LA COLONISATION
Dans le but d'encourager l'immigration spontanée, le Gouvernement mexicain a ])iomulgué la loi du 15 décembre ^HH'^, qui vise le sujet. Cette loi, très li!>érale et bien étudiée, ])rév()it tous les genres de colonisation, depuis l'individuelle jusqu'à la collective; elle fixe les franchises et privilèges accordés aux simples particuliers, ainsi qu'aux entreprises colonisatrices. De plus, l'Administration fédérale, à titre d'essai, a fondé des colonies agricoles. On en comptait 29, en 1899, sur lesquelles, 13, établies par le Gouvernement, avaient une population totale de 3800 habitants, et 16, établies par des Compagnies, 3 770 âmes. Dans la première catégorie, étaient compris les centres mormons (1). Depuis, le chiffre des colons a beaucoup augmenté.
Après les colonies mormones du Nord, on doit citer les colonies italiennes du Centre, qui sont en bonne voie de réussite, telles : Aldana, dans le District Fédéral, dont les débuts furent pénibles, et qui est aujourd'hui florissante; Porfirio Diaz, dans l'Etat de. Morelos; Chipilo, près de Cliolula; Carlos Pacheco, aux environs de Mazata|)lan; Manuel Gonzalez., proche de Huatusco, et Giilierrcz, dans l'Etat de San Luis Potosi. La constance des cultivateurs italiens a été généralement récompensée |)ar le succès.
L'Italien ayant la même meutalité que le Mexicain, |)arlant aussi un idiome latin, pratiquant comme lui le catholicisme, se nourrissant également de maïs et ayant des coutumes analogues, s'assimile promptement. C'est donc avec raison qu'on essaye de dériver sur le Mexique, au moins un filet de l'immense courant d'émigration italienne, qui, annuellement, porte dans le Nouveau Monde tant de force transformatrice.
(1) Voir le ch.ipitre : Agriculture, de M. IL Gomot.
Population et colonisation 123
l']ri |);issant, il est l)on de rappeler la prospérité des anciennes colonies françaises de Jicaltepec et de San Rafaël, dans lEtat de Veracruz. Les descendants des premiers colons français continuent la culture de la vanille, habilement commencée par leurs pères.
Quoi qu'il en soit, il y a loin, de ces essais modestes à ce qui a été entrepris, sur une si grande échelle, j)ar le Chili, l'Argentine et le Brésil.
D'un autre côté, de louables efforts sont tentés pour faire revenir dans les Etats du Nord, les Mexicains o-u descendants de Mexicains, habitant les régions annexées par les Etats-Unis. Ce sont là, en effet, d'excellentes recrues, dont l'assimilation est immédiate.
Mais il est indéniable que, au Mexique la question de l'immigration est liée à celle de l'irrigation. Tous les agriculteurs mexicains réclament des travaux permettant de retenir et d'utiliser les eaux tombant sur le plateau central et s'en échappant aussitôt pour traverser lorrentueusement les terres tempérées et se jeter dans la mer. Les eaux, retenues sur les hauts plateaux au moyen de barrages, scientifiquement placés et solidement construits, transformeraient le pays. Alors, les émigrants européens y accourraient en foule.
Toutefois, grâce à la mise en valeur du sol, à la part prise par le plus grand nondire dans l'exploitation des richesses nationales, aux mesures intelligentes arrêtées par les pouvoirs publics et à la facilité nouvelle des moyens de communication, une véritable nutorolonisation s'opère jusque dans les régions les plus r('< 11léf>i (lu p;ivs. I! «uinicnl il'cii parler spécialeiiuMil .
L AUTOCOLONISATION
Jadis, sous rimpiilsion du Conseil dos Indes, rnuloeolonisation a aceonipli des merveilles. L'Euro])e n'envoyant que des Espagnols, et en nombre restreint, l'administration de Mexico entreprit ellemême la tàelie ardue de mettre en valeur les régions inhabitées du Nord. Faisant appel aux familles de créoles, de métis et d'indigènes, elle en formait des convois et les envoyait dans des régions étudiées à l'avance. De cette façon ont été peuplés les Etats de San Euis Potosi, de Guanajuato, de Zacatecas, de Jalisco, en partie, de Tamaulipas, de Nuevo I^éon, de Cohahuila, de Durango, de Sinaloa, de Chihuahua, de Sonora et la Basse-Californie.
I^es exploitations de mines o|)vdentes donnaient parfois naissance à des centres de population, qui grandissaient avec rapidité, et, de suite, l'administration royale reliait les nouveaux centres aux villes anciennes, par des chaînes de villages et d'haciendas. L'annexion de vastes régions s'opérait ainsi, sans autres difficultés que réduire ou refouler les Indiens bravos, le ])ic du mineur remplissait un rôle aussi saillant que l'épéc du soldat et la croix du missionnaire.
. Cette autocolonisation, presque inconnue de ce côté de l'Atlantique, sera l'éternel honneur de la domination espagnole. Et, si l'on réfléchit qu'elle a été opérée, sans le secours de la vapeur et de l'électricité, insoupçonnées en ces temps reculés, on doit reconnaître que l'Espagne s'est montrée, en Amérique, la digne héritière du génie colonisateur de Rome. Les noms des villes de Salvatierra, de Ilorcacitas, de Monclova, de Linares, de Guadalcazar, de Monterey, et de bien d'autres, rappellent des vice-rois sous lesquels celles-ci ont été fondées et témoignent de la reconnaissance publique.
Mais, dès le soulèvement contre la mère patrie, en 1810, l'auto-
colonisation s'arrêta brusquement, et, de 1821 à 1857, du terrain fut perdu. Heureusement, le président Porfirio Diaz a repris les traditions des meilleurs vice-rois espagnols. Sous sa direction énergique et prévoyante, l'autocolonisation a retrouvé sa vigueur d'autrefois et repris son essor.
C'est ainsi que, déserte, il y a une trentaine d'années, la contrée dite de la "Laguna ", à cheval sur les Etats de Durango et de Cohahuila, compte à présent deux cent mille habitants, desquels 10 0/0 tout au plus sont des étrangers. Et, au milieu des plaines où Ion entendait seulement le hululement de l'Indien, s'élève Torréon, d'abord nœud de chemin de fer, autour duquel se sont groupées des usines, et dont l'agglomération réunit déjà trente mille individus; puis Ciudad Lerdo, San Pedro de Las Colonias et Gomez Palacio sorties du sol en peu de temps. Ou y fabrique des étoffes avec le coton récollé aux environs. Plus haut, Sierra Mojada et Esperanza, nées à côté de gisements miniers récemment découverts et exploités, abritent chacune près de huit mille âmes.
Dans le Jalisco, un ancien hameau, appelé Chapala, situé au bord d\\ grand lac de ce nom, [)etite mer intérieure, est devenu une station balnéaire recherchée, à cause de son site pittoresque et de son climat délicieux. Chapala se développera davantage, quand les moyens de communications avec Guadalajara auront lieu par voie ferrée. Et son grand lac, qui a ses tempêtes, allirera une légion de touristes nationaux et Nord-Américains.
I/autocolonisation se montre aussi dans le Sud ; le territoire de Quintana Roo, reconquis sur les Mayas rebelles, s'est trouvé peuplé, au bout de quelques mois, par huit mille colons civilisés, presque tous mexicains, et installés sur des points bien choisis.
On ne voit pas au Mexique, comme aux Etats-Unis, ces apparition de cités surgissant du jour au lendemain. Néanmoins, on peut ap])liquer à certains centres l'épithète de « villes chamjjignons ».
En Basse-Californie, la Compagnie française des mines de cuivre du Boléo a créé, de toutes pièces, Santa llosalia et son port, et y a groupe six mille âmes.
Des coins inhabités de la Sonora ont vu édifier, en quelques années, des centres de plusieurs milliers d'âmes, tels la Cananea
(8000 habitants) et Nacosari (7000 hahitants), près de puissantes exploitations cuprifères; la Colorada ('i 000 habitants) et Minas Prietas (4000 habitants), près de riches mines d'or et d'argent. Ces localités sont reliées, par dos voies ferrées s])ériales aux réseaux mexicain et nord-américain. Leur naissance, à peine connue des Européens, l'appelle la création des villes minières de l'Alaska et du TransvaaI.
Sur la rive droite du rio Bravo, lleuve servant de frontière avec les États-Unis, on rencontre Nuevo Laredo et Ciudad Porfirio Diaz, situées aux ])oints terminus de voies ferrées, qui se soudent avec les lignes nord-américaines. Ces deux créations résultent de l'établissement d'ateliers et de dépôts de matériaux de chemin de fer, d'entrepôts de douane, de magasins appartenant au commerce, de casernements pour les troupes, d'édifices administratifs. Des gens laborieux y ont transporté leurs pénates et élevé des constructions de tous genres.
Tout à fait au nord, Ciudad Juarez, autrefois Paso del Norte a pris une importance de premier ordre, comme point de raccordement du Central mexicain avec le réseau nord-américain.
Sur la ligne idéale servant de frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, et partant près de Ciudad Juarez pour finir en Basse- Californie, est né Nogales, où le chemin de 1er venant de Guaymas et traversant la Sonora du sud au nord, fait jonction avec les . voies ferrées du pays voisin.
Les villes frontières ont d'autant plus d'avenir, que les échanges avec la Grande République se multiplient à vue d'œil et emploient de préférence la voie de terre. De ce fait, les recettes des douanes montent constamment.
Le développement des ports plaide également en faveur de l'autocolonisation.
Sur le littoral regardant l'Atlantique, où les abris naturels sont rares, 'Veracruz (30000 habitants) et Tampico, sont plus fréquentés, grâce à la sécurité qu'ils offrent à présent aux navigateurs; mais un détestable climat les condamne à demeurer lieux de transit et de négoce. Cependant, Tampico est déjà presque aussi peuplée que Veracruz, si on y comprend son annexe, El
Paso de DoTia Cccilia, jadis hameau de pécheurs, transformé, par l'arrivée du chemin de fer central, en commune de huit mille âmes.
Encore enfermée dans les murailles construites pour la protéger contre les flibustiers, Campèche végète, mais Tuxpan, Alvarado, Frontera, Carmen et Progreso présentent de l'animation.
Sur le littoral du Pacifique, mieux pourvu en havres, les villes croissent lentement. Toutefois, si San Blas et Acapulco restent stationnaires, Guaymas, Altata et Mazatlaa ont gagné. D'autre part, Manzanillo, où s'exécutent des travaux considérables d'aménagement, prend figure, et rivalisera avec Tampico quand le chemin de fer qui le reliera aux Etats du Centre et à Guadalajara sera achevé; puis le port de Topolobambo, où doit aboutir une grande ligne, en construction, venant de Kansas City, dans les Etats-Unis, et traversant les Etats de Chihuahua et de Sinaloa, voit s'élever sur ses rivages une cité qui prendra de l'extension.
Quant à Tonala, Puerto Angel, Huatusco, Sihuantanejo, Chamela, Penitas, etc., ce ne sont encore que des villages, mais ils se transformeront à l'arrivée de la locomotive.
Aux extrémités de la voie ferrée qui traverse l'isthme de Tehuantepec, deux villes viennent d'être fondées auprès de ports en construction : Coatzacoalcos, du côté de l'Atlantique, et Salina Cruz, sur le Pacifique.
Coatzacoalcos s'élève à l'embouchure du fleuve du même nom, et à hauteur de la barre qui arrêtait autrefois la navigation. Des travaux, dont il sera parlé ailleurs, vont supprimer l'obstacle. En 1901, la ville avait déjà cinq mille habitants.
Salina Cruz, non loin de Tehuantepec, autrefois pauvre hameau situé sur une rade foraine, deviendra une cité moderne et bien tracée. Les entrepreneurs du port ont nivelé le sol et fait des installations intelligentes.
V:n auxiliaire merveilleux, le chemin de fer, est venu apporter son concours à lautocolonisation. Avec lui, on obtient des résultats j)lus prompts et plus efficaces qu'avec les colonnes militaires et les missions de l'époijuc coloniale. Une voie ferrée fait sentir sa féconde influence sur une large zone s'étcndanl à droite et à gauche. Et
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dans un pays ncul, chaque halte de kx lotomotive devient un foyer de progrès.
Que de stations, principalement dans la région du Nord, ont donné naissance à des centres nouveaux et permis de transformer des terres désertes en champs cultivés et en pâturages (I)! Malheureusement, l'autocolonisation est ralentie par ce fait que les Indiens des Etats du Sud et du Centre : Chiapas, Oaxaca, Puebla, Veracruz, Guerrero, Michoacan, Mexico, Tlaxcala, Morelos, Hidalgo, Queretaro, Jalisco, Colinia et Tépic, ne se déplacent pas; ils aiment leurs vallées et en ont la nostalgie. Cependant, sobres et se contentant d'une rétribution modique, ils aideraient au développement de certaines régions favorisées par la nature, telles que la Sonera et le Yucatan (2), où des travailleurs sont réclamés à grands cris.
Certes, des déplacements d'Indiens ont eu lieu autrefois, par ordre des vice-rois et sous la conduite de religieux, mais les lois en vigueur ne permettent plus de transporter ainsi des populations contre leur gré. Toutefois, bon nombre d'enfants de la montagneuse Iluatesca ont traversé la mer pour aller cultiver le henequen dans les plaines yucatèques. C'est de bon augure.
(1) L'exemple le plus frappant en est offert sur la ligne de Chihuahua aux Étals- Unis. Là où, après 1 inauguration, la ligne ne traversait que des solitudes, le voyageur aperçoit maintenant des fermes et d'innombrables troupeaux.
(2) Les grands propriétaires du Yucatan font venir des bras des États de l'intérieur. Pour cela, leurs courtiers emploient souvent des moyens illicites. La Justice a arrêté le départ des jeunes garçons recrutés par des procédés délictueux, jusque dans la capitale.