‹ Le métal-argent à la fin du 19e siècle. TraduitChapitre 28 sur 115 · DE L'OBJECTION TIHÉR DE LA BAISSE DES PHIX · texte numérisé non relu

DE L'OBJECTION TIHÉR DE LA BAISSE DES PHIX

coites et leur assurerait de plus gros revenus. Cette détérioration de la monnaie devrait avec le temps finir par élever uniformément tous les prix et décevrait les espérances qui s'y attachent aujourd'hui, tout comme les a déçues l'élévation uniforme du tarif des douanes. Les bimétallistes eux-mêmes concèdent qu'à la longue toute hausse des prix, due à une augmentation de la quantité de monnaie ou à l'abaissement de sa valeur, doit se niveler, si bien qu'en fin de compte les prix de toute chose seront les uns par rapport aux autres dans la même relation qu'auparavant. Ils ne s'appuient que sur deux arguments : aucun métal, disent-ils, que ce soit l'or ou l'argent, n'a de valeur fixe; en second lieu, puisque l'on peut choisir entre un métal qui a une tendanceà monter et un autre qui a la tendance contraire, il vaut mieux employer ce dernier aux usages monétaires. 11 en résultera une tendance à la hausse de tous les prix, grâce à laquelle l'industrie et le commerce prospéreront. Chacun de ceux qui ont acheté un objet pour le revendre réussira d'autant plus facilement à encaisser plus qu'il n'aura déboursé. Si même il en était ainsi, il est évident que ce mouvement dans le même sens ne saurait être indéfini, autrement il aboutirait à une dépréciation complète de la monnaie. C'est ce qui est arrivé aux époques où certains gouvernements émirent du papier-monnaie, qui perdit peu à peu son pouvoir d'achat au point de ne plus servir à rien et d'amener dans le pays les plus grands désastres : il suffit de rappeler l'exemple des assignats de la première Révolution et plus récemment le papier-monnaie argentin. Tout le monde est d'accord pour reconnaître qu'un métal n'est

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apte à servir de monnaie que si la valeur n'en subit que peu de modifications. Celui qui, comme l'argent aujourd'hui, peut se vanter d'avoir une tendance persistante à la baisse, est déjà par cela même inapte à remplir la fonction monétaire.

D'ailleurs il est faux que des périodes d'avilissement même passager de la monnaie soient utiles, parce que tout le monde aurait intérêt à l'élévation du prix des marchandises. Ce que l'acheteur est alors obligé de payer en plus ne peut être recouvré par lui que lorsqu'il revend de son côté ce qu'il a acheté. Mais celui qui n'est ni fabricant ni commerçant, celui qui vit de son salaire, de son traitement ou d'un revenu fixe, celui-là est obligé de contribuer au moyen de ses ressources à l'élévation du prix sans le récupérer sur le dos d'autrui. Il vient un moment où le recours cesse de s'exercer, et cela de deux manières. Les classes de la population qui n'étant ni commerçantes ni industrielles ne voient pas, lors de la hausse des prix, leur gain croître immédiatement, souffrent aussi longtemps quel'équilibre définitif n'a pas été rétabli par l'élévation du salaire, du traitement ou du revenu fixe. On se rappelle le cri de détresse poussé par l'Europe au XVI* siècle et au commencement duxvu* lors de la hausse des prix. On a beau contester que l'abaissement de la valeur de la monnaie ait alors été exclusivement dû à la découverte des riches mines d'argent de l'Amérique du Sud; on a beau prétendre que, pour l'Allemagne en particulier, la source du mal fut une dépréciation matérielle de la monnaie due à des altérations et à des refontes ; cela ne change rien à la cause première du phénomène. De toute façon, il est certain que la dé-

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tresse fut amenée par une moins-value de la monnaie. Mais le monde commercial et industriel lui-même, qui semble retirer de semblables oscillations un avantage exclusif, ne traverse pas sans dommage ces époques de soi-disant prospérité. Le mouvement finit un jour par s'arrêter ; l'oscillation se produit alors en sens inverse et c'est le dernier acheteur qui se brûle les doigts. C'est là l'histoire des crises commerciales qui suivent les périodes d'apparente prospérité due à une dépréciation accidentellede la monnaie.

Lorsque l'Allemagne attira à soi, avec une précipitation excessive et malgré les avertissements de la sagesse, les milliards de l'indemnité de guerre française, et les versa dans la circulation, elle contribua beaucoup, par cette fausse manœuvre, à une hausse subite des prix et au déchaînement de cette période de spéculation dont le contre-coup donne lieu encore aujourd'hui à des plaintes suivies. Lorsqu'on assure que la période de 1850 à 1865 a été si favorable au commerce et que la raison de cette prospérité a été l'introduction de l'or nouvellement découvert en Amérique et en Australie, on ne considère qu'un seul côté de la question. Cette époque a été une ère de progrès, parce qu'elle a coïncidé avec la première application en grand des procédés modernes de l'échange et le développement de la mécanique. L'intervention imposante de ces nouvelles forces appliquées à la production et au transport des matières, les traités de commerce qui facilitaient en même temps les échanges, expliquent les progrès du bien-être et de la richesse bien mieux que l'accroissement d'un instrument tel que l'or, qui par lui-même ne peut augmenter ni

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la quantité des matières premières ni leur mobilité. L'agriculture est moins à même que qui que ce soit de tirer profit de hausses de prix passagères amenées par une dépréciation temporaire de la monnaie. On comprend que le filateur qui a acheté son coton à un «ertain prix tire un profit inusité d'une hausse de la matière première et par suite du produit fabriqué, survenue entre l'époque de son achat et celle de la vente de la matière filée. La même chose arrive au marchand de café qui aune cargaison flottante pendant la hausse de la denrée, à l'actionnaire d'une mine de fer ou de plomb qui a acheté son action avant la hausse du plomb ou du fer. Mais l'agriculteur, particulièrement le petit agriculteur qui ne saurait spéculer, n'est touché en rien par ce mouvement. Il n'achète pas en efTet ; il se borne à produire. Un prix plus élevé qui s'établirait d'une façon permanente lui serait indifférent, parce que lui-même devrait tout payer plus cher. Mais le mouvement de hausse qui procure à l'acheteur et au revendeur dans le commerce et l'industrie un profit, tiré uniquement de ce mouvement, n'atteint plus l'agriculteur, ou plutôt lui est nuisible, comme à tous ceux qui n'achètent pas pour revendre.

Ce n'est qu'à un seul point de vue qu'on peut soutenir que l'agriculture tire profit d'une hausse des prix jusqu'à ce que le nivellement soit fait en tous sens : d'après une observation générale, les salaires et notamment les salaires agricoles sont les plus lents à suivre le mouvement, lorsqu'une hausse générale des prix résulte d'une dépréciation de la monnaie. Lorsqu'en effet, la monnaie perd de sa valeur intrinsèque, mais garde sa valeur no mi-

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nale antérieure, le salaire suit une marche toute différente de celui du prix des marchandises. Il repose en général sur la tradition, sur des habitudes universellement répandues, qui se sont conformées à la dénomination des monnaies. Quand le salaire consiste en un certain nombre de francs et de centimes fixé depuis nombre d'années, il ne suffit pas, pour qu'il monte rapidement, que les prix des marchandises exprimées en monnaie dépréciée s'élèvent. Le nivellement s'opère avec un peu moins détenteur dans les centres industriels, où l'attention est plus facilement attirée sur ces phénomènes et où les ouvriers savent mieux se concerter entre eux pour obtenir des salaires plus élevés. Mais les ouvriers industriels eux-mêmes ont conscience que la dépréciation de Ja monnaie est beaucoup plus lente à leur procurer de meilleurs salaires qu'à assurer de meilleurs prix aux entrepreneurs et aux commerçants : aussi ont-ils, de tout temps, été opposés au parti qui veut déprécier la monnaie. Le petit propriétaire, qui n'emploie que peu ou point de journaliers et qui travaille seul avec sa famille, n'éprouve que des inconvénients de la dépréciation de la monnaie, aussi bien que de la hausse des droits de douane. Au contraire les grands propriétaires, qui emploient de nombreux ouvriers, sont seuls, pendant la période de hausse, à tirer avantage de la dépréciation de l'argent au moyen duquel ils payent les salaires ; ils en profitent comme ils profitent des droits de douane.

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