Voy. Emile Michel. Revue des Deux- Mondes, i5 avril i
CABINET ORNÉ DE MARQUETERIE ET DE BRONZE CISELÉS, PAR TIETRO PIFFETTI (XVIIIC SIÈCLE.)
quelle il attaquait le bois. Venu au moment de la décadence, Brustolon en ressentit les effets, et on peut lui reprocher d’avoir trop recherché l’expression théâtrale. Il exécuta d’importants ouvrages dans les églises de Venise, principalement à la sacristie de Frari et dans les édifices de sa ville natale. Le musée Correr et le palais du prince Giovanelli, à Venise, possèdent des pièces importantes d’ameublement sculptées par lui. On rencontre assez fréquemment, dans les collections particulières, des consoles et des fauteuils appuyés sur des figures mouvementées et de tournure bizarre, mais dont la superbe exécution montre chez Brustolon une imagination richement douée.
Pietro Piffetti mérite une mention particulière. Il était né en 1700, et reçut en iy3i le titre de premier ébéniste du roi de Sardaigne. Il était marqueteur, et ses travaux importants sont intarsiés de nacre de perle, d’écaille, d’ivoire et d’ébène et enrichis d’ornements de bronze doré. Ses plus belles œuvres sont placées dans le palais de Turin et décorent le petit oratoire du roi Charles-Albert, la chambre de toilette, qui lui fut payée 11,290 ducats, et le parquet du salon du café, exécuté en bois rapporté. Dans le palais, on conserve également un tableau incrusté d’ivoire sur fond d’ébène, représentant la levée du siège de Turin, en 1706. Le tabernacle de u chapelle royale du Saint- Suaire et le retable de l’église de Saint-Philippe sont encore de lui. Il mourut en 1777, et fut enterré dans le dôme de Turin. Nous avons fait reproduire à titre comparatif un cabinet de Piffetti, qui nous a été communiqué par M. le sénateur marquis d’Azeglio. Un élève
de Piffetti, qui travailla au palais de Turin et qui se proposa d’imiter les anciens laques de Chine, Giuseppe Maria Bonzanigo, né à Asti en 1740, se distingua à la fois comme sculpteur sur bois et comme marqueteur. Son œuvre principale est une allégorie en l’honneur de la Paix, qui se trouve actuellement au musée civique de Turin; c’est une production de sa vieillesse. Le palais royal de Milan renferme plusieurs meubles revêtus de marqueterie de bois ombrés, faits par l’intarsiatore Maggiolino, qui travaillait dans les dernières années du xvme siècle.
On fabriquait à Naples des meubles et des coffrets d’écaille dans laquelle on incrustait de l’or. Ce genre de travail s’appelait : posé d’or, lorsque le dessin formait une masse découpée; piqué d’or, quand il était obtenu par de petits' clous indiquant les lignes, et clouté d’or, si les clous étaient plus grands. Sarao, de Naples, a signé plusieurs de ces coffrets et M. le baron Gustave de Rothschild possède des ouvrages importants posés d’or, par Laurenti de Naples. Ce procédé fut adopté par les tabletiers français, qui lui donnèrent une grande extension.
Nous ne saurions donner aucun renseignement sur des travaux de marqueterie à grandes fleurs jaunes et vertes, que portent des meubles de forme renflée du plus mauvais goût et que l’on attribue, en Hollande, aux frères Moraves. Nous pensons que l’établissement qui fabriquait ces produits était installé dans la petite ville de Neuwied, près de Coblentz, où cette industrie fut assez active dans la seconde moitié du dernier siècle.