‹ Le Mexique au début du 20e siècle (volume 2)Chapitre 19 sur 65 · LES I M M I G II A T I O N S M O H M O N E ET CHINOISE · texte numérisé non relu

LES I M M I G II A T I O N S M O H M O N E ET CHINOISE

Deux immigrations d'un caractère spécial, celles des Mormons et des jaunes asiatiques, méritent un examen particulier.

Les Mormons, venus de TUtah, ont ])énétré au Mexique depuis 1882, et ont fondé des colonies prospères dans l'Etat de Chihuahua.

Plus loin, nous le savons, on fait l'éloge, comme agriculteurs, des adeptes du prophète Joë Smith. L'éloge est mérité, nous en convenons, car, de visu, nous avons pu juger leurs œuvres. Toutefois, à notre avis, pour le Mexique les avantages procurés par le labeur des nouveaux venus ne compense pas les inconvénients, déjà visibles, de leur installation.

C'est que les Mormons ne sont pas appelés, à l'instar des autres immigrés de race blanche, à se résorber dans la nation. Au contraire, leurs aptitudes et leurs aspirations les portent à former une individualité ethnique. Si, aux Etats-Unis, et malgré la communauté de langue et de coutumes, ils forment un peuple dans le peuple, à plus forte raison, au Mexique, dont ils dédaignent l'idiome, constitueront-ils une nation dans la nation.

Qu'on ne l'oublie pas, les Mormons du Chihuahua, aussi bien que ceux établis en Polynésie, se considèrent comme Lavantgarde d'un peuple élu ayant une grande mission à remplir : coloniser et dominer dans l'ouest de l'Amérique et sur les côtes du Pacifique. Ils s'intitulent les « saints des derniers jours », traitent les peuples chrétiens de gentils, et sont dirigés en toutes choses par leurs évêques.

Il est certain que les Mormons, amalgame germano-celte, dont les éléments proviennent originairement de Scandinavie, d'Allemagne et des Iles-Britanniques, n'ont pas, contrairement aux Hispano-Américains, aux Nord-Américains, voire aux Afro-Américains, gardé de relations morales avec l'Europe.

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Enfin, le mormonisme n'est pas une de ces sectes protestantes comme il en a tant surgi chez les Anglo-Saxons, mais bien un retour très accentué vers le judaïsme primitif, et, au total, une religion absolument nouvelle, la première éclose dans le Nouveau Monde depuis sa découverte.

Ses adeptes ont l'esprit de prosélytisme et de solidarité porté jusqu'à l'extrême. Leur foi ardente et leurs lois religieuses les poussent à essaimer hardiment et à vivre partout d'une vie propre. Aussi oITrent-ils une certaine ressemblance avec les Boers; mais les Mormons prennent profondément racine sur la terre qu'ils ont su défricher et irriguer, tandis que les Boers sont plutôt pasteurs.

Jamais les Mormons ne deviendront des Mexicains. L'arrivée d'autres coreligionnaires et une natalité prodigieuse, que n'explique pas seulement la polygamie, leur permettront sans doute de jouer un rôle à part, et, un jour, de donner la main, par-dessus la frontière, à leurs frères du Nord. C'est pourquoi, en les encourageant libéralement à venir dans le Chihuahua et la Sonora, on a peutêtre préparé, bien involontairement, des événements analogues à ceux survenus au Texas, en I8'i0, et qui ont laissé chez les Mexicains de douloureux souvenirs.

Puissent, sur ce |)oint, nos pronostics être erronés.

Quant à l'immigration des jaunes, elle n'est pas entièrement nouvelle. Déjà, quelques éléments de provenance asiatique se sont glis.sés dans la population mexicaine. Effectivement, à l'époque coloniale, le galion qui opérait annuellement la traversée entre Acapulco et Manille, et vice versa, rapportait des marchandises, surtout de provenance chinoise. A la faveur de ces échanges, des Tagals et autres Malais des Philippines, des métis Ghino-Tagals et aussi lies Chinois, débarquaient à Acapulco et pénétraient jusqu'à Mexico, où s'opérait un débit considérable d'étoffes et d'objets de l'Extrême-Orient.

Ces relations furent rompues par l'Indépendance. Les Philij)- ])ines ne suivirent pas le mouvement séparatiste; elles restèrent fidèles à l'Espagne jusque vers la fin du xix° siècle. On connaît leur sort.

On pouvait croire que les rapports entre le Mexique et l'Asie

orientale ne reprendraient pas de sitôt, lorsque des jaunes, attirés par la mise en valeur de la Californie et de la Colombie anglaise, arrivèrent sur le littoral du Pacifique. Depuis, repoussés par Tintransigeancc nord-américaine, ils se portent vers le Mexique, où l'on est plus tolérant.

Les Chinois viennent avec l'esprit de retour, offrent une maind'œuvre à bon marché, accaparent des métiers humbles, se montrent laborieux et vivent à part; mais, contrairement à ce qui se liasse en Australie et aux Etats-Unis, ils font souche dans le ])ays. fin effet, jusque dans la capitale ils trouvent des Indiennes qui ne les dédaignent pas, et même, s'ils sont à l'aise, des femmes de race mixte qui acceptent leurs hommages. De là naît une autre nouvelle race de métis, laquelle, heureusement, garde la langue, la religion et les usages de la mère.

On s'en doute, dans le ^prolétariat mexicain, des colères ont été soulevées par l'immigration des Chinois, anxcjuels on reproche d'être inassimilablcs, de faire baisser les salaires, d'avoir introduit le vice de l'opium, d'obtenir la naturalisation et de passer ensuite aux Etats-Unis où, en vertu de leur nouvelle nationalité, ils bravent la loi prohibant le séjour des Célestes et ravalent le titre de citoyens mexicains.

En Sonora et dans le Chihuahua, les Chinois travaillent aux exploitations minières. Dans la péninsule Yticatèquc, on les a vus construire un chemin de fer à travers des marécages; les moustiques, les fièvres et le soleil ne les incommodaient pas autrement. On a constaté que les Chinois abandonnent vile l'agriculture, à laquelle ils seraient vraiment utiles dans les terres chaudes, pour venir s'installer dans les ports du Pacifique et les grands centres, et que leur présence n'a jamais engendré un progrès quelconque.

En plus petit nombre, les Japonais ont suivi. Agriculteurs, ils ont établi, dans le Chiapas, une colonie qui a réussi, et une autre près de Juchitlan, dans l'isthme de Tehuantepec, qui a laissé de mauvais souvenirs; les colons, mal recrutés, se sont livrés au maraudage. On a dû sévir contre eux.

Jusqu'à présent, les Chinois recensés par l'administration mexicaine ne comptent que quelques milliers d'individus, mais leur

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nombre peut s augmenter tout d'un coup, — et formidablement. En eflet, la Chine renferme des réserves d'hommes innombrables. Et si, chaque année, l'Europe, sans s'épuiser, peut envoyer, dans les autres parties du monde, près d'un million d'émigrants, la Chine, elle, peut en déverser le quintuple sans s'en apercevoir.

Au Mexi({ue, de trop gros contingents de jaunes arrivant, l'assimilation de la lace indienne serait retardée et peut-être empêchéCi En tous cas, les edels profitables de l'immigration européenne seraient annulés.

A ce propos, un grand propriétaire mexicain, de vraie souche castillane, à <jui nous exprimions nos appréhensions sur les embarras que pourrait causer, à .son pays, l'accroissement de l'immigration des jaunes, nous répondit :

« N'ayez crainte. Chinois, Japonais et autres de la même famille, tout ça, pour nous, c'est encore des Indiens. »

Cette assurance ne saurait nous convaincre.

Tout comme les Nord-Américains et les Australiens, les Mexicains ont intérêt à ne jias « s'enchinoiser », mais, au contraire, à rester un peuple « blanc » et à resserrer plutôt leurs liens de |)arenté avec nous-, les Européens.

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