LES INDIENS
Nous n'avons à nous occuper des autochtones, ou Indiens, qu'au point de vue de leur situation actuelle dans la nation mexicaine (1).
Relativement à leur passé historique, bornons-nous à dire que la conquête espagnole, contre laquelle il est d'usage de s'élever, ne diffère point de celles du même genre, et que ses cruautés, qui remontent à près de quatre cents ans, ne dépassent point ce que nous avons vu se produire, au début du xx° siècle, dans l'Afrique centrale et aux Philippines, du fait de peuples modernes, et qui prétendent au plus haut degré de culture.
Quoi qu'on en dise, la domination espagnole remplaça la sanguinaire religion des Aztèques par le christianisme, détruisit des institutions barbares pour leur en substituer de plus policées, supprima la caste des Tamenes ou « porteurs », — ilotes et véritables bêtes de somme, composée de vaincus et de leur descendance, — en introduisant dans le pays le cheval, l'âne et le bœuf, transforma en servage le dur esclavage d'une multitude d'indigènes; et, — on le lui reproche maintenant, — conserva, sur un tiers du territoire, les communautés d'Indiens possédant les terres indivis. Enfin, le clergé et le Conseil des Indes protégèrent toujours les Indiens contre la rapacité des colons, et les missionnaires surent amener à la civilisation la plus grande partie des peuplades sauvages du Nord.
(1) Les indigènes, de sang plus ou moins pur, mais dont la vie sociale rappelle celle des ancèlres au momciil do la conquêlo, sont désignés sous le nom générique d' '' Indiens ' . Ce nom leur a été donné par les premiers Européens arrivés dans le Nouveau Monde, et qui, à l'exemple de Christophe Colomb, prirent les terres nouvellement découvertes pour l'extrémité occidentale des ludes. De cotte confusion vient la uoccssité d'appliquer, à l'instar des Anglais, le nom d' " Indous " aux peuples de l'Inde, pour distinguer les deux races.
L'appellation d' " Indiens ", qui désigne les autochtones des deux Amériques, ne saurait maintenant être changée.
Ce n'est point l'épée des conquérants qui a causé les grandes pertes de la race indienne, mais la variole (1) et les épidémies apportées du Vieux Monde, principalement celles de 1545 et 1576. 11 serait aussi injuste d'accuser les Espagnols du quasi-anéantissement des races américaines, que les Français de la disparition
Fig. 8. — Les anciennes populations indiennes du Mexique.
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1"!^ Catégorie. AZTEQUES- TOLTEQUES
3"^ CatfgoHr : Lacandones V!" » Seris
graduelle des Polynésiens. Ces destructions ont été produites par le contact non préparé de deux mondes absolument différents.
En somme, il faut admettre, avec Elisée Reclus, que même la conquête espagnole, avec les massacres, les fléaux et les épidémies qui l'accompagnèrent et la servitude qui la suivit, fut un bonheur
(1) La variole fui apportée par les conquérants et se propagea avec une rapidité foudroyante chez les Indiens, qui ne surent pas se défendre et qui faillirent être anéantis. Durant l'époque coloniale, les épidémies de variole firent un nombre incalculable de victimes, surtout dans la population native. Les ravages les plus furieux du choléra, aux bords du Gange et parmi les agglomérations de pèlerins, à la Mecque, furent peut-être dépassés. La découverte de Jenner vint tard ; elle aurait permis cependant de remédier au mal si l'apathie et l'ignorance des Indiens n'avaient opposé des obstacles, encore insurmontés, à la vaccine.
pour les Indiens, car elle les arracha à une fatalité sans issue, pour les faire entrer, par un bien rude apprentissage, dans le monde nouveau de la solidarité humaine (1).
Une partie des autochtones n'est pas encore associée complètement à la nation, et le nombre de ceux-ci ne peut être fixé avec précision. Seuls, les évêques peuvent renseigner, par à peu près, l'ethnographe. 11 faut donc se contenter d'une énumération sommaire des principales familles indigènes.
Les Aztèques, si célèbres, ne sont qu'une tribu de la race Nahua, laquelle a primé ses congénères, et qui, après la fondation de Tenochtitlan ou Mexico, a joué sur le plateau de l'Anahuac un rôle analogue à celui des Latins en Italie, après la fondation de Rome.
Une partie de la race aztèque, non pure de tout mélange, parle encore la langue des ancêtres, employée, à côté du castillan, dans les campagnes du plateau de l'Anahuac et sur le littoral du Golfe, jusqu'à Coatzaccalcos, puis sur la côte du Pacifique, depuis le golfe de Californie jusqu'à Acapulco et dans le Soconusco (2). Mais les patois modernes ne renferment guère que le tiers des mots de l'idiome primitif, très appauvri par suite de l'amoindrissement social (3).
Non loin de la capitale, sur les montagnes et dans les vallées écartées, se trouvent des groupes épars d'Otomis. Autour de Queretaro, pris comme centre de leur domaine, les Otomis occupent presque entièrement les parties montueuses de l'Anahuac, entre San Luis Potosi et la chaîne neigeuse. Dans certaines régions, ils avaient accepté la langue aztèque dès avant la conquête, et, en d'autres, ils ont ado])té le castillan. On les appelle serranos
(1) L'opinion émise par Elisée Reclus est aussi celle de tous les historiens, archéologues et aniéricanistes mexicains, entre autres de MM. Justo Sierra, Chavero, Orosco y Berra, Piraentel, Gustavo Baz, Garcia y Cubas, etc.
(2) Certains dialectes aztèques se parlent encore dans le Guatemala, le Salvador et le Nicaragua.
(3) La langue aztèque était devenue, dans l'Empire, celle de la civilisation, et le parler de la Cour, de la diplomatie, de l'administration et du haut commerce. Des qu'un territoire avait été conquis, les vaincus étaient tenus de l'apprendre. L'aztèque est une langue polysynthétique, élégante et souple. Su plasticité et sa richesse en termes descriptifs sont remarquables. Elle possède en abondance des mots abstraits. Sa littérature a laissé des chefs-d'œuvre, vantés par les américanisles.
(montagnards). Ce sont les Auvergnats et les Piémontais du Mexique. Leur langue, le hia-hiu, est presque entièrement syllabique.
A l'ouest et au sud, dans le Michoacan et une fraction de l'État de Guanajuato, le fond de la population se compose de Tarasques, descendants d'un peuple que les Aztèques n'avaient pu subjuguer et qui avait créé un Etat civilisé.
Vers le Golfe, sur le versant oriental du plateau, au milieu de populations d'origine aztèque, plus ou moins hispanifîées, se trouvent les Huastèques, habitant des enclaves. Ce sont les frères, par la race et la langue, des Mayas du Yucatan, dont ils ont été séparés il y a fort longtemps.
Un peu plus vers le sud, dans les montagnes d'où se déverse le rio Cazones, sont les Totonaques. Enfin, dans le Hidalgo septentrional et l'Etat de Veracruz, principalement autour de la ville de Iluejutla, vivent quelques milliers d'Acalmans qui ont leur langue propre.
Un autre groupe de populations indigènes vit dans les régions montueuses du Sud et le long du Pacifique, des environs d'Acapulco à l'isthme de Tehuantepec. Ce sont les Miztèques et les Zapotèques, dont les langues dilTèieiit peu, et dont la civilisation fut égale à celle des Aztèques et des Tarasques. Les Mixès, les Zcquès, les Chiapanèques et diverses peuplades de l'Etat d'Oaxaca et de l'isthme de Tehuantepec se résorbent graduellement dans la population métissée.
Au delà de l'isthme de Tehuantepec, dans le Mexique oriental, géographi(piement compris dans l'Amérique centrale, la population indigène est proportionnellement plus considérable que sur le plateau de l'Anahuac. Les Aztèques, nous le répétons, sont représentés dans le Soconusco. Les descendants des belliqueux Chiapanèques habitent la partie nord-occidentale du Chiapas. Plus nombreux, mais avec moins de culture, les Tzendals et les Tzotzils occupent les régions forestières comprises entre la dépression de l'isthme et les frontières du Guatemala. Enfin, de nombreuses tribus errantes ou sédentaires se rattachent aux Mayas policés des Etats du Yucatan, de Campéche et de Tabasco.
Les Mayas étaient le peuple le plus avancé du Nouveau Monde au moment de la découverte, et le seul qui connût un peu de navigation. Ils ont été tenaces dans la résistance et cruels dans la révolte. Presque exterminée par les épidémies apportées par les conquérants, la race maya s'est reconstituée peu à peu, et, tout en s'hispanifiant, n'a point abdiqué sa langue (1). Dans la péninsule yucatèque, les descendants des Espagnols, blancs ou métis, avaient, en grand nombre, désappris le parler de leurs aïeux. En Amérique, pareille vitalité d'un idiome indigène ne se retrouve qu'au Paraguay, où les Guaranis ont également fait accepter leur langage aux fils des conquérants (2). Heureusement, les communications avec le dehors, les besoins du commerce et le développement de l'instruction publique ont empêché l'absorption de l'élément européen.
Au nord de Mexico, dans les Etats de Guanajuato, de San Luis Potosi, de Tamaulipas, de Nuevo Léon, de Coahuila, d'Aguascalientes, de Zacatecas, de Durango et de Sinaloa, les anciennes peuplades indiennes, — leurs noms importent peu, — se sont fondues dans la masse de la population métissée et ont perdu leur parler distinct. A peine reste-t-il quelques traces d'idiome nahua.
Dans ces régions, l'empire aztèque n'avait point dominé, et les Indiens, désignés autrefois sous le nom de Chichimèques, étaient restés à l'état barbare ou vivaient en nomades. Vaincus par les soldats coloniaux et leurs auxiliaires tlaxcalans, aztèques, tarasques, puis convertis par les missionnaires, retenus au travail par les mineurs et les hacendados, les indigènes ont dû apprendre le castillan, afin de pouvoir comprendre leurs maîtres et de s'entendre entre eux, ainsi qu'avec les Indiens de l'intérieur, principalement Tlaxcalans, envoyés en gros détachements pour renforcer les colonies naissantes (3).
(1) Le domaine de la langue maya comprend les Élats du Yucatan, de Campèclie, de Tabasco presque tout entier, du Chiapas en partie, et le territoire de Quinlana Roo. Même il s'étend au delà des frontières du Mexique, dans la colonie anglaise de Belize, et sur une moitié du territoire de la République du Guatemala.
(2) Albert Hans : Le Paraguay et l'Argentine.
(3) Un fait analogue s'est produit aux Antilles, où les noirs amenés comme esclaves, de toutes les parties de l'Afrique, appartenant à des races diverses et parlant des idiomes différents, se sont vus aussitôt obligés de parler une langue unique. Et de cette nécessité est ué le gracieux patois créole.
P^OPUI-ATION ET COr.OXISATION 10.-)
Dans le Chihuahua, la Sonora et le nord du Sinaloa, la situation n'est pas absolument identique. Plusieurs groupes indigènes ne sont pas encore amalgamés. Les Tarahumaras ont conservé leurs anciennes mœurs, très douces, et vivent paisiblement en des villages épars, dans les vallées de la Sierra Madré, sur les deux versants du Pacifique et de l'Atlantique. Seuls, les Tarahumaras habitant les villes et haciendas parlent le castillan.
En Sonora, on trouve un groupe de tribus désignées sous les noms de Pimas et de Opatas, et vivant surtout dans les hautes vallées de la Sierra Madré; ces Indiens sont agriculteurs, amis des blancs, et à demi hispanifiés. Les Mayas, établis près le golfe de Californie, sont réputés pour leurs habitudes de labeur. Beaucoup émigrent, chaque année, pour aller travailler dans les haciendas et les centres de la Sonora ou du Silanoa, mais avec esprit de retour.
Remarquables par leur cohésion, les Yaquis, frères des Mayas et parlant comme eux le cahita, existent dans le sud de la Sonora, mais ils viennent d'être disloqués violemment.
Quelques faibles tribus, telles les Séris, dans l'île de Tiburon, et sur le littoral voisin de la Sonora, assimilés aux anciens Caraïbes (1); dans la Sierra Madré, les Tépéhuans, dont le type et le langage les rapprochent des Mogols; lesCochimis et les Guayacuras de la Basse-Californie, vivant comme à l'âge de la pierre, ne sont plus que des curiosités ethnographiques qui disparaîtront sous peu.
Le malheur de ces pauvres peuplades, et aussi de quantité d'autres des deux Amériques, c'est que l'apostolat des Jésuites a été trop vite interrompu. Il fallait encore au moins un siècle aux missionnaires pour compléter l'œuvre admirable qu'ils avaient entreprise, et que, l'histoire le démontre, ils pouvaient mener à bien; faire passer, sans risques de destruction et par des transitions indispensables, des hommes primitifs à un état de civilisation relative, et préparer ainsi leur entrée dans l'Humanité nouvelle.
(I) Orozco y Bërba.
106 LE MEXIOl'E AU DEBUT DU XXe SIECLE
SITUATION DES INDIGENES
L'énumération des races indiennes terminée, il convient de jeter un coup d'oeil sur leur situation présente.
A part l'aztèque, l'otomi, le tarasque, le mixtèque, le zapotèquc et surtout le résistant maya, les dialectes indigènes, au nombre d'une cinquantaine encore employés, ne sont parlés que par des peuplades sans importance numérique. Ils disparaîtront en peu de temps, comme quantité d'autres ont déjà disparu, sous le régime colonial.
Au reste, certains de ces dialectes ne comptent guère plus, dans leur vocabulaire, que ce millier de mots que Littré assignait aux tribus vivant d'une façon primitive.
Actuellement, l'emploi des dialectes est borné à des villages; dans toutes les villes et bourgades, dans la plupart des haciendas, l'espagnol est devenu le langage usuel. Les idiomes indiens — tels les idiomes gaéliques encore parlés en Bretagne et dans le pays de Galles — ne sont pas dangereux pour l'unité nationale, car ils n'ont point de littérature et ne sont pas utilisés par l'administration. Le clergé les néglige à présent. En certains diocèses, les évèques font, parfois encore, traduire et imprimer leurs mandements pour les fidèles de race indigène, mais aucune langue indienne ne représente un lien moral (1).
Non seulement les anciens idiomes ont perdu toute influence politique, mais, de plus, les villes ayant survécu à la conquête,
(1) Près de 2 millions d'Indieus se servent encore de dialectes indigènes, mais dans le nombre, beaucoup connaissent aussi le castillan.
On estime que le mnhuatl est parlé par envirou 650 000 personnes; le maya, par 250 000; le zapotèque est la langue mère de 224 000 individus, résidant en grande partie dans l'État d'Oaxaca ; l'otomi sert de communication intellectuelle à 205 000 âmes; le mixtèque, à 165000; le totonaque, à 74000; le tarasque, à 42000; le huastèque, à 45000, etc.
POPULATION ET COLOMSATION Fig. 9. — L'hispanifîcation des populations mexicaines.
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Sinaloa.
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Tlaxcala.
District fédéral.
Tamaulipas.
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Yucalaii.
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Veracruz.
Sonora.
(iiianajuato.
Zacatocas.
Tabasco.
Guerrero.
N. H. — Los Etats suivanlK: fltiihnaliii:). Gilcrn^r
n. Sinaloa. Vrracriiz. .Miclio
ir.in. Qiierftarn ft Jalisco,
ainsi que le territoire de Tepic, n'appartit-'iiiient paii
cxcliisivenienl à un seul g
ruupe.
telles : Cholula, Texcoco, Tlaxcala, etc., sont hispanifiées. En un mot, riiispanillcation gagne chaque jour du terrain et sa marche ne peut plus être enrayée.
Les races indiennes sont inégalement réparties sur le territoire et ont des densités différentes. La famille Nahua occupe une grande étendue, et forme divers tronçons, entre lesquels s'intercalent d'autres peuples. Les Zapotèques, les Mixtèques, les Tarasques et les Mayas ont toujours une certaine compacité ; mais ils n'ont point conservé de centre intellectuel et n'entretiennent pas de rapports entre eux. Les divisions administratives, établies par le régime colonial et modifiées par la République forment autant de compartiments étanches où les indigènes restent enfermés.
Il n'y a plus l'ombre d'une organisation nationale chez les Indiens. Les villages ont à leur tète un chef et des anciens, sans aucune action au dehors. Familles princières et caciques de tous rangs ont été remplacés par de grands propriétaires et des fonctionnaires appartenant à la race nouvelle.
Donc, pour les autochtones, plus de langues littéraires, plus de classes élevées, plus de groupements dépassant la commune, plus de souvenirs historiques, plus de foi ancienne, plus de culture particulière, plus de centre de population de quelque importance; mais, dans les haciendas, un demi-servage, et, dans les villages isolés, la vie en communauté rappelant le mir russe.
La variété d'origine des Indiefts empêche de leur donner une caractéristique générale. Ils ont la peau bistrée et épaisse, les pommettes un peu proéminentes, mais moins (juc chez le Mogol; le nez aux larges ailes, les lèvres fortes, mais moins que chez le nègre. Les ])aupières ont une forme spéciale; tandis que la paupière du haut est à peine infléchie au-dessus de la ligne médiane de l'œil, celle du bas décrit vers la joue, une courbe beaucoup plus prononcée que chez les hommes de toute autre race (1). Le crâne est brachycéphale; les cheveux sont noirs, rudes, sans ondulations. La calvitie est rare et les vieillards grisonnent à peine. Les extrémités sont fines.
(1) Hamy.
Les indigènes des hauts plateaux sont forts, bien pris, ont la poitrine bombée et des jambes bien musclées. Leur nourriture est presque entièrement végétale. Ils sont rarement malades, mais la mortalité infantile fait chez eux de grands ravages. On en voit peu de contrefaits. Us donnent des soldats disciplinés, stoïques et d'une excessive endurance (1).
Quant aux femmes, elles sont robustes et souvent belles de corps. En les voyant immobiles, le regard fixe, la poitrine haute, elles rappellent, dit un voyageur, les statues égyptiennes (2).
On a calomnié les Indiens en avançant qu'ils s'adonnaient plus que d'autres peuples à l'ivrognerie. C'est le contraire qui est vrai. Ils absorbent moins de boissons alcooliques que les moujicks russes, les paysans irlandais et les citadins d'Europe et des Etats- Unis. L'Indien est plutôt sobre, et son ivresse n'est pas plus répugnante que celle du blanc.
On les a dénoncés également comme superstitieux. Us le sont moins qu'avant la conquête, et pas davantage que les slaves orthodoxes d'Europe. Ce n'est point le clergé catholique qui les a maintenus dans l'ignorance et la pauvreté, mais bien les coutumes et le système de propriété collective des terres, que le régime colonial a eu le tort de laisser subsister.
Quant aux progrès de la race indienne, quoique lents, ils sont indéniables. Dans chaque groupement, existe maintenant, très respectés, un prêtre, un instituteur, et, innovation de grande ])ortée, une institutrice, — généralement métis, — agents actifs de la civilisation moderne. On l'a noté, les indigènes ne dédaignent pas l'instruction; les Mayas, en particulier, la recherchent.
Déjà, les entreprises minières, agricoles et industrielles, récemment établies, et les grands chantiers des chemins de fer et travaux publics attirent les Indiens par de bons salaires et les font sortir de leur isolement.
Pour sa part, l'Eglise mexicaine, reconstituée, mieux subdivisée et dirigée, et plus éclairée que jadis, contribue au relèvement des indigènes.
(1) Albert Hans.
(2) Lucieu Biakt.
Une preuve, entre autres : en 1901, l'archevêque de Mexico, M^' Alarcon, d'accord avec les prélats des « diocèses à Indiens », a prohibé les « verbenas », ou fêtes de la semaine sainte, réminiscences du paganisme. Donc, les voyageurs ne relateront plus avec tristesse, ces « verbenas », qui, après avoir débuté par des cérémonies religieuses, comprenaient les plaisirs les plus profanes et se terminaient, la nuit, dans une ivresse et une licence sauvages.
En supprimant radicalement, et en dépit de bien des suppliques, ces concessions aux coutumes aztèques, l'Eglise mexicaine a reçu l'approbation de tous les hommes éclairés. Les succès du clergé catholique sont à poursuivre dans cette voie.
Dès à présent, les Indiens sont citoyens de droit. Personne ne leur est hostile. La loi les pousse à l'assimilation, et le gouvernement s'efforce de les faire vivre de la vie nationale (1).
Il est certain que l'assimilation des indigènes villageois dépendra surtout de l'application de la loi de reparto, qui abolit la propriété collective et assure la mise en valeur des terrains inoccupés en fait. Le développement de l'instruction publique, qui diffuse le castillan, et l'accroissement du réseau ferré, qui multiplie les relations, ainsi que des mesures administratives énergiques, tel l'établissement décidé du recrutement militaire par voie de tirage au sort (2), accéléreront encore la fusion de l'élément indien dans la nation.
(1) Au surplus, à loutes époques, les Indiens ont participé, peu ou prou, aux affaires publiques. Sous le régime colonial, ils ont fourni d'excellents soldats, voire de bons officiers, à l'armée royale. Après l'Indépendance, ils ont donné des chefs de valeur aux différents partis qui se disputaient le pouvoir. Rappelons Benilo Juarez, qui a montré les qualités d'un homme d Etat et est mort premier magistrat de la République.
Quel contraste entre la situation des Indiens du Mexique et celle des Afro-Américains des Etats-Unis! Dans la Grande République, où le préjugé de couleur paraît indestructible, les noirs, implacablement repoussés par leurs concitoyens blancs, ne sont, d'après un mot célèbre « qu'un bétail électoral », auquel on demande un vote, mais qu'on ne tolère, ni dans l'Administration, ni dans la Société.
Et tout porte à le croire : les Indiens du Mexique auront fusionné avec les hispanifiés, seront « métissés » selon l'expression d'Elisée Reclus lorsque les noirs des Etats-Unis représenteront encore ce qu'ils sont de nos jours : « une caste de parias. »
On le voit, le contraste plaide éloquemment en faveur de la nation mexicaine.
(2) Albert Hans.
rOPULATIO.N ET COLONISATIOX 111