E. LEVASSEUR
Ainsi que Riesener, plusieurs ébénistes ayant débuté sous le règne de Louis XV appartiennent, par la période la plus active de leur production, au règne de son successeur. Le plus connu de ces artistes est Jean- François Leleu, demeurant rue Royale et admis à la maîtrise le 19 septembre 1764, qui devint syndic de la communauté en 1776, et figura sur les tableaux des maîtres jusqu’à l’année 1782. Les Tablettes royales de
Renommée nous apprennent qu’il tenait fabrique et
COMMODE PAR J. -F. leleu. ( Palais de Trianon. )
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magasin d’ébénisterie et envoyait en province et à l’étranger. Les meubles que nous connaissons de lut sont d’une exécution soignée, mais ils ne sauraient être comparés à ceux de Riesener. Leleu ne semble jamais avoir pratiqué la marqueterie. Le château de Trianon avait prêté à l’Exposition de l’histoire du mobilier une grande commode à ventre renflé, enrichie de bronzes assez fins et deux petits meubles bas à un seul vantail. M. le baron Alfred de Rothschild possède un bureau plat entouré de plaques de Sèvres décorées de peintures, avec un casierécritoire de même décor qui, dans le catalogue des collections de San-Donato, dont il a fait partie, est décrit comme provenant du mobilier du château de Luciennes. Msr le duc d’Aumale a acquis chez le duc d’Hamilton un grand bureau accompagné de son cartonnier en bois d’ébène; il est soutenu par huit pieds à griffes de lion et enrichi d’une frise en bronze doré avec des guirlandes de feuillage rattachées par des rubans, dans le style de Delafosse. On connaît plusieurs familles pour lesquelles Leleu avait travaillé; il fut aussi employé parle Garde-Meuble. A la vente récente du baron d’Ivry, on a vu deux commodes qui lui avaient été commandées pour l’ameublement du château d’Hénonville, et diverses collections parisiennes se sont partagé des pièces provenant du mobilier de l’un des anciens gouverneurs de la Bastille, qui portent son estampille.
Malgré tous les soins dont il entourait ses productions, le talent de J. -F. Leleu est très inférieur à celui de Claude-Charles Saunier, demeurant rue du Faubourg-Saint-Antoine. Il avait été admis à la maîtrise le 3i juillet 1752 et vivait encore en 1792, car on
le trouve à cette époque tenant sur les fonts baptismaux
commode par c.-c. saunier. ( Palais de Fontainebleau.)
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le fils d’un maître serrurier, Quest. On constate deux manières très tranchées dans les œuvres de Saunier. Il se montre d’abord attaché aux compositions moins directement inspirées par les souvenirs classiques; dans la seconde période de son existence artistique, on le trouve suivant l’imitation du style antique. C’est vers la première phase de sa carrière que se sont produites les meilleures œuvres de Saunier, celles qu’il enrichissait de marqueteries d’une exécution remarquable. Plus tard, sa manière se refroidit et il finit par employer des profils ultra-classiques.
Le meuble le plus important que nous connaissions de lui est un chiffonnier-secrétaire de bois d’amarante, faisant partie des collections de Sir Richard Wallace. Au-dessous de la tablette de marbre blanc, entourée d’une galerie en cuivre ajouré, court une frise au centre de laquelle sont placées deux figures de femmes terminées par des rinceaux, qui supportent un écu armorié. Au milieu du principal panneau est disposé un médaillon ovale soutenu par des rubans de cuivre ciselé qui encadrent l’entrée de la serrure. De chaque côté sont représentés des trophées militaires, sur le tond intarsié desquels se lit la signature de l’artiste. Deux gaines de bronze, terminées par des têtes de femmes, soutiennent les côtés de ce meuble. Par la largeur de ses bronzes et par la perfection de sa marqueterie, ce secrétaire rentre dans la série des belles œuvres que nous avons admirées chez Oëben et chez Riesener. G^est un des meilleurs spécimens de l’ébénisterie française, appartenant à l’époque de transition des dernières années de Louis XV. Nous pensons qu’il est possible de rapprocher de ce
secrétaire un charmant bureau-toilette qui fait partie du legs Jones, au South Kensington Muséum. Ce meuble, dont on attribue la commande à la reine Marie-Antoi-
Xotiis o/et FIG. 72.