‹ Le Mexique au début du 20e siècle (volume 2)Chapitre 25 sur 65 · RESUME · texte numérisé non relu

RESUME

Pour conclure :

Le président Porfirio J)iaz s'est montré, clans sa pairie, le cligne successeur de ces hommes émincnts, — honneur de l'Espagne, — qui ont composé le Conseil des Indes, et cpii, en matière de colonisation, ont, avec de faihles moyens, accompli de si grandes choses dans les deux Amériques !

Grâce au président Porfirio Diaz, les Indiens bravos ont vécu, le domaine de la civilisation s'est accru, et, à l'exemple de la Russie, le Mexique s'agrandit au dedans, car il colonise, avec son propre peuple et ses seules ressources, des fractions de son tertoire dont, auparavant, la possession n'était que nominale, et d'où sa souveraineté avait même été repoussée.

Au reste, l'autocolonisation est loin d'avoir accompli sa tâche.

Dans les États du Nord, les prospecteurs de mines poursuivront leurs travaux, et de futures exploitations minières enfanteront des cités. Le mineur appellera toujours l'agriculteur, le marchand et l'artisan.

Mais ce qui favorisera extraordinairement l'autocolonisation, c'est le développement des chemins de fer. Aussi, la prompte construction de la voie ferrée, dont le tracé est adopté en principe, et qui doit partir de la ligne transisthmique de Tehuantepec et ahoutir à Puei'to Morelos, au nord-est de la péninsule du Yucatan, est par-dessus tout souhaitable. Cette ligne procurera de précieux avantages politiques, stratégiques et économiques; elle sera un trait d'union entre le Mexique central et le Mexique oriental; elle supprimera toute velléité de séparatisme dans le Yucatan; elle permettra la mise en valeur de régions inabordables, faute de moyens de communication; elle portera, pour mieux dire, le Mexique sur son littoral, à peine fréquenté actuellement, de la mer

des Antilles, littoral qui présente des fonds et des abris meilleurs que ceux du Golfe, et qui, le canal de Panama ouvert, fera face à l'une des routes maritimes les plus fréquentées du globe; elle renforcera la position du Mexique dans l'Amérique centrale, où se trouve l'avenir de la Nation; elle opérera, enfin, dans le Mexique oriental, une transformation merveilleuse et comparable à celle réalisée dans le Dominion par le chemin de fer transcanadien.

En passant à un autre ordre d'idées, les Pouvoirs publics doivent obéir aux suggestions du Conseil supérieur de Salubrité en rendant la vaccine obligatoire pour tous. C'est l'unique moyen de mettre un terme aux ravages de la variole. Il faudra encore de longues années à l'hygiène pour infdtrer ses enseignements salutaires dans les masses urbaines et rurales. Et il est pratique d'assurer l'augmentation du capital humain, le plus précieux des biens d'un pays, en sauvegardant l'existence des enfants et des adultes nés sur le sol national. On peut alors se passer de l'immigration étrangère.

L'émigration vers les Etats-Unis est un mal naissant. Il faut l'enrayer par des mesures économiques, sous peine d'en souflrir cruellement, comme le Canada.

Il convient, pour le Gouvernement fédéral, d'attirer une fraction plus considérable de l'émigration européenne, qui va enrichir sans cesse le Nouveau Monde. Et la tâche paraît assez facile en ce qui concerne particulièrement l'émigration italienne, laquelle conviendrait admirablement au pays.

Au point de vue national, les Chinois sont pernicieux. L'expérience a révélé f|ue c'était acheter trop cher l'abondance et le bon marché tie la main-d'œuvre, que d'inoculer à une civilisation à base européenne le virus des mœurs, des vices, des qualités même des « jaunes ». Le « mal jaune » n'est pas un vain mot. Les Etats- Unis ont su l'éviter et l'Australie est en train de l'éliminer. Au Mexique d'imiter ces deux ]>ays, indéniablement très avancés et clairvoyants.

La population mexicaine est en pleine fusion.

La race blanche peut compter sur de nouveaux apports, qui lui permettront de continuer sa mission civilisatrice.

L'amalgame des Indiens ruraux n'étant plus retardé par des

coutumes surannées et la possession indivise des terres, devient certain. Il suffira d'appliquer avec énergie et méthode les lois promulguées, de développer l'instruction publique, de diffuser le castillan chez les Indiens et d'accepter la collaboration efficace que pourrait lui procurer le nouveau clergé séculier, à qui les indigènes obéissent au moins autant qu'à l'administration civile. L'amalgame peut être achevé à la fin du siècle.

Les métis sont appelés à devenir le fond de la population. Dès aujourd'hui, grâce à la législation et aux mœurs, ils sont, en tout, les égaux des blancs, de race plus ou moins pure; ils ont le sentiment du patriotisme; ils régissent les destinées du pays; ils s'étendent d'Acapulco à Veracruz et delà Sonora au Yucatan; ils ])oursuivent un même idéal et s'acheminent vers l'unité ethnographique. A eux appartient l'avenir.

Et un jour viendra où, de par l'atavisme, les traces ethniques des Européens et des Indiens s'apercevront encore chez le peuple mexicain, comme s'aperçoivent aujourd'hui celles des Arabes et des Goths chez le peuple espagnol, et celles des Finnois et des Tartares chez le peuple russe; mais l'esprit national n'en sera pas altéré. Alors, tous les Mexicains ne parleront qu'une langue, riche et harmonieuse, et n'auront qu'une âme, noble et bien trempée.

Roland Bonaparte.

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