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LE CABINET EN ALLEMAGNE

Les villes de l’Allemagne méridionale donnèrent, à partir du xvie siècle, un grand développement à la fabrication des cabinets. A Nuremberg et à Augsbourg, on

FIG 4. MIROIR A PIF.D DE FER DAMASQUINE, ITALIE, XVIe SlÈCir.

(Musée de South -Kensington.)

complaît de nombreux ateliers dont les produits se répandaient en Europe et qui étaient recherchés sous le nom de cabinets d’Allemagne. Les artistes du Nord semblent tout d’abord s’être attachés à imiter les meubles d’Italie revêtus de riches incrustations de pierres dures ou de métaux précieux; mais dans les premières années du xvne siècle, ils employèrent presque exclusivement le bois d’ébène, en y joignant des ornements d’écaille et des compositions peintes.

L’histoire de la curiosité n’a conservé qu’un nombre très restreint de noms d’ébénistes ou de marqueteurs qui se soient attachés à cette branche de l’ameublement. Pour les connaître, il faut relever quelques signatures inscrites sur les meubles, ou dépouiller les catalogues des grandes collections publiques de l’Allemagne. La collection Milani, de Francfort, renfermait un coffret en bois enrichi d’incrustations en ivoire, sur le couvercle duquel était représenté le poète Virgile suspendu dans un panier et exposé à la risée du peuple; dans l’intérieur, on voyait Orphée entouré d’animaux. L’un de ces tableaux portait la signature : Hans Wagner, pixiis 1539. Jar. Un des artistes les plus célèbres en ce genre, Hans Schieferstein de Dresde, a laissé au Musée historique de cette ville plusieurs morceaux importants, parmi lesquels un cabinet revêtu de figures et de bas-reliefs en ivoire, avec des plaques de la même matière portant de très fines gravures, sur lesquelles on lit la date de 1 568. Près de là sont deux tables-damiers en bois de cyprès et deux jolies étagères décorées de délicates sculptures par le même marqueteur. La galerie saxonne conserve encore un cabinet en ébène, dont les

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ornements découpés à jour et les figurines de haut relief ont été exécutés en i 585 par Kellerthaler, orfèvre de Nuremberg, qui a pris le soin de laisser son nom inscrit sur son œuvre. On voit au musée du château de Rosenborg, en Danemark, un beau cabinet en bois d’ébène, de fabrication allemande, dont on ne connaît malheureusement pas l’auteur, qui travaillait en i58o. Les sujets des bas-reliefs et des plaques en cuivre doré et gravé sont empruntés aux compositions de Virgilius Solis. Un ébéniste allemand, Hans Schwanhard, mort en 1621, est cité comme étant l’inventeur des bordures ondulées qui produisent un charmant effet dans la décoration des cabinets, des armoires et des encadrements de miroirs. Un tablier à tric-trac de bois de chêne avec des incrustations en buis et portant les statuettes équestres de Charles-Quint et de Ferdinand, est conservé dans la collection d’Ambras, à Vienne; il est signé par Hans Kels de Kaufbeurn.

Le meuble le plus important qu’ait produit l’art allemand est le grand cabinet exécuté à Augsbourg, en 1616, pour le duc de Poméranie, Philippe IL II avait été commandé à l’ébéniste Ulrich Baumgartner qui, pour sa composition, réclama le concours du peintrearchitecte Philippe Hainofer. Ce travail exigea une durée de cinq années. Il serait impossible, sans rédiger un catalogue spécial, d’en énumérer tous les détails. Baumgartner s’adjoignit une troupe entière d’artistes distingués, dans laquelle on comptait trois peintres, un sculpteur, un peintre en émail, six orfèvres, deux horlogers, un facteur d’orgues, un mécanicien, un modeleur en cire, un ébéniste fabricant de cabinets, Ulrich

Kiskner, un graveur sur métal, un graveur sur pierres fines, un tourneur, deux serruriers, un relieur et deux gainiers. L'effet général de ce monument ne répond pas à la richesse de la matière employée et aux dépenses énormes qu’a dû entraîner cette commande artistique. C’est une œuvre de patience qu’il serait peutêtre impossible d’égaler, mais la composition en est lourde et tourmentée. Le cabinet de Poméranie fait actuellement partie du nouveau Musée d’art industriel de Berlin. Baumgartner et Hainofer ont uni leurs talents pour produire d’autres meubles similaires ; l’un des plus importants existe à la Bibliothèque d’Upsal, en Suède.

Plusieurs ébénistes allemands avaient abandonné leur pays natal pour travailler à l’étranger; on a retrouvé la trace de quelques-uns d’entre eux. Les deux frères François et Dominique Steinhart ont laissé, dans le palais Colonna, à Rome, une superbe armoire en ébène, ornée de vingt-huit bas-reliefs en ivoire, exécutés d’après les plus célèbres peintures du xvie siècle, et dont le panneau central reproduit le Jugement dernier de Michel-Ange ; ce travail leur a coûté trente années d’efforts. Le meuble forme pendant avec un grand stipo de bois d’ébène, richement incrusté de pierres précieuses, qui ne paraît pas l’œuvre des mêmes artistes.

A ces noms d’ébénistes il est intéressant de joindre celui du ciseleur Raimond Falz, mort en 1703, qui a fait un nombre considérable de médaillons et de bas-reliefs en argent et en cuivre doré, destinés à l’ornementation des cabinets d’Augsbourg.

Une industrie particulière à l’Allemagne du nord

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est celle de l’ambre, que produisent en abondance les rivages de la mer Baltique. On a utilisé cette matière pour toutes les pièces de l’ameublement, sans avoir jamais réussi à lui donner une valeur esthétique méritant une étude sérieuse. C’est un travail spécial qui ne franchit pas les limites de la petite curiosité. Le spécimen le plus intéressant que l’on puisse citer dans cette série est une grande armoire en bois de chêne revêtue de plaques en ambre, dont les nombreux tiroirs à glace renferment une collection d’objets en succin, qui fut donnée en 1728 par l’électeur Frédéric-Guillaume de Brandebourg, à Auguste le Fort. Elle est actuellement déposée à la Grun-Gewolbe de Dresde.

En même temps que ces meubles dont la richesse exceptionnelle réclamait une place dans les palais des souverains, l’Allemagne en produisait d’autres plus simples, dans lesquels on retrouve mieux les caractères généraux d’un art décoratif commençant à trahir les approches du déclin. Le Musée industriel de Berlin possède une petite armoire à pilastres cannelés surmontée d’une corniche décorée de fleurons, avec des panneaux occupés par des têtes ailées se détachant sur un fond d’ornements, dont l’heureuse composition a été traduite par un outil habile. Sur le bas de ce meuble on lit l’inscription : anno i63y. Une seconde armoire plus importante, qui fait partie du South-Kensington Muséum, porte la date de 1667, mais le style pauvre des colonnes et des pilastres entre lesquels sont placées des niches est très inférieur à celui du meuble de Berlin. Nous signalerons, à titre de relique historique, un coffre en bois sculpté appartenant à M. Prévost, qui

Pavait exposé à Tours en 1878, dans lequel l’honorable corps du métier des menuisiers de Strasbourg serrait, en 1694, son trésor et ses titres. On a conservé éga-

FIG. 5. ARMOIRE A DEUX CORPS, ALLEMAGNE, XVIIe SIECLE.

(Musée de South-Kensington.)

lement le nom de l’ébéniste Keck, mort en 1639 à l’hospice d’Iéna, après avoir exécuté les boiseries et le plafond de la chambre à coucher du palais du duc. Bernard de Saxe-Weimar, en y plaçant des incrustations de marqueterie de bois de couleur.

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L’industrie des cabinets prit une grande extension dans les Flandres sous le gouvernement réparateur des archiducs, succédant aux proscriptions sanglantes du duc d’Albe. Anvers, dont la prospérité remonte à cette époque, semble avoir été le principal centre de cette production. La contrée possédait alors de nombreux dessinateurs-ornemanistes qui contribuèrent à développer cette branche particulière de l’art. Ceux dont on peut retrouver l’influence dans les compositions des ébénistes sont les frères François et Cornille de Vriendt, plus connus sous le nom de Floris, dont le premier était peintre et le second sculpteur et architecte. Presque en même temps, on voit la dynastie des Franck et celle des Brueghel, ainsi que la famille des de Vos en possession de la faveur publique, jusqu’au moment où le génie de Rubens vint entraîner toute l’école flamande dans le mouvement progressif qu’il dirigeait vers un naturalisme plus largement compris. La réforme artistique du grand maître se fit sentir jusque dans les productions de l’art décoratif et les meilleurs spécimens qui nous aient été conservés de l’industrie flamande à cette époque présentent un caractère identique à celui des toiles peintes par Rubens.

On ignore les noms des ébénistes qui ont exécuté, principalement au xvne siècle, les beaux cabinets qui se rencontrent dans nombre de collections. Il y a là, dans l’histoire de l’art, une lacune que les chercheurs flamands ne tarderont sans doute pas à combler. Pour le moment, on doit se borner à relever les signatures des peintres qui les ont décorés intérieurement, et à signaler les œuvres gravées qui leur ont servi de modèles.

M. le comte de Blacas avait envoyé à l’exposition des Alsaciens-Lorrains un cabinet orné de deux médaillons intérieurs représentant les sujets de Léda et de Lucrèce, sur lesquels on voyait le monogramme C. W. 1596. Ce meuble serait aisément attribué à l’Italie, en raison de son revêtement en pierres dures et de ses incrustations en ivoire, si la marque ne venait revendiquer son origine hollandaise. On voit chez M. Stein un autre cabinet à deux volets dont les dix tiroirs sont revêtus de sujets peints d’après les compositions de Cornélius Both. Un troisième meuble plus important figure dans la chambre de la Justice au palais Pitti. C’est un stipo acheté en Allemagne parle grand-duc Ferdinand II, et enrichi de peintures sur pierres dures par l’un des Brueghel. Au milieu est placée une mosaïque qui cache à son revers une copie du sposali^io du Corrège faite par Gobbiani. Dans les autres compartiments sont les douze apôtres et un crucifix d’ambre sculpté. Ce cabinet est disposé de façon à servir d’autel ; sur les côtés sont des tiroirs pour les ornements sacerdotaux ; au revers est placé un miroir surmonté d’un Ecce Homo par le Cigoli. Il serait difficile d’établir la nationalité de ce monument mi-religieux et mi-profane. S’il provient d’Allemagne, la présence des peintures de Brueghel prouverait, ce que l’on sait d’après plusieurs autres exemples, que les faiseurs de cabinets ne se faisaient pas scrupule d’adapter à leurs œuvres des ornements tirés de pays étrangers. M. le baron de la Bousselière possède un cabinet en ébène dont les peintures sont attribuées à l’un des membres de la famille des Franck.

L’ancienne collection Debruge comprenait, parmi

ses nombreuses richesses, deux grands cabinets d’écaiile marbrée, décorés de sculptures et d’ornements d’ivoire, dont M. Labarte a donné la description dans le catalogue de cette galerie. Leur forme monumentale se divisait en deux étages superposés dont la partie centrale présentait une saillie demi-circulaire. Les bas-reliefs représentaient des sujets tirés de l’histoire de Joseph, et des statuettes y symbolisaient les vertus avec divers attributs chrétiens. Ces stipi, portés sur des tables d’écaille, avaient été exécutés pour le duc de Lerme, sur les dessins de Rubens, puis rapportés d’Espagne dans les premières années de notre siècle. C’étaient vraisemblablement des ouvrages sortant de l’atelier d’un maître flamand.

Si l’on a quelque difficulté à reconnaître la provenance des cabinets revêtus de peintures flamandes ou hollandaises, cette incertitude devient plus grande encore dans la série des armoires d’ébène sculpté, bois d’un grain dur et sec exigeant un travail minutieux, dont la longueur était faite pour refroidir l’enthousiasme artistique des sculpteurs. Ces meubles constituaient des oeuvres de patience auxquelles convenait surtout l’habileté pratique des artisans du Nord, aimant à suivre les lignes d’une composition gravée et qui devinrent sans rivaux dans ces pièces d’ameublement. On s’exposerait, par suite, à des mécomptes en attribuant à la Flandre des cabinets qui ont peut-être vu le jour en Allemagne et nous l’apprendrons bientôt, dans les mûrs mêmes de notre capitale.

On ne saurait décrire sans fatigue tous les cabinets ou les armoires dont le fond d’ébène fait ressortir heureusement les pièces d'orfèvrerie et de céramique,

que l’on rencontre dans les collections des amateurs; il faut se borner à choisir quelques pièces caractéristiques de ce travail du bois. Chez Mme Rougier, on voit un cabinet en ébène, supporté par des colonnes torses, dont les volets sont ornés de médaillons sculptés représentant Mars et Vénus servis par des amours, et Bacchus avec deux bacchantes, empruntés aux gravures de Goltzius. Un second meuble à deux corps et à quatre vantaux, qui fait partie des collections de l’hôtel de Cluny, est décoré de figurines en basrelief représentant Mars et Bellone, accompagnées de cariatides, de têtes de lion et d’ornements saillants, dont la profusion et le style semblent dénoter une origine flamande. Dans le même musée est un cabinet divisé également en quatre vantaux, dont les bas-reliefs représentant divers sujets de l’histoire romaine, avec des personnages en costume du commencement du xvne siècle, sont gravés d’une manière très sommaire. Il n’est guère d’exposition rétrospective où n’apparaissent quelques-uns de ces grands meubles supportés par des cariatides, ou appuyés sur des colonnes torses à cannelures, dont les portes, revêtues de sujets bibliques ou historiques souvent peu reconnaissables, renferment une quantité de tiroirs peints ou moulurés accompagnant un portique à colonnes orné de peintures ou de marqueteries, d’un goût qui laisse souvent à désirer, bien que l’exécution ait exigé des soins et un travail infinis.

On connaît d’autres spécimens de l’ameublement provenant de la Flandre. M. Spitzera recueilli un coffre de mariage en cuir gaufré dont les ornements, dessinés par Goltzius, représentent le roi d’Espagne Philippe III et

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Marguerite d’Autriche, debout auprès de la fontaine d’Amour. Quelques établissements de la Belgique ont conservé des meubles d’une facture plus simple et permettant mieux, par suite, d’observer le style de l’ébénisterie flamande au' xvne siècle. Les hospices civils de Liège possèdent un cabinet enracine de noyer dont les tiroirs sont couverts de plaques en verre peint de diverses couleurs, à l’imitation de ce que les Italiens appellent le mille fiori. Parfois aussi les angles de ces armoires portaient des figures en pied, souvenir des chefs-d’œuvre de l’époque de la Renaissance. La maison Moretus à Anvers, si merveilleusement conservée, avec son mobilier et l’ensemble des richesses littéraires que les générations successives des imprimeurs delà famille Plantin ont possédées, montre un certain nombre de meubles d’un aspect un peu massif, faisant contraste avec les mièvreriesquileur sont contemporaines. L’ameublement d’une chambre à coucher, comprenant un lit et une armoire en chêne sculpté, avait été exposé à Bruxelles en 1 88 1 , par M. Hingeneyer. Cet ensemble, d'une belle exécution, a été exécuté sur les dessins de Vreedeman de Vrièse qui devint, vers la fin du xvie siècle, le principal inspirateur de l’art décoratif dans les Flandres. La collection Minard de Gand, récemment dispersée, renfermait un grand lit à baldaquin et à balustres dont la partie centrale est disposée en forme d’armoire à deux battants décorés de bas-reliefs religieux. Sur la galerie supérieure est un cartouche soutenu par deux anges, dans lequel on lit l’inscription : Vriese inv. 1 5 6 5. Nous eussions joint ce nom à ceux des sculpteurs sur bois qui travaillaient à Anvers au xvic siècle, si Vreedeman de

Vrièse ne nous avait paru, par le caractère de ses compositions, se rattacher plus étroitement à Part du cabinet. Un buffet à deux corps aux armoiries des « quatre membres » de Flandres, Gand, Ypres, Bruges et le Franc, appartenant au musée d’Ypres, a été sculpté en 1644 par Jean Van de Velde d’Ypres, auquel il rut payé 162 florins.

L’armoire hollandaise exagère la largeur et la massivité du mobilier flamand. Rien de plus connu que ces grands meubles à pilastres ronds et à grands battants de bois d’acajou et d’ébène que tous les peintres néerlandais, à l’exemple de Metsu, de Terburg et de Gérard Dow, ont placées dans leurs tableaux. C’étaient des buffets établis pour durer des siècles et, grâce à leur dimension, il en subsiste de nombreux spécimens en Hollande et dans les collections. Au musée delà porte de Hall, à Bruxelles, on en voit un qui porte la date de 1664; on en connaît plusieurs autres également datés. Le musée de Cluny possède une de ces armoires enrichie sur sa face principale de trois pilastres à chapiteaux avec des guirlandes de fruits et des têtes de lion. Les riches demeures hollandaises étaient revêtues de lambris de bois exotiques très finement moulurés et sculptés, encadrant des tentures de cuir gaufré et doré, dont l’éclat contrastait très heureusement avec l’aspect un peu sévère de ce mobilier. La Hollande produisait également des travaux de mosaïques en matières précieuses, et l’on voit dans la grotte du palais de Potsdam une table en pierre noire avec une guirlande de fleurs en nacre de perle incrustée dans le marbre, signée : Dyrck van Ryswick Amstelodamus inv. et fecit 1 6 5 5 .

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Le musée néerlandais de la Haye possède une table semblable, exécutée par le même artiste.

0 4. — LE CABINET EN FRANCE; LAURENT STAERE: JEAN MACÉ; DOMENICO CUCCIJ PIERRE GOLLE.

Notre grande école de sculpture étant morte épuisée, la mode s’adressait à la Flandre et à l’Allemagne pour acquérir les cabinets ornés de peintures et de fines ciselures que les ouvriers français, habitués aux œuvres plus largement traitées, ne comprenaient pas. Découragée par ce changement de goût, qui succédait à une longue guerre civile peu favorable aux arts, la production de notre pays s’abaissa promptement, se bornant à répéter les compositions du siècle précédent. Dans les premières années du règne de Louis XIII, cette dégénérescence était tellement accusée que lorsqu’il s’agit, en 1619, d’offrir à Orner Talon le présent que la ville avait l’habitude de présenter à chaque nouvel avocat général au Parlement, notre administration municipale, qui comptait cependant dans son sein des marchands et des industriels parisiens jaloux de la supériorité artistique de leur cité, ne trouva rien de mieux que d’acquérir un cabinet d’Allemagne. Ce goût s’accusait dès le xvie siècle chez les princes français, d’ailleurs si passionnés pour les grands ouvrages de la sculpture sur bois. Hans Krans portait, en 1 5y6, le titre de marqueteur du Roy. C’est le seul renseignement que l’on ait retrouvé sur cet industriel allemand. Pendant son expédition dans les Flandres espagnoles, en 078, François, duc d’Alençon, acheta un cabinet qui

lui coûta la somme de 10,000 écuse L’énormité du prix fait présumer que ce meuble devait être d’une richesse Deu ordinaire. Lorsque mourut la reine Catherine de Médicis, l’une des grandes curieuses de la Renaissance, son hôtel à Paris renfermait de nombreux trésors artistiques dont M. Bonnaffé a publié l’inventaire h Au

milieu des peintures, des émaux et des faïences de Palissy, on remarquait une suite de cabinets « façon d’Allemagne, avec des piliers d’argent godronnez aux coins des layettes, en marqueterie, en forme de théâtre, ou garnis de plaques d’argent au devant des layettes », dont nous ne pouvons reproduire la description détaillée. Ces meubles étaient renfermés dans des étuis en cuir gaufré et doré. Les tables étaient également en marqueterie de la façon d’Allemagne, reposant sur des châssis dorés; quelques-unes se repliaient à layettes marquetées. Les lits de velours noir brodé de perles avaient des colonnes de jais ou d’ébène garnies d’argent; le surplus de l’ameublement des grands appartements était en bois d’ébène incrusté d’ivoire.

La décadence de notre production industrielle attira l’attention du roi Henri IV ; il envoya dans les Pays-

i. Bonnafté : Inventaire de la reine Catherine de Médicis

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