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CONSOLE EN BOIS SCULPTE, FIN DU RÈGNE DE LOUIS XVI

peintre Prévost dit le jeune, brosseur de toiles de panoramas à la fin de sa carrière. Il avait enrichi, pour le financier Beaujon, deux corps d’armoire en forme de bibliothèque à un vantail, de bouquets de fleurs peints à l’huile, ainsi qu’une commode à la Régence plaquée en bois de rose et décorée de guirlandes de fleurs. Plusieurs de ses compositions étaient exécutées à la gouache. Lagrenée le jeune imita cet exemple et on trouve, dans le catalogue de la collection Lespinasse d’Arlet, en i8o3, l’indication de deux jolies encoignures d’acajou dont le vantail est décoré d’un médaillon en grisaille, entouré de fleurs avec des trophées sur le côté, et celle d’une pendule dans une boîte d’acajou, enrichie d’un bas-relief colorié par Lagrenée jeune, et de guirlandes de fleurs par Van Pol. Lagrenée reproduisit, par incrustation sur le marbre, le verre ou le bois, un grand nombre de peintures antiques représentant des termes, des frises antiques, des arabesques et des

vases gréco-romains. Le peintre de grisailles Sauvage et

fauteuil en bois doré, époque DE I.OUIS XVI.

(Mobilier national. )

le fleuriste Van Spaendonck ont exécuté des travaux sem-

blables* Au nombre des richesses artistiques accumulées chez M. le baron Gustave de Rothschild figure un cabinet dont les vantaux sont ornés de deux médaillons ovales, représentant des pastorales peintes à l’aquarelle par Jean-Baptiste Huet et par Jean-Baptiste Leprince. Un autre artiste, Christophe Huet, s’est livré principalement à la peinture d’ornement et il a laissé de nombreuses preuves de son talent, principalement dans l’un des salons de l’ancien hôtel de Rohan, où est établie l’Imprimerie nationale. Si l’on en croyait le catalogue de la vente des collections d’Hamilton Palace, l’orfèvre Auguste serait l’auteur d’un cabinet d’acajou avec des panneaux de laque du Japon, dont la riche monture en cuivre doré et ciselé accompagnait des médaillons à portraits et des peintures de West. Un second cabinet delà même collection est indiqué comme enrichi d’ornements antiques et de médaillons peints par Auguste. Ne s’agirait-il pas plutôt de notre miniaturiste Augustin? Nous avons déjà cité les bas-reliefs en camaïeu, peints par De Gault pour le serre-bijoux de Marie-Antoinette.

Sur un catalogue imprimé pour la vente de meubles précieux provenant du château de Versailles (1793) se trouve porté un médaillier en forme d’armoire de bois d’acajou garni de dix tiroirs, dont les panneaux ainsi que le dessus sont à médaillons peints sous verre, représentant des oiseaux, des papillons et des objets d’histoire naturelle. Ce meuble était monté sur cinq pieds à cannelures et orné de bronzes richement ciselés et dorés. Ce que le catalogue oublie d’ajouter, c’est que ces sujets n’étaient pas peints, mais exécutés au moyen de plumes d’oiseaux rares et d’ailes de coléoptères. Après bien des

vicissitudes, le médaillier de Versailles a trouvé un refuge chez M. le baron Alphonse de Rothschild. Le nom des artistes qui sc livraient à cet ouvrage de patience est oublié, mais on sait qu’au commencement de notre siècle la mère du peintre Troyon exécutait avec

CONSOLE ORNÉE DE PLA <^U ES DE PORCELAINE ET DE CUIVRES CISELES, EPOQUE DE LOUIS XVI

(Palais-Royal de Madrid.)

une adresse merveilleuse, de petits sujets en plumes d’oiseaux exotiques dont le produit lui permettait de soutenir sa famille. Nous avons retrouvé l’indication de quelques autres fournisseurs de la cour : celui de Roux, tabletier, qui reçut 720 livres pour une boîte

mécanique représentant le sacre de Louis XVI, et du miroitier de la Roue, qui avait livré plusieurs toilettes pour le roi et pour les princes.

Nous terminerons la revue de l’ébénisterie française au xvme siècle par l’indication de quelques ouvriers dont les estampilles ont été relevées sur leurs productions. Au château de Windsor sont deux petits cabinets de laque décorés de bronzes et portant la légende : Bellangé Fauh, rue Saint-Martin, 41, à Paris, qui sont semblables à ceux de Molitor conservés au Musée du Louvre; Charles Barthélemy, reçu à la maîtrise le 10 septembre 1777, et Terraz (?) ont revêtu de mosaïques à grandes fleurs jaunes et vertes des meubles de style Louis XV ; Jean Caumont, rue Traversière-Saint-Antoine (14 décembre 1774), a sculpté des consoles de bois doré et intarsié des tables à bouquets de muguet et de bleuets sur fond de satiné. Étienne-Louis Chartier, rue Neuve-des-Petits-Champs (11 avril 1781), avait exécuté Pameublement des financiers delà Hante, qui a été conservé jusqu’à ce jour par leurs descendants ; deux inconnus, Ducournaux et Fleury, ont signé, le premier, une commode marquetée à sujets de fleurs de forme chantournée, et l’autre un meuble d’entredeux également de style rocaille; un ébéniste, Moreau, qu’il faut renoncer à identifier au milieu de tous ses homonymes, produisait des toilettes en bois de rose. Les œuvres de Nicolas-Louis Levavasseur, rue du Ponceau et, plus tard, rue des Capucines (16 avril 1785); de Jacques Tramey, rue de Charonne (6 octobre 1781), et de Joseph Viez, demeurant cour du Commerce (6 juillet 1786), sont trop peu saillantes pour mériter une

mention spéciale. Guillaume-Joseph Lepage prit place

parmi les industriels habiles de son temps. Il habitait

FIG. i OI — CONSOLE EN BOIS DORÉ ET SCULPTE, PAR G. JACOB, EPOQUE DE LOUIS X V I

(Palais de Fontainebleau.)

la rue des Bourdonnais et fut admis à la maîtrise le 12 février 1777, bien qu’une boîte à cartes en bois de diverses nuances garnie de cuivres ciselés, qui fait partie de la collection Jones, au South Kensington Muséum, porte l’inscription : « Fait par Le Page, 1776 ». Mn,e Fauré-Lepage possède un beau bureau plat de style Louis XV, qui depuis la mort de cet ébéniste a été gardé religieusement par sa famille.

Dans un temps où l'activité de la production parisienne avait tout absorbé autour d’elle, il est intéressant de rencontrer quelques productions des ateliers de la province. Le hasard des ventes fait surgir assez fréquemment des meubles, principalement des toilettes et des commodes avec des médaillons de fleurs encadrés de baguettes de frêne vert, portant l’estampille de Hache fils, à Grenoble. Une commode de la collection de Renneville (avril 1 885), portait sur l’un de ses tiroirs l’adresse de Hache, ébéniste du duc d’Orléans, demeurant à Grenoble, place Clavayson, en 1771, suivi de la mention des ouvrages que l’on trouvait chez lui. Les états de Bourgogne avaient offert au roi Louis XVI un grand bureau-secrétaire de bois d’acajou dont la composition est peu heureuse. Au-dessus du cylindre est le médaillon royal ciselé par Duvivier, accompagné de la légende : Comitia Burgundiœ. Il est présumable que cette assemblée avait acheté son présent chez David Roentgen, le meuble portant tous les caractères des ouvrages de cet ébéniste. Après avoir fait partie du Musée des Souverains, ce bureau est déposé actuellement au Garde-Meuble national. Les états eussent pu se rappeler qu’à ce moment vivait à Dijon un maître habile, Demoulin, qui avait

obtenu le titre d’ébéniste du prince de Condé, et dont nous avons rencontré une commode de laque ornée de bronzes dans la collection de Mme Verneuil (1884).

(Mobilier national.)

Un des sculpteurs sur bois dont les œuvres se rencontrent le plus fréquemment est Georges Jacob, demeurant rue Meslée, et reçu maître menuisier-ébéniste le 4 septembre 1765. Il fut nommé, en 1789, adjoint en

charge. La vie de Jacob ne semble pas s’être longtemps

prolongée après cette nomination, et dès 1 793 on trouve ses fils dirigeant la maison de la rue Meslée. Bien qu’il ait fait de l’ébénisterie et que l’on connaisse des meubles revêtus d’incrustations dans le genre de Boulle, frappés de son estampille, Jacob se livra spécialement à la sculpture des sièges, des lits, des torchères , des consoles et des écrans destinés à être dorés. Il Régala dans ce genre les meilleurs artistes de son temps. Le

nombre de ses travaux, dont on trouve des spécimens

dans les collections et dans la plupart des résidences

est trop considérable pour trouver place dans cette étude; nous nous bornerons à citer la charmante console du palais de Fontainebleau qui a été si souvent reproduite par nos ébénistes. On ne saurait rien trouver de plus gracieux que ces figures opposées de sirènes, dont les enroulements viennent s’appuyer sur un vase à long col. Par la finesse de l’exécution et la ténuité des ornements, ce meuble semble avoir été composé pour être traduit en bronze et le sculpteur s’est efforcé de lutter avec les ouvrages des meilleurs ciseleurs. Un des plus riches ameublements que l’on puisse mentionner est un ensemble composé de vingt et un sièges signés par J acob et recouverts de superbes tapisseries de Beauvais, qui appartiennent à M. le comte de Greffulhe. Malgré ces qualités, la renommée de Georges Jacob a été éclipsée par la célébrité que ses fils ont acquise sous le premier empire.

Si parfois les sculpteurs sur bois se sont efforcés d’imiter les œuvres du métal, plus souvent encore, à ce moment d’effervescence artistique, les ciseleurs ont empiété sur le domaine de l’ébénisterie, en produisant des meubles sans bois. Cette absence de logique trouve son excuse lorsqu’on la constate chez un maître tel que Gouthière, qui suivait, à cet égard, les exemples donnés par les Caffieri et d’autres habiles bronziers. La collection du duc d’Aumont renfermait d’admirables consoles dont les tablettes de porphyre étaient supportées par des pieds de cuivre ajouré ou par des cariatides, merveilles de ciselure dues au talent de Gouthière. Deux de ces consoles, qui avaient été acquises pour le futur Muséum national, font maintenant partie des richesses d’Hert-

ford House, à Londres. Un autre de nos meilleurs dessinateurs, J. -B. Cauvet, architecte et bronzier à ses heures, avait incrusté d’argent les ornements de quatre consoles d’acier ciselé, sur lesquelles étaient placées des tablettes de bois pétrifié, envoyées en présent à Marie- Antoinette par l’empereur son frère. Après avoir décoré les appartements de Saint-Cloud, ces consoles furent aliénées et rachetées par la Convention, sur l’avis de la commission des Arts, qui désirait les exposer au Muséum français. Elles lurent plus tard rapportées au palais de Saint-Cloud et détruites dans l’incendie allumé parl’ajmée allemande en 1870. On a vu à l’Exposition rétrospective du mobilier, en 1882, une grande table séparée de son pied qui rentre dans la série des œuvres exceptionnelles commandées pour la cour. La partie principale est occupée par une mosaïque à fleurs, en pierres dures appliquées sur un fond de cuivre doré qui double leur effet translucide. Au centre sont des médaillons imitant les peintures des vases italo-grecs et portant la signature de Clermont, graveur et dessinateur de la fin du xvmc siècle. Une large bordure de bois pétrifié entoure ce rare spécimen de l’art musif, qui est conservé au Mobilier national.

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