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contre de l'or aux caisses publiques. Enfin on n"a même pas été aussi loin que l'Angleterre, qui depuis 1833 a donné aux billets de la Banque d'Angleterre cours forcé pour les transactions entre particuliers, c'est-à-dire obligé ceux-ci à les recevoir à l'égal de l'or, tandis que seule la Banque d'Angleterre ne saurait y contraindre ses créanciers (1).
En Allemagne, nul n'est tenu d'accepter de son débiteur un paiement en billets de la Banque de l'Empire. Ces dispositions, ainsi que d'autres semblables qui existent ailleurs, prouvent de la façon la plus saisissante que la condition fondamentale de la solidité d'un signe monétaire est de pouvoir être transformé, au gré du porteur, en métal, ce métal précieux étant celui qui circule dans le pays et qui est réellement conforme à ses mœurs et ses usages. Si l'on concède que la circulation, comme nous l'avons démontré plus haut, ne veut pas de l'argent, sauf pour les paiements minimes (ce que les bimétallistes reconnaissent en déclarant l'argent apte seulement à gager des billets), il est prouvé par là qu'il ne saurait être transformé en monnaie normale. C'est ce qui éclaterait aussitôt, si en temps de crise on devait faire l'essai pratique d'un semblable système monétaire. A la minute où le papier, frappé de suspicion, serait présenté au remboursement et oii on essaierait de le rembourser non pas en or maisen argent, ce métal répugnerait encore bien plus au public qu'àl'heure présente , où l'on n'essaie pas de le lui imposer. Même les timides
(1) Ce régime correspond à ce que uous appelons le cours légal. C'est le régime sous lequel nous vivons actuellement en France. (Note du traducteur.)
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tentatives faites par exemple, en Allemagne, il y a quelques années, par les caisses publiques pour donner aux particuliers, de-ci, de-là, quelques thalers de plus que la quantité qu'ils pouvaient emporter commodément chez eux, ont toujours provoqué du mécontentement et amené des protestations : aussi les autorités ont-elles finalement renoncé à exercer cette pression. Dans les temps de calme et d'indifférence, alors que la confiance est complète, ces incidents n'ont produit aucune émotion. Mais que l'on songe à ce qui se passerait à des époques troublées, les seules auxquelles le billet officiellement certifié par l'État peut être mis en suspicion. Il ne s'agirait pas alors de mesures dissimulées, prises sur une petite échelle, mais de masses d'argent qu'oa imposerait avec une rigueur inflexible aux particuliers poussés par la méfiance vers les caisses publiques, et qui ont précisément perdu l'habitude de s'encombrer et de se servir de l'argent : la défaveur contre laquelle ce métal lutte déjà maintenant, lorsqu'il cherche à se répandre dans les transactions quotidiennes, augmenterait considérablement, cela est certain. La valeur artificielle qu'on aurait pu lui attribuer en l'employant à gager des billets sans lui demander de remplir une véritable fonction monétaire, s'effondrerait au milieu des plus grands dangers.
Ou bien un métal précieux est apte à servir de monnaie, et alors il n'est pas nécessaire de décréter, de prime abord, des mesures qui le dispensent de circuler dans sa forme originaire : ou bien ce métal n'est pas apte à servir de monnaie effective; en ce cas, tous les artifices détournés pour l'y employer ne sont
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•que des trompe-l'œil sans consistance, La législation qui érige l'or en moyen de paiement principal n'a pas besoin de prendre de dispositions qui permettent de s'en passer et de créer des signes à sa place. Ce n'est que dans un but de commodité et d'économie que les banques d'émission sont autorisées à satisfaire un besoin g-énéral en émettant au lieu d'or, des billets remboursables en or : mais cette création n'est née en aucune 'façon de l'idée que le public refuserait de se servir de l'or sur une large échelle (1). On pouvait à cet égard s'en remettre au public. C'est d'un principe diamétralement contraire, comme nous venons de le démontrer, que .partent les propositions d'augmentation du stock d'argent; celles-ci admettent en effet que la circulation journalière n'en veut d'aucune façon, en d'autres fermes que l'argent n'est pas une monnaie courante.
Les preuves effectives de ce qui précède ne manquent {point. x\ux Etats-Unis où les hommes d'argent, grâce A leur puissante influence, ont précisément contribué à faire prévaloir le système que les partisans du bimétallisme international proposent d'appliquer à tous les autres pays, ni la législation, ni le gouvernement dans la pratique journalière n'ont eu le courage de tirer les pleines conséquences du système admis ; ils ont bien décidé de procéder annuellement à de grands achats d'argent et, ne pouvant mettre ces
(I) Nous ferons toutefois observer que la quantité d'or que chacun peut commodément porter avec soi, bien que très supérieure à la même somme d'argent, est encore limitée ; dès qu'un certain montant -est dépassé, chacun préfère des billets de banque. C'est, du reste, ce •que l'auteur fait judicieusement remarquer lui-même un peu plus loin. (Note du traducteur.)
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masses en circulation, de répandre à leur place dans le public des billets : ils y ont réussi. Mais quoique les mêmes lois prescrivissent que l'argent, ainsi accumulé et répandu sous forme de papier, serait monnaie légale à force libératoire au même titre que l'or, on n a jamais essayé d'imposer au public l'application de cette clause. Le législateur et l'administration se sont donné au contraire toutes les peines imaginables pour répandre la conviction rassurante que l'Etat s'interdisait à jamais d'employer l'argent déposé à des paiements, contre la volonté des créanciers. C'est ainsi que, pour maintenir au-dessus de toute discussion la parfaite remboursabilité du papier-monnaie de l'Union, des billets appelés « greenbacks », il a été décidé qu'une provision de 1 00 millions de dollars en or serait constamment maintenue à cet effet dans les caisses du Trésor (1). Bien que les dollars d'argent soient au même titre une monnaie libératoire, les Etats-Unis ont toujours nié qu'ils puissent jamais songer à payer leurs dettes autrement qu'en or. L'année dernière, deux pays, l'Espagne et le Portugal, ont essayé de parer à leurs embarras financiers en faisant offrir par les caisses publiques des paiements en argent au lieu d'or, qu'elles n'étaient plus en mesure de fournir. Mais ceci n'a pas retardé d'une minute l'insolvabilité, dont les effets ont éclaté au grand jour. Faisons abstraction du Portugal, qui a lésé ses créanciers par une banqueroute publique, et bornons-nous k l'Espagne
(1) En juillet, août 1893, ce stock est descendu un moment à 90 millions. En septembre, il s'est rapproché du chiffre de 100 millions de dollars (environ 520 millions de francs). Eu janvier 1894, il est descendu à 75 millions, chiffre le plus bas connu jusqu'ici. (Note du traducteur).
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qui continue à remplir ses engagements, au moins nominalement. Son exemple suffira à prouver que l(?s signes de papier cessent naturellement de remplir leurs fonctions, dès qu'ils ne sont plus convertibles qu'en argent, au lieu de l'être en or. Lorsque la Banque d' Espagne eut prêté de trop fortes sommes pour pouvoir continuer de rembourser ses billets en or et que, d'accord avec l'État, elle commença à payer en argent, la monnaie espagnole perdit aussitôt une partie de sa valeur nominale; les billets de banque et, ce qui revient au même, les changes de l'étranger sur l'Espagne subirent une perte de 15 à 20 p. 100.
Le régime qu'on nomme « étalon boiteux » et qui est encore aujourd'hui, bien que dans une mesure très restreinte, celui de l'Allemagne, provient également du vice de constitution que nous venons de décrire. On appelle étalon boiteux le système monétaire qui a l'or pour base et implique par conséquent la frappe libre et illimitée de l'or, mais qui, sans plus permettre la frappe de l'argent, conserve encore une somme limitée de ce métal en circulation. La seule monnaie véritable et de pleine valeur ne saurait être constituée que par le métal qui peut, à chaque minute, être porté aux Hôtels des Monnaies nationaux pour y être monnayé aux conditions légales. Tout le monde est d'accord là-dessus ; les bimétal listes sont les premiers à le reconnaître. Cette prescription est en vigueur dans la plupart des pays européens, spécialement en Allemagne et dans les Etats de l'Union latine. A côté de cette monnaie principale, tous ces Etats ont des monnaies divisionnaires, qui n'ont pas besoin de contenir en métal leur pleine valeur.
Les monnaies divisionnaires et d'appoint sont constituées en Angleterre, en Allemagne et dans l'Union latine par un alliage d'argent et de cuivre qui ne représente même pas une proportion de 1 5 1 /2 par rapport à l'or ; leur valeur en argent est inférieure, même en admettant la base de 15 1/2. Quant aux petites monnaies divisionnaires de nickel, de bronze et de cuivre, elles contiennent une quantité de métal qui ne vaut qu'une fraction de la somme pour laquelle elles sont admises en paiement. Il est reconnu que cette moindre teneur de la monnaie divisionnaire n'a aucune conséquence nuisible aux intérêts publics ; elles ne tirent pas leur valeur de leur contenu, mais servent de signes: c'est ce que les Anglais appellent « token money » . Gomme le commerce a constamment besoin d'une certaine quantité de ces monnaies, qui restent dans la circulation intérieure et ne prétendent point être acceptées par l'étranger, leur moindre valeur n'amène jamais de difficultés, à condition toutefois que la frappe n'en dépasse pas la somme reconnue nécessaire au règlement des petites transactions intérieures. C'est pourquoi l'Etat seul est autorisé par la loi à frapper cette monnaie divisionnaire, d'une valeur inférieure à sa valeur nominale, et il ne l'est que dans des limites fixées à l'avance.
Dans les pays à étalon boiteux, il existe, entre la monnaie divisionnaire et la monnaie d'or, une monnaie intermédiaire qui n'est pas une création de la loi, mais un survivant de l'ancien régime monétaire avant sa transformation, un être hybride, qui tient à la fois de la monnaie divisionnaire et de la monnaie à pleine valeur. A cette espèce appartiennent les thalers qui circulent
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•encore en Allemagne, et, dans les pays de l'Union latine, les pièces de cinq francs. Elles ont ceci de commun avec la monnaie divisionnaire que la frappe n'en est pas libre et que leur valeur métallique est inférieure à leur valeur nominale. Elles ont de commun avec la monnaie d'or qu'elles peuvent servir à acquitter une dette de n'importe quel montant . Si elles existent, c'est qu'au tref ois ^lles avaient pleine valeur ; mais, d'après la nouvelle législation, elles sont destinées à disparaître, puisqu'elles •ont perdu le caractère essentiel d'une monnaie à pleine valeur, à savoir la libre frappe. Certains pays, qui ■comme l'Allemagne, n'ont pas voulu les écarter entièrement pour certains motifs passagers, ou qui, comme la France, n'ont pu les supprimer à cause de leur législation, leur ont maintenu, malgré le fait de leur moindre valeur, la qualité de monnaie libératoire. Cette monnaie bien qu'incomplète a pu servir, parce que ■d'abord l'État s'est interdit à lui-même, aussi bien qu'aux particuliers, d'en augmenter la quantité ; en second lieu, parce que, pour rendre inoffensive cette moindre valeur, il est tacitement admis qu'il ne sera jamais fait un usage sérieux du droit de considérer ces pièces ■d'argent comme équivalentes à l'or : ceci est indispensable au maintien du crédit public.
Les Etats, dont le crédit est sain et qui ont conservé l'étalon boiteux, ont soin d'empêcher que ces monnaies d'argent soient imposées pour les paiements importants : nationaux et étrangers sont toujours certains d'encaisser leurs créances en or à pleine valeur. C'est ce qui se passe en France, en Hollande, pays qui n'appartient pas à l'Union latine, et spécialement en Allemagne. Le régime,
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désigné sous le nom d'étalon boiteux, tel que nous ven ons de le décrire, correspond si peu à la véritable situation de la circulation allemande qu'on peut àpeine nous appliquer cette désignation. C'est en 1879 que la fonte des thalers et la vente du métal en provenant ont été suspendues, à la suite d'une erreur souvent regrettée et qui était en contradiction formelle avec la loi. D'après des données certaines, le stock des thalers, qui existent encore en Allemagne, doit être évalué à environ SOO millions de francs. De ces thalers, beaucoup sont entre les mains du public, qui les emploie, aussi bien que les pièces de un ou deux marks, comme monnaie divisionnaire et argent de poche. A ce titre, ils ne constituent pas un élément malsain de la circulation. Le solde qui ne circule pas repose dans les caves de la Banque de l'Empire, laquelle n'en fait pas connaître le chiffre. Mais si le montant n'en estpas publié, on peut le calculer approximativement : on admet en général qu'il se tenait en deçà d'un maximum de 300 millions de francs avant la convention conclue en d 892 avec l'Autriche : cette convention a décidé la fonte des thalers de frappe autrichienne. Comme le total de ces thalers autrichiens pouvant encore circuler en Allemagne est évalué, avec une quasi certitude, à environ 100 millions de francs, le stock total de la monnaie d'argent allemande doit ôtre diminué de ce dernier montant. 11 a été livré à l'Autriche en thalers 33 millions de francs ; le reste sera retiré ultérieurement de la circulation. De sorte que la circulation allemande, non seulement sera soulagée du montant total de cette monnaie dépréciée, mais le stock des thalers d'argent, dans les caves de la Banque, dimi-
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nuera d'un chiffre égal : car, aux lieu et place des thalers autrichiens qui circulaient jusqu'ici dans le public, la Banque mettra en circulation autant de (halersde frappe allemande : on peut donc admettre en toute sécurité qu'après achèvement de l'opération ci-dessus, le stock des thalers d'argent de la Banque de l'Empire sera bien inférieur à 250 millions de francs.
Le stock métallique moyen de cette Banque en 1892 a été de 1180 millions de francs, consistant, en dehors des thalers, en monnaie d'or, en lingots d'or, et, pour une petite quantité, en monnaie impériale divisionnaire, qu'il faut toujours tenir en réserve pour la circulation. Ce stock de la Banque comprend encore en moyenne environ 12 millions de francs de billets des autres banques d'émission allemandes, lesquelles ont, pour les rembourser, de larges approvisionnements d'or. Il en résulte que la Banque de l'Empire est pourvue d'une réserve métallique, qui la met à même, d'après tous les principes de la science et de l'expérience, d'acquitter dans la mesure la plus complète toutes ses dettes en monnaie d'or à pleine valeur.
Alors même que ces thalers d'argent, qui reposent aujourd'hui à la Banque, viendraient à disparaître de ses caves sans y être remplacés et que les billets et les dettes de la Banque de l'Empire n'eussent plus d'autre couverture que l'or actuellement en sa possession, elle serait encore largement assurée de pouvoir faire face à toutes les exigences d'une circulation monétaire et d'une situation financière parfaitement saines. N'omettons enfin pas de mentionner que bon nombre de millions de thalers seront successivement, selon les prescriptions du
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■Conseil fédéral, refondus et transformés en monnaie divisionnaire ; il n'a pas encore été frappe de celle-ci une quantité égale à celle qu'autorise la loi, par rapport au chiffre de la population. Ce n'est par conséquent qu'au point de vue de la forme qu'on peut ranger l'Allemagne parmi les pays à étalon boiteux : en réalité son régime ne mérite plus cette dénomination, sous laquelle ies adversaires de la réforme allemande monétaire ne ■cessent de le désigner. C'est àtrès juste titre que les repré- ■sentants de l'Empire allemand, au dernier congrès de Bruxelles , ont protesté contre l'assertion que la Banque de l'Empire allemand songeât, le cas échéant, à payer en argent et non pas en or, ainsi que l'avait prétendu un des principaux champions du double étalon. La Banque de l'Empire n'a pas seulement la ferme volonté de faire véritablement de l'étalon d'or une réalité pratique, ■elle a aussi le stock métallique nécessaire ; c'est pourquoi désigner l'Allemagne comme un pays à étalon boiteux n'est exact qu'en apparence.
Au contraire, la Hollande et les pays de l'Union latine vivent bien réellement sous ce régime ; alors que la Banque de l'Empire allemand n'a qu'un cinquième ou un sixième de son stock métallique en anciens tha- 1ers, la Banque de France possède 1200 millions d'argent contre 1700 millions d'or; la proportion des deux métaux dans la circulation est à peu près la même, suivant l'opinion commune ; la France n'est certainement pas plus exposée à l'heure actuelle que l'Allemagne à souffrir des suites de la constitution boiteuse de son étalon, mais ce n'estpas parce que la proportion des deux métaux se présente chez elle aussi favorablement qu'en
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Allemagne ; c'est parce que, grâce à son antique richesse et aussi à des habitudes invétérées, c'est celui de tous les pays civilisés qui possède le plus grand stock de métaux précieux. Son stock d'or, en lui-même, est suffisant pour répondre à tous les besoins. En Belgique,, en Hollande, en Suisse, pour ne pas parler de l'Italie, la proportion des stocks d'or par rapport à ceux d'argent, dans les banques aussi bien que dans la circulation, est beaucoup plus faible qu'en Allemagne. Toutefois les trois premiers de ces pays sont en mesure de maintenir leur étalon monétaire, d'une façon générale, à la parité de l'or, et cela précisément parce que, comme nous l'avons démontré plus haut, cederniermétal n'est requis qu'exceptionnellement pour des paiements internationaux, alors que les transactions intérieures se règlent au moyen de signes monétaires subsidiaires, maintenus à leur valeur par la confiance publique.
Puisqu'il résulte de ce qui précède que le stock do thalers, encore détenu dans les caves de la Banque, n'ajoute rien à sa capacité de payer en or et que le reste des thalers qui circulent dans le pays y fait fonction de monnaie divisionnaire, on est amené à l'idée d'appliquer une loi de l'Empire déjà votée en 1876. Cette disposition prévoyait précisément l'état de choses actuel, c'est-àdire le moment où il existerait encore un montant de vieux thalers, que, pour des motifs quelconques, on ne voudrait pas livrer à la fonte, mais que d'autre part, on ne voudrait pas laisser subsister comme monnaie libératoire à l'égal de l'or. Pour sortir de cet embarras, il fut décidé qu'une résolution du Conseil fédéral pourrait en tout temps ramener ce solde de thalers à l'état
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de monnaie divisionnaire. Ces thalers continueraient ainsi à servir à la circulation, mais à l'égal seulement des nouvelles monnaies d'argent de l'empire, c'est-à-dire qu'ils n'auraient pas force libératoire au delà de20reichsmarks, et que les caisses de l'empire seraient tenues de les échanger contre de l'or. 11 est certain que le Conseil fédéral pourrait aujourd'hui faire usage de cet te faculté et réduire une fois pour toutes à néant l'objection, souvent opposée au système monétaire allemand par ceux qui le prétendent embourbé dans l'étalon boiteux et assurent que l'étalon d'or impérial prévu par la loi monétaire n'est pas encore en vigueur dans toute la force du terme. Si le gouvernement impérial n'a pas encore pris celle résolution, cela tient probablement à deux causes : 1° à ce qu'il est intimidé par l'agitation bimétallisle et désire éviter tout ce qui serait particulièrement propre à rallumer l'ardeur de la lutte ; 2° parce qu'on prétend parfois qu'aux époques troublées de crises commerciales ou d'événements belliqueux, un assaut pourrait être donné aux approvisionnements d'or de la Banque, auquel cas la faculté donnée par la loi de payer en thalers constituerait un moyen facile de conserver son or.
Mais cette arrière-pensée n'a de portée pratique qu'en apparence. Nous avons montré plus haut combien l'Espagne, avec une échappatoire de ce genre, avait été loin d'atteindre le but ; il n'y a pas le moindre doute que le même sort serait réservé à tout pays qui voudrait, en s'appuyant sur un paragraphe de loi, méconnaître l'obligation morale de payer en or, à laquelle il se serait jusque-là conformé.
L'or seul est admis aujourd'hui à pleine valeur dans
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les échanges internationaux ; celui qui veut contraindre son créancier à recevoir de l'argent fait banqueroute, dans la proportion oii cet argent oll'ert par lui est coté à prix inférieur sur le marché des métaux précieux du monde. Peu importe que cette offre de payer moyennant vingt ou trente pour cent de perte, repose sur un texte législatif : le crédit n'en a cure. Si l'Allemagne était exposée au danger de ne pouvoir maintenir son étalon d'or dans un moment de tourmente, il serait indifTérent qu'elle conjurât le péril au moyen de monnaies d'argent ou d'une extension de sa circulation de billets de banque. Bien plus, ce dernier moyen devrait certainement être préféré ; car, au lieu d'essayer de frustrer ses créanciers par de l'argent déprécié, ce serait manifester honnêtement le dessein de les payer en vertu do billets qu'elle se tiendrait pour obligée de rembourser en or, aussitôt la crise passée. Marquer ainsi que l'on compte sur ses propres ressources aussi bien que sur la confiance que les autres ont dans le crédit national, aurait certes un bien meilleur effet que la tentative de s'abriter derrière une illusion. C'est ce qui est apparu pendant la dernière guerre, alors que, pour défendre son stock d'or, la France décréta le cours forcé et augmenta la circulation des billets.
Mais rien n'autorise à supposer que l'Allemagne doive être amenée à recourir à de pareils expédients plutôt qu'aucun autre pays en situation normale. Nous avons montré que la proportion du stock delà Banque de l'Empire est parfaitement saine : c'est encore plus vrai de celui des banques d'émission particulières qui subsistent en Allemagne, lesquelles possèdent un stock métallique
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exclusivement composé d'or. La circulation est largement approvisionnée d'or. Aucune plainte ne s'est encore élevée à cet égard : les chiffres de ces monnaies aux mains des particuliers, évalués avec une exactitude presque mathématique, sont de nature à exclure toute idée d'une insuffisance quelconque.
Les adversaires n'en renouvellent pas moins régulièrement l'objection que, dès qu'une guerre éclatera, notre étalon d'or tombera à néant et que la banqueroute en résultera. Cette prédiction si souvent répétée appartient au domaine de l'imagination et n'a jamais été justifiée par un raisonnement sérieux : ceux qui la répandent comptent sur le retentissement d'un signal d'alarme donné à faux. Il convient de nous arrêter à cette attaque artificieuse et de montrer qu'elle ne repose sur rien.
Comment se représente-t-on donc l'état normal du système monétaire d'un pays? doit-il toujours posséder un tel excédent de moyens de circulation que ceux-ci soient capables de satisfaire des besoins extraordinaires, à un moment donné, sans que leur retrait soit sensible à la communauté? La question ainsi posée comme il convient, la réponse s'impose : tout approvisionnement de moyens monétaires se répartira, dans le cours ordinaire des choses, lorsque tout est tranquille, dans les différentes parties du pays, de façon que celles-ci y conforment leurs usages, et conservent par devers elles un stock proportionné à leurs échanges ordinaires. Mais s'il en est ainsi, chaque modification résultant d'une crise, qui provoque, dans un but déterminé et par des motifs déterminés, un courant dans un certain sens ou
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bien un écoulement des ressources monétaires, troublera les habitudes et sera ressentie conjme un déficit relatif. Il n'est donc pas possible d'empocher, par des mesures .prises à l'avance, que des circonstances excei)lionnelles amènent une modification fâcheuse dans la circulation, quelle qu'ait été l'importance du stock antérieur. D'ailleurs la nature des choses elle-même, comme l'expérience nous l'apprend, est là pour empêcher qu'un excès de ressources monétaires, au delà des besoins réguliers du commerce, puisse à la longue se maintenir. Grâce à •l'échange ininterrompu de marchandises et de métaux ,précieux et aussi, dans les temps modernes, de valeurs mobilières entre tous les pays civilisés, chaque excédent de l'un ou l'autre de ces articles provoque un écoulement vers les autres pays, ce qui rétablit l'équilibre.
En ce qui concerne les monnaies métalliques, leur présence en excès déprime le taux d'intérêt et amène un écoulement de l'or vers les régions où un intérêt plus élevé peut être obtenu. S'il y a quelque chose •de certain dans la science monétaire, c'est ce dernier point ; c'est sur lui que repose, depuis un demisiècle, la pratique constante et saine des banques nationales d'émission. Enfin il n'est pas seulement inévitable, mais il est aussi très salutaire que, là où un changement violent se produit dans la répartition et la disponibilité du stock monétaire d'un pays, cette modification soit ressentie par chacun des intéressés, afin qu'il règle ses opérations en conséquence. Il se passe ici un phénomène analogue à la modification morbide de l'organisme
humain qui se fait connaître par la douleur et provoque
alors le traiteinent de la maladie. Si, par une circonstance quelconque, commerciale ou politique, des besoins se manifestent, il serait extrêmement fâcheux que chacun de ceux qui participent aux affaires d'un pays ne fût pas amené à se régler en conséquence et continuât de travailler exactement comme aux époques de calme, de sécurité et d'abondance. On ne saurait donc songer à augmenter le stock de moyens monétaires d'un pays au delà de ce qui est nécessaire aux besoins des transactions régulières. D'ailleurs toute tentative de créer un pareil excédent échouerait, et il n'est même pas à souhaiter en fin de compte qu'elle puissse être couronnée de succès.
La seule organisation possible en vue de besoins extraordinaires de monnaie, qui ne risque pas de sombrer en vertu des lois de l'échange ci-dessus décrites, consiste à en créer un approvisionnement qui ne communique point avec les canaux des échanges réguliers : de cette façon il n'exerce aucune action sur eux et réciproquement n'en subit aucune de leur part. C'est un but de ce genre que la législation allemande a justement poursuivi en ordonnant l& dépôt du trésor de guerre de loO millions de francs dans la tour de Jules à Spandau : en ce faisant, elle a suivi l'exemple que lui avait donné la Prusse avant l'établissement de l'Empire : un certain nombre de millions en espèces y étaient toujours, en vertu d'antiques traditions, conservés comme trésor de guerre. L'Empire s'est conformé à ce principe avec les modifications commandées par la nature des choses : au lieu de monnaie d'argent, il a pris de l'or ; la nation ayant grandi,
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la somme a été augmentée. Cette prévoyance du législateur, qui a eu précisément pour but d'écarter toute crainte qu'une disette de moyens monétaires puisse éclater cà Timproviste, devrait être de nature à fermer la bouche aux alarmistes qui prétendent que l'étalon d'or amènera fatalement des difficultés monétaires au moment d'une déclaration de guerre. La sagesse de la loi impériale a d'autant plus de valeur qu'elle est unique au monde, et qu'aucun autre pays ne possède d'organisation semblable ; mais aucune déclaration, aucun discours émanés des agitateurs bimétallistos ne la mentionnent. Non seulement elle enlève tout prétexte à l'inquiétude que l'on cherche à créer, mais elle pourvoit largement aux besoins que la prudence humaine peut envisager. Le trésor de guerre de ISO millions de francs ne fournira pas seulement, au jour où l'on y aura recours, une ressource de ce montant, mais une somme bien supérieure. Il ne faut pas s'imaginer que l'or serait pris de la tour de Jules pour être directement versé dans les caisses militaires. Ce n'est pas avec cette maladresse qu'agirait un pays aussi avancé en matière financière que l'Allemagne. Le gouvernement impérial a son compte courant à la Banque de l'Empire, compte dans lequel sont portés ses encaissements et ses dépenses. En cas de guerre, il est probable qu'il aurait recours au crédit de la Banque, mais sans porter atteinte à sa solvabilité, sans violer les principes sur lesquels repose l'émission des billets. L'or de Spandau entrerait selon les circonstances dans l'encaisse de la Banque ; en échange, l'Etat recevrait un chiffre égal ou supérieur de billets de banque, dont la pleine valeur serait complètement assurée.
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Il n'en saurait être autrement, lors même que l'Allemagne, au lieu de l'étalon d'or, aurait l'étalon d'argent ou le double étalon : ainsi disparaît cet argument, avec tous les autres qu'on a essayé d'opposer au régime monétaire existant. Quant à la proposition de supprimer dès maintenant l'étalon d'or pour lui substituer l'étalon d'argent, qui n'est plus en vigueur chez aucune nation européenne, parce qu'on s'imagine que l'argent sera moins rare que l'or en temps de guerre, elle s'inspire de Gribouille, qui se jette à l'eau de peur d'être mouillé. Mais les arguments mis en avant à cette occasion par les bimétallistes caractérisent bien la conception erronée d'où leurs efforts émanent. Ils s'imaginent pouvoir créer un état monétaire dans lequel l'approvisionnement dépasserait la moyenne des besoins réguliers. Nous avons démontré que c'était là un contresens, principalement lorsqu'il s'agit de moyens de circulation. L'Allemagne est bien pourvue à cet égard ; cela n'a pas besoin d'être démontré. Les chiffres et les faits en fournisssent la preuve irréfutable. Ainsi que cela a été dit plus haut, le stock monétaire des banques pourrait servir de couverture à un chiffre de billets bien supérieur à celui de l'émission actuelle, si la circulation le réclamait. Nulle part non plus ne se manifeste un besoin d'espèces qui ne puisse être servi sur-le-champ. 11 ne saurait d'ailleurs en être autrement, puisque l'argent monnayé et les moyens de circulation qui le remplacent ont augmente depuis 1873 dans une proportion bien plus forte que la population.