‹ Le Mexique au début du 20e siècle (volume 2)Chapitre 31 sur 65 · ASSISTANCE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

ASSISTANCE PUBLIQUE

Le Mexique n'a cependant pas à renier de tout point son passé; en matière d'assistance publique il a une glorieuse tradition qu'il lui suffit de maintenir en l'adaptant aux nécessités modernes. De tout temps la société y a pris généreusement à sa charge les enfants abandonnés, les malades, les infirmes et les vieillards, et a pourvu à leurs besoins par un grand nombre d'établissements hospitaliers bien dotés et relativement bien installés.

Aujourd'hui, tous les gouvernements du pays font preuve • d'une grande sollicitude à l'égard de ces institutions, legs des ancêtres, confiées à leur gestion depuis que les fondations charitables affectées à leur entretien sont devenues propriété nationale. Les divers pouvoirs s'attachent à y introduire toutes les améliorations matérielles et morales que les ressources permettent de réaliser. On inaugure de nouveaux quartiers dans les hôpitaux, on agrandit les anciens, on complète et on perfectionne le système de conduits destinés à l'adduction ou à l'évacuation des eaux, on plante des jardins, on décore même, très simplement, mais non sans goût, les salles et les préaux.

Aux asiles d'enfants ont été appliquées les méthodes modernes d'enseignement et d'éducation professionnelle. Dans les hôpitaux de tous les Etats ont été mis en pratique les procédés récents d'antisepsie, d'asepsie, de désinfection; on les a dotés du mobilier et des instruments qui leur manquaient; des amphithéâtres de chirurgie et de dissection y ont été construits ou perfectionnés. Le service des médicaments et celui de l'alimentation ont été l'un et l'autre centralisés, et les économies obtenues, grâce à cette réforme, ont permis d'améliorer comme quantité et comme qualité le régime des hospitalisés. Aussi a-t-on j)ii constater d'année en année une

diminution sensible de la mortalité et une durée moyenne moindre du séjour des malades dans les hôpitaux.

Le Gouvernement n'a regardé ces premiers résultats que comme un succès provisoire; son œuvre a eu pour couronnement l'exécution du grand hôpital central de Mexico, établissement modèle, construit en vue de sa destination spéciale, assez vaste pour recueillir sans en être encombré la population de tous les autres hôpitaux, assez éloigné du centre pour rassurer la ville contre toute contagion; 200000 mètres de terrain, cédés par un généreux philanthro])e, permettent de n'y épargner ni l'espace, ni l'air, ni la lumière. Les architectes en ont subordonné les plans aux plus minutieuses prescriptions de l'hygiène scientifique.

Un seul service hospitalier avait été jusqu'à ce jour très négligé : celui des aliénés. Ceux-ci restaient victimes, sans doute, des préjugés superstitieux f[ui, pendant des siècles, même en Europe, leur avaient refusé tout droit à la jiitié, et ne se voyaient pas mieux traités au Mexique qu'ils ne l'étaient en Espagne au xviii" siècle. Le District fédéral affectait seul au traitement des maladies mentales deux établissements spéciaux, Canoa et San llipôlito, tous deux de fondation ancienne et d'une insuffisance notoire.

Pour le moment, le service des aliénés est, partout ailleurs que dans le District fédéral , une dépendance des hôpitaux ordinaires ; ces malheureux y sont confondus pêle-mêle dans des cours avec les idiots et les sim])les maniacpies. Dans les petits centres où les déments ne sont pas hos|)italisés, épileptiquos, idiots ou autres vaguent à l'abandon à travers les rues, molestés par les enfants, quehpiefois même crucllomcnt traités j)ar les adultes. La ]M()Icction de la Justice leur fait trop souvent défaut.

Mais sous peu, la capitale possédera un établissement spécial, celui-là digne d'elle, l'Asile général d'aliénés, qui permettra de fermer les établissements de Canoa et de San Mipôlito et suffira à tous les besoins. Le reste du pays se piquera sans doute d'émulation et les divers Etats auront à caMir d'iniiter rAdniinistralioii fédéinle.

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S A L U I! lu T !■: P U It L I O U E

Le président Porfirio Diaz ne s'est pas moins occupé de perfectionner les services sanitaires et de donner un développement considérable aux travaux de salubrité publique. En ceci il n'a fait que se joindre « au mouvement de l'époque qui pousse les peuples civilisés à combattre toutes les causes d'insalubrité et à détruire tous les foyers d'infection. Aucune nation, a-t-il dit lui-même, ne peut se vanter d'être réellement civilisée si elle ne consacre pas du temps, du travail et des ressources à l'étude des grands problèmes d'bygiène publique et si elle ne s'efforce pas d'appliquer les principes de la science moderne à l'amélioration des conditions sanitaires générales » (I).

Depuis IS'iS existait bien un Conseil supérieur de salubrité, recruté parmi les docteurs de la Faculté de médecine, mais son action était très limitée faute de ressources suffisantes, faute de pouvoirs légaux pour sanctionner ses prescriptions, faute aussi d'une règle fixe pour procéder avec ensemble. Afin qu'à l'avenir il n'en fût plus ainsi, le Gouvernement ])résenta aux Chambres et fit décréter un code sanitaire et de salubrité, où sont nettement établies les obligations des particuliers, les attributions et les pouvoirs du Conseil supérieur et des autorités chargées de la protection de la santé publique. Le Mexique a l'honneur d'avoir, en cette matière, devancé la France et les autres nations qui n'avaient pas encore songé à codifier les prescriptions de la salubrité publique et se contentaient des mesures partielles prises par les autorités locales.

Le Conseil sanitaire, largement doté, ayant à sa disposition un

(1) Rapport du gônériil Poi\firio Diaz.

personnel nombreux, put rapidement améliorer ses laboratoires, se pourvoir d'instruments et d'appareils perfectionnés, dresser ses statistiques et ses tableaux de mortalité; ses agents furent répartis de préférence dans les ports de mer et les villes frontières. A .Mexico et partout où il en était besoin ont été installées des étuves de désinfection; la jn-atiquc de la vaccine et des inoculations préventives s'est généralisée. Aussi les maladies contagieuses et épidémiqucs ont-elles déjà diminué d'intensité.

Une des œuvres qui ont le ])lus contribué à assainir la capitale est le dessèchement de la « vallée de Mexico » (i), et cette gigantesque entreprise a eu des clfets si bienfaisants qu'elle justifie l'enthousiasme des Mexicains pour les hommes qui l'ont menée à bonne fin. ^'oici en quels termes le général Porfîrio Diaz lui-même l'apprécie dans son raj)port :

« Depuis l'époque coloniale, cette œuvre colossale avait été considérée comme nécessaire et avait reçu une solution partielle, entre auties travaux, avec le merveilleux Tajo (tranchée) de Xochistongo. Mais si ces ouvrages éloignèrent de la ville le danger des inondations jn-riodiques, ils laissèrent en réalité le problème sans solution. Ils donnent bien une sortie presque complète à l'excédent des eaux en temps de pluie, mais ils n'ont pas épuisé et ils ne pourraient même pas diminuer ce vaste dépôt d'eaux épandues qui git dans le sous-sol, ni ])ar conséquent empêcher les infdtrations qui minent nos édifices, ni étouffer ces foyers d'infection formés sur le terrain vaseux où s'élève la capitale. Dès les |)remiers jours de mon administration, je me préoccupai sérieusement de terminer le travail, d'autant plus nécessaire que l'agrandissement et l'embellissement de la capitale étaient plus considérables ; à cet effet, et sur l'initiative du Pouvoir exécutif, le Congrès rendit, à la date du 11 décembre 1885, un décret élevant de 28 à 40 |). 100 la part du montant du droit de [)éage a])pliqué à la municipalité par la loi du 20 juin de la

(1) II 8 agit de îa vallée au ceulro de laquelle s'élève la capitale. Ue forme elliptique et iiiesuraut 7i kilomètres eu luugueur sur 50 dans sa plus grande largeur, elle est complètement entourée par une cliainc de moutagaes parmi lesquelles se dressent les cimes neigeuses du Popocatepctl et de l'Intacihuatl. Elle olFre un merveilleux panorama, mais l'écoulemeul des eaux qui la reudaieut iusalubre présentait d'énormes dillicultës.

même année, en lui créant l'obligation de destiner annuellement une subvention considérable au dessèchement de la Vallée. Peu après, on compléta ce décret par un règlement et on nomma la Junte, ])révue par son article premier. Les travaux commencèrent alors conformément aux projets et plans adoptés par le ministère des Travaux publics, et postérieurement la Junte établit le contrat pour l'achèvement du tunnel qui donnait sortie aux eaux.

« Malgré cela, les travaux ne pouvaient avancer qu'avec lenteur étant données les sommes annuellement disponibles. En d'autres temps, les choses eussent continué ainsi, et l'achèvement de l'ouvrage se serait fait attendre, vu l'impossibilité d'obtenir des fonds pour agir vite. Heureusement la situation tranquille de la République et son crédit croissant à l'étranger permirent à la municipalité de contracter un emprunt qui mit d'un coup dans ses mains les ressources nécessaires pour la mener rapidement à bonne fin. Il en a été ainsi; les opérations poussées avec activité sont enfin terminées (1897) dans le tunnel et dans le grand canal. »

Le dessèchement de la vallée rendait possible l'assainissement de Mexico et le perfectionnement de tous les services de voirie. Le Gouvernement, désireux de voir ces améliorations se réaliser au plus tôt, a alloué à la municipalité une subvention annuelle de 300000 piastres, pendant dix ans, qui, jointe aux ressources locales, a permis de commencer les travaux sur une vaste échelle et d'en ' espérer le prompt achèvement. Mexico peut déjà compter parmi les belles capitales, et bientôt elle sera l'une des plus saines, quoiqu'elle ait été bâtie sur un fond marécageux.

A la date du l" février 1902, le président du Conseil municipal de Mexico, dans un discours où il dressait, pour ainsi dire, l'inventaire des embellissements et des améliorations sanitaires, disait avec quelle activité se poursuivaient l'asphaltage des rues, la réfection des trottoirs, l'élargissement de certaines voies; dans le quartier le plus élégant venait d'être ouverte une vaste place au centre de laquelle s'élèvera le Grand Théâtre National. Les entrepreneurs français, soumissionnaires des ouvrages de voirie, avaient déjà construit 88 kilomètres d'égouts et 11 kilomètres de grands collecteurs. A la même date, 18 kilomètres de conduites en fer pour la distribution

de l'eau nécessaire au lavage des égouts étaient posés, et 80 kilomètres de canaux pour l'écoulement des eaux pluviales ou pour la vidange des eaux ménagères étaient en plein fonctionnement. L'adduction en quantité suffisante des eaux potables ou nécessaires pour le lavage des égouts avait préoccupé tout particulièrement le conseil municipal, qui s'est rendu acquéreur de sources importantes et négocie l'achat de plusieurs autres (1).

Enfin le message présidentiel du 1" avril 1902 dénote encore la préoccupation d'améliorer les conditions hygiéniques du pays. Il rappelle les progrès de la vaccine dans le District fédéral, signale la construction de stations sanitaires, et les travaux d'embellissement de Mexico (2).

C'est, on le voit, à Mexico et au District fédéral que sont relatives les plus notables parmi les améliorations que nous venons de décrire rapidement ; nous avons dit comment le Gouvernement fédéral exerçait là une action directe, tandis que les autres Etats jouissent d'une indépendance absolue et, s'ils ont à s'inspirer des exemples qu'ils reçoivent, restent cependant libres de n'en profiter que dans la mesure où ils le jugent à propos.

(1) Il n'est pas iautilc de rappeler que le jury de l'Exposition universelle de Paris a accordé un grand prix au Conseil supérieur de salubrité du Mexique.

(2) A la suite d'un rapport de M. le D'' Eduardo Liceaga, président du Conseil supérieur de salubrité, le ministre de l'Intérieur a présenté, en novembre 1903, une demande de crédit de 100 000 piastres pour entreprendre la lutte contre la (lèvre jaune.

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