Ibid , irc série, t. III
ont mérité l’honneur d’y loger, lui octroie un logement dans ladite galerie, attendu qu’il n’y a point d’ébéniste qui y soit logé à présent ». Le 25 octobre de la même année, le roi lui concéda l’ancien appartement de Laurent Stabre dont la veuve avait conservé la jouissance, malgré le brevet accordé à Jean Petit. Ce fut André- Charles Boulle qui hérita en 1672 du logement occupé par Macé, et il fut, en 1679, autorisé par le roi à y joindre celui de Laurent Stabre, qu’avait ensuite obtenu Jean Petit. L’abbé de Marolles prête à Jean Macé trois fils, Claude, Isaac et Luc, dont jusqu’ici on n’a pas trouvé de traces.
Jean Equeman, de Paris, est porté sur les états de la maison du Roi, de 1 638 à i652 et de 1674 à 1677, comme menuisier en ébène, mais il est douteux qu’il se soit jamais appliqué à la sculpture. Florent le Comte dit qu’il peignait fort bien en miniature et qu’il a beaucoup travaillé pour le roi, notamment aux cabinets, qu’il savait enjoliver d’ornements particuliers. Equeman fut reçu académicien et mourut en 1676. On trouve également dans le dictionnaire de biographie de Jal la mention de Jean Desjardins, menuisier en ébène, privilégié du Roi, qui, en 1 656, présente un de ses fils au baptême. Son nom figure parmi les artistes de la maison du Roi de i636 à 1654 *, avec ceux de Jean Adam, 1657; de Philippe Baudrillet, 1 636 à 1657; de Nicolas Lavenne, 1647 à i652; de Jean Lemaire, 1 63 1 à i652; de Jean Nicolas, 1647 à i652; d’Hilaire Ottermeyer, 1 636 à 1 657 ; de Yuicoffre ou Guir-
1. Voy. Les Archives de l’Art français, nouvelle série, 1872.
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coffre, 1647 à i652 ; de Georges Etienne, 1674 à 1677; d’Henry de Mouchy, de 1680 à 1688, et de Georges Stiennon, de 1680 à 1688, qui n’ont laissé aucun ouvrage connu. On y peut joindre quelques coffretiers, tels que : Pierre Prejen ou Predan, 161 1 à 1648, faiseur d’écritoires, de petits coffres et de cabinets; Guillaume Veniat, 1 63 1 à 1648, que son épitaphe, retrouvée dernièrement, qualifie d’ouvrier fameux, et enfin l’orfèvre Roberday, valet de chambre de la reine Marie-Thérèse, qui a exécuté des cabinets en nacre de perle avec des ornements en filigrane d’argent, dont on lit la description dans le catalogue des ventes de l’ébéniste Cressent et dans celui de la collection Davila. Le cardinal Mazarin possédait des cadres de miroirs en ébène et des meubles précieux du même artiste. Roberday se plaisait également à composer des manuscrits dont les miniatures étaient découpées au canivet sur fond noir. M. le baron Pichon possède l’un de ces curieux volumes revêtu d’une reliure en filigrane d’argent, qui porte une dédicace à la reine Marie-Thérèse. On doit ajouter, à titre de renseignement historique, le nom d’Adam Philippon, qui a publié en 1645 plusieurs gravures d’après les ornements anciens et modernes de Rome, en prenant le titre de menuisier et ingénieur ordinaire du Roy. Il apprit les éléments de la gravure à Pierre Lepaultre.
Lorsque nos grands ministres , les cardinaux de Richelieu et Mazarin, eurent fait construire leurs palais qui surpassaient en étendue tous les hôtels de Paris, ils voulurent que l’intérieur de ces demeures fût orné de meubles de bois sculpté et doré, et de
cabinets garnis de pierres dures, avec des montures de métaux précieux, semblables à ceux qu’ils avaient admirés dans les palais italiens. L’inventaire complet de l’ameublement du palais Cardinal n’ayant pas été publié, nous avons peu de renseignements sur les artistes qui ont travaillé pour Richelieu et sur les pièces qui y figuraient. On ne connaît guère de spécimen ayant cette provenance, en dehors de la table incrustée de pierres dures qui est conservée au musée du Louvre. Nous sommes plus heureux pour les richesses mobilières du cardinal Mazarin, l’un des plus grands curieux qui aient existé en France, et dont l’inventaire renferme une profusion de tableaux, de statues, de pièces d'orfèvrerie et de meubles précieux. On sait que dans les premières années de son séjour en France, Mazarin était le plus actif agent de son prédécesseur, ' pour l’accroissement des collections du Palais Cardinal. Le goût de Mazarin pour les productions artistiques de l’Italie le poussa, dès que sa situation politique fut établie, à faire venir de ce pays un certain nombre d’artistes qui, d’abord employés par lui, se mirent plus tard au service du roi Louis XIV.
Un des plus connus est Philippe Caffieri, né à Rome vers 1 63 3 et mort en 1716, après avoir exécuté une suite nombreuse de travaux dans toutes les maisons royales. Il fut le chef d’une lamille qui, pendant deux siècles, se distingua dans les diverses branches de la sculpture. Caffieri s’appliqua à la production des supports de cabinets, des pieds de table, des scabellons ; plus tard il s’attaqua à l’ornementation des lambris et des portes, et créa, en ce genre, des ouvrages admirables
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dont quelques-uns existent encore au palais de Versailles. Vers la même époque vint à Paris un autre Romain, Domenico Gucci, très habile dans Part de fondre et de ciseler le cuivre, et qui, après la mort de Mazarin, fit pour le Louvre et Versailles des œuvres importantes en partie disparues. Cucci fut l’un des artistes les plus employés pendant le règne de Louis XIV. Nous avons moins de renseignements sur Pierre Goler ou Golle, mort en 1684, qui, sur l’invitation de Mazarin, quitta la Hollande pour venir à Paris exécuter des cabinets où l’ébène tenait sans doute la plus importante place. Golle, qui était protestant et père de plusieurs fils nés dans les Pays-Bas, fut chargé également de l’exécution de diverses pièces artistiques, sous la surintendance de Colbert. Cette liste d’ouvriers se termine par les noms de mosaïstes italiens, les frères Ferdinand et Horace Migliorini, originaires de la Toscane, par ceux de Branchi et de Louis Giacetti, lapidaires de la même nationalité, chargés d’acclimater en France le travail de mosaïque en pierres dures, pour l’ornementation des tables et le dallage en marbre des vestibules et des grandes galeries. Nous aurons l’occasion de signaler les œuvres de ces deux derniers artistes, lorsque nous aborderons le chapitre spécial au règne de Louis XIV. La colonie étrangère attirée à Paris par le cardina] Mazarin devint ensuite le principal noyau du grand établissement d’art décoratif fondé dans la manufacture des Gobelins par le surintendant Colbert, et placé sous la direction du peintre Charles Lebrun.
On ne possède que des renseignements très incomplets sur l’ameublement de Henri IV. L’inventaire des
meubles de la couronne, dressé en 1729 par M. de Fontanieu, décrit sous le n° 1 un cabinet de bois de cèdre, orné par devant de huit colonnes du même bois, d’ordre de Corinthe, à bases et chapiteaux dorés, dont le milieu est occupé par une niche renfermant une statue équestre du roi, foulant aux pieds ses ennemis. Ce meuble, déjà porté sur l’état des objets existant en i6o3 au cabinet du Louvre, était, ajoute M. de Fontanieu, fort vieux, mangé de vers en plusieurs endroits et privé de quelques-uns de ses ornements, ce qui peut expliquer sa disparition. Viennent ensuite deux cabinets formant pendants, en bois du Brésil, à compartiments d’ivoire, ayant vingt et un tiroirs enfermés par deux battants, ornés de six pilastres d’ébène cannelés, de trois médaillons à fleurs de lis et des chiffres de Louis XIII, portés sur des pieds à quatre co*> lonnes godronnées.
Deux meubles du même genre avaient appartenu au cardinal Mazarin et sont minutieusement notés dans son inventaire. Leur description fait connaître le caractère des ouvrages de Golle : « Un cabinet d’ébène, profilé d’étain, fait par Gole, orné de cinq niches entre quatorze petites colonnes de marbre à chapiteaux de bronze doré. Dans la niche du milieu est la figure du cardinal Mazarin sous un pavillon, et dans les quatre autres, Minerve, la Peinture, la Sculpture et l’Astrologie, sur une galère à balustres, sous quatre vases et deux figures représentant la Force et la Justice; et au-dessus du fronton, les armes du Roy. Ce cabinet et le suivant, formant pendant, sont portés sur un pied de douze thermes bronzés et dorés avec les signes du
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zodiaque. » On trouve dans le même inventaire la mention d’un cabinet d’ébène aux armes du cardinal de Richelieu, orné de moulures à ondes et à compartiments gravés de fleurs, de masques et de frises ayant dans le milieu un cartouche octogone sur lequel est représenté Amphion, porté surun dauphin, qui provenait vraisembablement des appartements du Palais-Royal. Le cardinal Mazarin s’était adressé plusieurs fois, pour les peintures intérieures de ces meubles d’apparat, à Grimaldi et à Manciola, artistes de la décadence, en grande faveur près de lui. Nous avons vu à Londres un grand piédestal carré aux armes de Mazarin, avec quatre basreliefs représentant les travaux d’Hercule, se détachant sur un fond d’ébène, qui était sans doute destiné à supporter une horloge ou un vase de dimension colossale, ayant appartenu au cardinal.
Dans la collection royale figuraient des ouvrages plus importants encore et se rattachant directement à la personne des souverains, que l’état de M. de Fontanieu décrit comme émanant de Domenico Cucci. Deux cabinets, dits de la Paix, n09 io et n, en bois d’ébène avec filets d’étain, étaient couverts de jaspe, de lapis et d’agate avec des figures de héros sur fond de lapis; au milieu étaient deux portiques soutenus par des colonnes de lapis, surmontées des armes de France. Dans l’enioncement étaient les statues assises de Louis XIV, tenant un bouclier, et de Marie-Thérèse en costume de Pallas. Après bien des vicissitudes présumables, la statuette du roi représenté en costume héroïque est venue se fixer dans la collection de M. Ffenri Schneider, qui l’a acquise à la vente de Nadaud de
Buffon. C’est un précieux spécimen de la ciselure sur bronze de Cucci, et le seul débris que l’on connaisse de ces belles œuvres. Un autre meuble était connu sous le nom de cabinet des Rois, et sans désignation d’auteur; au milieu étaient la statue équestre de Louis XIV et sur l’attique seize bustes des rois, ses prédécesseurs. Le cabinet de la Guerre était orné de huit colonnes d’améthistes et de deux niches, contenant les portraits de Louis XIII et de Philippe IV d’Espagne; il avait pour pendant un autre cabinet de la Paix sur lequel les figures des rois étaient remplacées par celles de leurs ministres. C’étaient des commandes artistiques destinées à rappeler l’alliance conclue entre les deux souverains. Le portrait au pastel du grand Dauphin, fils de Louis XIV, se trouvait placé dans l’intérieur d’un meuble identique, fait de marqueterie de cuivre, d’ivoire et de bois de couleurs diverses. Le prince Pignatelli, nonce du pape, avait offert au roi deux cabinets d’ébène profilés d’étain, dont les nombreux ornements de lapis, de jaspe et de pierres dures semblent dénoncer une origine italienne.
En rentrant dans la série des travaux exécutés directement pour Louis XIV, nous trouvons deux meubles qui présentent trop de rapports avec les œuvres de Cucci pour n’être pas son ouvrage, bien qu’ils ne soient pas placés sous son nom dans l’inventaire. C’étaient deux grands cabinets faits sans doute à l’occasion du mariage de Louis XIV avec Marie -Thérèse, et dont la marqueterie d’écaille et de cuivre était enrichie de dix colonnes de lapis. Dans le milieu des deux portiques étaient placés les bustes du monarque et de sa femme
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surmontant des piédestaux d’ébène et de lapis peint avec les chiffres royaux et des trophées d’armes. Ces deux bustes, d’une remarquable ciselure, sont conscr-
pIG. 7. BUSTE DE LOUIS XIV PROVENANT D’UN CABINET
ATTRIBUÉ A DOMENICO CUCCI.
(Palais de Versailles.)
vés au palais de Versailles, où ils ornent la chambre à coucher de Louis XIV. L’ouvrage le plus considérable de Cucci, celui pour lequel les comptes royaux relatent de nombreux payements dont le total s’élève
à 3o,5oo livres, est le cabinet d’Apollon, quelquefois appelé aussi le Temple de la Gloire, qui avait été commandé pour décorer la galerie d’Apollon au Louvre. Il était accompagné d’un second cabinet dédié à Diane et désigné également sous le nom de Temple de la Vertu. Le couronnement du Temple de la Gloire représentait Louis XIV, sous la figure d’Apollon, conduisant un char à quatre chevaux, tandis que la reine Marie -Thérèse dirigeait le char de Diane, traîné par quatre cerfs. Ces deux meubles étaient portés sur six termes de bois doré. L’intérieur des volets était décoré de six peintures à la gouache pour lesquelles Joseph Werner, artiste allemand, reçut en 1664 une somme totale de 3, 600 livres. Le Musée du Louvre a recueilli trois des compositions de Werner, peintes sur vélin, pour le Temple de la Gloire et celui de la Vertu ; elles représentent Louis XIV vainqueur du serpent Python, le même roi conduisant le char d’Apollon, et enfin le repos de Diane, au retour de la chasse. Ce serait le seul souvenir que nos collections publiques eussent conservé de ces meubles historiques, réformés plus tard comme vieux et hors de mode, si les groupes en bronze d’Apollon et de Diane n’ont pas servi, au siècle dernier, à former le couronnement de grandes pendules à pied en marqueterie d’écaille et d’étain? Nous présumons que l’une de ces pendules (fig. 1 5) décore actuellement le salon des jeux du palais de Fontainebleau. Sans pouvoir nous prononcer d’une manière affirmative en l’absence de preuves écrites, il est facile de constater que le cadran ainsi que les figures qui l'accompagnent sont d’une facture très inférieure au
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groupe principal qui leur sert de base, dont le style rappelle les belles figures du bassin d’Apollon par Tuby. Ce serait dans la seconde moitié du xvme siècle que cette modification peu respectueuse apportée à l’œuvre de Cucci aurait été exécutée par un ébéniste dont l’estampille à demi effacée ne permet plus de retrouver le nom. On sait qu’à cette époque il se trouvait des ouvriers assez habiles pour retrouver les grandes qualités d’effet décoratif des marqueteries de Boulle, s’ils ne pouvaient atteindre le beau caractère de ses créations originales.
En même temps que Cucci exécutait ces merveilles dans la manufacture desGobelins, l’ébéniste PierreGolle était chargé de terminer deux cabinets semblables pour l’ameublement de la galerie d’Apollon. Les ordonnances de payement qui lui furent octroyées ne donnent malheureusement aucune indication sur la nature de ces ouvrages. On croit cependant qu’ils ont dû représenter le Soleil, accompagné des douze signes du zodiaque; les dimensions de ces nouvelles allégories en l’honneur de Louis XIV concordant avec celles des cabinets de Cucci dans l’inventaire de M. de Fontanieu, qui les mentionne ensemble. On possède encore moins de renseignements, s’il est possible, sur deux cabinets faits en 1664, par Saint-Yves, pour la chambre à coucher du roi. Ce n’étaient plus vraisemblablement des œuvres d’un caractère artistique, puisque ce maître menuisier ne touche à cette occasion qu’un acompte de 200 francs.
En revenant en arrière, nous trouvons dans nos musées une série nombreuse de meubles anonymes.
Nous avons déjà cité, en parlant de l’école du Midi, une armoire à deux corps, en bois de noyer, conservée à l’hôtel de Cluny et décorée des figures équestres de Henri IV et de Louis XIII, réunies à celles de Marcus Curtius et de Mutius Scévola, que rien, sauf son exécution sommaire, n’empêche d’attribuer aux ébénistes des galeries du Louvre. La collection Leroy-Ladurie comprenait un grand meuble d’ébène à deux corps, au centre duquel était le buste de Louis XIII couronné, avec un médaillon représentant le sacrifice d’Abraham et des génies ailés. On voit dans les salles du palais de Fontainebleau un buffet en bois de noyer, orné de colonnes corinthiennes finement moulurées, dont les bas-reliefs, empreints du style flamand et représentant l’Histoire de Phaéton et deux des travaux d’Hercule, semblent avoir la même origine. Le style de ce meuble rappelle l’aspect des cabinets de bois d’ébène dont les artistes français avaient étudié la fabrication dans les Pays-Bas et dont il reste plusieurs spécimens qui peuvent leur être spécialement attribués. Le South-Kensington Muséum possède un grand cabinet en bois d’ébène, à deux volets, supporté par quatre colonnes torses. Sur l’intérieur des volets sont sculptés, au milieu d’ornements, deux bas-reliefs dont l’un retrace le Sacrifice d’ Iphigénie et le second la fable de Diane et Endymion. Au bas de cette dernière scène est une inscription, « V Endymion » établissant l’origine française de ce beau meuble. Un second cabinet de grande dimension, dont les supports sont formés par six figures se terminant en gaine et appartenant à M.Chabrières- Arlès, est décoré de bas-reliefs consacrés à l’histoire
LE MEUBLE AU XVIIe SIÈCLE.
de la nymphe Calisto. Le style de ces sculptures rappelle les compositions de Jacques Stella et semble appartenir à Técole franco-flamande, qui prédominait en
FIG. 8. CABINET EN ÉBÈNE. FRANCE, XVIIe SIÈCLE
(Palais de Fontainebleau.)
France dans la première moitié du xvne siècle. Deux meubles semblables décorent les appartements du palais de Fontainebleau; Fun est supporté par six termes.
l'autre s’appuie sur des colonnes cannelées et annelées dont Philibert Delorme avait le premier donné le dessin pour la construction du palais des Tuileries. Il en existe d’autres au musée de Cluny, ainsi que chez de nombreux amateurs, dont la classification est tout aussi troublante, lorsque leurs bas-reliefs sculptés ne sont pas accompagnés d’inscriptions ou de détails qui viennent dévoiler leur nationalité. L’une des plus importantes armoires que l’on connaisse en ce genre avait été prêtée par M. de Saint-Maurice à l’exposition rétrospective de l’Union centrale, en 1 865 . Quelques ébénistes avaient enrichi les panneaux de leurs armoires de sculptures empruntées aux compositions de François Briot. Sur un coffret de l’ancienne collection Leroy-Ladurie, décoré de figures de femmes rappelant les ornements du plat de la Tempérance, on lit la signature du sculpteur Vernes.
On rencontre très rarement en France les cabinets revêtus de peintures, qui sont si nombreux en Allemagne et dans les Pays-Bas. Nous signalerons, à titre de curiosité historique, un meuble de mariage exécuté pour être offert à une duchesse d’Orléans et qui fait partie de la collection de M. Bacot, à Saumur. Ce cabinet est de bois d’ébène avec des incrustations d’ivoire et d’écaille. Les peintures sur cuivre des volets extérieurs sont relatives au siège de Troie; celles de l’intérieur représentent diverses scènes allégoriques en l’honneur de cette union. Dans l’une, la princesse, entourée de ses dames d’honneur, reçoit Mercure, messager de l’Amour; plus loin, les mêmes personnages se promènent dans une campagne au fond de laquelle est placé
LS MEUBLE AU XVIIe SIECLE. si
le pavillon de Dreux; près d’eux, un serpent se tient caché sous les fleurs; sur les tiroirs est peint le portrait de la princesse avec divers attributs. L’ancien inventaire de la couronne décrit une cassette en bois ornée de peintures en grisaille représentant des Bacchanales et garnie d’appliques en cuivre doré, à laquelle on serait assez disposé à attribuer une origine étrangère, si l’on ne savai! qu’elle était l’œuvre de Bosquet, de Marseille, artiste que l’on ne connaît que par ce seul renseignement.
Il serait impossible de préciser à quel moment on a commencé à pratiquer, en France, l’art de la marqueterie de cuivre et d’écaille. Que ce travail fût un produit d’importation espagnole ou flamande, il devint l’objet d’une grande faveur vers le milieu du xvne siècle, et, quelques années après, il finit pas absorber les commandes officielles de la cour de Louis XIV. Les premières tentatives de l’ébénisterie qui reçut par la suite la dénomination générale de marqueterie de Boulle sont au reste difficiles à reconnaître. Rien ne ressemble autant aux tâtonnements primitifs d’un art naissant que les œuvres inférieures d’un ouvrier peu habile, étranger aux principes du dessin, et jusqu’à la fin du xvme siècle les ateliers des ébénistes produisirent des meubles ornés d’incrustations dont souvent l’exécution laissait beaucoup à désirer. Il existe cependant quelques pièces de marqueterie qui portent le caractère évident de l’ameublement du règne de Louis XIII. La plus importante qui nous soit connue fait partie des richesses artistiques du palais royal de Buckingham, à Londres. C’est un grand cabinet, servant à la fois de table à
Sa
écrire, qui est soutenu par des figures d’enfants. Les panneaux des tiroirs sont revêtus d’une marqueterie d’écaille profilée de cuivre et ornés de pierres dures encastrées, dont le travail, identique à celui de Boulle, se rapproche du style hollandais par la lourdeur de la composition générale. Un cabinet de disposition à peu près similaire figure au musée de Cluny, où il est connu sous le titre de bureau du maréchal de Créqui. Bien que les remaniements subis par ce meuble aient modifié en partie son aspect original, on peut cependant y retrouver une œuvre purement française et lui assigner, comme date extrême d’exécution, l’année 1 638, époque de la mort du maréchal. C’est postérieurement, sans doute, que la famille aura complété ou fait restaurer certains détails de cette belle pièce d’ameublement, qui semblent moins soignés. Le cabinet du musée de Cluny est la plus ancienne pièce de marqueterie d’écaille que l’on puisse citer et celle qui montre le mieux ce qu’était cet art spécial entre les mains des prédécesseurs de Charles-André Boulle ou dans celles du maître lui-mëme à l’instant de ses débuts. L’Italie et la Flandre ont également produit des meubles et principalement des tables en bois des îles, incrustés d’ornements en étain. Dans certains ateliers, ces meubles étaient revêtus de panneaux en tarsia de bois exotiques aux tons clairs, se détachant sur un fond plus sombre. Ce travail d’ornementation lut aussi employé en France, et le plus ou moins de goût dans les lignes ornementales peut seul servir de guide pour reconnaître la provenance de ces pièces qui nous restent en grand nombre. Dans l’exécution des
FIG p.
CABINET DÉCORÉ DE MAR Q^U ETERIE DE CUIVRE ET d’ÉtAIN SUR FOND d’ ÉCAILLE. FRANCE, XVIIe SIÈCLE
(Musée de l’hôtel de Cluny.)
coffrets et des cabinets de petite dimension, nos artistes déployaient une singulière habileté, et pour ne citer qu’un exemple entre tant d’autres qu’il serait facile de rencontrer, la collection de Sir Richard Wallace renferme un coffret en bois, incrusté de cuivre et d’ivoire, tout couvert d’arabesques parmi lesquelles sont placés des fleurs et des oiseaux, qui porte dans un cartouche la légende : Fait en massimaux par Jean-Conrad Cornier, monsteur d’harquebisses, l’en i63o. » La délicatesse des ornements de ce petit meuble ne saurait se comparer qu’aux gracieuses compositions dont les armuriers ont enrichi les crosses des arquebuses et des pistolets qui sont conservés dans les musées d’armes de l’Europe.