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CHAPITRE IV

LE MOBILIER SOUS LOUIS XVI

§ Ier. — ÉTABLISSEMENT DE LA COMMUNAUTÉ DEG MENUISIERS ÉBÉNISTES.

Le développement de l’industrie des meubles de luxe entraîna une seconde transformation de l’ancienne corporation des huchiers-menuisiers. En 1751, cette production s’était tellement augmentée, qu’elle nécessita un dernier dédoublement de cette association. Sur l’avis de son conseil , le roi, après avoir constaté qu’une partie des menuisiers s’étaient depuis plusieurs années appliqués uniquement à l’ébénisterie, marqueterie et placage, et avaient pris le titre de menuisiers-ébénistes ou simplement d’ébénistes, sans cepen dant faLe un corps de communauté séparé, approuva les statuts , privilèges , ordonnances et règlements d’une nouvelle communauté des maîtres menuisiers et ébénistes. Les dispositions de cette concession rappellent, sans changements importants, les termes de l’arrêt du Conseil du 18 juillet 1645, que nous avons reproduits dans notre premier volume. Ce règlement resta en vigueur jusqu’à la suppression des corpora-

tions édictée par le roi en 1776, sur les conseils du ministre Turgot, qui divisa l’industrie française en qua-

rante-quatre communautés adjointes aux six anciens corps de métiers. La trente - deuxième communauté

(Musée du Louvre.)

fut composée des menuisiers-ébénistes, des tourneurs et des layetiers réunis. La somme à payer pour la réception dans la nouvelle corporation fut fixée à 5oo livres; le montant du droit de réunion fut taxé pour les anciens maîtres à 166 francs, i3 sols, 4 deniers, faisant le quart des droits de maîtrise, dans lequel sa trouvait compris celui de confirmation. Le règlement intérieur de cette communauté rendait les réceptions à la maîtrise plus faciles et atténuait, dans une large mesure, les défenses exclusives de l’exercice du métier en dehors de la corporation. Le bureau était composé de syndics administrateurs élus dans certaines conditions par les maîtres, et chargés de la gérance des affaires intéressant la communauté. La maison syndicale était la même que celle des menuisiers-ébénistes, située rue de la Mortellerie; c’est là que se tenaient les assemblées pour l’élection des syndics et des députés. En vertu de l’article 36 de l’ordonnance de 1751, chaque maître ébéniste était tenu d’avoir une marque particulière; la communauté ayant aussi la sienne. Les empreintes de ces marques devaient être déposées au bureau sur une nappe de plomb, et les maîtres ne pouvaient délivrer aucun ouvrage qu’ils ne l’eussent auparavant marqué, à peine de confiscation et de 20 livres d’amende. Cette prescription, assez fidèlement observée, comme nous l’avons vu, par les maîtres ébénistes de la fin du règne de Louis XV, leur fut imposée plus rigoureusement par les règlements de 1776, et la majorité s’y conforma. Il suffit donc de relever attentivement les estampilles frappées sur les anciens meubles, pour reconstituer l’œuvre de chaque fabricant. Le bureau de la commu-

nauté fit publier en même temps les tableaux annuels des membres de la communauté', et quoique la série de ces volumes soit incomplète, elle contient l’histoire entière de l’ébénisterie, pendant la seconde moitié presque tout entière du xvme siècle.

L’adoption du nouveau style antique remontait déjà à plusieurs années, lorsque Louis XV expira. Que sont, en effet, les pavillons du Petit-Trianon et de Luciennes construits par Ledoux et Gabriel sinon des BUREAU du roi louis xï, par OËben

édifices où l’on

( Musée du Louvre. )

se propose d’allier les lignes pures des monuments antiques aux coquettes dispositions de l’art français? Ce goût nouveau pour l’antiquité romaine avait pour origine les! découvertes que l’on faisait chaque jour dans la vilW de Pompéi ensevelie sous les laves du Vésuve, et dont

les fouilles ramenaient à la lumière les trésors inépuisables. Les ouvrages de Winckelmann et de l’abbé Barthélemy avaient appris à connaître sinon Part grec, qui ne devait être apprécié à sa valeur que de nos jours, au moins Part romain, dont les grands monuments enthousiasmaient les amateurs. Il en résulta la création d’une manière nouvelle, qui s’était formée sans répudier absolument les qualités d’originalité et de fantaisie des maîtres de la période antérieure. Une heureuse fusion s’opéra entre les œuvres antiques et celles de nos grands sculpteurs, Pigalle, Houdon, Falconet, Pajou, au bénéfice de la perfection des formes. Dans la peinture, Vieil, Greuze, Lagrenée et David s’efforçaient de ramener Part à un sentiment plus vrai de la nature Plus que tous les autres, les artistes ornemanistes entrèrent dans cette voie féconde, et les terres cuites de Clodion ainsi que les ciselures de Gouthière semblent inspirées par le génie de Part grec. Avec Ledoux, les dessinateurs qui ont le plus aidé à cette rénovation sont l’architecte Bellangé, chargé des bâtiments du comte d’Artois; Dugourc (Jean-Démosthène), son beau-frère, dessinateur du Garde-Meuble et intendant des bâtiments de Monsieur; les compositeurs Cauvet, Delalonde et Salcmbier; Forty, ciseleur et graveur d’ornement.

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