SCÈNE XVII
DENISE ; puis GUILLAUME.
Z)ent»e, à elle-même. Oh! oui... malheureuse pour la vie ! Après tout, ce pauvre garçon, ce n'est pas sa faute, ça n se commande pas ! (S'essuyant les yeux.) Mais c'est bien terrible, tout de même !
(Elle reste la tête appuyée sur la table.)
Guillaume, entrant par le corridor à gauche, et à part. Dieu ! qu'est-ce que j'ai entendu là ? C'est moi qu'elle aimait ! moi ! . . . pauvre tante ! . . . mais, mais, mais, c'est que moi aussi, je l'amais... je sentais là des... mais le respect... Je ne croyais pas pouvoir devenir mon oncle ! mais mais ce soufflet de tout à l'heure, ça été un coup de soleil . . . et dire... moi qui donnerais... Faut que j'rapapillotte ça, sans avoir l'air... (Il heurte la chaise à droite.)
Denise, l'apercevant. Ah ! te v'ia, Guillaume !
Guillaume, barbouillant. Oui, oui, ma tante... je... je voulais dire... (A part, avec dépit.) J'peux pas parler .. J'ai d'ia poix résine à la langue ! (Haut, faisant le câlin.) Eh ! eh ! ma petite tante...
Denise. Quoi donc ?
Guillaumey s'excitant. Permettez-moi de vous la souhaiter bonne et heureuse...
(Il ouvre ses bras pour l'embrasser.)
Denise, souriant péniblement, se levant, et sans le regarder. Cest un peu tard... mais n'importe. Je te remercie.
Guillaume, à part. Ca ne prend pas. (Haut.) Croyez que toutes fois et quante, si je vous ai fait du chagrin ! . . .
Denise, avec douceur. Je n'y pense plus, mon ami...
d'ailleurs, tu auras ton congé... j'en ai parlé à la Marquise.
(Passant comme pour rentrer dans sa chambre.)
Guillaume, décontenancé, et passant à droite. Vous vous en allez déjà, ma tante !
Denise. Oui, j'ai besoin d'être seule,
Guillaume. C'est que v'ià l'heure du souper.
Denise. Je n'ai pas faim.
Guillaume, On cause un brin.
Denise. J'ai mal à la tête.
Guillaume^ s'en hardissant. C'est que vous disiez tantôt qu'il fallait me marier... et alors, je pensais ..
Denise, à part, et s'arrêtant. Ah ! je devine !... il aime quelqu'un. (Haut.) Demain, demain, Guillaume, nous en parierons... tu seras heureux... vas... je te le promets .. aucun sacrifice ne me coûtera.
Guillaume, ému. C'est que...
Denise. Demain... demain !.,. bonsoir, Guillaume. A part.) Ah ! mon Dieu... et cette ni^nace du Marquis (Haut et près de sa porte.) Ferme bien le moulin... et va te reposer ! bonsoir mon ami !
Guillaume, le cœur gros. Bonsoir, ma tante ! (Plus haut.) Une bonne nuit, ma tante !...
(Elle rentre dans sa chambre, à gauche.) SCÈNE XVIII.
Guillaume seul.
(Il reste un moment immobile, puis il se donne un coup dans le front.)
Et je reste là, comme un hébété ! butor! animal! poule mouillée ! mais arrache-toi donc une poignée d' cheveux ! poche-toi un oeil, casse-toi une dent ! montre donc qu' tas du cœur, grand fâche ! (D'un air de mépris.) Hum ! tu n'oses pas ! tu as peur ! capon ! (Regardant la porte de sa tante.) Et dire que je suis cause...
Denise, dans sa chambre. Eh bien !. . . tu n'es pas couché ! je vois encore de la lumière...
Guillaume. Non, non, matante... je suis parti! (Il souffle la lampe. — Nuit.) Comme ça... j'aurai plus de courage ! (Il avance vers sa chambre.) Me coucher ? ah ! ben oui... je passerai la nui là, à sa porte... je luit parlerai à travers la serrure... je pleurerai... je lui demanderai pardon... (Au moment où il s'approche de la porte, on entend la ritournelle de l'air suivant, en sourdine. Il s'arrête et écoute.) Qu'est-ce j'entends là ? on monte l'escalier... et moi qui ai oublié de fermer le moulin... si c'était des voleurs ?. . . tant mieux ! je m' ferais tuer pour elle. (Frappé d'une autre id^e.) Ou un amouroux .. oh ! celui-là... il en recevrait une ! faut voir... cachons-nous! (Il se blottit dans la huche, à droite, et laisse retomber le couvercle sur lui.)