LA SECURITE 1> L' 15 L I Q L' E
Extinction du banditisme. — Si le Mexique craujouid liui n'est plus le Mexique « des gouvernements instables, des présidents éphémères, des éternels déficits dans le budget, des Etats sans voies de communication, et surtout des conflits perpétuels, c'est principalement à la présidence du général Porfirio Diaz qu'il en est redevable; pour se faire une idée de l'état dans lequel il trouva le pays, il suffit de voir, d'après les témoignages mexicains eux-mêmes, quelle était l'insécurité générale au moment de son avènement et comment les trouilles civils avaient contribué à l'aggraver en ne fournissant au banditisme que trop d éléments pour se recruter et trop de moyens pour s'exercer impunément. Nous trouvons dans une étude intitulée : Autrefois et maintenant [Antes y Aliora) un tableau où sont mis en regard, d'une façon frappante, le présent et le passé, non le passé lointain, mais le passé d'une vingtaine d'années. En quelque contrée que ce fût, qu'elle se dît libérale ou conservatrice, le premier coquin venu s'intitulait capitaine ou commandant, organisait une bande, réquisitionnait les chevaux et les mulets, arrêtait les diligences, dévalisait ou tuait les voyageurs, puis après quelques exploits de ce genre, se donnait comme une façon de héros populaire et n'était pas loin de se prendre lui-même pour un redresseur de torts. Les propriétaires d'haciendas terrorisés lui servaient, à titre de rançon, un tribut mensuel, bon gré mal gré subvenaient à l'entretien de sa troupe, et s'il arrivait au caballero de succomber dans une rencontre, assistaient à ses funérailles.
Encore n'était-ce là que de vulgaires coureurs de grands chemins; d'autres, plus audacieux, parvinrent à s'attribuer un caractèr'e politique. A côté d'hommes d'Etat véritables, qui ont
donné d'admirables exemples de droiture et de désintéressement, comme les auteurs de la Constitution de 1857, qui sont tous morts pauvres, après avoir exercé un pouvoir à peu près sans contrôle, on vit, pendant la période suivante, des chefs de bande prétendre aux fonctions publiques, négocier plus ou moins ouvertement avec les autorités, quelques-uns même traiter de puissance à puissance avec le Gouvernement. Tel le fameux Lozada qui, pendant plusieurs années, tint sous son commandement le territoire de Tépic, reçut de l'empereur Maximilicn les insignes de général de division et une épée d'honneur.
En ])résence de ce fléau et de bien d'autres, le président Porfirio Diaz se mit résolument à l'œuvre; il s'assigna pour tâche la pacification morale et la pacification matérielle du pays, assurées l'une par l'autre, leur donnant à la fois pour moyens et pour conséquences un ensemble d'institutions et de mesures destinées à transformer le Mexique.
Il est intéressant de trouver, dans les rapports présenté» au Congrès par cet homme d'Etat, l'exposé de ses vues et de son système de gouvernement; non que ses idées politiques générales diffèrent de celles fpie professe la démocratie française, mais ses moyens d'action ne manqueraient pas d'éveiller en Europe l'étonnement et la résistance; considérant qu'il y avait dans le classement des partis mexicains ])lus de rivalités d'ambitions que de luttes de principes, il résolut de faire appel avant tout à des groupements d'intérêts, il s'enferma dans une sorte de neutralité politique à la faveur de laquelle chacun, abstraction faite de ses antécédents et de ses sentiments personnels, devait trouver avantage à se prêter aux vues du Gouvernement et à collaborer à la j)rospérité générale. C'était la seule forme d'adhésion <|M'il demandât.
« Peu de politique et beaucoup d'administration », tel fut le programme que se donna le général Porfirio Diaz, et il eut ])our maxime de considérer comme éteintes les anciennes rivalités politiques et de compter môme parmi les forces vives de l'Etat les hommes énergi(jues et honnêtes que des convictions opposées aux siennes avaient amenés à prendre les armes. Président de la Fédération, il oublia fpie, comme général, il les avait eus pour adversaires; autant
il eut à déployer d'énergie pour écraser le banditisme, autant il montra de tolérance et de largeur de vues dans sa conduite avec les anciens chefs de l'opposition. Pour les rallier successivement, il suffisait, pensait-il, des grandes entreprises agricoles, industrielles ou commerciales qui s'offraient comme un aliment à leur activité; les agitateurs, convertis en hommes de jiaix et de travail, allaient ainsi devenir ses collaborateurs indirects et, pour leur part, contribuer à la prospérité générale, à ses yeux la meilleure garantie de la paix publique. Il n'hésita même pas, au bout de quelque temps, à en investir un certain nombre de fonctions officielles où tous, sans exception, ils justifièrent pleinement sa confiance. Nous n'avons pas à juger ici, du point de vue supérieur de la politique des idées, ce système purement réaliste d'action et de gouvernement. Et nous avons trop vivement combattu en France une politique analogue pour avoir besoin de faire des réserves sur les consécjuences morales qu'elle ne manquerait jias d'entraîner dans un autre milieu; mais dans un pays où la sécurité matérielle était le premier, l'unique besoin pressant de tous les citoyens, peut-être était-ce la seule méthode qui pût conduire à ce résultat. En tout cas, le succès répondit pleinement aux vues du président Porfirio Diaz, et nul ne peut nier que c'est grcâce à lui, presque à lui seul, que le Mexique doit son retour à la vie normale d'une nation pacifique et laborieuse.
Police rurale. — Les escadrons de la garde rurale, crées le 5 mai 1861, par le président Benito Juarez, ne furent véritablement constitués qu'à partir de 1868.
Les premiers corps de « rurales » (ruraux) furent formés avec des volontaires et desguerrillcros qui avaient fait leurs preuves dnrantla guerre dite de « Réforme » et la guerre contre l'intervention étrangère. On leur confia d'abord la surveillance des grandes routes de Mexico à la mer et du voisinage de la capitale. En 1876, on augmenta leur nombre et on leur donna l'organisation actuelle, lis furent chargés de purger, une fois pour toutes, les campagnes des bandits qui les infestaient. Ils s'acquittèrent de leur mission avec la plus grande énergie, protégèrent les villages, les haciendas et les voies ferrées, et rendirent les routes sûres.
Il existe dix corps Je ruraux, recrutés avec soin, parfaitement armés, montés et instruits. Leur uniforme consiste en vêtements de cuir ornementé; leurs selles et leurs brides sont à la mode mexicaine. Ils sont placés sous la direction du Ministère de la Guerre, comme troupe militaire de réserve, mais sont payés par le Ministère de l'Intérieur (Gobernacion) et dépendent de lui pour le service de sécurité. Leurs postes sont distribués sur tout le territoire de la Fédération. Ils sont très redoutés des malfaiteurs et vagabonds.
Police urbïdne. — La police urbaine à Mexico a été l'objet d'une réorganisation non moins nécessaire. Telle qu'elle existait naguère, elle n'inspirait ni crainte aux malfaiteurs, ni confiance aux citoyens paisibles; elle était dérisoire par l'insuffisance, en nombre et en qualité, de son personnel. A l'abri de l'impunité se multipliaient les vols, les assassinats, les rixes sanglantes; les quartiers éloignés du centre étaient de vrais coupe-gorge. 11 fallait une énergie extrême pour réformer un tel état de choses.
A Mexico et dans le District fédéral il fut procédé à un renouvellement complet du personnel et de ses cadres, de l'inspection et des commissariats. On n'admit plus dans les rangs de la police urbaine que des agents jeunes, vigoureux, agiles, intelligents, honnêtes et dévoués à leur tâche. Leur solde fut doublée, des primes d'encouragement stimulèrent leur zèle. On les distribua dans la ville, par zone et d'après un plan bien conçu.
Pour la banlieue qui complète le District fédéral, on forma imo gendarmerie montée, analogue, par ses fonctions, à la garde rurale et composée de 'lOO cavaliers d'élite, bien payés et bien commandés.
Secours contre l'incendie. — Aux mesures de sécurité se rattache l'organisation des secours contre l'incendie, danger auquel, jusqu'à ces dernières années, il n'était pourvu par aucune mesure sérieuse : disette d'eau, insuffisance de matériel, manque d'un personnel spécial, tout contribuait à aggraver les sinistres. Il n'en est plus de même actuellement; Mexico possède un corps de pompiers parfaitement recruté et commandé, muni de l'outillage le plus moderne. Quant aux autres villes, l'exemple des Etats-Unis d'Améritpie, où existent des compagnies de pompiers volontaires
bien exercées, n'a pas été sans influence pour les décider à encourager des formations analogues.
Prisons. — La réforme du système ])énitentiaire a été entreprise sous l'influence de cette idée que l'œuvre de répression doit être également une œuvre de moralisation. Dans le District fédéral, où est naturellement ])rise l'initiative de toutes les améliorations, il a été fait hcaucoup; il sera fait plus encore dans l'iutérét des prisonniers. Une phrase significative du président Porfirio Diaz doit être citée; après s'être félicité de ce que la pacification du pays ait amené la diminution progressive de la criminalité, il ajoute: « S'il est vrai que dans les centres il serait désirable que le chilïre se fût réduit encore daA'antage, le fait est explicable si l'on considère que les mesures aboutissant à la vulgarisation de la morale et de l'instruction sont encore récentes, que la dernière crise financière en a rendu l'application difficile, et que les effets de ces réformes sont tardifs, quoique certains, et ne se feront pas sentir avant deux ou trois générations. »
Les mesures dont l'application pouvait et devait être immédiate ont été la séparation du prévenu et du condamné, du jeune homme à sa première faute et du criminel endurci. L'oisiveté démoralisatrice, le relâchement de la discipline, la liberté de jouer, de boire, de se quereller laissée jusque-là au détenu, avaient fait des prisons, suivant les termes d'un rapport du ministre de l'Intérieur, « de véritables antres de perversité et des écoles de perfectionnement pour le mal ». La mauvaise alimentation, un oubli complet de l'hygiène se joignaient à la dégradation morale, et les prisons étaient des foyers de pestilence, où sévissaient toutes les épidémies. La suppression de la prison municipale, placée au centre de la cité, fut déclarée urgente; quant aux autres, on établit une commission de surveillance, sous le contrôle de laquelle on assainit les locaux ; on classa les prisonniers suivant leur âge et leur degré de culpabilité ; on les dota d'ateliers et d'écoles. Ces premières améliorations eurent d'heureux effets ; l'œuvre définitive a été la création du Pénitencier, due au ministre de l'Intérieur, le général Manuel Gonzalez Gosio, qui montre une foi profonde dans les résultats du régime nouveau. Selon lui, les délits et les crimes du Mexicain et du métis n'ont
souvent d'autre mobile que la gloriole. Dans les anciennes prisons, le prestige du détenu grandissait en proportion de ses forfaits, et, admiré de ses pareils, il se grisait de son rôle; le régime et la tenue de la maison donnaient d'ailleurs pleine satisfaction à ses instincts d'oisiveté, et l'existence n'y était j)as ])lus dure pour lui que sa vie ordinaire. De là l'espoir que la réclusion cellulaire aura sur le prisonnier livré à ses réllexions une influence moralisatrice ou que, tout au moins, elle lui inspirera assez de terreur pour qu'une fois libéré, il se garde de toute récidive qui rouvrirait pour lui les portes d'un cachot. Il sera intéressant de suivre les résultats de cette tentative fondée sur l'observation du caractère de la race et qui ])rend par là même l'intérêt d'une expérience scientifique. Le jeu. — La passion du jeu contribue dans tout ]iays, pour une si large part, à peu])ler les prisons qu'il n'est pas besoin de transition ])oiir parler ici des mesures prises |)ar l'administration mexicaine pour y mettre un frein. C'est dans cette intention que le Gouvernement a décidé la suppression du jeu à Mexico. A dater du 10 septembre 1902, toute maison de jeu public a dû être fermée dans la circonscription fédérale. Kn août 190;$, le gouverneur du District a interdit tous les jeux de hasard dans les clubs, casinos et associations. Les jeux permis ont été énumérés et sont surveillés.