‹ Le Mexique au début du 20e siècle (volume 2)Chapitre 17 sur 65 · L EMIGRATION · texte numérisé non relu

L EMIGRATION

Il existe une émigration mexicaine. On la connaît peu. Cependant, elle cause un tort sensible à un pays qui réclame des habitants. Son origine remonte loin.

Sous le régime colonial, le Mexique a dirigé des émigrants aux Philippines, où ils ont fondé Manille et introduit le christianisme et la civilisation moderne.

Pendant deux siècles et demi, de puissants navires, dits Naos de China, faisaient annuellement, en temps normal, un voyage aller et retour entre Acapulco et Manille. Us emportaient de l'argent en barre ou monnavé, des fonctionnaires, des soldats et des passagers [)()ui- l'archipel des Philippines. C'est que le Pacifique oflVait alors beaucoup plus de sécurité que la mer des Antilles et rAtlanti(pie. Rarement,- les flibustiers allaient insulter le littoral occidental du Mexique, car il leur fallait doubler le cap Horn, et s'éloigner par trop de leurs points d'appui. Les corsaires hollandais et anglais prirent quelques galions, mais exceptionnellement.

Et en réalité, les Philippines sont une ancienne colonie mexicaine.

Un autre courant d'émigration s'est dirigé, autrefois, en Floride. Ce sont des créoles mexicains qui ont fondé Pensacola et renforcé la population de la Louisiane, quand celle-ci fut cédée à la Couronne d'Espagne.

Apres rindépendaiicc, (piantilé de Mexicains (jiil couru en Californie, lors de la découverte des placers et y sont restés.

Il y a une cinquantaine d'années, il se faisait au Yucatan, appauvri et ravagé, une sorte de traite des travailleurs indigènes pour Cuba, dont les plantations atteignaient alors un haut degré de prospérité. Les indigènes ainsi enlevés se sont mélangés avec la population de couleur de la perle des Antilles.

Actuellement, un courant d'émigration se dirige vers les États- Unis. Il est composé surtout d'ouvriers agricoles qui vont au Texas, au Nouveau-Mexique, dans le Colorado, en Arizona, en Californie, et jusque dans le Kansas, où ils représentent ce qu'on appelle c la main-d'œuvre à bon marché », et où ils sont attirés, à l'exemple des Canadiens français, dans les états de la Nouvelle-Angleterre et de l'Ouest, par l'appât des salaires rémunérateurs et payables en or.

Dans les parties de l'Union Nord-Américaine bordant leur territoire, les émigrants mexicains prennent volontiers contact avec les descendants de leurs compatriotes annexés en 1847, lesquels, surtout au Nouveau-Mexique, ont conservé, dans les petits centres avec le catholicisme, la langue et les coutumes castillanes (1).

Au Texas, en particulier, les Mexicains travaillant dans les plantations de coton, sont plus souvent déçus et maltraités; ils y trouvent tous les ennuis du « péonnage », c'est-à-dire un demiservage, sans les soins et les attentions que les hacendados du Mexique accordent par tradition et par intérêt. Les protestations n'ont servi de rien. Les avis de la presse, les conseils des autorités, aussi bien que la cherté de la vie et les durs traitements subis, n'arrêtent pas les émigrants.

Enfin, plusieurs milliers de Yaquis de la Sonora, fuyant des représailles, ont émigré, en 1901 et 1902, sur le territoire nordaméricain de l'Arizona. Leur départ a privé l'agriculture et les mines d'hommes laborieux.

La dépréciation de l'argent est pour beaucoup dans ce mouvement, qui cessera sans doute quand le Mexique, imitant d'autres pays, acceptera l'étalon d'or et verra ses ouvriers mieux payés.

Il est impossible de chiffrer l'importance de l'émigration mexicaine dans la grande République, vu qu'elle passe, en se dissimulant plutôt, la frontière du nord, et que, depuis longtemps, l'administration nord-américaine ne relève plus les entrées par terre.

D'autre part, tous les ans, des centaines de jeunes gens vont

(I) On remarque que, aux Etats-Unis, le Mexicain s'assimile encore moins vite que l'Allemand et le Canadien. Dans les états frontières, le sang hispano-mexicain s'infiltre quelque peu dans le grand peuple nord-américain en formation, surtout parles femmes.

aux Etats-Unis, pour y parachever leur instruction. Toutefois, ceux-là l'entrent dans la patrie au bout de quelque temps, sans connaître ni le grec ni le latin, mais capables d'aflronter la lutte pour la vie, et aptes au commerce et à l'industrie.

A noter également que beaucoup de Mexicains opulents vont dépenser leurs revenus en Europe, et y fixent leur résidence, créant de cette manière un absentéisme préjudiciable à leur pays.

Il ne faut pas que le prochain recensement fasse éprouver aux Mexicains une déception aussi amère que celle ressentie par les Canadiens, en 1901. Alors les Canadiens ont constaté que leur nombre de 5 336000, en 1891, no s'était accru — en dix ans — que de 505000 âmes, l'émigration vers les Etats-Unis contrebalançant presque l'augmentation due à la natalité.

On a peine à le croire, le Mexique envoie plus d'émigrants au dehors qu'il ne reçoit d'immigrants européens et nord-américains. Toutefois, les émigrants ne représentent guère qu'une perte de bras, tandis que le gros des immigrants forme un gain économique de premier ordre.

L IM M KiKATION"

Jusqu'ici, le Mexique a sollicité, avec peu de succès, les apports de l'immigration étrangère. Déduction laite des naturalisés et des colons installés par l'administration, — catt'goric fort maigre, — les recenseurs n'ont trouvé, en 11)00, que 57507 étrangers, se répartissant ainsi :

Allemands

Arabes

Argentins .

(il

Gualémaléens

liollancluis

Honduriens

AusU'aliens

Anglais

llaliens

Helires.

Japonais

Brésiliens .

Nicaraguéens

Canadiens. .

Nord-Américains

I^éruviens

Colombiens

Coslaricains .

Porluo'ais . .

Cubains

Russes

Chiliens

Salvadoriens

Chinois .

Suédois.

Danois

Suisses

lîqualoriens

Espagnols

I<"rançais . . .

Grecs . . .

Turcs

Uruçruavens

Vénézuéliens

Divers.

To lAI

11 ressort du tableau ci-dessus un gain de ()41<S âmes sur 1895,

(1) Evidemment, ce tableau, doiil les éléments ont été communiqués par M. Antonio Penaliel, serre de près la vérité. Cependant il suggère quelques observations.

L'Arabie n'étant qu'une expression géographique, et la race arabe s'étaut répandue sur une immense surface en Asie et en Afrique, les individus qualifiés Arabes, et qui sont, probablement des Mahomélaiis, auraient du cire mieux classés.

Les soi-disant Turcs sont des Maronites do Syiie, qui essaient de former une colonie dans le Yucatan, comme ils en ont déjà établi en Argentine; ils sont, il est vrai, sujets du sultan, mais appartiennent à la religion chrétienne et à un peuple autonome, vivant dans la chaîne du Liban.

Enfin, les Australiens et les Canadiens, étant sujets britanniques, pourraient être ajoutés, à l'exemple des Jama'icains, au total des Auglais.

résultat iiifimo, comparé à ce que gagnent anniiellenicnt les États- Unis, l'Argentine et le Brésil. C'est que, sur la loule des travailleurs qui partent, chaque année, d'Europe pour le Nouveau Monde, le Mexique en reçoit à peine quelques centaines. Les Etats-Unis, |iar des salaires rémunérateurs, ainsi que l'Argentine et le Brésil, par leurs ollres, attirent presque tous les émigrants.

Anciennement, les étrangers débarquaient à Veracruz, montaient à Mexico, où ils laissaient un contingent, puis se dispersaient sur le territoire. A présent, ils entrent, non seulement par les ports du GolFe, mais aussi par ceux du Pacifique, et par les points de jonction avec le réseau nord-américain. Les chemins de fer ont facilité la dispersion. Malgré cela, un fort groupement d'étrangers existe toujours dans la capitale. En voici le détail :

Allernanils .

Anglais

Italiens

Australiens,

Kl

Austro-Hon

igrois

Japonais

Belges

Brésiliens. .

Nord-Américains

Suisses

Canadiens. .

llispano-Américains de

divers Etais

Européensdediversiitats Turcs, Egyptiens et Arabes

Cuhains. . . .

Cliinois .

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