprenant qu’en 39, 1 le prophète soit, tout comme au commencement du chapitre 38, invité à <prophétiser contre Gog». La prolixité du récit expliquerait certaines répétitions. Quant à la question d'auteur, Hôlscher se rallie à l’opinion de Bousset et de Gressmann pour nier ayec eux l’authenticité des deux chapitres en entier.

Gressmann, dans son dernier et récent ouvrage, intitulé: Der Messias (1929), abandonne l'opinion de Kraetzschmar (45) qu'il avait partagée autrefois pour suivre celle de Hôülscher. Comme ce dernier, il considère 38, 1-39, 20 comme une seule prophétie sur Gog. Il se distingue cependant de Hôlscher par le fait qu’il veut y découvrir une cadence rythmique, ce qui l'amène à regarder l’oracle en question comme «un chant à dix strophes» (46). Pourtant il n'arrive pas à Ctablir les strophes qu’en biffant dans la plupart des versets une foule de mots et de membres de phrase qui gènent son prétendu rythme. En outre, il retranche du texte primitif les versets 38, 5, 17 et 39, 5, 6 en entier. Quant à la question d'auteur, ce critique conteste tout comme auparavant l’oracle à Ezéchiel. I l'attribue à un prophète inconnu, qui aurait vécu vers l’année 500 seulement.

(44) Op. cit. p. 177-189; voir surtout p. 177, note 6, et p. 184 et 186.

(45) P. 118 et note 1.

(46) Ibidem, p. 123.

Cet'auteur aurait emprunté le cadre générai et la plupart des traits principaux pour son chant, pas autant à la mythologie ‘orientale (47) qu’à des légendes fabuleuses d’origine et de tradition diverses, provenant surtout de l'Egypte (48). #1

Telles sont les opinions relatives à la compositicn de l’oracle de Gog. On voit que la plupart des auteurs admettent l’unité du chapitre 38. Seuls Kractzschmar ct transitoirement Gressmann y supposent deux couches. Le premier le fait parce qu’il prétend qu’il y a une contradiction entre l’affirmation de 38, 4, 7, 8: Jahvé suscitera Gog contre Israël, et celle du verset 38, 10: Gog,se décidera spontanément à envahir le pays des fidèles de Jahvé. Mais cette contradiction’ n'existe pas, comme Steuernagel (49), Herrmann (50), Hôlscher (51) le relèvent expressément. En effet, ces deux causes ne s’excluent pas et Bertholet a ‘pleinement raison en voyant dans les passages en question «ün locus ciassicus pour ce qu’on appelle en dogmatique le «concours divin» (52) ét l'explique de cétte façon: le plan conçu par Jahvé d’ameñer Gog contre ‘Îsraël se rencontre avec le désir spontané de Gog d’entreprendre une expédition contre lés Israélites. Du reste, ces deux causes, que Kraetzschmar signale comme si contradictoires qu’elles dénonceraient 38, 1-9 et 38, 10-16 comme des morceaux parallèles, se trouvent réunies dans le second morceau 38, 10-16; comp. v. 10 au v. 16.

L'’argumentation de Gressmann n’est pas plus probante. Car le principe d’après lequel il constate des passages parallèles et les attribue à deux recensions n'est que la suite de sa conception mythique de la prophétie. D'ailleurs, la manière dont il répartit les versets entre

(47) Voir ibidem, p. 127 sq.

(48) Voir ibidem, p. 128 sq.; p. 131 sq.

(49) Op. cit, p. 591, $ 124, Gc.

(50) Kom., p. 246, à propos de 38, 10-13.

(51) Ibidem, p. 181.

(52) Op, ,cit., p. 189, à propos de 38, 10-16. Au sujet du «concours divin» Bertholet s'explique: «Non est re ipsa alia actio influxus. Dei, alia operatio creaturae, sed una indivisibilis actio» (ibidem).

les deux recensions est bien surprenante; car, en détachant les versets 1-9 du chapitre 38 et en les assignant à la recension B, il prive sans raison la recension À de son introduction naturelle qui, sans ces versets, est nécessairement incomplète. Ce procédé est d'autant plus étonnant que, pour Gressmann, la recension B doit ainsi se composer des morceaux 38, 1-9 et 39, 1-9 qui tous deux sont des parties introductoires et qui tous deux commencent par des formules identiques. Non moins arbitraire est le procédé de ce critique, lorsqu'il enlève les versets 16a et 17 à leur contexte et les assigne à In recension B. Du reste, il n’est pas nécessaire d'y insister du moment que Gressmann lui-même a, depuis, abandonné son explication.

Il est donc aisé de maintenir contre ces deux auteurs l'unité du chapitre 38. Il n’est pas plus difficile d’en défendre contre les auteurs l'intégrité.

C’est à tort que Jahn, Steuernagel et primitivement Herrmann (53) contestent l'originalité du verset 8 en entier, Herrmann plus tard (dans son commentaire) et Rothstein celle de la majeure partie de ce verset et, en outre, celle des versets 10-12. Les raisons qu’ils allèguent sont dénuées de tout fondement. À Herrmann (54) il paraît «absurde» que Gog doive, d’après le v. 7, faire tout de suite ses préparatifs, tandis que, d’après le v. 8, il ne devra partir pour son expédition qu’à la fin des temps. Pour cette raison il regarde le v. 8 comme un élargissement postérieur. Il y considère comme secondaires

surtout les mots 09% à DU et ni Lars: cp a TINS 1, mots qui le gênent, puisqu'il interprète le v. 8 dans ce sens que Jahvé accomplira, sinon aussitôt, du moins dans un bref délai, ce qu'il est en train d’annoncer ‘au sujet de l’entreprise de Gog. Mais Herrmann oublie (55) — et cette remarque concerne aussi les aulres auteurs — qu'Ezéchiel, du moment qu'il s'attendait à Papparition de l’envahisseur non pas pour son temps, mais pour un ave-

(53) Ezechielstudien, p. 40. I] le fait à l'exemple de Jahn. (54) Ibidem, p. 40; comp. Kom., p. 246.

(55) Voir la remarque trés juste de Hôlscher, op. cit., p. 180, note 2, à propos de l’opinion de Herrmann.

nir plus ou moins éloigné, ne pouvait pas présenter l’invasion de Gog autrement qu’il ne l’a fait. En outre, il méconnaît entièrement le caractère ironique de ce passage qui ressort pourtant avec assez de clarté. Aussi estce à tort que Rothstein et Dürr (56) adoptent la manière de voir de Herrmann, d’autant plus que celui-ci dans son commentaire (57) n’écarte plus d’une façon aussi catégorique l’origine ezéchielienne des versets 8 et 10-12.

Non moins subjective est la position de Herrmann et de Rothstein, en tant qu’ils rangent le verset 13 parmi les textes interpolés, sous prétexte que le sens en est obscur. Le contenu de ce verset n’est pas, en effet, tellement inintelligible (58).

Rothstein n’a pas davantage raisoñ de rejeter les versets 17-23, ni Gressmann d’éliminer le verset 17. Le premier le fait à l’exemplé de Herrmann. Or, celui-ci les attribue maintenant expressément à Ezéchiel (59).

Il s'ensuit que, de tout le chapitre 38, seul le verset 5 doit être regardé avec Herrmann, Rothstein, Heinisch, Hôlscher et Gressmann'tomme une glose (voir plus haut, p. 133, note 8). !

En ce qui concerne la structure des versets 1-24 (60) du chapitre 39, les auteurs affirment à juste titre qu’elle présente moins d'unité que celle du chapitre 38. Il y a là un certain nombre d’oracles qui se distinguent entre eux plus que dans le chapitre précédent et qui surtout ne sont pas trop bien coordonnés. Sous ce rapport les versets 17-20 surtout causent des difficultés.

Pour les surmonter, Hôlscher déclare tout simplement inauthentiques les versets 17-20 (61) : ils viendraient, comme il s'exprime, post festum; bien qu’ils offrent une analogie avec le verset 4, ils ne pourraient être regardés

(56) Die Stellung, p. 96, note 7. Dürr cependant ne prend en considération que le v. 8, qu’il regarde d’ailleurs comme ajouté après coup par Ezéchiel lui-même.

(57) P. XXX, 6; comp. Ezechielstudien, p. 40 et 45.

(58) Herrmann, Kom., p. 247. Voir plus haut, p. 136, note 12, notre manière de rattacher ce verset à son contexte.

(59) Kom., p. XXX, 6, et 247 sq.

(60) Comp. plus haut, p. 149, note 33.

(61) Op. cit., p. 186 sq. Il ên fait autant pour les versets 21-29. |

comme la continuation primitive de ce verset, car le verset 4 ne contient pas l’idée du sacrifice préparé par Jahvé pour les oiseaux et les autres bêtes qui se’rencontre dans 17-20. Du reste, dans'17-20, il ne serait aucunement question de Gog. Ces arguments ont — comme tous ceux que Hôlscher allègue contre l'originalité de tant de morceaux du livre d’Ezéchiel — un caractère arbitraire et ne méritent pas de réfutation.

Kraetzschmar et Steuernagel supposent que ces versets constituent un passage parallèle aux versets 9-16 et qu'ils ont pour but comme ces derniers d’annoncer la destruction de Gog. Comme leur contenu est préparé d’une façon générale par l’idée relevée au verset 4, Steuernagel les assigne‘à la recension B: 39, 1-8+17-20+23-29 tandis qu’il enlève les versets 9-16 au chapitre 39 et les attribue à la recension-parallèle, représentée surtout par le chapitre 38. Il faut avouer que cet arrangement donne, dans les deux chapitres én question, un texte bien coulant. D'autre part, cette solution repose sur une base trop précaire (voir plus loin). Stéuernagel suppose, à la suite de Kraetzschmar, que le texte actuel des chapitres 38 et 39 est le produit d’un mélange de deux recensions parallèles qui se seraient entrelacées. Or, comme ces recensions sont bien hypothétiques, les conclusions qui en sont déduites le sont également. D'ailleurs cette explication se recommande d'autant moins qu'il existe.une solution plus simple.

Cette solution est proposée par Heinisch et par Herrmann (62). D’après ces auteurs, la place actuelle des versets 17-20 serait la conséquence d’un déplacement. Heïnisch (63) suppose que'les versets 17-20 se trouvaient primitivement après 1-8 et qu’un rédacteur maladroit les a séparés. Herrmann, au contraire, suppose que la séparation a été faite par l'insertion des versets 9-16, qui seraient par le fait même secondaires. Cette dernière explication nous paraît préférable, avec la restriction cependant que les versets 9-10411-16 sont authentiques;

(62) Komp., p. XXX, 6, et 251. Voir aussi Gressmann, Der Messias, p. 122.

car il n’y a aucune raison de.le contester. Contre les versets 9-10 Herrmann fait valoir le caractère utilitariste de l'annonce qu'ils contiennent. Mais cela cst précisément l'indice le plus clair que ces versets n’ont nul autre pour auteur que le fils de Buzi. Il n’y a qu’à les rapprocher de 47, 11 et 12, versets qui sont empreints de cette même tendance réaliste, pour se convaincre de leur authenticité. Non moins arbitraire est le rejet des versets 11-16. C’est à tort que Herrmann croit constater une contradiction dans le verset 11: il y serait annoncé que l’armée de Gog sera ensevelie «en Israël», contrairement à ce qui est dit ensuite: «Dans la vallée d’Abarim, à l'Est de la mer Morte», donc en dehors de la Terre sainte. Mais l’expression «en Israël» n’est pas la détermination géographique de l’emplacement où Gog doit avoir. sa sépulture (voir plus haut). Les versets 12-16 seraient inauthentiques parce qu’ils sont dictés par un souci anxieux de la pureté légale. Mais ce caractère ne témoigne-t-il pas précisément en faveur de leur authenticité? (64).

Quant à la troisième question relative au côté littéraire des chapitres 38-39, savoir s’il faut y distinguer deux oracles ou n’y en voir qu’un seul, les opinions sont également contradictoires. Toy, Kraetzschmar, Jahn, transitoirement Gressmann, Heinisch et Herrmann (commentaire) se prononcent en faveur de deux oracles (65). Rothstein, autrefois Herrmann et surtout Hôlscher et Gressmann prennent les versets 1-24 du chapitre 39 pour la suite et le développement ultérieur de la prophétie sur Gog, commencée au chapitre 38. Cette conception paraît ‘être préférable; car le commencement du chapitre 39, bien qu’il rappelle par plus d’un trait les versets qui introduisent le chapitre 38, est néanmoins moins solennel et moins riche que celui du chapitre 38, de sorte qu’il ne doit pas nécessairement être pris pour un pas-

(64) Voir Gressmann, Der Messias, p. 124. Par le fait même est réfutée l'opinion de Rothstein qui rejette comme Herrmann les versets 11-16 comme inauthentiques.

(65) Tobac, op. cit, p. 413 sq, s’est rallié à cette opinion. D'après lui «les chapitres XXXVIIT et XXXIX pourraient bien contenir plusieurs oracles d’époques différentes et ne se rapportant peut-être pas tous au même sujet» (p. 414).

sage parallèle à 38, 1-3 ni pour l'introduction d’un oracie nouveau et indépendant du chapitre 38. Aussi la comparaison de 39, 1-2 avec 38, 2-9, de 39, 3-8 avec 38, 18-23 montre-t-elle qu’il n’est pas aussi aisé que le suppose Heinisch de regarder ces deux séries de morceaux comme des passages parallèles. En effet, la description est moins étendue dans 39, 1-2 que dans 38, 2-9 et l’idée de 38, 25 est développée d’une manière bien plus complète dans 39, 7-8. Mieux vaut, semble-t-il, considérer avec Hôlscher les versets 39, 1-2 comme l’annonce solennelle que le développement de la prophétie approche de son point culminant, savoir la prédiction de la destruction définitive de l’armée de Gog. Cette manière d’apprécier les versets 39, 3-5 nous paraît d'autant plus préférable que, dans 38, 18-23, on ne trouve pas, malgré la prolixité du récit, l'affirmation expresse que l’écrasement de l’envahisseur sera complet.

Quant à l’opinion de Bousset et de Gressmann qui contestent les deux chapitres en entier au fils de Buzi, Steuernagel, à juste titre, l’a caractérisée comme absolument arbitraire. En effet, la raison qu’ils font valoir contre l’authenticité est entièrement gratuite. Car, bien que dans les oracles antérieurs le prophète ait envisagé le temps qui suivra pour Israël le retour de la déportation comme une époque de tranquillité et de paix ininterrompues, il n’en résulte pas une contradiction telle, entre les chapitres 1-37 et les chapitres 38-39, qu'il faille retrancher ces deux derniers du livre primitif. D'une part, en effet, les conceptions messianiques d’Ezéchiel ont pu se développer au cours de son ministère et, de l’autre, l'invasion de Gog ne trouble que transitoirement la paix d'Israël: la terreur causée par elle est plus grande que l'effet réel, de sorte qu'Ezéchiel n’a nullement eu besoin de restreindre, dans les prophéties précédentes, les promesses relatives au bonheur durable de son peuple.

Non moins arbitraire est la manière dont Hôlscher rejette les chapitres 38-39, Il ne donne, pour ainsi dire, aucune preuve à l’appui de son opinion, sauf son opinion toute subjective que le vrai Ezéchiel n’était que «la Cassandre de Jérusalem agonisante», qui, par conséquent,

ne peut envisager des temps de salut. Un examen plus approfondi des caractères saillants du style ainsi que de la mentalité qui se révèlent dans les chapitres 38-39 l’aurait amené à les attribuer à Ezéchiel (66). En effet, le but de l'épisode prédit dans ces chapitres est de montrer, par l’écrasement de l’envahisseur aux yeux des nations, la toute-puissance du Très-Haut, but qui est si souvent visé dans les autres textes.

(66) Voir Kessler, op. cit, p. 84.

HI. — Sens.

Le problème capital des chapitres 38-39 est celui du sens exact, de la portée précise de la prophétie qu’ils con-. tienrrent.

Pour donner, dans la mesure du possible, une réponse à cette question, il faut en premier lieu se rendre compte que la description du roi et des peuples qui doivent attaquer Israël à la fin des jours n’est pas une pure imagination, qu’elle se rattache, au contraire, étroitement à l’histoire et à la situation de l’Ancien Orient telles qu’elles sont connues pour le temps d’Ezéchiel.

El

D'abord Gog lui-même ne paraît pas être sans relation avec l’époque du prophète; car son nom se rencontre, sous des formes bien semblables, dans les inscriptions cunéiformes. Un bon nombre d'auteurs comparent Gog à Gâgi, roi de Sahi, dont il est question dans une inscription d’Assurbanipal (67). Ce roi y relate qu'à l’occasion d’une expédition entreprise contre le pays Mannû, il a remporté une victoire sur Birishadri, préfet d’une ville mède, et sur Sharati et Parihia, les fils de Gâgi, roi de Sahi. Ce Gâgi serait, à en croire Delitzsch (68), Lenormant (69) et Dürr (70), identique à Gog. D’après eux, Gâgi—Gog serait le représentant d’une vieille dynastie fort influente, dont le pays s'étendait au Nord-Est de lAssyrie, dans le voisinage d'Urartu, Man ou Madaï (71). En faveur de cette opinion, on allègue encore le

(67) Cylindre B, col. IV, 1-2; voir Eberhard Schrader, Keilinschriftliche Bibliothek, t. I, p. 178-181, note 102 (cité par Touzard, loc. cit, p. 55, note 1). Comp. Dürr, op. cit., p. 98; Herrmann, Kom., p. 244, 2.

(68) Wo lag das Paradies?, p. 246.

(69) Histoire ancienne de l'Orient, t. 1, p. 94. Voir plus loin, le passage cité.

(70) Op."ett., p.98.

(71) Voir Dürr, ibidem; Streck, Das Gebiet der heutigen Landschaften Armenien, etc., loc. cit, p. 320. — Urartu (hébreu Ararat; voir Jér. 51, 27) est, d’après Condamin, Le livre de Jér., p. 344, note 27, la région au Nord du lac Van. Man (en hébreu: Minni, Vulg. Menni; voir Jér., ibidem) est, d’après le même auteur, le pays des Manéens, au Sud-Est du lac d'Ourmia.;

fait que, dans les Lettres de T'ell-el-Amarna (72), on rencontre comme désignation géographique le nom de Gaga (73), dont il faudrait chercher l'emplacement en Syrie septentrionale. Or, au jugement de Dürr (74), Sharati et Parihia, les fils de Gâgi, seraient des descendants de la famille royale qui, à cette époque lointaine, gouvernait le pays de Gaga et qui, à un moment donné, auraient quitté leur pays d’origine pour fonder plus à l'Est, dans la direction d’Urartu et de la Médie, un nouveau royaume, celui dont parle Assurbanipal dans l’inscription mentionnée. D’autres auteurs préfèrent rapprocher Gog de Güûgu, forme assyrienne (75) du nom du roi Gygès de Lydie. Cette identification, envisagée déjà comme possible par de Lagarde (76) et Friedr. Delitzsch (77),

(72) Voir Schrader, op. cit., t. V, p. 5, ou J. A. Knudtzon, Die El-Amarna-Tafeln, t. 1, 63 (Londres Nr. 1, 1. 38).

(73) Le contexte dans lequel se trouve la mention de Gaga est le suivant: «C’est en effet la fille d’un mendiant (mushkinu) ou d’un Gagaïen (Gagaïa, précédé du déterminatif «mâtu — pays») ou la fille d’un Hanigalbatéen, ou vraiment une du pays d’Ugarit, qui ont vu mes messagers», 1, 37—40 (traduction de Knudtzon, reproduite par Herrmann, Kom., p. 244, 3). A propos de ce texte Weber dans Knudtzon, ibidem, p. 1015 sq. estime qu’en raison de son contexie Gaga doit être considéré, non comme c’est d’ordinaire le cas chez les auteurs (voir p. ex. Touzard, loc. cit., p. 55, note 1, et Hôülscher, op. cit., p. 189) comme la désignation générique d’habitants barbares d’un pays du Nord, mais comme une détermination géographique. Il identifie Gaga à Gog et y voit un nom archaïque de Karkemish (Gargemish), ville centrale d’un ancien empire hittite, situé en Syrie septentrionale.

(74) Op. cit., p. 98. Voir aussi Jirku, Altorientalischer Kommentar zum Adten Testament, p. 213.

(75) Annales d'Assurbanipal, Rassam-Cylindre, col. II, 95. Voir Schrader, op. cit., t. II, p. 172—173.

(76) Gesammelte Abhandlungen, p. 158.

est adoptée par Ed. Mever (78), Sayce (79), Hôlscher (80) et Gressmann (KE).

Quant à Magog, le pays de Gog, l'érHéé d’'Ezéchiel n'est pas le seul endroit biblique où ïl est mentionné. Fandis que nulle part ailleurs dans l’Ancien Testament il n'est question de Gog, Magog se trouve dans Gen. 10, 2 (==t Chron. 1, 5). Ici Magog est énuméré parmi les fils de Japhet: Gomer, Magog, Madaï, Javan, Tubal, Meshek, Fiîras. Ï1 n’y figure donc pas comme le nom d’un pays, mais d’un peuple descendant de Japhet. Les trois autres noms, Meshck, Tubal, Gomer, qui se rencontrent égaleinent dans la Genèse et chez Ezéchiel, désignent par . contre, ici et là, des peuples. Mais qu'il soit le nom d’un peuple où Le nom du pays habité par ce peuple, toujours est-il que Magog n’est pas un mot inventé, mais qu'il correspond à une réalité de l'Ancien Orient. La plupart des auteurs, par exemple Friedr. Delitzsch (82), Streck (83), Dhorime (84), Dürr (85), Herrmann (86), considèrent Magog (—mat Gog) comme un dérivé de Gog, Touzard (87) et Kônig (88), au contraire, pensent que le nom du roi a été déduit de celui du pays.

Phis précis sont les renseignements que nous possédons sur les autres peuples qui font partie de l’armée

(78) Geschichte des Altertums, t. 1, p. 464, cité par Hôlscher, op. cil., p. 189, note 5.

(79) Higher Crilicism, p. 125 sq., cité par Hôlscher, ibidem.

(80) Zbidem, p. 189; voir du même auteur Geschichte der israelitischen Religion, $ 60, 15, où il écrit: «Gog est probablement un reflet légendaire du célèbre Gygès de Lydie». Kôünig, Die messianischen Weissagungen, p. 260 sq., note 4, s’oppose avec raison à cette identification, en observant que l’Asie Mineure n’est pas le Nord auquel Ezéchiel pense. Cette même remarque

s'applique également à Gressmann,Der Messias, p. 124 sq. qui partage l'opinion de Hôlscher.

(81) Jbidem.

(82) Ibidem, p. 247. Delitzsch y rapproche Magog de Mazamüûa (— mât Zamûa), qui se rencontre à côté de "Zamûa dans les inscriptions SE mes.

(53) Loc. cit., p. 264 ct 321.

à (84) Les adions babyloniennes sur les origines, loc. cit. p. 364.

(85) Ibidem, p. ®9, note 1

(86) Kom., p. 445,

(87) Loc. cil,, p. 55, note 1,

(8S) Op. cit, p. 2460 sq., note 4.

de Gog. Aussi complètent-ils les données précaires qu'on vient de relever au sujet de celui-ci.

| Meshek et Tubal sont, en effet, mentionnés encore deux fois par Ezéchiel lui-même et toujours l’un à côté de l’autre (89): 27, 13 et 32, 26. Dans le preinier de ces passages, ils figurent parmi les peuples qui constituent le cortège de Tyr, «reine des mers»; dans le second, parmi les nations que les Egyptiens rencontrent dans le she’ôl. Dans la Bible il est encore question d’eux Gen. 10, 2; 1 Chron. 1, 5; Is. 66, 19 (LXX) (90). Souvent ces deux peuples apparaissent dans la littérature cunéiforme (91). Ils y sont mentionnés en relation avec Kummuh et Urartu (92), avec Kuï (93) et Hilakki (94), confinant avec le pays de Musri (95), indications d’après lesquelles Meshek et Tubal «devaient occuper le pays compris au Nord de l’Antitaurus jusqu’à la mer Noire» (95).

L'identification de Gomer, troisième peuple qui fait partie de la coalition de Gog, ne présente pas non plus de difficulté. Déjà Tirin et Calmet (97) l’ont identifié

(89) Surtout en 32, 26 (texte hébreu), Ezéchiel lie si étroitement l’un à l’autre qu’il paraît les considérer comme une seule nation. Voir Plessis, op. cil., p. 72, note à propos du v. 32, 26.

(90) Meshek seul est encore mentionné Ps. 120, 5.

(91) Il est question des «<Mushki» et «Tabali» dans le Cylindre de Sargon, 23—24 (Schrader, op. cit., t. I, p. 42), Khorsabad, 30—31 (Schrader, ibidem, p. 56). Voir Plessis, ibidem, p. 72; Cheminant, op. cit., p. 52; Delitzsch, op. cil., p. 250—251.

(92) Voir les Annales d'Assurbanipal, 1, 74 (Schrader, op. cit., t. 1, p. 64), Cylindre de Sargon, 23—24, Khorsabad, 30—31.

(93) Cylindre de Sargon; Kuï — Cilicie du Nord (voir Cheminant).

(94) Khorsabad; Hilakki — Cilicie (voir Cheminant).

(95) Khorsabad, 17 (Schrader, op. cit., t. II, p. 54); Musri était situé entre le Taurus et lAntitaurus (voir Cheminant).

(96) Cheminant, ibidem, p. 52. Cet auteur se réfère, pour la détermination du pays de Meshek et de Tubal, à Josèphe, Ant. I, 6, 1. Non moins précis est Plessis, op. cit, p. 72 sq: «Au temps d’Hérodote (il les appelle Môoxo et TiBagmvot ; comp. IH, 94; VII, 78. Voir aussi Homère, Odys. IT, 14), les Mosques et les Tibaréniens habitaient au Sud-Ouest de la mer Noire, les premiers, près des sources du Phalys et du Kyros, les seconds à l'Est du Thermodon; mais, au temps de la domination assyrienne, ils étaient plus au Sud et s’étendaient jusqu’à vers la Cilicie».

(97) D’après Hagen, Realia biblica, p. 187, art. «<Gomer».

avec les Cimmériens (98), solution qui est, en général, adoptée par les auteurs modernes. Or, ies Citumériens apparaissent dès le septième siècle sur le territoire de l’Assyrie. Ils renversent le royaume d’Urartu, dans les frontières duquel ils fixent leur demeure. Plus tard ils ravagent successivement l'empire phrygien sous Midas et l'empire lydien sous Gygès (99). Aussi les trouve-t-ou, depuis le temps d’Assarhadon (100), mentionnés dans les inscriptions cunéiformes où ils sont nommés: Gimirraïa.

Bet-Togarma enfin, le dernier allié de Gog, est, lui aussi, un peuple historique. Sa situation exacte est, 1! est vrai, difficile à préciser. Ezéchiel mentionne encore ce peuple 27, 14. Ici, il le présente en relations commerciales avec Tyr, ville à laquelle il livrait des chevaux et des mulets. Dans la liste des peuples de la Genèse, Logarma apparaît, Gen. 10, 3 (101), comme fils de Gomer avec Ashkenaz (102) et Rifat (103). Josèphe (104) cher-

(98) Dans la Bible Gomer est encore mentionné Gen. 10, 2 et 1 Chron. 1,5

(99) Voir Herrmann, Kom., p. 246; Gressmann, Der Messias, p. 124 sq.

(100) Voir Hagen, op. cit, ibidem.

(101) Tandis que, partout ailleurs dans la Bible, 1 Chron. ji, 6; Ez. 27, 14; 38, 6, ce peuple est appelé Bet-Togarma, dans Gen. 10, 3 on rencontre l’appellation plus courte: Togarma.

(102) Ce peuple frère de Togarma n’est mentionné qu'ici, 1 Chron. 1, 6 et Jér. 51, 27. Ce dernier passage surtout est important pour l’identification de ce peuple obscur. Car il y est question d’un royaume d’Ashkenaz, qu’il faut chercher dans le voisinage d’Ararat (—Urartu des inscriptions cunéiformes) et de : Minni (—Mannaï des inseriptions assyriennes). Or, dans les inscriptions d’Assarhadon (Schrader, op. cit., t. 1, p. 128 et 146) se rencontre un peuple nommé Asguzai (—d’après Herrmanu, Kom., p. 246, peut-être Xxvdar ) qui pourrait être identique à celui d’Ashkenaz (le à pourrait venir d’un Y mal lu). Voir Hagen, op. cit., p. 48, art. «Ascenez»; Herrmann, Kom., ibidem; Condamin, op. cil., p. 344, note 27.

(103) Sur Rifat, peuple qui n’est mentionné qu'ici (en À Chron. 1, 6, le texte massorétique donne n277 ), on ne saurait dire rien de précis. Voir les suppositions émises au sujet de sa localisation, dans Hagen, op. cit., p. 314, art. «Riphath».

(104) Ant. I, 6, 1 d’après Hagen, ibidem, p. 366, art. «Thogorma».

chait Togarma en Phrygie, Syncellus (105) par contre en Arménie. Fr. Delitzsch (106) et Halévy (107) ont rapproché Togarma de Tilgarimmu (108), ville située sur la frontière de Tabal (109), mentionnée par Sargon en relation avec Kammanu, au Nord du Taurus, et par Sanhérib en relation avec Hilakki (110). Pour Winckler (111), qui conserve le rapprochement de Delitzsch, Togarma est l’ancien Musri de Cilicie, entre le Taurus et l'Antitaurus. Cette contrée était renommée pour ses chevaux et c’est là que, d’après Winckler (112), Salomon allait chercher ceux qu’il lui fallait pour ses cavaliers (voir 1 Reg. 10, 28; 2 Chron. 1, 16-17).

Les données historiques avec lesquelles la description de l’expédition de Gog est en connexion indéniable montrent d’une façon évidente qu’il n’est pas admissible de prendre Gog pour une figure mythique et par là toute sa campagne pour une légende, comme l'ont fait Winckler (113) et Gressmann (114). Parce qu’on cherche en

(105) Scholion ad Ez. 38, 6 dans le Code B des LXX; cité par Hagen, ibidem.

(106) Op. cit., p. 246; Sayce, Thogarmah dans Hastings, À Dictionary of the Bible, t. IV, p. 790, observait contre lui, qu’il s’agit dans Ezéchiel non d’une ville mais de toute une région. Malgré cela le rapprochement peut être maintenu, puisque, -comme le remarque très justement Cheminant, op. cit, p. 53, - Togarma peut désigner la contrée environnante de la ville de Tilgarimmu.

(107) Mélanges de critique, p. 163, cité d’après Herrmann, Kom., p. 246.

(108) Inscription de Constantinople; voir Winckler, Altorientalische Forschungen, t. I, p. 122.

(109) Voir Cheminant, ibidem, p. 53.

(110) Voir Herrmann, Kom., p. 246, qui s'en réfère à A. ‘Jeremias, Das Alte Testament im Lichte des Alten Orients, p. 154.

(111) Op. cit., p. 124, 130, 135.

(112) Winckler lit en 1 Reg. 10, 28; 2 Chron. 1, 16-17 : 132

au lieu de D'LA ; voir Alttestamentliche Untersuchungen, p. 173,

et Altorientalische Forschungen, T, p. 28, note 2; Schrader-Zimmern-Winckler, Die Keilinschriften und das Alle Testament, p. 238.

(113) Altorientalische Forschangen, 11 (1898), p. 161—171. (114) Der Ursprung, p. 181—186, Der Messias, p. 124—134. Voir Hôlscher, op. cit., p. 189 et note 1.

vain une pareille prédiction dans la littérature prophétique antérieure, bien qu'Ezéchiel y fasse allusion, ces deux auteurs croyaient devoir chercher le prototype de Gog dans la mythologie orientale. Mais le fait que la littérature biblique ne mentionne nulle part ailleurs cet ennemi, ne donne pas le droit de regarder l’oracle qui le concerne comme un emprunt fait au paganisme (115). D'autant que les prétendus parallèles sont loin de rassembler à la prophétie d'Ezéchiel. Les mythes dont celuici, d’après Winckler et Gressmann, se serait servi comme «source» seraient les suivants. Le premier de ces auteurs a recours au mythe babylonien relatif à l’origine du monde, c’est-à-dire à la lutte entre Tiamat et Marduk. Il faut vraiment avoir beaucoup de fantaisie pour rapprocher des chapitres 38-39 d’Ezéchiel le poème babylonien de la création. Gressmann pense plutôt à un mythe relatif aux Titans, qu’il suppose connu par l’auteur de l’oracle primitif des chapitres 38-39. Deux éléments de la prophétie remonteraient à ce prétendu mythe: la marche de Gog contre un peuple qui habite «sur l’ombilic de la terre» et «la Vallée de Hamon-Gog». L’ombilic de la terre devrait être identifié avec «le siège des dieux» que certains ennemis s’efforçaient de prendre d’assaut. La vallée barrée de Hamon-Gog serait «la vallée de Hinnom» près de Jérusalem qui, dans la prétendue source de la prophétie sur Gog, aurait été destinée comme lieu de sépulture pour les agresseurs (116). Cette comparaison n’est pas moins arbitraire (117).

(115) Un dieu Gaga est, il est vrai, mentionné dans l’épopée babylonienne de la création (Enuma elish III) et également dans une inscription de Sanhérib (voir Meissner-Rost, Bauinschriften Sankheribs, p. 99; Jastrow, Die Religion Babyloniens und Assyriens, t. I, p. 247; Streck, loc. cit., p. 321; cités tous par Herrmann, Kom., p. 244, 1). Cependant ce Dieu Gaga, bien que son nom ressemble au point de vue linguistique à celui de Gog, n’a rien à faire avec le Gog des chapitres 38-39. Voir Dhorme, Les traditions babyloniennes sur les origines, loc. cit., p. 364. Aussi Dürr, op. cit., p. 94, et Herrmann, Kom., p. 252 (dans ses Ezechielstudien, p. 37, il partageait la conception mythique de Gressmann), ont-ils raison de souligner que le Gog d’Ezéchiel n’est certainement pas un personnage mythique.

(116) Voir Hôülscher, ibidem.

ja Voir Dürr, ibidem, p. 95; Kônig, op. cit., p. 260 sq. note 4.

Bien plus compréhensible que cette explication mythique est l'interprétation strictement historique de l'épisode de Gog. Elle est donnée par ceux qui identifient Gog avec un prince du temps d’Ezéchiel. Déjà Lenormant a compris Gog dans ce sens: «Il n’est pas douteux, écrit-il, que ce ne soit pas aux Scythes passés au Sud du Caucase dans la seconde moitié du vir siècle avant J. C... que font allusion deux des prophéties d'Ezéchiel. Elles s’adressent à Gog, du pays de Magog, prince -et chef de Méschek et de Thoubal. Ce sont ces oracles qui ont donné lieu à tant de bizzares et fantastiques légendes sur les peuples fabuleux de Gog et de Magog. En réalité, il y est question d’un personnage parfaitement historique, dont la réalité a été révélée par les documents assyriens; car les inscriptions du roi d’Assurbanipal, à très peu d’années de distance de la prophétie d’Ezéchiel, parlent de Gagi, roi deSakha ou Scythes habitant au Nord de l’Ararat. Voilà bien le Gog du prophète, qui reprend sa place légitime dans l’histoire, et, s’il est dit prince de Méschek et de Thoubal, c’est qu’à ce moment les hordes scythiques tenaient sous leur domination les deux peuples désignés par ces derniers noms» (118). Lenormant a été suivi par plusieurs auteurs plus récents, tandis que d’autres préfèrent voir en Gog le roi Gûgu de Lydie, comme il vient d’être indiqué (119).

(118) Op. cit., t. I, p. 294. Cependant le jugement de cet historien nous semble être trop catègorique: les renseignements que nous possédons sur les Scythes ainsi que sur Gâgi sont, somme toute, très précaires.

(119) Tout à fait isolée est une autre interprétation historique proposée par Bôhmer, Wer ist Gog von Magog?, loc. cit. p. 321 sq., et adoptée par Meinhold, Éinführung in das Altec Testament, p. 236. D’après Bôhmer, l’ennemi annoncé serait Babylone. Craignant des poursuites de la part des Chaldéens, le prophète n’aurait osé annoncer leur ruine que sous une forme voilée, en les désignant sous le nom mystérieux Magog. Ce mot serait une forme défigurée de Babel qu’Ezéchiel aurait obtenus en lisant les consonnes dont se compose Babel à l’envers (1-b-b) et en les remplaçant chacune par la lettre suivante de l'alphabet, 1 par m, b par g. Cette explication, pour ingénieuse qu’elle soit, nous paraît inadmissible. D’abord elle ne tient pas compte du fait que Magog se rencontre en Gen. 10, 2 — 1 Chron. 1, 5; faudrait-il alors admettre que, là aussi, Magog désigne Babylone? En second lieu Bôühmer oublie que les chapitres 38-39 visent

Mais ces auteurs semblent à leur tour aller trop loin. Déjà la variété de leurs explications montre qu’il n’est pas possible de fixer exactement la personnalité de Gog. En effet, bien qu’il ne soit pas impossible en soi qu’Ezéchiel ait eu en vue un roi déterminé, comme dans Is. 44, 28; 45, 1-3 où Cyrus est nommé, le caractère si mystérieux et si fantastique des chapitres 38-39 fait bien plutôt penser à un chef inconnu et futur qu’'Ezéchiel, tout en lui donnant un nom, n’a pas voulu, n’a même pas pu déterminer. Aussi les essais faits sous ce rapport ont-ils été rejetés par plusieurs auteurs, par exemple par Touzard (120), Tobac (121), Herrmann (122), Kônig (123).

Plus conforme à la teneur du texte est l’explication du mot Gog, donnée par van Hoonacker (124) et, à sa suite, par Landersdorfer (125), Heinisch (126) st Kônig (127). D’après eux, Gog serait un nom sumérien, à la base duquel se trouverait le mot «gug (gig)—ténébreux». Magog serait donc composé du mot sumérien «ma (mâtu)—pays» et du mot «gug» : le Gog d’Ezéchiel

un temps, où la puissance de Bäbylone est déjà brisée, comp. 34, 27 à 38, 16; car Gog doit apparaître en Israël après le retour de l’exil des fidèles de Jahvé. Voir Kônig, op. cit, p. 260; Heinisch, op. cit., p. 180; Herrmann, Kom., p. 253.

(120) Loc. cit, p. 55, note 1. Touzard y écrit: «ll n’y 2 pas à chercher à identifier le souverain dont il est ici question avec quelque personnage historique, contemporain d’Ezéchiel». D’après lui, si Ezéchiel s'adresse à Gog, c'est, comme il s'exprime, «par une figure de style et afin de rendre son oracle plus frappant». Il nous semble que l’auteur va trop loin dans cette dernière affirmation, comme le relève très à propos Dürr, op. cit., p. 98, note 2.

(121) Op. cit., p. 417, eh note.

(122) Herrmann, Kom., p. 252. à

(123) Op. cit. p. 260 ‘sq. note 4; il s’y oppose à l’identification de Gog à Gâgi (contre Dürr). Cependant, à notre avis, rien n'empêche de supposer qu'Ezéchiel ait été renseigné sur ce prince, vu qu’il semble être au courant des peuples qu’il mentionne comme alliés de Gog.

(124) Eléments sumériens dans le livre d'Ezéchiel?, loc. cit. p. 333—336.

(125) Sumerisches Sprachgut im Adten Testament, p. 28; par opposition à van Hoonacker, Landersdorfer soutient qu Magog est le mot primitif duquel serait dérivé celui de Gog. Kôünig, op. cit, p. 260, et note 4, en suit Landersdorfer.

(126). Op..c1t, D 163:

(127) Ibidem.

serait «la: personnification des ténèbres, le ténébreux, l'ennemi qui vient du Nord (comp. Joël 2, 20)>; Magog serait «la région des ténèbres ou du ténébreux, le Nord» (128). Cette hypothèse est assez attrayante.

D’autre part il est certain que le prophète, en présentant Gog marchant à la tête de peuples contemporains, a placé l'avènement de ce guerrier redoutable dans le cadre, sinon historique au moins ethnographique, de son temps. Il en résulte qu’il n’a pas projeté l’entreprise de Gog dans un avenir tout à fait lointain. Les expressions: «après de nombreux jours», «à la fin des années» ne déterminent en rien la durée de la première période de tranquillité qu’Israël doit passer après son retour de l'exil (129).

Ce qu'Ezéchiel a voulu annoncer c’est en somme qu'Israël, après avoir obtenu le pardon de Jahvé et déjà vécü un certain temps dans une situation sous tous les rapports parfaite, sera une fois ençcoré assailli par des ennemis. Comme lors de la destruction de Jérusalem en 586, ils viendront du Nord. Mais cette fois-ci, ils seront abattus par Jahvé d’une façon, foudroy ante; le peuple de Dieu en sera quitte pour la peur ct sera dorénavant à l’abri de toutes les attaques.

Avec raison les éxégètes anciens (150) et. modernes (131) ont relevé la portée symbolique ou plutôt didactique de la prophétie sur Gog. De même que, par l’annonce de la resurrection des ossements desséchés, Ezéchiel a voulu affirmer que le retour de l’exil aura certainement lieu, il a voulu relever par l’oracle sur Gog qu’Israël une fois rétabli en Palestine ne pourra plus être inquiété, pas même par l’armée la plus redoutable.

(128) Van Hoonacker, loc. cit. Voir Tobac, op. cit., p. 417, en note.

(129) Touzard exagère, à notre avis, lorsqu'il pense que «Gog appartient à PMU éloigné, à des temps. certainement lointains», loc. cit. 55, note 1.

qe Voir des ns nombreuses.dans Knabenbauer, op. cit 391 s

” H31) RH baUE ibidem, p. 391; Gautier, La mission, p. 313 sq.; Schmalzl, Op. Cil;, PT 9381; Kraetzschmar, ODrECIT p. 254 sq.; Tobac, op: cit, p. 414; Touzard, LOG CIL0p:-95; Heinisch, op. cit., p. 182; Kessler, op. cit, p. 84: sq.

Parce que Gog est présenté comme le dernier ennemi qui ose attaquer l'Etat théocratique d'Israël après son rétablissement, on comprend aisément qu’un bon nombre d’exégètes l’aient conçu comme une sorte d’Antéchrist de l’Ancien Testament. Ainsi autrefois Maldonat, Pinte, Corneille de la Pierre, Ménochius (132), de nos jours Gautier, Tobac, Touzard et Gressmann. Cette interprétation ne doit pas être complètement rejetée. Cependant le rôle de Gog est beaucoup plus restreint que celui de l’Antéchrist, surtout pärce que le verset 38, 5, d’après lequel Gog n'aurait pas seulement commandé à des peuples septentrionaux Mais aussi aux Perses et à deux nations africaines, doit être regardé comme inauthentique (voir plus haut). M. Touzard exagère beaucoup la portée de l’oracle des chapitres 38-39, en les prenant pour l’annonce de «l’assaut général du monde paiïen coalisé contre Israël et Yahweh» (133), de même Gautier en disant: «Il nous semble que Gog est plutôt une personnification qu’une personne réelle. Il nous apparaît comme l’incarnation typique de la puissance terrestre dans tout ce qu’elle a de plus redoutable; sous sa bannière se presse l’univers entier, Scythes de l’extrême nerd, Perses de lorient, Ethiopiens du sud. C’est comme une formidable poussée, une attaque furieuse qui se déchaîne contre Israël restauré et béni» (134). Une telle interprétation est exclue par les indications historiques et géographiques fournies par Ezéchiel sur les peuples de la coalition.

La prophétie sur Gog s’est aussi peu réalisée que celle de la Thora du fils de Buzi. Gauticr l’explique par le fait que les exilés, quand l'heure du retour sonna, ne se sont pas pressés de revenir dans la patrie afin de réaliser «le portrait si beau et si élevé qu'Ezéchiel, en maint passage de son livre, a tracé d'Israël restauré, capable d'affronter viclorieusement, avec le secours de Jéhova,

(132) Cités par Knabenbauer, ibidem, p. 381.

(133) Loc cit, p. 56; voir aussi Kônig, op. cit., p. 260, qui est du même avis.

(134) La mission etc., p. 313; voir un passage analogue à la page suivante,

les attaques d’une coalition païenne telle que l’armée de Gog»> (135). Pour cette raison il n’est pas admissible de considérer l’oracle des chapitres 38-39 comme un produit de la fantaisie, de la réflexion ou du travail compilatoire du fils de Buzi, comme un bon nombre de critiques aiment l’affirmer (136). Gautier a pleinement raison quand il dit qu’adopter cette opinion c’est «méconnaître la valeur permanente des principes qui ont dicté ce discours et qui lui assurent une réalité morale à défaut d’un accomplissement historique» (137).

135) Ibidem, p. 317 sq. jar

ES Smend, + cil., : 294, appelle la prophétie sur Gog eun enfant de la réflexion». Hôlscher, op. cit., P. 188, considère les chapitres 38—39 comme une compilation faite d’après les oracles de Jérémie par un scribe qui aurait ajouté plusieurs traits originaux. k

(137) Ibidem, p. 318. Ë

ee. pe

VE ENS APE EE COTES LCTIUP EE LE SEC ASET CRT: FO ROBES 2 f Le +

Page 1