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benne, aux Gobelins, tient fabrique et magazin considérable de meubles en ébénisterie, fait des envois en province et à l’étranger ; — Hobenne (veuve], à l’Arcenal, tient magasin considérable d’ébénisterie. » On voit qu’il y avait deux ébénistes du même nom, vraisemblablement frères, dont l’œuvre est à reconstituer. Jean-François Oëben avait obtenu en 1754 un brevet de logement aux Gobelins. Nous ne savons point comment son homonyme reçut en 1760 la permission de s’établir dans la partie de Fenclos de l’Arsenal avoisinant les bâtiments des Célestins, oü il fut autorisé en 1761 à construire des hangars sur ce terrain agrandi. Les tableaux de la communauté nous apprennent qu’un Jean- François Oëben, admis à la maîtrise le 28 janvier 1764, demeurait aux Gobelins, et plus tard, en 1787, que la veuve Simon Oëbzn y exerçait également la profession d’ébéniste. En 1784, deux apprentis ébénistes aux Gobelins, Georges Riesener et Maugié ayant travaillé plus de dix ans sous le premier Oëben, sollicitaient la maîtrise. Nous citons ces divers renseignements sur lesquels on ne peut établir que des conjectures. Il en ressort cependant, qu’il a existé deux Oëben, pourvus tous les deux du brevet d’ébéniste royal, et habitant, l’un aux Gobelins, et l’autre à l’Arsenal.

On rencontre assez souvent des meubles portant l’estampille : J. -F. Oëben, sans que rien indique s’ils proviennent des Gobelins ou de l’Arsenal. L’exposition rétrospective des Champs-Elysées comprenait deux grands chiffonniers en bois de rapport, et garnis de bronze, qui étaient ainsi marqués. Ces meubles, fermés par des vantaux à coulisse, présentent une disposition

identique à celle d’un coquillier en bois d’amarante, décrit dans le catalogue de Mme Dubois-Jourdain en 1766, comme ayant été inventé et exécuté par le célèbre Ébeine, ébéniste du Roi. La collection Jones, au South Kensington Muséum, possède des encoignures à panneaux décorés de grands bouquets de lis en marqueterie de bois de rapport, portant le même poinçon. La marque S. Oëben se découvre sur un bureau plat à pieds cannelés et ornés de feuilles d’eau en bronze ciselé, entouré d’une bordure de marqueterie losangée à coins arrondis dans le style de Louis XVI, qui fait partie du musée anglais. Nous connaissons une commode, d’une forme très simple et dont les ornements sont finement exécutés, qui a reçu l’empreinte : S. Oëben. Nous avons vu chez M. Sichel une commode à marqueterie de disposition, signée par J. -F. Oëben, dont les cuivres à têtes de béliers rappellent le style de Delafosse. On nous a signalé une bordure de glace d’un beau travail portant la même empreinte, qui rappelle les précieux encadrements qu’il exécutait pour la marquise de Pompadour.

Les Tablettes de Renommée nous paraissent insuffisamment renseignées, lorsqu’elles avancent que la veuve d’Hobenne tenait encore son magasin en 1772, alors que depuis plusieurs années elle avait épousé Riesener.

Une commande qui, mieux que les meubles cités précédemment, peut faire apprécier le talent d’Oëben et justifier la célébrité dont il jouissait, est celle d’un grand bureau à secrétaire destiné au roi Louis XV, et que la mort l’empêcha de terminer. Bien que commencé par Oëben, ce meuble sur lequel est placée la signature de Riesener, doit être classé parmi les œuvres de ce der-

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nier. Nous signalerons quelques autres monuments dont l’analogie est frappante avec le bureau royal conservé au musée du Louvre. On voit dans le château de Chantilly deux grands meubles d’entre-deux qui ont été exécutés pour le comte de Penthièvre. Le plus important est orné de quatre figures de bronze doré formant cariatides et représentant Hercule et Mars, la Tempérance et la Justice. Dans les panneaux entourés de guirlandes de feuilles et de bordures en cuivre ciselé, sont placés des vases de fleurs et des corbeilles de fruits dont la marqueterie est finement exécutée. Au centre se détache le masque du soleil, entouré de rayons de cuivre ciselé, et dans le bas sont disposées les armes de France sur fond lapis, accompagnées d’une guirlande de roses en bronze ciselé. La seconde commode, placée dans la tribune de l’école italienne, est arrondie à ses deux extrémités. Les bustes de femmes qui la décorent se terminent en gaines ; au centre, dans la partie supérieure, se voit une dépouille de lion; de chaque côté sont des figures d’enfant, l’une avec une flèche, l’autre avec un flambeau. La marqueterie du panneau central représente les attributs de *la musique. Ces deux beaux meubles, qui peuvent prendre rang immédiatement après le bureau du roi, nous paraissent appartenir à la même époque et au même art. On y retrouve une égale délicatesse dans l’exécution des mosaïques avec autant de perfection dans la ciselure des bronzes. Nous nous garderions bien cependant d’affirmer qu’ils sortent de l’atelier d’Oëben ou de Riesener, nous bornant seulement à dire qu’ils en seraient dignes. Il existait des pièces presque identiques, qui sont

décrites dans l’inventaire des meubles du palais de Ver- * sailles, dressé sous le règne de Louis XVI. Il est bon d’ajouter que les Tablettes de Renommée citent Joubert, butte Saint-Roch, ébéniste ordinaire du roi, comme venant d’exécuter des meubles très précieux pour Madame la Dauphine et la comtesse de Provence. On ne connaît de lui jusqu’ici que deux petites tables ornées de plaques de vieux Sèvres, dans le plus charmant style de LouisXV. Renaud, rue des Vieilles-Tuileries, est noté également dans le même livre comme menuisier de M»r le duc de Penthièvre, mais ses travaux n’avaient probablement aucun rapport avec les meubles de luxe.

Un ébéniste, très estimé à cette époque, s’est dérobé jusqu’à ce jour à la curiosité de nos amateurs. Il s’appelait Bernard, et, d’après les Almanachs, il demeurait rue des Fossés-Saint-Germain. Le catalogue de la collection Blondel de Gagny (1776) décrit une belle commode de bois satiné richement garnie de bronze qui était son ouvrage. Pour la collection du peintre Boucher (1771), il avait fait un vide-poche de bois de rose et d’amarante, avec un bouquet de fleurs de bois de violette. Enfin dans celle de Bonnemet, on voyait deux armoires et un secrétaire pouvant tenir leur place dans les cabinets les plus distingués, et exécutés par Bernard. Cet artiste enrichissait quelquefois ses productions de plaques en porcelaine de Saxe. Un ébéniste a laissé son chef-d’œuvre de maîtrise au musée d’Angers, accompagné de l’inscription : Bernard ébéniste et facteur de forte-piano, fait toutes sortes de meubles en bois d’ébène et étrangers, rue de la Roë. Peut-être devrait-il être rapproché de l’ébéniste parisien?

Nous avons, du reste, peu de renseignements sur les œuvres de plusieurs fabricants que Ton sait avoir travaillé pour le roi, et Ton ne peut joindre que des indications incomplètes auxnoms d’Aufrère; de Voisin qui, de 1735 à 1 75 1 , fit des meubles pour Versailles, ainsi que son confrère Jabodot; de Coulon1, dont l’adresse apprend qu’il demeurait au Fort Bureau de l’Isle, rue Plâtrière, qu’il faisait, vendait et tenait magasin de toutes sortes d’ouvrages d’ébénisterie et de menuiserie, etc., à Paris en 1751 ; de Guesnon (Jean- François), menuisier ordinaire du cabinet, conseiller du Roi et employé par la favorite aux travaux des châteaux de Crécy et de Bellevue; de Pleney, menuisier de la Chambre, et de Bouvet. Migeon, ébéniste de Mme de Pompadour et pensionné par elle de 1,000 écus , demeurant rue du Faubourg-Saint- Antoine, a signé une commode de bois de rose, ornée de beaux cuivres aux chiffres du Dauphin, qui a fait partie de la collection Lefrançois de Rouen.

Quelques fabricants ont été plus heureux : Boudin, ou mieux encore Bondin, demeurant rue Traversière-Saint- Antoine, signalé par les Tablettes comme tenant un des plus fameux magasins d’ébénisterie, a laissé son empreinte sur des meubles revêtus d’une très fine marqueterie, et dont les pieds élevés sont décorés d’ornements de bronze ciselés dans le style de Louis XV. Pierre Meunier, demeurant rue de la Roquette, reçu maître ébéniste en 1767, avait exécuté l’ameublement de Mme Geoffrin, dont unepartieest actuellement conservéedanssa famille.

Désireux de s’affranchir de la présence gênante des

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