‹ Le Mexique ancien et moderneChapitre 54 sur 92 · Voir plus haut, quatrième partie, chapitre v, page · texte numérisé non relu

Voir plus haut, quatrième partie, chapitre v, page

que ne l'étaient les nations de l'antiquité du respect qu'on témoigne aux personnes et aux propriétés. Si l'armée française, observant la rigoureuse discipline à laquelle elle est accoutumée , s'abstient de toute insulte envers les personnes et de toute exaction, si elle paye exactement ses subsistances, si elle évite de heurter Je sentiment religieux des habitants, si, en un mot, elle se comporte conformément aux penchants du caractère français et à la volonté expresse du gouvernement impérial, les Mexicains ne peuvent tarder à se radoucir envers elle.

La retraite inattendue des troupes espagnoles, qui a un moment désorganisé l'expédition tout entière, et qui a obligé la France à un déploiement de forces bien plus grand qu'à l'origine elle ne l'avait prévu, est pour le succès politique de l'expédition un bien plutôt qu'un mal. L'élément le plus vigoureux du patriotisme mexicain, c'est la haine de l'Espagne. Le Mexicain a une antipathie marquée pour l'Américain du Nord, voisin ambitieux dont il redoute les empiétements illimités; mais il déteste bien davantage'la nation espagnole. Il y a un fleuve de sang entre les Espagnols et les Mexicains; il n'existe peut-être pas au Mexique une famille créole, métisse ou indienne, qui n'ait lieu de se souvenir que les commandants espagnols, pendant la guerre de l'Indépendance, ont livré au bourreau ou égorgé sur le champ de bataille, après la victoire, quelqu'un de ses membres, un père, un fils, un frère. Les Espagnols étaient donc, dans l'expédition , des auxiliaires très-inopportuns, plus nuisibles qu'utiles.

Leur éloignement doit écarter beaucoup d'appréhensions et de défiances et apaiser bien des antipathies \

Il ne semble donc pas qu'il y ait de grands obstacles politiques non plus que matériels à ce que l'armée française, une fois parvenue à Mexico, s'y maintienne tout le temps nécessaire pour négocier un traité de paix qui réglerait le montant de l'indemnité à payer aux Français spoliés ou aux familles des personnes assassinées, et qui, pour le payement stipulerait des garanties, en supposant qu'il pût y en avoir de solides en dehors de la présence des troupes françaises. Il est probable que cette occupation de courte durée aurait lieu sans qu'il fût nécessaire à nos troupes de s'entourer d'un système de rigueurs. On peut même espérer qu'après les premiers jours passés, de bonnes relations s'établiraient entre notre armée et la population.

1. L'auteur de cet essai ne voudrait pas qu'on supposât qu'en parlant ainsi ds l'Espagne, il ait la pensée de la rabaisser ou de lui contester sur la marche des événements de notre temps le degré d'influence auquel elle aspire. Il est de ceux qui saluent avec bonheur la renaissance de cette nation autrefois si puissante, chez laquelle un système de compression politique et religieuse tout à la fois, qu'on pourrait croire imité du despotisme asiatique, avait étouffé presque tous les germes de grandeur et de progrès. L'Espagne rentrée dans les traditions représentatives et les voies de la liberté politique, l'Espagne plus portée qu'on ne pourrait le croire d'après les arrêts récents de ses tribunaux à reconnaître la liberté des cultes, l'Espagne travaillant activement à se réconcilier avec la civilisation moderne, a les sympathies de toute l'Europe libérale. Il n'en est pas moins vrai qu'ici, dans cette affaire spéciale de l'expéditiondu Mexique , la participation de l'Espagne était une idée malheureuse.

Page 1