A GAINE, EN MARQUETERIE STYLE DE BOULLE
(Musée de Berlin.)
se recommande autant par sa dimension exceptionnelle que par son exécution très soignée. Un autre meuble d’aspect monumental est disposé en forme de grande armoire à trois panneaux, dont le centre est occupé par un régulateur surmontant un mascaron et des ornements en bronze doré. Les deux volets latéraux sont recouverts d’une marqueterie de cuivre incrustée d’écaille avec un entourage en métal doré. Viennent ensuite des meubles d’appui sur lesquels sont appliqués des bas-reliefs représentant les trois Parques; Hélène et Gassandre, Henri IV et Sully, la lutte d’Apollon et de Marsyas, les Saisons, tous ciselés dans le goût de Bérain ; deux buffets ornés de bas-reliefs en bronze vert oü se voient des satyres dansant, motif très rare dans l’œuvre de Boulle, et deux autres dont la corniche centrale est surélevée pour recevoir une horloge ou un vase. La collection comprend plusieurs bureaux admirablement choisis dont les bronzes prennent place parmi les meilleurs morceaux de Boulle. Dans le nombre des pendules est une répétition de celle qui est conservée à la bibliothèque de l’Arsenal. Ce second exemplaire appartenait à la ville d’Yverdun ; elle l’a vendu il y a’quelques années, peu soucieuse de conserver le souvenir du généreux Français né à Paris, qui avait tenu à témoigner, par ce legs, sa reconnaissance aux habitants pour son long séjour dans leurs murs. Deux des commodes nous paraissent mériter une mention spéciale; la première offre le style de Boulle dans sa pureté primitive. Elle est disposée en forme de tombeau et ses tiroirs renflés portent des mascarons en relief et des anneaux de tirage d’une superbe exécution. Elle s’appuie sur des pieds rec-
tangulaires à console ornés de beaux bronzes. Cette com-
mode rappelle par son style les pièces de la biblio-
thèque Mazarine et elle se ressent visiblement de la grande manière décorative de Lebrun. La seconde se recommande moins par la pureté du style que par la richesse du travail. Les montants sont ornés de figures de guerriers à casque et tout le champ des tiroirs est plaqué d’une marqueterie de cuivre incrusté de nacre de perle et d’écaille qui révèle l’art du xvme siècle. Sir Richard Wallace possède plusieurs tables de milieu dont l’une, soutenue par huit pieds en forme de balustre surmontés par des masques de cuivre ciselé, mérite une mention spéciale. Des coffrets et des objets de bureau accompagnent cet ameublement. L’une des écritoires porte, au milieu de la marqueterie de cuivre et d’étain incrustée de nacre et d’écaille, la date de 1710; elle a appartenu à l’ancienne Académie de chirurgie de Paris. Nous terminerons la revue trop sommaire de ces trésors artistiques par la description d’une petite console d’applique placée dans le cabinet de Sir Richard Wallace. La tablette est soutenue par deux pieds de forme contournée qui sont terminés par des figures du plus grand style. Ce meuble, malgré ses dimensions restreintes, doit être placé au premier rang des productions de Boulle. C’est un véritable chef-d’œuvre suffisant à lui seul pour assurer la réputation de l’artiste qui l’a créé.
On cite comme l’un des ouvrages principaux du maître un cabinet surmonté d’une horloge et placé sur une console à quatre figures qui appartient au duc de Buccleugh, et dont nous empruntons la description à M. Rungerford Pollen1. Le corps du meuble est formé
1. Voy. Ancient and modem and vvoodwork furniture in ths South Kensington Muséum.
par quatre cariatides en métal; de chaque côté est une série superposée de trois tiroirs; au milieu est un berceau sous lequel est placée la figure de l’Abondance,
qui rappelle les compositions de Bérain. Les angles de ce petit monument reposent sur des lions qui tiennent des écus armoriés. Le centre de la corniche est occupé