Voy. Osterreich, Description de Berlin
mandé pour le sacre du roi Louis XV. Nous ne pensons pas que ce petit monument, conservé jusqu’à ces dernières années dans la famille du joaillier Chobert, ait jamais été verni. Cette mode ne vint que plus tard. M. Jacquemard a publié, dans la Galette des Beaux-Arts (1861), les lettres patentes autorisant la veuve Gosse et son gendre, François Samousseau, à établir à Paris une manufacture de vernis, façon Chine, pour l’appliquer sur toutes sortes de métaux, bois, cuir, carton, pierre, etc.; à placer au-dessus de leur porte une inscription portant ces mots : Manufacture royale de vernis façon Chine , et à avoir un suisse à leur livrée. Le secret de ce vernis, découvert par le sieur Gosse, maître peintre-sculpteur et vernisseur, paraît s’être appliqué bien plus aux productions industrielles qu’à celles de l’art. Le magasin de Wolf est cité, en 1773, comme contenant une foule de petits ustensiles, nécessaires, boîtes et tabatières en beau vernis.
U Essai général sur V Almanach d'indication (1769) recommande J. Goyer (qu’il appelle Gayer), peintre et vernisseur, pour l’ornement et la décoration de l’Opéra, demeurant rue Poissonnière. Goyer, ou l’un de ses parents, était en même temps ébéniste, et, le 14 mars 1756, il fut cité au Châtelet par les syndics de la corporation des maîtres fondeurs pour se voir interdire d’exercer à la fois les deux métiers de fondeur et d’ébéniste; il habitait alors le faubourg Saint -Antoine. Le Garde- Meuble conserve une pendule à fleurs, sur fond vert, qui ne témoigne pas en faveur de l’habileté de ce ve.rnisseur. Un autre ébéniste, Sevrir, rue Dauphine, possédait le secret du vernis d’Angleterre pour mettre les
bronzes en couleur (Tablettes de Renommée). Un vernisseur de plus haute volée était Aubert , sculpteur, peintre-doreur et vernisseur du Roi, qui avait ses ateliers dans les petites écuries du Roi. Il avait travaillé à Versailles avec Martin, et les peintures des dessus de porte du cabinet de la Dauphine étaient son œuvre. Aubert était chargé de la décoration et de l'entretien des carrosses royaux. Il était en même temps curieux et il possédait un cabinet d’histoire naturelle et d’antiques cité par Thiéry dans son Guide des Amateurs. Malgré son titre officiel, Aubert n’avait pas été appelé à exécuter les magnifiques peintures qui décoraient le carrosse du sacre de Louis XVI. Elles avaient été commandées à Jean- François -Marie Bellier, peintre du cabinet de la Reine, né à Paris en 1745. Ces peintures représentaient primitivement la France aux pieds du Roi, mais la Reine fit substituer à cette dernière figure celle de Minerve. Les ornements de bronze avaient été ciselés par l’habile burin de Prieur. Roussel , dans le Château des Tuileries pendant la Révolution, raconte comment fut détruite cette merveille artistique. Les harnais des huit chevaux furent échangés à l’étranger contre des grains. La voiture avait été réservée; mais David, jugeant les panneaux de mauvais goût, les condamna et les biffa avec la pointe d’un couteau. On dépeça ce carrosse pour en retirer l’or. Les autres voitures et les traîneaux de la cour furent achetés par un souverain du Nord.
M. Paul Mantz a emprunté au Mercure de 1724 la description d’une immense voiture offerte au roi par M. de Beringhen. La caisse, longue de neuf pieds, était
l’ouvrage du carrossier Fontaine; les ornements, où le bois doré était mélangé avec le bronze ciselé, représentaient des attributs de la chasse sculptés par Haize, et les panneaux étaient peints par Oudry. Plus tard, en 1770, le sellier Francien exécuta pour la Dauphine deux berlines décorées par Trumeau, de broderies d’or représentant les quatre Saisons et les quatre Eléments. A son tour, Mme Du Barry commanda un vis-à-vis dont les quatre panneaux dorés étaient revêtus de ses armoiries, avec tous les attributs de l’Amour, et surmontés de fleurs en burgau, chef-d’œuvre de l’art qui était vraisemblablement verni. Le peintre des équipages de la favorite se nommait Lavallée; il figure parmi les créanciers. de Mme Du Barry, en 1774, pour un mémoire de 10,960 livres. Son menuisier en carrosse portait le nom de Chopard.
Le luxe des équipages s’étendit encore plus loin. Le duc d’ Aiguillon avait offert à Mme Du Barry un carrosse d’apparat dont le prix de revient s’élevait à une somme prodigieuse. La comtesse n’osa s’en servir, de peur du scandale public, et la voiture resta sous la remise. En même temps régnait la mode des carrosses ornés de porcelaines de France à sujets peints et montés en bronze. On citait celui de Mme de Valentinois, qui rivalisa à Longchamps avec l’équipage d’une petite actrice, Mlle Beaupré. Il y avait des voitures dont les caissons étaient revêtus de carreaux de porcelaine enchâssés dans des cloisons losangées de cuivre doré. Cette disposition se retrouve sur une superbe commode à plaques de porcelaine semées de bouquets sur lond vert, entièrement sertie en bronze, qui appartient
à M. le baron Alphonse de Rothschild. On a conservé le souvenir d’un carrosse semblable offert à Mlle Duthé par le comte d’Artois.
Nous citerons encore quelques noms de vernisseurs. Watin, demeurant rue Sainte-Apolline, associé plus tard à Ramier, rue du Faubourg-Saint-Martin, a publié, en 1772 , l'Art du peintre-doreur -vernisseur, dans lequel il donne des renseignements sur divers ouvrages exécutés pour la Cour. Pierre de Neufmaison, peintre du roi, occupait un atelier aux Gobelins, où il faisait des ouvrages de la Chine; c’était surtout un carrossier. La veuve de Claude Duret, peintre-vernisseur, faubourg Montmartre, réclamait, après la mort du ducd’Aumont, le mémoire des travaux faits par son mari pour cet amateur. L ''Almanach d"1 indication ajoute à cette liste quelques noms de peintres-vernisseurs, celui de Girardin, faubourg Saint-Germain, pour les équipages du prince de Condé; Lacour, rue Saint-Séverin, pour les bâtiments du même prince; Lequay, rue de Montmorency, pour les bâtiments du prince de Conty; Lemé, rue Saint-Martin, et Magny, rue du Gros-Chenet, poui les équipages; Vincent, faubourg Saint-Denis, pour les équipages du roi. Il faut y ajouter Lebel, peintre de bouquets de fleurs sur des œufs d’autruche, fantaisie du jour partagée par Mme Du Barry et par la reine; Dutemps et Leblanc, peintres-doreurs, qui sont portés en 1791, sur les états de gages arriérés de la maison du roi; Gabriel Desoches, demeurant faubourg Saint- Martin, mort en 1758.
L’étranger comptait aussi des carrossiers qui appliquaient le vernis sur les caissons de leurs voitures. Ce
genre d’industrie était très répandu en Italie; nous en avons quelques spéoîmens dans nos collections. Un grand carrosse de gala, provenant de la familleTanara, à Bologne, et ayant appartenu au pape Paul V, a été acquis pour le Musée de Cluny; il est orné de peintures représentant les aventures de Télémaque, signées par Mauro Gandolfi. Une autre voiture du même musée, en forme de sédiole, porte la légende : Depinto da Gio. Batta Maretto vemiciante premiato per Vernicie Verona. Il ne serait pas difficile de relever un plus grand nombre de signatures de vernisseurs, que l’on voit assez souvent sur les voitures italiennes.
Le vernis Martin fut imité à son tour par le carton pâte ou le papier mâché verni. Plusieurs industriels répandirent des réclames pour faire connaître leurs procédés. Le sculpteur Gardeur exposa en 1779, au Salon de correspondance, des dessus de porte et des cadres de tableaux en carton peint qui se démontaient et se lavaient. Il devint plus tard directeur du théâtre des petits comédiens du comte de Beaujolais, au Palais- Royal, et il exécutait des décorations sculptées en carton pour les salles de bal et les théâtres.
M. Paul Mantz a signalé, dans son travail sur les meubles au xvme siècle1, un procédé de décoration populaire dont il a eu l’occasion de retrouver plusieurs exemples. Il consiste en l’application de gravures découpées sur un bâti de bois blanc. Cette sorte de décalcomanie, très en faveur dans la bourgeoisie au temps
1. Paul Mantz. Les Meubles au xvme siècle; Revue des Arts décoratifs, année 1884.
de Louis XV, n’a aucun rapport avec l’art de l’ébénisterie et ne mérite d’être citée qu’à titre de renseignement curieux.
§ 5. — LES ÉBÉNISTES ÉTRANGERS : KAMBLY, PIFFETTI
La comparaison du mobilier français avec celui des autres contrées relève singulièrement le mérite de nos artistes. Ce n’est pas qu’à l’étranger il n’y ait eu aussi des ébénistes habiles; mais depuis le règne de Louis XIV, toute l’Europe suivant les modèles français, il arrivait qu’à distance les ouvriers du dehors exagéraient involontairement les lignes principales de nos dessinateurs. Les industriels parisiens, au contraire, plus voisins du maître et connaissant mieux sa pensée, sauvaient par la légèreté de leur exécution ce que des compositions d’un goût parfois douteux présentaient d’inférieur. C’est surtout à l’époque de Louis XV que cette différence devient sensible, lorsqu’il s’agit de la traduction des ornements maniérés et tourmentés de Messonnier, des Slodtz et de Boucher. Nous ne devons donc pas juger les artistes des contrées voisines avec des yeux exclusivement français, et il est juste de leur reconnaître une valeur personnelle en dehors de ces imitations malheureuses. Beaucoup d’entre eux sont encore estimés dans leur pays, parce qu’ils en ont fidèlement reproduit les faits historiques, ou parce que leurs ouvrages répondent aux besoins spéciaux du climat sous lequel ils habitaient. Nous disons simplement que ces artistes, originaux alors qu’ils suivaient leurs traditions nationales,
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devenaient des copistes inférieurs, en répétant des dessins dont ils ne comprenaient pas suffisamment l’esprit.
L’Angleterre présente en première ligne le nom de Grinling Gibbons, i65o?-I720, qui fut un excellent sculpteur et travailla spécialement le bois. .11 fut protégé par Charles II, pour lequel il exécuta de nombreuses décorations, enrichies de bas-reliefs portant des fruits, des animaux, des personnages entourés de nœuds de rubans et de bordures dans le style rocaille. Son œuvre la plus importante en ce genre paraît être la superbe boiserie du salon des Ambassadeurs, au palais de Windsor. D’autres châteaux possèdent également des sculptures de Gibbons qui suivait, en les transformant, les modèles de Robert de Cotte. Un second sculpteur du xvme siècle, Thomas Chippendale, fit paraître, en 1769, un livre de modèles pour l’ameublement. Il exécuta un nombre considérable de sièges en bois d’acajou massif ou de palissandre, aux formes trop contournées, mais où l’on trouve le style britannique accusé avec beaucoup de franchise. Les frères Robert et James Adam ont exercé une grande influence sur la décoration insulaire, en y introduisant le style Louis XVI. Ils ont produit de nombreux dessins et dirigé des travaux de rénovation dans plusieurs châteaux et grands hôtels. Ils ont donné également des modèles pour des meubles, qu’exécutaient sous leur direction les modeleurs Giuseppe Ceracci; Capitsoldi; Voyer; le peintre Cipriani qui les enrichissait de sujets à camée; et Pergolèse, connu par ses arabesques. Les dessinateurs Heppelwhite et Thomas Sheraton ont aussi
fourni des dessins aux ébénistes anglais de la fin du siècle dernier.
Quelques œuvres égarées en France ou conservées dans les musées ont tiré de l’oubli des noms d’artistes qui vivaient dans les pays septentrionaux. « G. Naupt, ébéniste à Stockholm », a exécuté un grand cabinet minéralogique offert, en 1774, par le roi de Suède au prince de Condé, et qui n’a pas cessé de faire partie du mobilier du château de Chantilly. Ce meuble est disposé en forme de secrétaire à abattant, monté sur quatre pieds à console de bronze ciselé. Le panneau central est décoré d’une marqueterie à guirlande de fleurs ; sur le fronton sont placés des ornements représentant des échantillons de minéralogie ; le style général est assez sobre, mais l’exécution en est lourde. Nous ne citerons qu’à cause de sa richesse un cabinet en bois de rose, finement incrusté de nacre et d’ivoire, exécuté en 1735 pour le roi de Danemark Chrétian VI, par Chrétien Frédéric Lehmann, nommé en iy55 menuisier-ébéniste de la Cour. Ce meuble, qui fait partie du musée historique du château de Rosenberg, est un type achevé de mauvais goût. Nous avons vu un bureau dont la marqueterie à personnages et à paysages sur fond blanc est signée : Karl Dankbar in Wienn.
Les palais de Potsdam et de Sans-Souci, où Frédéric le Grand a réuni tant d’œuvres françaises, renferment des meubles autochtones qui peuvent lutter avec ceux importés du dehors. Le meilleur artiste qu’ait employé le roi est Melchior Kambly, de Zu-
1. Voy. Description des deux palais de Sans-Souci et de Potsdam, par Mathieu Osterreich, t 773.
rich, marqueteur en marbre, en nacre de perle, en écaille et en bois, établi à Potsdam au xvme siècle. Il a laissé dans ce château une table incrustée de nacre de perle, imitée de celle de Dirck van Ryswick, que nous avons déjà citée. Dans une chambre voisine est une commode à dessus de lapis-lazuli incrusté d’or, dont les panneaux sont revêtus d’écaille ornée de bronzes ; dans le cabinet du roi, Kambly a fait une commode d’écaille richement incrustée d’argent; celle de la salle à manger est surmontée d’une tablette en mosaïque dans le goût des ouvrages de Florence ; enfin, dans la chambre à coucher, on voit une belle et précieuse armoire en mosaïque florentine de pierres fines et d’agate orientale; le pied sur lequel elle est placée est un ouvrage d’écaille, orné de bronze doré, comme le meuble. Auprès de Kambly travaillait Spindler le jeune de Bayreuth, dont le château de Potsdam conserve une commode d’écaille et de nacre de perle incrustée d’argent d’un très beau dessin, et un autre meuble semblable monté en argent. Les frères Calame se sont livrés principalement à la mosaïque en pierres dures, et ils ont incrusté plusieurs tables de chrysoprase de Silésie. Le palais de Potsdam renferme des meubles de bois sculpté garnis en argent, dont le style rappelle ceux du château de Brulh, exécutés sur les dessins de Robert de Cotte. Les travaux du vieux palais ont été dirigés par Auguste Nahl, appelé en 1741 de Strasbourg à Berlin, et qui avait étudié en France. Son œuvre la plus importante est la décoration de la grande salle à manger, composée d’ornements de cuivre doré appliqués sur des lambris peints en blanc, et de can-
délabres, de consoles de cheminée, également en bronze doré , le plus étonnant travail peut-être qui ait été fait en ce genre 1 ?
11 fut remplacé en 1781 par J. Hop^ penhaupt, dessinateur fécond, qui exagérait maladroh tement les modèles français.
Le meilleur sculpteur sur bois qu’ait possédé l’Italie depuis la grande époque de la Renaissance est André Brustolon (1670-1732), de Zoldo près Bellune, dans l’Etat vénitien. Son activité fut immense et n’eut d’égale que la hardiesse avec la-