‹ Le Mexique ancien et moderneChapitre 55 sur 92 · LB MEXIQUE · texte numérisé non relu

LB MEXIQUE

Il m'est impossible de ne pas faire remarquer que, dans l'hypothèse où je me place en ce moment, celle où l'expédition se bornerait à prendre Mexico et à y négocier, sous la pression de nos armes victorieuses, un traité d'indemnité, pour évacuer les pays aussitôt après, il y a cinquante à parier contre un que, aussitôt notre dernier bâtiment sorti du mouillage de Yera-Cruz, l'anarchie et le désordre reprendraient au Mexique. Dès lors ce que nous aurions fait signpr par les autorités mexicaines demeurerait sans elTet ; la trésorerie mexicaine, vide plus qu'auparavant, ne servirait pas les sommes qui auraient été stipulées par le traité, et tout aboutirait pour nous à l'honneur d'avoir placé quelques drapeaux mexicains sous le dôme des Invalides, sauf à payer de nos deniers notre gloire.

Dans l'autre hypothèse, celle où les troupes françaises devraient prolonger leur séjour au Mexique, un des meilleurs moyens que nous aurions de nous y rendre populaires serait de délivrer le pays des incursions qu'y font les hordes guerrières des Indiens du Nord. Ces sauvages appelés les Apaches et les Comanches et désignés aussi sous le nom d'Indios Bravos, sont devenus d'excellents cavaliers, depuis que les chevaux introduits par les Espagnols se sont multipliés dans le pays.

Après avoir inquiété les colons, pendant le dixseptième siècle, ils avaient été aisément contenus, dans la dernière période de la domination espagnole, par le moyen des troupes distribuées à cet effet dans des stations qu'on appelait les Presidios,

et surtout par des corps de cavalerie composés de Mexicains, qui montraient autant d'intelligence et d'activité que de bravoure. On les refoulait ainsi dans des savanes arides, semblables aux steppes de la Tartarie. Six à sept mille hommes étaient consacrés à les combattre ou à les observer sur une ligne extrêmement étendue. Mais depuis l'indépendance, ce système de défense a été désorganisé et les sauvages se sont enhardis. Ils ont des vengeances à exercer pour les mauvais traitements qu'on leur avait fait subir autrefois, sous le prétexte de les convertir, et ils se donnent volontiers cette cruelle satisfaction qui est particulièrement chère à l'homme non civilisé. Ils sont devenus plus formidables, depuis qu'ils ont appris à manier les armes à feu que leur vendent les marchands des États-Unis. Il y a soixante ans, ils n'étaient armés que de flèches et de masses.

Plusieurs des États de la confédération mexicaine sont tenus dans une alarme perpétuelle par ces bandes de cavaliers féroces. La Sonora, le Sinaloa, le Chihuahua, le Durango, le Cohahuila, sont placés ainsi sous la même terreur que les barbares de la Germanie inspiraient aux provinces romaines, voisines du Rhin, dans les derniers siècles de l'empire des Césars. Ces sauvages pillent, ils dévastent, ils massacrent. La civilisation disparaît sous les pieds de leurs chevaux. Dans l'état actuel des choses, on peut dire qu'au nord de la province de Zacatecas, ils sont les maîtres, tout autant que le gouvernement de Mexico. En superficie, c'est à peu près la

moitié du territoire de la République qui est menacée d'un sort pareil, non pas à celui qu'ont éprouvé les Gaules, du fait des Germains, puisque ceux-ci étaient destinés à faire refleurir la civilisation un "jour à venir, mais bien à la lamentable destinée qui est échue aux provinces africaines et asiatiques de l'empire romain, envahies par les musulmans et définitivement conquises par les Turcs.

Les Français établis au Mexique à titre d'armée d'occupation pourraient rendre à ce malheureux pays le service signalé de le garantir de ces incursions dévastatrices. Des corps de troupes montées, dont l'état-major au moins serait français, y réussiraient après quelque temps. Les tribus d'Indiens guerriers ne sont pas très-nombreuses et en se concertant avec les autorités des États-Unis, qui sont intéressées aussi à réprimer leurs brigandages, depuis que la Californie, le Texas et le Nouveau-Mexique ont été incorporés dans l'Union, il semble qu'on en aurait raison assez aisément. Notre armée d'occupation se créerait ainsi un titre positif à la reconnaissance des Mexicains. On ne doit pas se dissimuler cependant que les provinces ou États situés au midi de la frontière septentrionale du Zacatecas, et ce sont beaucoup les plus peuplées et les plus riches, ne retireraient pas de nos efforts contre les Indiens sauvages un bénéfice direct, parce que les hordes des cavaliers indiens n'ont pas osé jusqu'à présent s'aventurer sur leur territoire. Dans l'isolement égoïste où les fractions du Mexique vivent les unes par rapport aux autres, il se pourrait bien que

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ces régions du midi de rempire mexicain ne montrassent pas ïme bien profonde gratitude pour nos bons oflBoes en faveur de leurs frères du nord. L'œuvre devrait pourtant être tentée, du moment que nous serions résolus à occuper temporairement le pays, pour protéger le gouvernement né à l'ombre de notre drapeau. Dans ce cas, il serait nécessaire de l'accomplir, afin que les populations eussent une idée suffisante de notre puissance et s'habituassent ainsi à nous craindre, tout en recevant nos bienfaits.

DE l'occupation QUI POURRAIT SUCCÉDER A l'eXPÉDITION

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