‹ Le meubleChapitre 43 sur 66 · Voy. NouveHes Archives de V Art français, année · texte numérisé non relu

Voy. NouveHes Archives de V Art français, année

peu près égales, et la comparaison en est rendue plus facile dans la galerie centrale d’Hertford House, par une reproduction exacte du bureau du Louvre, qui est placée vis à vis du meuble de Sir Richard. Sur la partie cylindrique de ce second spécimen sont représentés un trophée d’instruments de musique et, de chaque côté, des colombes se becquetant et un coq. La tablette, entourée d’une galerie et de quatre vases de cuivre, est ornée de deux bouquets de fleurs en marqueterie et d’un médaillon contenant des volumes sur lesquels on lit cette inscription, dont nous respectons la teneur : « L’an mil sept cent soixante-neuf, le vingtième février, furent pre perpétré à Paris, ce... Riesener fecit. » De l’autre côté est ouverte une lettre commençant par le mot « Monsieur », dont le texte allemand semble concerner le roi de Pologne. Derrière le cylindre est la figure du Secret, le doigt sur la bouche, que l’on rencontre souvent reproduit par Riesener, avec des bouquets et des mappemondes. Sur les côtés, les chiffres L. R. sont entrelacés et entourés d’une couronne de lauriers et de guirlandes de fleurs.

On se demande comment une pièce de cette importance n’a pas figuré également dans les apports de Marguerite Van der Cruse. N’aurait-elle été exécutée que postérieurement, entre les années 1767 et 1769, en se servant du bâti fait pour le meuble du roi de France? Ce 11’est pas supposable , puisque le roi Stanislas Leczinski, dont le chiffre y est placé, est mort en 1766, et que sa fille, la reine de France, ne lui survécut que deux ans. Il est présumable que les Menus-Plaisirs avaient été chargés par Marie Leczinska de poursuivre

la commande faite par son père, et qu’aucune avance n’avait été faite avant 1767. On sait seulement, d’après

PETIT BUREAU ORNÉ DE BRONZES CISELES PAR RIESENER. (Collection de M. le baron Ferdinand de Rothschild.)

l’annonce d’une vente de meubles faite en Hollande par le Comité d’échanges et d’approvisionnements, lors de

la Révolution, et publiée par M. Davillier, que le bureau de Stanislas faisait partie de rameublement royal. Il avait été — dit le catalogue imprimé — d’abord réservé pour le Muséum, mais un autre s’étant trouvé presque semblable, il a été décidé qu’il serait mis en vente1. Acheté, lors delà Révolution, par l’ambassadeur d’Angleterre lord Hamilton, ce bureau fut retrouvé à Naples par Sir Richard Wallace, qui le joignit aux richesses d’Hertford House.

Le palais royal de Buckingham renferme un troisième bureau exposé à Londres en 1862, qui rappelle tout à la fois, dans ses traits principaux, les meubles faits pour Louis XV et pour le roi Stanislas. Il est enrichi des mêmes bronzes et porte des sujets semblables exécutés en mosaïque. De chaque côté de la partie cylindrique sont placées des torchères à deux lumières, mais elles ne sont pas soutenues par des figures, comme dans le bureau du Louvre. Sur le cylindre est une grande mosaïque représentant les attributs du commerce entre deux vases de fleurs. D’autres médaillons à fleurs se détachent du fond losangé des côtés et de la caisse. Au centre de la partie postérieure et des deux faces latérales sont placés des bas-reliefs de cuivre ciselé, représentant des bouquets de fleurs et de roses sauvages, identiques à ceux que l’on retrouve parmi les ornements de plusieurs meubles ayant fait partie des collections d’Hamilton Palace.

Il existe un quatrième bureau appartenant à M. le baron Ferdinand de Rothschild, dont la composition

1. Voy. Baron Davillier. La vente du mobilier de Versailles ; Galette des Beaux-Arts , t. XIV, 1876.

riesener. { Palais de Fontainebleau.

rappelle les pièces précédentes, quoique la dimension en soit un peu plus faible. C’est encore un bureau cylindrique, dont deux torchères de bronze garnissent les côtés. Sur l’abattant est un sujet en marqueterie représentant des instruments de musique, accosté de médaillons à vases de fleurs. Les panneaux latéraux sont décorés de fleurs et d’attributs, accompagnant les chiffres entrelacés de Marie-Antoinette. Au milieu de la caisse est placé le même buste du Silence, inscrit dans un médaillon, que nous avons déjà vu sur le meuble d’Hertford House. Cette figure surmonte l’écu armorié de la dauphine Marie-Antoinette, se détachant sur un fond bleu. Ce meuble et le précédent ne portent pas de signature apparente. Un cinquième spécimen identique et provenant d’un palais royal d’Angleterre appartiendrait, nous a-t-on dit, à S. M. le roi des Belges.

On se trouve par suite, en présence d’un type répété quatre fois avec des différences notables de détail, mais n’enlevant rien à la conception générale, qui reste la même. Sur chacun de ces bureaux, dont l’exécution ne peut être postérieure à 1774, nous rencontrons les mêmes pieds à baguettes contournées et à dépouilles de lion, avec des médaillons entourés de rubans et des tiges fleuronnées sortant du calice d’une marguerite, dont la disposition est si gracieuse. Ces meubles forment un ensemble qui caractérise la première manière de Riesener, alors qu’il suivait encore les modèles de son prédécesseur et avant qu’il eût adopté un nouveau style. On peut, en les étudiant, s’édifier sur la disposition des modèles de Duplessis, et nous pensons qu’un examen sérieux conduira à attribuer à cet artiste une

partie des ornements de cuivre qui décorent les meubles de Riesener. Jusqu’ici, ces ciselures avaient été considérées comme l’œuvre de Gouthière, auquel on a donné tout ce que l’art du bronzier a produit de plus délicat à l’époque de Louis XVI; mais aujourd’hui on

reconnaît qu’il avait des rivaux, qui parfois se sont montrés ses égaux. On n’a retrouvé, au reste, aucun document établissant la collaboration de Riesener et de Gouthière, et nous pensons qu’elle a dû être assez restreinte, si même elle a existé. Au moment de la plus grande activité de la fabrication de Riesener, notre

grand ciseleur faisait des travaux importants pour Mme Du Barry, pour la duchesse de Mazarin, pour le duc d’Aumont. D’après ses déclarations, nous voyons avec quel soin il modelait et ciselait ses ornements, et il ne pouvait lui rester beaucoup de temps disponible pour l’industrie privée. On sait aujourd’hui que Gouthière a été peu employé par la Cour et que les beaux bronzes des meubles du Louvre ne sont pas son ouvrage, comme on l’a cru longtemps.

Riesener accomplit des travaux importants pour l’ameublement de Versailles. Le montant des sommes qu’il reçut du Garde-Meuble, entre les années 1775 et 1785, s’élève environ à 5oo,ooo livres. Il est intéressant de constater que l’architecte Gondouin est porté sur les mêmes états de payement comme exécutant le dessin des meubles destinés aux maisons royales.

On peut suivre pendant quelques années encore, dans les productions de Riesener, la trace du style particulier aux dernières années du règne de Louis XV et l’imitation des modèles qu’il avait trouvés dans l’atelier d’Oëben. Nous avons déjà cité, à la suite des œuvres de ce dernier ébéniste, les admirables commodes du château de Chantilly, qui présentent tant de rapports avec les bureaux dont nous venons de parler. On peut en rapprocher des encoignures de bois de rose, dont la marqueterie représente des trophées d’armes entourés de beaux bronzes à guirlandes et à nœuds de rubans. Les supports sont formés par des gaines se terminant en figures casquées, et se détachant sur des bordures de bois d’amarante, suivant la grande manière de Cressent. Deux de ces meubles appartiennent à M. Je baron

Gustave de Rothschild; une paire semblable est chez Sir Richard Wallace. On voit s.ur l’inventaire du palais de Versailles que d’autres encoignures portant cette décoration accompagnaient le secrétaire de Riesener dans

ORNÉ DE MAR Q U ETERIES ET DE BRONZES CISELES PAR RIESENER (Palais de Tri- non.)

le cabinet du Roi. Nous avons vu un meuble de fabrication très simple qui n’est qu’une reproduction des chiffonniers d’Oëben, exposés aux Champs-Elysées en 1882, et qui lui serait certainement attribué, s’il ne portait l’estampille authentique de Riesener.

L’une des œuvres les plus charmantes de l’ébénis-

terie française, est un petit bureau plat actuellement conservé au Petit-Trianon. Nous le regardons comme la meilleure œuvre de marqueterie qui soit sortie des mains de Rieseneret la disposition originale de ses bronzes en fait un meuble hors ligne. Sur la tablette, la Géographie et l’Astronomie sont représentées, ayant autour d’elles les instruments relatifs à ces sciences. Cette marqueterie est d’un faire large, que plus tard Riesener abandonnera pour exécuter des travaux plus fins, plus délicats, mais moins vigoureux. Sur la ceinture se déroulent des rinceaux feuillagés sortant d’un fleuron angulaire, et se repliant avec une grâce inimitable, pour franchir la ligne du carderon. Nous avions déjà trouvé dans les premiers meubles de Riesener cette disposition, qui apparaît maintenant dans son plein épanouissement. On sait, par un document dû à M. Williamson, que cette pièce a été exécutée en 1771 et elle figure dans un mémoire d’ouvrages faits pour le Garde-Meuble, où elle est portée à la somme de 5, 000 livres1. On ne saurait reprocher à ce bureau que les pieds cannelés qui sont trop minces pour la largeur de la tablette ; mais le maître ne devait pas tarder à trouver une forme harmonieuse pour cette partie du meuble. Le Garde-Meuble possède un grand bureau à secrétaire en bois d’acajou, dont les profils accentués rappellent les belles œuvres que nous avons citées. Si les bronzes dorés n’en sont pas aussi riches, cette infériorité est largement compensée par le goût avec lequel les ornements sont placés, sans jamais distraire l'œil de la destination du meuble.

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