‹ Le Mexique ancien et moderneChapitre 47 sur 92 · Pages 41 et suiv · texte numérisé non relu

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Aujourd'hui l'on en aperçoit encore les ruines, à peine distinctes sous la végétation luxuriante qui a poussé parmi les constructions et s'est implantée dans les murs avec une bien autre vigueur que le figuier destructeur (mala ficus) d'Horace. Dans les champs autour de ces villes, comme dans leur intérieur, la population était abondante. Postérieurement à la conquête, la culture de la canne à sucre et le travail des sucreries, qui dans les Antilles sont considérés comme les labeurs les plus pénibles, se sont toujours faits principalement par la main des Indiens, et accessoirement par les bras des nègres, introduits comme esclaves.

Les blancs ne forment guère que le sixième ou le septième de la population, et encore parmi les personnes qui se donnent ou sont acceptées comme appartenant à la race blanche sans mélange, un bon nombre ont dans les veines une certaine portion de sang indien, ne fût-ce que par la cause suivante : après la conquête les veuves et les filles des nobles aztèques épousèrent des compagnons de Cortez ou d'autres Espagnols qui arrivèrent presque en même temps. Elles leur apportaient la richesse et trouvaient en eux des protecteurs,

On a lieu d'être surpris de ce que, après une possession trois fois séculaire, la population espagnole ne soit pas représentée au Mexique par un plus grand nombre de rejetons. Un million ou même douze cent mille âmes, après trois siècles, attesteraient une faible puissance de peuplement, et démentiraient l'opinion qui a été souvent émise, que les

colonies de l'Espagne avaient dépeuplé la métropole. En bien moins de temps une population blanche, de beaucoup supérieure, a été suscitée aux Etats- Unis, sans que la densité de la population de l'Angleterre en fût affectée. Quand ils eurent acquis leur indépendance, les États-Unis offraient quatre millions d'habitants, dont 3172 000 de race européenne, le reste en noirs et en mulâtres. C'était le fruit d'un siècle et demi seulement d'occupation, et par conséquent d'émigration, en même temps que de multiplication sur place. De nos jours la Grande-Bretagne proprement dite, ou réunion des deux royaumes d'Angleterre et d'Ecosse, envoie des essaims nombreux au Canada, en Australie et dans d'autres colonies, ce qui ne l'empêche pas d'être un des pays de l'Europe où la population augmente le plus.

Il ne faudrait pas dire que le territoire sur lequel se développent ainsi les États-Unis étant un pays très-vaste, par cela même répondait bien mieux que le Mexique à la variété des besoins ou des goûts des émigrants. L'objection serait sans fondement. Sous la domination espagnole, le Mexique avait une superficie huit fois grande comme la France, ce qui formait un champ indéfini ouvert à l'activité des colons. La diversité extrême que la configuration toute particulière du sol mexicain donne au climat selon les différentes divisions du pays , alors même qu'elles sont séparées par de courtes distances, et celle qui s'ensuit pour les productions que l'homme y peut demander à la terre, investissent le Mexique d'une puissance d'attraction qui s'adresse à tous les

penchants et à toutes les aptitudes des colons industrieux, et leur offrent une perspective propre à les captiver. La présence des filons argentifères y joignit dès l'origine une séduction à laquelle les hommes d'imagination sont sensibles et qui manquait dans les pays septentrionaux colonisés par les Anglais. Toutes choses égales d'ailleurs, le Mexique aurait donc pu être, plus que les possessions continentales de l'Angleterre en Amérique, qui sont devenues les États-Unis, le point de mire de cette partie de la population que l'émigration ou le désir de faire fortune portait à traverser l'Océan.

Ce ne serait pas faire une comparaison équitable que de mettre en parallèle les faits de peuplement auxquels notre époque assiste, ou, pour mieux dire, qu'elle accomplit, avec ceux des temps antérieurs. Depuis un demi-siècle environ, c'est-à-dire depuis le retour de la paix générale, le génie des améliorations a acquis des forces inespérées, dont rien dans le passé ne pourrait donner l'idée. Les hommes sont devenus plus entreprenants, et des institutions plus libérales ont favorisé en eux l'esprit d'initiative et l'audace. Dans le perfectionnement des arts utiles en général, les moyens de communication, qui répondent à l'un des plus énergiques instincts des générations actuelles, ont fait de rapides progrès, et les États, de même que l'industrie libre, se sont empressés de les multiplier. De l'ensemble de ces circonstances est résultée une activité prodigieuse dans le peuplement de certaines contrées éloignées de l'Europe, soit que les familles, tranquillisées sur

l'avenir, y aient pullulé davantage, soit que l'immigration leur ait amené du dehors des flots d'habitants. C'est seulement sous certaines réserves bien expresses qu'il est permis de comparer ce phénomène des temps présents avec le peuplement du Mexique, en race blanche, sous la domination espagnole; mais ces réserves faites, la comparaison ne laisse pas que d'être instructive.

Parmi ces contrées , je prendrai les exemples les plus frappants, celui des États-Unis envisagés successivement dans leur ensemble et dans quelquesunes de leurs parties, parmi lesquelles la Californie s'indique d'elle-même , et celui de l'Australie , et spécialement de la région la plus aurifère, la province de Victoria.

D'après le recensement de 1860, la population blanche des États-Unis monte à 27 millions. L'espace de temps qui, en 1860, s'était écoulé depuis le moment où le courant d'émigration de l'Angleterre vers l'Amérique continentale avait pris de l'activité est bien moindre que l'intervalle de la prise de Tenochtitlan ou Mexico à l'année 1810, date à partir de laquelle les agitations de la guerre civile ont empêché l'émigration espagnole de continuer et la population blanche de se développer au Mexique. On peut d'ailleurs considérer 1810 comme la fin de la domination européenne dans la Nouvelle-Espagne.

Jusqu'à la découverte des mines d'or en 1848, la Californie était un désert. Humboldt y mentionnait en 1802 une poignée d'Espagnols avec de rares tri-

bus d'Indiens à demi convertis au christianisme, en tout 15 562 habitants épars sur une superficie immense. Le recensement de 1860 y a constaté 326 000 blancs, tous nouveaux venus, sans compter 35000 Chinois et quelques milliers de noirs et de mulâtres libres, indépendamment des Indiens. Tel est le résultat de onze années seulement d'immigration. Un phénomène semblable s'est manifesté en Australie , à partir de 1851, date de la découverte des mines d'or. La province de Victoria, où ces mines se sont montrées le plus abondantes et riches, avait alors 77 000 âmes de population. En 1861, elle en comptait 540000. C'est un accroissement de 463000 en dix ans. La population nouvelle de l'Australie est presque toute native de l'Europe : celle de la Californie n'est venue de la même source qu'en partie, les Etats-Unis en ont fourni la majeure part. Or, cependant, le voyage de l'Europe à l'Australie ou à la Californie est d'une longueur extrême. Celui des États-Unis à la Californie est moindre ; mais il reste plus difficile que celui de la Péninsule au Mexique, car il se compose de deux longues traversées maritimes coupées par le passage à travers l'isthme de Panama.

En fait de peuplement, je ne sais rien de plus remarquable que ce qui s'est passé dans l'État d'Illinois, de 1850 à 1860. Pendant cette période décennale, cet État est passé d'une population de 851 000 à celle de 1 712000, C'est un gain de 861 000 âmes, c'est-à-dire de plus de cent pour cent. Il est à remarquer que cet accroissement prodigieux est à peu

près tout entier dû à la race blanche, car les noirs et les mulâtres ne sont qu'en nombre insignifiant dans ce bel État de l'Illinois, et d'un recensement à l'autre ils n'ont augmenté que de 2136. L'IUinois ne présente pas cette attraction puissante des mines d'or, qui a appelé en Californie et en Australie tant d'hommes entreprenants, ou celle des mines d'argent qui a été pour une bonne part dans le peuplement, si faible en comparaison cependant, des provinces mexicaines. L'industrie de l'IUinois c'est la culture du sol, culture dont les produits sont analogues à ceux de la France, la vigne exceptée. L'attrait principal de ce pays , c'est la facilité de s'y faire, sous des lois libérales, un patrimoine territorial.

En résumé, on a le droit de dire que le développement de la population blanche au Mexique a été fort médiocre, et que c'est un témoignage contre les institutions que l'Espagne avait chez elle et dont elle se faisait suivre dans ses colonies. C'était en effet la compression organisée et la négation de la liberté.

Les résultats de ce détestable régime peuvent se mesurer par ce simple fait rapporté par l'illustre Humboldt, qu'au commencement du dix-neuvième siècle le nombre des colons fournis annuellement par l'Espagne au Mexique n'excédait pas 800 personnes.

Il m'est impossible de ne pas ajouter que la lenteur des progrès de la population européenne en Algérie, en présence des exemples que je viens de

citer, de l'Australie, de la Californie, de l'Etat d'Illinois et des États-Unis en général , ne tend pas à donner une opinion favorable de l'administration française dans ses procédés de colonisation.

Au sujet de la puissance et de la grandeur qui sont acquises à l'émigration, de nos jours, on trouve des renseignements curieux dans l'excellent commentaire que M. Kennedy a publié sur le recensement de 1860 aux États-Unis, recensement dont la direction était confiée à ses soins éclairés'. L'émigration européenne à destination des Etats-Unis s'est accrue successivement sous l'influence de plusieurs causes, parmi lesquelles il faut ranger le perfectionnement des moyens de communication, soit entre l'Europe et l'Amérique, soit du littoral américain à l'intérieur. Pendant les dix années de 1790 à 1800, l'Union américaine avait reçu un total de 20 000 émigrants ; pendant les dix années qui suivirent, ce fut 70 000; de 1810 à 1820 on alla à 114 000, et dans la période décennale qui succéda, ce fut à peu près de même. Et encore il faudrait retrancher les simples voyageurs qui retournèrent chez eux, ce qui ferait, selon M. Kennedy, une défalcation de 14 ou 15 pour 100. Mais à partir de 1838, le mouvement d'émigration de l'Europe vers les États-Unis devient plus animé. Le nombre non plus décennal, mais annuel, des émigrants débarqués dans les ports des États-Unis, sans compter

1. La publication de M. Kennedy a pour titre Preliminary Report on the eighth Census. Un volume in -8, Washington, fin de 1862.

les arrivages parla voie du Canada, atteint lOOOOO en 1842, dépasse 200 000 en 1847 et monte exceptionnellement à 427 000 en 1854'. Il décroît les années suivantes et tombe au-dessous de 200 000 ; il se rapproche même de 1 50 000 : mais 1 50 000 personnes par an, constituent encore une acquisition importante. Que ne donnerions-nous pas pour en avoir le quart en Algérie ?

Au sujet de la capacité d'émigratioji qui de nos jours est révélée par la civilisation européenne, nous avons un document précis, pour le royaume-uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande. C'est le Statistical Abstract^. Il en résulte que le nombre des émigrants a atteint 299 000 en 1849 et 368 000 en 1 852. De 1851 à 1854 il a été notablement supérieur à 300 000. Pendant les trois années suivantes, il a été au-dessus de 176 000 ; jusqu'en 1860 inclusivement, il a été de plus de 114 000. En 1861 il est tombé à 92 000, sous l'influence de la lutte engagée au sein des États-Unis.

Mais revenons à l'énumération des éléments dont se compose la population du Mexique. Il y avait depuis longtemps, dans les environs du port d'Acapulco, où arrivait et d'où partait le galion des

1, Ce sont principalement des Irlandais et des Allemands qui émigrent aux États-Unis.

2. Ce document, qui se publie tous les ans, résume, sous un très-petit volume, tous les faits principaux du commerce et de l'administration, pour les quinze dernières années. Le gouvernement français vient de l'imiter, mais avec moins d'étendue. Les renseignements relatifs aux finances manquent dans le document français; je ne saurais dire pourquoi.

Philippines et de la Chine, quelques sang-mêlés provenant du croisement des races asiatiques avec la population du pays. C'est une catégorie d'habitants qui pourrait se multiplier indéfiniment par l'immigration des Chinois, car ceux-ci, de nos jours, s'échappent dans toutes les directions qu'ils voient ouvertes, poussés qu'ils sont par le désir d'échapper au régime arbitraire et tyrannique sous lequel ils gémissent dans leur patrie , et attirés dans les contrées où domine la civilisation occidentale ou chrétienne, par la douceur relative des lois et par la protection dont y jouissent à peu près partout la personne et la propriété de l'homme industrieux.

Un gouvernement civilisateur qui voudrait attirer au Mexique une grande quantité de cette population laborieuse, y réussirait avec très-peu d'effort. Il suffirait, en effet, de se montrer équitable envers elle et de la garantir des avanies et des sévices que les colons anglo-saxons de la Californie et de l'Australie ont eu le tort de lui prodiguer. Dans ces deux contrées, les Chinois sont l'objet d'exactions et d'autres mauvais traitements ; des menaces d'expulsion sont continuellement suspendues sur leur tète. Et pourtant ils y restent assez nombreux. Si les Chinois savaient une région où ils fussent assurés d'être protégés à l'égal des blancs , on n'aurait pas besoin de se mettre en frais pour les aller chercher ; ils accourraient d'eux-mêmes en foule. Peu de pays sont situés aussi bien que le Mexique pour devenir le point de mire de l'émigration chinoise.

Par leur application au travail et par leur intelligence des affaires commerciales, ce serait une acquisition précieuse pour la nation mexicaine.

La Chine n'a pas été suffisamment considérée, jusqu'à ce jour, ainsi qu'elle devrait l'être , comme un inépuisable réservoir de population, '^d'oij l'on pourrait tirer , non -seulement des travailleurs adroits, sobres, économes, infatigables, mais encore des commerçants d'une rare habileté. Il a été démode, à une certaine époque, de qualifier les déserts inhospitaliers de la Scandinavie du titre pompeux à'officine des nations. Ce nom pourrait, avec beaucoup plus de justesse, appartenir quelque prochain jour à la Chine, en ce sens qu'il est permis de croire que le cours des événements en fera sortir des populations, qui se porteraient vers des contrées même éloignées.

A la faveur des moyens de communication si prompts et si économiques qu'ofire la civilisation moderne, les grandes migrations deviennent faciles. On vient de voir que des centaines de mille personnes se transportaient tous les ans aux Etats- Unis, avant qu'ils fussent désolés par la guerre civile. Il ne serait pas plus difficile de peupler le Mexique avec des émigrants chinois que la vallée du Mississipi ou le bassin supérieur du Saint-Laurent avec des enfants de l'Irlande ou des cultivateurs des bords du Rhin ou de l'Oder.

On reconnaît de toute part que la première des richesses est une population industrieuse. Il n'en faut pas davantage pour que, dans les États où il

serait aisé de faire arriver des Chinois, les gouvernements donnent leurs soins à cette immigration et se plaisent à l'encourager. La raison alléguée, dans la Californie et l'Australie, par les fauteurs de proscription contre les Chinois, c'est que ceux-ci sont de trop habiles ouvriers , qu'ils travaillent trop obstinément, qu'ils sont trop enclins à vivre de peu, et que parla ils font aux blancs une concurrence préjudiciable. Mais ces défauts reprochés aux Chinois sont des qualités au gré des hommes impartiaux. C'est ce qui doit les faire rechercher dans des pays tels que le Mexique, où l'on rencontre trop souvent les dispositions contraires.

Quant à la population que le pays pourrait porter, elle serait extrêmement considérable, puisque la superficie du Mexique, après tout ce qu'en ont ravi les Américains du Nord, reste encore plus que triple de celle de la France, et, à surface égale, c'est un pays qui, même avec une culture grossière , nourrirait plus' d'habitants que nos contrées. Dans la Terre-Chaude et une bonne partie de la Terre-Tempérée, le bananier prospère, sans qu'on ait, comme dans les Antilles, la crainte de le voir déraciner par les ouragans. C'est pour l'alimentation publique un bienfait sans égal, car aucune plante ne rend avfc aussi peu de travail une aussi grande quantité de subsistance. Une bananerie se perpétue sans que l'homme ait rien à faire que de couper les tiges dont le fruit a mûri et de donner à la terre, une ou deux fois par an, une légère façon en piochant autour des racines. Humboldt calculait, il y a cinquante ans,

qu'un hectare planté en bananes suffisait à nourrir cent personnes , tandis qu'avec le blé, en Europe, en supposant un rendement supérieur à la moyenne de cette époque, c'est-à-dire de huit grains pour un, c'était à peine quatre. Avec un bon système de communications, la banane, cultivée sur les deux plans inclinés qui relient le plateau mexicain à l'une et à l'autre mer, viendrait s'offrir aux habitants du plateau même. A côté de la banane, le Mexique a le manioc; il peut y joindre tout ce qui vient aux Antilles ou dans les régions chaudes de l'Asie. A ces ressources s'ajoute le maïs, dont la consommation était déjà grande du temps de Montézuma, et qui figure dans le régime alimentaire de toutes les parties du pays avec les mêmes apprêts qu'alors. Il forme encore la principale nourriture des classes pauvres ou peu aisées. Cette culture est originaire du nouveau continent, et elle réussit, au Mexique, d'une façon dont on se ferait difficilement une idée dans nos campagnes. La plante, là où elle est favorisée par de fortes chaleurs et par l'humidité, acquiert une hauteur de deux à trois mètres, et elle donne du grain en proportion. Là oii la température est assez élevée, les meilleures terres rendent dans les années propices jusqu'à huit cents grains pour un, et dans les mauvaises environ cent cinquante. Pour les bons terrains, trois à quatre cents peuvent être regardés comme la moyenne, et pour l'ensemble de la région en deçà du tropique, la moyenne est de cent cinquante. L'espace qu'une famille a besoin de

mettre en culture pour subsister est donc infiniment exigu dans la région chaude, et peu étendu dans la région froide telle qu'elle se présente communément. Le blé même vient, au Mexique, d'une manière admirable. Le voyageur en est frappé dans les plaines de Toluca et plus encore dans celles qu'on rencontre aux environs de Puebla, surtout entre cette ville et le village de Saint-Martin.

Au commencement du siècle, pendant que le blé cultivé en France rendait cinq à six grains pour un, la culture mexicaine, qui n'était pas meilleure, qui certainement était pire, présentait un produit moyen d'au moins vingt-deux à vingt-cinq fois la semence. Humboldt, lorsqu'on le lui rapporta, en fat fort surpris parce qu'il était d'un pays où la terre ne donnait alors que le quatrième grain ou le cinquième. Il prit beaucoup de peine pour vériOer le fait, et le trouva exact. C'est une preuve éclatante de la fertilité naturelle des terres mexicaines. Aussi à cette époque le Mexique produisait-il assez de blé pour en exporter à l'état de farine. Il en fournissait au marché de la Havane une quantité importante.

Nous avons indiqué ailleurs quelques autres plantes alimentaires dont la culture a réussi dans l'Anahuac ou sur les deux plans inclinés qui rattachent ce plateau à la mer. La vigne et l'olivier, par exemple, prospèrent au Mexique. Le pays présentant la réunion de tous les climats, il n'est pas de denrée qu'on ne puisse y récolter. En supposant qu'il y ait au monde une contrée qui ait été douée

par la nature au point qu'elle pût se suffire à ellemême, ce serait celle-ci. Une des cultures les plus recherchées, parce qu'elle répond à un besoin toujours croissant parmi les peuples civilisés et qu'elle est fort lucrative, celle de la canne à sucre, y fut pratiquée avec succès et prédilection, aussitôt après la conquête. Cortez avait des plantations de canne à peu de distance de Mexico, sur le plateau même, à Guyoacan. Trente ans après la prise de cette capitale sur les Aztèques, le Mexique exportait du sucre en Espagne et ailleurs. Au commencement du siècle il en livrait au commerce général, outre sa consommation propre, six ou sept millions de kilogrammes \ quantité énorme eu égard à l'état détestable des communications.

Le pays offre aussi une grande quantité de nourriture animale. Le bétail importé par les Espagnols après la conquête s'y est multiplié. Il pullule en plein air, sans qu'on ait à prendre grand souci pour le nourrir. Il y formera des troupeaux indéfinis, lorsqu'on voudra à cet effet se donner quelque peine.

Mais la capacité d'un État pour la population ne se mesure pas seulement à la quantité des denrées d'un usage général qu'on peut lui faire rendre. Elle

1. Les anciens Mexicains faisaient un sirop sucré avec le miel; ils en avaient un autre que leur fournissait l'agave ou maguey; ils retiraient aussi du sucre de la tige du maïs, qui est beaucoup plus sucrée dans les régions équinoxiales que cliez nous. On n'a pas cessé au Mexique de faire du sucre par ce procédé. La canne à sucre ne se trouvait ni chez les Aztèques ni dans aucune autre partie continentale ou insulaire de TAmérique.

s'apprécie plus justement par l'ensemble de la production en tout genre auquel peut s'éiever l'industrie des habitants, parce que, les produits s'échangeant avec des produits, les articles obtenus dans les ateliers, quels qu'ils soient, sont transmutés, par le commerce avec l'étranger, en denrées alimentaires. C'est ainsi que pour la nation anglaise les filés et les tissus de coton de Glasgow et de Manchester ou la quincaillerie de Birmingham se convertissent en blé, en viande sur pied ou salée, en sucre, en thé, en café, en boissons très-diverses. On sait quelle prodigieuse quantité l'Angleterre reçoit de ces divers articles alimentaires, de ceux mêmes oii excelle son agriculture; son imporlation en grains de toute sorte est montée à 46 680 000 hectolitres en 1861^ Par le même procédé, la pratique intelligente du travail et de l'échange, dans l'Union américaine, l'État de Massachusetts, qui a le sol le moins fertile de tous, est parvenu à nourrir et à entretenir dans un degré supérieur de bien-êlre une population relativement plus nombreuse que celle des autres États et déjà presque aussi dense que celle delà France. C'est que ses habitants créent de la richesse sous toutes les formes, produits des manufactures, produits de la navigation, bénéfices du commerce. Ils sont mêm.e arrivés à faire rendre de belles moissons à un terroir de la plus médiocre qualité-.

1. Il y a eu une certaine réexportation, et puis limportation de 1861 a été au delà de la moyenne.

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