‹ Le Mexique au début du 20e siècle (volume 2)Chapitre 2 sur 65 · Ilu.MBOLDT, Op. cit. I. I, p. 434 et · texte numérisé non relu

Ilu.MBOLDT, Op. cit. I. I, p. 434 et

IN IRODUCTION GÉNÉRALE 17

friche ou en pâtures, dans lesquelles errait un bétail à demi sauvage.

Plusieurs vice-rois organisèrent des colonies dans les régions septentrionales et y envoyèrent des convois de blancs, de métis et d'Indiens de l'intérieur, qui ont lait souche et ont Fondé des villes (Ij.

Les premiers vice-rois donnaient les hommes avec la terre. Dans les }>remiers temps les Indiens, n'ayant aucun recours contre leurs concjuérants, furent victimes dune brutale oppression. Le Conseil des Indes essaya de tempérer cet asservissement en le réglant; il créa les « encomiendas », système qui plaçait les tribus indiennes dans une sorte de servage de la glèbe sous la main d'un maître, laïque ou ecclésiastique, et qui n'atteignit que très imparfaitement le but. Les « encomiendas » étaient de véritables fiefs, dont beaucoup disparurent au x\ iii° siècle, parce que le Gouvernement n'en renouvela pas l'investiture et finit par les supprimer.

L'exploitation des mines a été une des sources de richesse les plus productives. Elle a été aussi le plus puissant attrait pour la colonisation- espagnole, surtout nu xvi" et dans la moitié du xviii" siècle. Fernand Cortez, dès son arrivée à Mexico, avait admiré l'abondance des métaux précieux et l'art des orfèvres mexicains à les travailler, et il s'était empressé de signaler ces merveilles à Charles-Quint.

Les Espagnols perfectionnèrent les procédés d'extraction et d'amalgamation, sans cependant économiser la main-d'œuvre. A la fin du XVIII* siècle, on comptait près de cinq cents localités et de trois mille mines où celte exploitation était pratiquée. Elle l'était surtout dans les districts de Guanajuato, de Zacatecas et de Catorcc qui à eux seuls produisaient environ 1300000 marcs d'argent. Les gisements d'or étaient beaucoup moins importants. Dans les vingt dernières années du xvm" siècle, le rendement annuel, d'après Humboldt qui a étudié spécialement la question, a été de

1. Voir le chapitre : Population et Colonisation . par le prince Roland Bonapakte.

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7 000 marcs d"or et de 2 500 000 marcs d'argent, soit une valeur de 22 millions de piastres fortes. Le monnayage, qui avait commencé à Mexico en 1537 (1) et qui était, année moyenne, à peine de 4 millions 1/2 de piastres dans la dernière décade du xvii" siècle, monta à plus de 22 millions pendant la première décade du xix".

Les ouvriers indiens, qu'on désignait sous le nom de « péones », ne turent pas cependant délivrés par là de la sujétion où les maîtres les retenaient dans les haciendas ou dans les tabriques. Aimant le plaisir et n'ayant aucun sentiment de la prévoyance, ils demandaient à leur maître ou acceptaient de lui des avances d'argent qu'ils étaient incapables de rembourser, et ils se trouvaient liés par leur dette et obligés de se contenter dun salaire inlime (2j.

Grâce au progrès général des idées sociales en Europe durant la seconde moitié du xviii" siècle, à des réformes administratives telles que la division en province et l'institution des intendants en 1786 (3), à l'accroissement du rendement des mines et de l'agriculture, à des vice-rois de haut mérite, la population gagna en richesse et la situation des Indiens s'améliora.

1. Le mouQayage de l'argent a comujencé en 15^7; celui de l'or en 1679. On n'a de données précises snr le monnayage (de l'argent) que depuis 1690.

2. Humboldt, parlant des fabriques, peu nombreuses d'ailleurs et misérablement installées, dans lesquelles des ouvriers libres travaillaient eu compagnie de forçais, dit : « Les fabricants de Queretaro emploient le même stratagème dont on se sert dans plusieurs manuiactures de draperies de Quito et daus les fermes où, par manque d esclaves, la main-d'œuvre est excessivement rare. On choisit parmi les indigènes ceux qui sont les plus misérables, mais annonçant de 1 aptitude au travail ; on leur avance une petite somme d'argent; l'Indien, qui aime à s'enivrer, la dépense en peu de jours; devenu le débiteur du maître, il est enfermé dans l'atelier, sous prétexte de solder la dette par le travail de ses muius. On ne lui compte la journée qu'à un réal et demi ou à vingt sous tournois. (Le salaire moyen eu France alors n'était pas plus élevé; mais dans un pays où l'argent abondait il devait être plus élevéï. Au lieu de le payer argent comptant, on a soin de lui fournir la nourriture, de l'éau-de-vie et des bardes, sur le prix desquelles le manufacturier gagne 50 à 60 p. 100; de cette manière l'ouvrier le plus laborieux reste toujours endetté, et l'on exerce sur lui les mêmes droits qu'on croit acquérir sur un esclave qu on achète. » Humboldt. Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne, t. IV, p. 9.

3. Voici le jugement que portait un témoin oculaire et éclairé, Alexandre de Humboldt, parlant sur les fonctiounaires : « Le premier choix des personnes auxquelles la Cour a confié les places importantes d intendants ou de gouverneurs de province a été très heureux. Parmi les douze qui administraient le pays en 180i, il n'y eu avait pas un seul que le public accusât de corruption ou d un manque d'intégrité. » Essai politique sur te royaume de la Nouvelle-Espagne, t. I, p. 390.

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Situation bien humble cependant. « Le Mexique, disait Iluml)oldt, est le pays de l'inégalité. Nulle part il n'en existe une plus effrayante dans la distribution des fortunes, de la civilisation, de la culture du sol et de la population. » Il citait, d'une part, la bande de terre du plateau entre Mexico, peuplé de 135 000 habitants, et Puebla, « couverte de villages et de hameaux comme les parties les plus cultivées de la Lonibardie », et, tout près de là, des régions qui n'avaient pas « dix à douze personnes par lieue carrée « ; et, d'autre part, la somptuosité des édifices publics et le raffinement du luxe des riches citadins, contrastant avec « la nudité, l'ignorance et la grossièreté du bas peuple (I). »

Les distinctions légales aggravaient la diftérence des fortunes. Les Indiens étaient considérés comme en perpétuelle minorité et ne pouvaient signer d'obligation valable au-dessus de 5 piastres. A la campagne ils étaient parqués dans des villages de 500 mètres de rayon, dont ils cultivaient les terres en commun sans avoir toujours le bénéfice de la récolte. Ils travaillaient en outre pour les grands propriétaires.

« Les Indiens et les sang-mèlé, écrivait en 1791) l'évéque de Michoacan dans une supplique au roi, cultivent le sol; ils sont au service des gens aisés; ils ne vivent que du travail de leurs mains. Leur couleur propre, l'ignorance et surtout la misère, les placent dans un éloignement presque infini des blancs, entre les mains de (jui se trouvent presque toutes les propriétés et les richesses. 11 en résulte entre les Indiens et les blancs cette opposition d intérêt, cette haine mutuelle, qui naît facilement entre ceux qui possèdent tout et ceux qui n'ont rien...

<( La loi défend le mélange des castes; elle défend aux blancs de se fixer dans les villages indiens; elle empêche que les natifs ne s'établissent au milieu des Espagnols. Cet état d'isolement met des entraves à la civilisation. Les Indiens se gouvernent par euxmêmes; tous les magistrats subalternes sont de la race cuivrée.

1. IIuMBOLDi. lissai politique sur le royaume de la iXoui'et le- Espagne, p. 390 et :i91.

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Dans chaque village, on trouve huit ou dix vieux Indiens, qui vivent aux dépens des autres, dans l'oisiveté la plus complète, et dont l'autorité se fonde ou sur une prétendue illustration de naissance, ou sur une politique adroite et devenue héréditaire de père en fils. Ces chefs, généralement les seuls habitants du village qui parlent l'espagnol, ont un grand intérêt à maintenir leurs concitoyens dans l'ignorance la plus profonde... (1) »

L'auteur semble avoir rassemblé à dessein les couleurs sombres pour émouvoir la Coui-. Mais il n'a pas forcé la séparation des castes; elle existait encore au début du xix" siècle.

On distinguait sept races ou nuances, qu'on ])cut ramener à quatre : les Espagnols purs, nés en Europe ou aux Canaries; les créoles, nés au Mexique, mais de sang blanc; les métis, comprenant les descendants de blancs et d'Indiens, de blancs et de nègres, de nègres et d'Indiens, les Indiens et, en septième lieu, les nègres importés ou nés dans le jxi) s.

Espagnols et créoles étaient des blancs qui, devant la loi, avaient les mêmes droits, mais qui en fait n'étaient pas égaux. Les premiers, dits « Gachupines », avaient la morgue de leur origine; par esprit de défiance, la métropole leur réservait tous les hauts emplois. Sur les soixante-quatre vice-rois, dont quelquesuns furent hommes d'Etat remarquables, il n'y en a eu que quatre, Luis de Valasco, marquis de Saliuas (1590-1595), don Juan de Acuna (1722-1734), Bernardo de Galvez (1783-1784) et le comte de Revillagigedo (1789-1794), qui fussent nés en Amérique. Parmi les Espagnols, les créoles, tenus à l'écart, les enviaieut et leur étaient hostiles; à leur tour, ils tenaient en mépris, comme gens d'essence vile, tous les métis. Les familles de sang mélangé qui s'élevaient à la fortune et qui, par leur instruction et leur intelligence, ne le cédaient pas aux blancs, se fondaient vite dans la population créole.

La culture intellectuelle était en général très médiocre. Il y avait cependant des hommes qui se distinguaient dans les lettres

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