AVEC ORNEMENTS DE BRONZE, PAR RIESENER
( Musée du Louvre. )
période de Riesener et qui a été souvent copiée par l’industrie moderne. Dans le pavillon du Petit-Trianon est placé un bureau à cylindre de plus faible dimension, qui nous servira d’exemple pour montrer la trans*
formation de style qui en peu d’années s’était introduite chez Riesener. Les comptes du Garde-Meuble établissent que ce meuble a été exécuté, en 1777, sur l’ordre de M. de Fontanieu, et que l’artiste qui en demandait la somme de 4,640 livres, a vu rabattre ses prétentions à 4,000 francs 1. La forme et les ornements de ce bureau sont du style Louis XVI le plus pur ; c’est le modèle définitif auquel Riesener restera fidèle jusqu’à la Révolution. La marqueterie losangée est d’un fini exquis, sans avoir l’importance artistique de ses devancières ; les bronzes sont admirablement ciselés, mais plus précieux que vigoureux, et enfin les angles reviennent aux lignes droites si longtemps oubliées par notre école.
L’activité industrielle de Riesener a presque égalé celle de Boulle. Malgré le nombre considérable de meubles que nous a enlevés l’étranger et ceux qui ont été détruits, il en reste de fort importants dans nos palais nationaux et dans les collections particulières de Paris. Nous nous bornerons à citer les pièces qui se distinguent par un caractère exceptionnel.
Le Musée du Louvre, qui a hérité des chefs-d’œuvre d’ébénisterie enlevés du palais de Saint-Cloud avant l’investissement de Paris en 1871, est relativement pauvre en spécimens de la seconde manière de Riesener. Il ne peut montrer qu’une petite table à pieds cannelés et à feuillages de bronze, que sa marqueterie à losanges et ses formes un peu grêles rapprochent du bureau à cylindre de Trianon. Le palais de Fontainebleau est plus riche ; il conserve des spécimens importants de son ameublement primitif et d’autres qui y ont 1 • Yoy. Williamson. Les Meubles d'art du Mobilier national.
été déposés récemment. Des trois commodes que l’on y rencontre, Tune, en bois d’acajou, est divisée en panneaux rectangulaires à encadrements qui appartiennent au premier style de Riesener. La deuxième se signale surtout par la hardiesse des deux consoles sur lesquelles s’appuient des guirlandes de fleurs à rubans qui viennent terminer les
montants petit cabinet - secrétaire
du meuble, ORNÉ de places de porcelaine, par riesener.
d’ailleurs (Musée de Souih Kensington.)
taillé très
largement dans un bois d’acajou d’une belle patine; c’est encore une œuvre de transition. La dernière com-
mode date de l’époque la plus fleurie et la plus ornementée de Riesener. Sur l’avant-corps du milieu, un sujet en marqueterie, de forme échancrée, représente des vases, des fleurs et des instruments de jardinage; le reste du meuble est revêtu d’un fond quadrillé à plusieurs teintes. Les consoles et les pieds à feuillages, ainsi que ia ceinture à oves et à guirlandes ajourées de cuivre ciselé, donnent à cette commode l’aspect le plus riche. On voit en outre, à Fontainebleau, un petit meuble d’appui non signé, dont le vantail est revêtu d’une marqueterie à vase de fleurs sur un fond à losanges, rappela-nt celui de certains meubles de Riesener. Bien qu’il soit anonyme, nous pensons devoir le rattacher aux premiers travaux de son atelier, le style des cuivres étant imité des compositions de Delafosse qui servirent de modèles aux artistes des règnes de Louis XV et de Louis XVI.
Les collections de MM. les barons de Rothschild, à Paris, possèdent de beaux ouvrages de Riesener. On trouve à Londres, chez Sir Richard Wallace, des trésors en ce genre ; ce sont des commodes, des chiffonniers, des cabinets et des tables décorées de sujets en marqueterie, sur lesquels sont appliqués des bronzes du goût le plus délicat. La collection Jones, qui est venue augmenter les galeries du South Kensington Muséum de toute une grande collection de productions de l’art décoratif français, renferme des meubles de Riesener qui, s’ils n’ont pas l’importance de ceuxd'Hertford House,n’en sont pas moins très bien choisis. Celui dont la composition nous semble la plus heureuse est un petit cabinet-secrétaire de forme demi-circulaire et décoré de plaques de vieux
Sèvres à bouquets de fleurs. Il repose sur une table à quatre pieds angulaires réunis par un entrejambe à corbeille carrée. Comme tous ses confrères, Riesener devait suivre le goût du jour, et vraisemblablement ce n’avait pas été sans protester qu’il s’était décidé à décorer ses meubles au moyen de porcelaines peintes, système faux auquel il était obligé de sacrifier les belles marqueteries et les moulures harmonieuses de ses panneaux. La collection Jones à Londres possède de nombreux spécimens de cette nouvelle face du talent de Riesener, que les grands amateurs recherchent avec passion. Le château de Windsor conserve quelques grandes pièces d’ameublement qui proviennent de Versailles, entre autres des buffets bas à gaines représentant des figures de femmes.
Nous avons hâte d’arriver à un événement artistique qui a marqué la valeur que les connaisseurs attribuent aux œuvres de Riesener. Lorsqu’on a mis en vente, il y a deux ans, les raretés de toute sorte que renfermait la résidence d’Hamilton Palace en Écosse, ce sont les œuvres de l’ameublement français qui ont le plus excité l’enthousiasme des curieux, et parmi elles, les meubles de Riesener ont atteint des prix inouïs. Nous nous bornerons à citer deux ameublements qui étaient les pièces capitales de la vente. Le premier comprenait un secrétaire et une commode. La composition et le décor rappelaient le meuble de Fontainebleau que nous avons décrit, mais le panneau de la partie centrale était occupé par un médaillon de bronze ciselé appliqué sur un champ de mosaïque fleuronnée, dans lequel on lisait la signature Riesener fec, avec la date de 1790 pour le secrétaire, et celle de 1791 pour la commode. Derrière était flâtré
le chiffre de Marie-Antoinette avec la légende: «Gardemeuble de la Reine ». Ces meubles, destinés probablement au palais de Saint-Cloud, propriété personnelle de la reine et oü la cour séjourna pendant l’été de 1790, sont l’un des derniers travaux de Riesener. Ils étaient accompagnés d’un petit bureau à mosaïque fleuronnée, rappelant par sa forme celui du Louvre, mais dont les bronzes à bouquets, avec draperies reliant la partie centrale aux chapiteaux et les guirlandes retombant sur les quatre faces des pieds, étaient un chef-d'œuvre de ciselure. Cette table fait actuellement partie des collections de M. le baron Ferdinand de Rothschild.
La deuxième suite des meubles d'Hamilton Palace avait été exécutée pour Saint-Cloud et figure sur l’inventaire dressé lors delà vente des meubles de cechâteau, où elle fut adjugée à un prix dérisoire. On la voit remise aux enchères au mont-de-piété, le 28 germinal an XI, dans la vente d’une collection anonyme. C’est vers cette époque que lord Hamilton, venu en France, l’acheta avec d’autres morceaux sortis du palais de Versailles. Cet ensemble se compose d’une commode, d’un secrétaire et d’un cabinet serre-bijoux élevé sur quatre pieds. Ces trois meubles sont en panneaux de vieux laque de Japon de la plus belle qualité et leurs disposisitions générales sont celles que Riesener avait adoptées pour ses pièces importantes. Ce qui leur donne une valeur exceptionnelle, c’est la profusion et l’exécution merveilleuse des bronzes qui les décorent. Sur la ceinture courent des couronnes de fleurs se succédant, au milieu desquelles on voit les chiffres de Marie-Antoinette. De chaque côté, sont suspendues des guirlandes
relevées par des cl-ous et des fleurons, d’où s’échappent
SECRÉTAIRE DKCORÉ DE PANNEAUX EN LA Q^U E DE CHINE ET DE BRONZES EN CUIVRE CISELE.
(Collections d’Hamilton Palace.)
des retombées de fleurs d’une richesse inouïe, qui
suivent l’échancrement du panneau central. Le culot, les pieds, les consoles, tout est recouvert de bronzes d’une végétation luxuriante. Rien ne surpasse la délicatesse de ces ornements ciselés avec une souplesse inépuisable, qu’en raison de leur importance exceptionnelle on a attribués à Gouthière. Nous doutons cependant que cet ornemaniste ait mis la main à ce travail qui n’aurait pas été indigne de son talent, mais ses œuvres authentiques sont généralement moins exubérantes et d’un dessin plus arrêté. Cette décoration florale présente une composition facile, visant principalement à l’effet gracieux et 11’ayant nul souci des lignes antiques. Noùs ne connaissons pas assez la vie de Duplessis ni celle d’Hervieux pour mettre leurs noms en avant, à propos d’ouvrages, qui rendront célèbre leurs auteurs encore ignorés, mais nous devons signaler les rapports évidents qui se remarquent entre certains détails de ces meubles et ceux de la première manière de Riesener.
§ 3. — j. -f. leleu; c.-c. saunier; m. carlin; montigny;