SCÈNE XX
Gttillaume, Denise.
Denise, dans sa chambre. Comment ! tu n'es pas encore couché ?
Guillaume. C'est que... j' peux pas dormir.
Denise, paraissant en petite cornette à la lucarne qui est à la porte. Ni moi non plus... mais la nuit est avancée, et... (Apercevant le souper.) Qu'est-ce que je vois là, un souper superbe !
GuiUawne. C'est une surprise que je voulais vous faire, pour vot' fête.
Denise, souriant. Pour moi, pauvre Guillaume ! et tu ne me dis rien, tu ne me préviens pas...
Guillaume. Vous v'ià prévenue .. et si vous vouliez venir... là... manger... mon bouquet! il sent joliment bon !
Denise. Ce pauvre garçon ! moi qui l'accusais . . . Mais c'est que je suis à moitié déshabillée...
Guillaume. Que qne ça fait ? venez comme vous êtes.
Den ise. Par exemple ! . . .
Guillaume, câlinant. Bah ! entre nous !... p'tite tante !...
Denise. Eh ben... attends un petit moment... je vais venir ! . . . (Elle disparaît de la lucarne.)
Guillaume, seul. Oh ! fameux ! nous souperons là, tous deux !... Le courage me viendra, et je pourrai lui dire... La v'ià... la voilà.
(La porte s'ouvre, Denise paraît en déshabillé de nuit, à la
paysanne, avec un petit fichu sur les épaules.)
Denise, remettant des épingles. Tu es bien tourmentant, va... quand tu t'es mis quelque chose en tête!
Guillaume, l'admirant de loin. Oh ! Dieu ! je l'avais jamais vue comme ça... C'est qu'elle est à croquer !
Denise, s'asseyant. Allons, viens te mettre à table, sournois !
Guillaume, courant s'asseoir aussi. Près de vous, ma tante ? Oh ! la, la.
Denise. Mais comme tu danses sur ta chaise ! (A part.) Qu'est-ce qu'il a donc ? et quelle singulière figure il me fait! (Regardant le souper.) Quel souper !... Ah ! Guillaume, je te gronderai... Comment! des perdreaux, chez nous ! (Elle en découpe im.)
Guillaume. Bah! pour ce qu'ils m'ont coûté... c'est df la chasse du Roi.
Denise. Tu crois ?
Guillaume. J'en suis sûr. (A part.) Le chasseur se promène là-haut avec les rats.
Denise. Veux-tu l'aile ou la cuisse ?
Guillaume. Dam !
Denise, les mettant sur son assiette. Bah ! toutes deux ! Tu as faim... je vois ça.
Guillaume, lui baisant la main. Oh! oui, je dévorerais...
Denise, se défendant à moitié. Eh bien ! eh bien ! monsieur. (A part.) C'est unique... il ne s'était jamais c 3
avisé... Ah! mais il y a quelque chose d'extraordinaire. (Regardant les bouteilles.) Et du Champagne... mais toutes tes économies y ont passé, mon pauvre garçon !
Guillaume. Ah bah! quand je m'y mets! (D'un air guilleret.) Dites donc, ma tante, faut nout griser... tant pire !
Denise, souriant. Vraiment ? est-ce que tu as le vin gai ?
Guillaume. J' sais pas... faut voir !
Denise, gaîment. Eh bien ! faut voir. (A part.) Bien sûr, il n'est pas dans son état naturel.
(Guillaume s'apprête a décoiffer une bouteille.)