‹ Le meunière de Marly, comédie vaudeville en un acteChapitre 17 sur 20 · SCENE XIX · texte numérisé non relu

SCENE XIX

Guillaume, caché, Le Marquis, Deux Piqueurs, qui portent un panier et une lanterne sourde.

(Pendant l'air suivant, les deux piqueurs mettent sur la table, à gauche, le souper qu'ils ont apporté dans le panier ; des perdreaux, des fruits, du Champagne, deux couverts et deux bougies qu'ils allument.)

Le Marquis, marchant sur la pointe des pieds.

Air : Dévide ma blonde quenouille.

Marchons dans l'ombre et le silence, N'effarouchons point l'innocence.

L'amour tout bas.

Près d'elle vient guider mes pas, Oui, son flambeau guide mes pas!

Guillaume^ parlant et soulevant le couvercle-cle la huche. C'est le Marquis !

Le Marquis, à ses piqueurs et continuant l'air.

Sans bruit que le souper s'apprête

Eclairez doucement ces lieux. (Jour.)

Ah ! quel ravissant tête-a-tête 1

Et quel repas délicieux ! ,

Tout près de ma tendre compagne

Placez ma chaise et mon couvert.

Là. . les perdreaux et le Champagne.

Guillaume, soulevant le couvercle.

Moi, je me charge du dessert!

ENSEMBLE

Le Marquis.

Dépêchez-vous, faites silence, N'effarouchons point l'innocence.

L'amour, tout bas.

Près d'elle vient guider mes pas, Oui, son flambeau guide mes pas !

Guillaume, à part.

Tenons nous coi — faisons silence, Mais pour punir son insolence,

L'amour, tout bas, Près d'elle a retenu mes pas Et va bientôt guider mon bras.

Le Marquis, à lui-même. J'ai compris le signal... cette lumière éteinte.

Guillavme, soulevant le couvercle. Et c'est moi, imbécille. (Il le laisse retomber.)

Le Marquis^ se tournant vers ses piqueurs. C'est bien, retirez- vous ; la chaise de poste, à l'entrée du petit bois.

(Les piqueurs sortent.)

Guillaume, de même. Une chaise de poste !

Le Marquis^ à lui-même. Oui, palsambleu ! cette petite folle m'a tourné la tête... et à l'issus du souper, je l'enlève comme Zephir.

Guillaume, de même. L'enlever ! attends, attends, méchant.

Le Marquis, ser etoumant. Hein ? J'ai cru entendre. (Regardant autour de lui.) Mais, ce charmant lutin, où est-il donc ?

Guillaume, de même. Vieux rominagrobis !

Le Marquis, cherchant à gauche. Elle s'est cachée, peutêtre ! mais où diable es-tu donc, petit sapajou ? . Guillaume, à mi-voix. Cou-cou.

Le Marquis, montrant la porte à droite. C'est sa voix ! ... par-là ! oui... quand elle m'est échappée... sa chambre ! ... elle veut se faire chercher. (S'avanpant vers la porte a pas de loup.) Divin! le silence, l'obscurité... je m'élance... (Il ouvre la porte et monte en sa frottant les mains.) Elle ne s'attend pas a une pareille manœuvre !

Guillaume, qui est sorti doucement de la huche, fermant la porte à clé, sans bruit. Toi non plus ! tu ne t'attends pas ! coffré ! Ecoutant à la porte.) Grimpe, grimpe, mon vieux ! il en a pour deux heures, avant qu'il se retrouve au milieu des détours du moulin... et quant a ton souper, j' veux tout briser, je veux tout jeter par la fenêtre. (Il court à la table et s'arrête en regardant les plats.) Tiens... ça abonne mine! avec pa que l'émotion m'a creusé. (Frappé d'une idée.) Oh ! quelle idée. (Montrant le côté où est le Marquis.) Sous son nez ! (Appelant à mi-voix.) Hein ! ma tante... dites donc, ma tante ?

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