CONCLUSION
La conclusion qui se dégage de cette étude est toute à l'honneur du Mexique; le contraste est frappant entre ce qu'il était il y a un tiers de siècle et ce que nous le voyons devenu aujourd'hui. Dans peu de ])ays, l'anarchie avait été portée au même degré : banditisme, attentats de toute nature, insécurité absolue, désordres locaux, révolutions partielles ou générales en permanence, situation financière d'année en année plus critique et plus menaçante, absence complète d'instruction dans les masses populaires, telles étaient les misères qui se ])erpétuaient depuis que la guerre d'Indépendance avait mis fin au régime colonial et livré ce malheureux peuple à lui-même.
Et cependant une nouvelle convulsion après tant d'autres a provoqué la crise salutaire qui l'a tiré du chaos, lui a valu un gouvernement viable, une constitution respectée et a établi, du moins en princi])e, une séparation entre les pouvoirs aussi comj)lète que possible. Il jouit d'une tranquillité et d'une paix toutes nouvelles pour lui ; depuis trente ans, cette paix se maintient sans que rien soit venu la menacer, et les conséquences de cette paix sont la prospérité générale, la participation du pays à tous les progrès, l'exploitation de ses richesses naturelles, l'exécution de travaux considérables, une amélioration sensible de l'hygiène, du bienêtre et de la moralité public[ue.
Voilà l'œuvre qui mérite d'être mise sous les yeux de toutes les nations pour servir à quelques-unes de leçon et d'exemple, et inspirer à toutes de l'estime et de la sympathie pour un peuple capable de ce relèvement. Certes il n'est pas un homme d'Etat en Europe qui ne serait fier d'avoir obtenu ces résultats; il n'en est pas qui doive hésiter à ranger ceux à qui ils sont dus, et tout particulièrement le |)résident Porfirio Diaz, parmi les plus habiles politiques et les meilleurs administrateurs de notre temps.
Léon Bourgeois.
M. HIPPOLYTK GOMOT
Sé/titfeln , Ancttn Mintstre ih l'Ai^i icttiltire.
\. V. T K U lU T () 1 11 V.
I.e Mexique occupe une surface plus grande que ses sœurs lalines, la France, l'Italie et l'Kspagne réunies. Il a pour limites : au nord, les Ktats-l'nis d'Amérique, qui ouvrent à ses produits agricoles, et notamment à son élevage, d'inépuisables iléboucliés : à l'est, la- mer des Antilles et le golfe au bord duquel Fernand Cortez fonda la Villa Rica de la Vern Criiz, premier monument de la mainmise espagnole; au sud -est, le Honduras anglais et le (juatemala; à l'ouest et au sud-ouest, l'océan Pacifique bordé d'une série de ports par où pénètrent à la fois le négoce et la civilisation.
Cette grande région isthmique appartient géographiquement à la zone torride; mais les ardeurs estivales y sont heureusement modifiées par l'air de la mer, et surtout par l'altitude, ([ui abaissent la température et donnent naissance à un climat dans lequel l'Furopéen peut vivre et prospérer, entouré des cultures de son pays.
A vol doiseau, le territoire mexicain doit apparaître dominé |)ar un plateau central, haute plaine qui s'étend entre les deux Cordillères, Sierra Madré orientale et Sierra Madré occidentale. Les montagnes sont d'une altitude vertigineuse : le PopocatepetI atteint 5000 mètres, et Mexico s'épanouit à 2 774 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans une atmosphère d'une étonnante pureté. De ces hauteurs on descend d un côté à 1 Atlantique, de l'autie au
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Pacifique, par des gradins gigantesques dont le sol, dans son insolente fertilité, se pare de tous les produits du règne végétal, soit que la nature l'en ait elle-même doté, soit qu'ils aient été apportés dans ces terres puissantes, où ils ont prospéré au drlà de toute vraisemblance.
Pour se faire une idée des ressources agricoles du pays, il faudrait descendre tous les degrés de cette échelle de Titans, qui va des sommets étincelanls du pic d'Orizaba jusqu'à la mer.
D'abord, nulle culture, des glaces et des neiges; puis des graminées et des lichens; puis les incommensurables forêts de pins et de chênes.
Plus bas, on récolte le blé, le mais, la luzerne, le raisin ; c'est l'Europe, avec une terre plus riche et un ciel plus clément.
Ce sont encore : l'olivier, le ricin, le coton, qui est indigène, l'oranger importé d'Espagne, le bananier si ])récieux à l'alimentation des classes rurales, la canne à sucre qui fait vivre une industrie florissante, le caféier, culture importée, et enfin deux plantes engendrées par la terre mexicaine et qui ont fait leur tour du monde : le cacaoyer, que les Aztèques, de temps immémorial, employaient à faire leur chocolatl, et la liane vanille, qui servait à le parfumer. F'ernand Cortez reçut le chocolatl en guise de pain et de sel.
A ces produits il faut joindre les textiles qui, nulle part, ne croissent plus résistants, plus industriellement utilisables; puis l'infinie variété des grands bois, dont les essences sont réservées à l'ébénisterie et à la leintuie.
La nature n'a pas établi de ligne de démarcation bien nette entre les différentes régions. On ne peut pas non plus les classer en se basant sur les cultures, qui s'enchevêtrent et s'intervertissent à tel point que les cactus et les aloès poussent en bordure des champs de blé et de vigne. On croit avoir devant les yeux un résumé du Cosmos terrestre; il semble que chacun va pouvoir, suivant l'altitude, choisir une vallée, une montagne, pour se procurer un climat de son choix. On est convenu cependant de diviser le sol producteur en trois zones.
Du rivage de la mer, à 400 mètres d'altitude, se trouvent les
terres chaudes {lier ras calientes). Leur température moyenne est de 28 à ,'}0 degrés centigrades. Elles échappent à la sécheresse; en effet, les rigueurs de l'été y sont tempérées par des pluies abondantes qui tombent du mois de mai au mois d'octobre. De plus, de grands cours d'eau, que l'art hydraulique commence à utiliser, servent à l'irrigation en même temps qu'aux transports. Ce serait un séjour idéal, si les maladies paludéennes ne venaient le visiter, si la fièvre jaune n'y exerçait pas périodiquement ses terribles ravages. Le nègre est plus résistant, et la tierra caliente est le pays d'élection de la race noire; mais le colon ne s'acclimate pas toujours aisément, d'autres maladies l'y guettent, et, comme si ce n'était point assez de si graves périls, il a encore à souffrir de ces nuées de moustiques qui le harcèlent sans trêve, inquiètent son sommeil, arrêtent son travail. Par un étrange contraste, l'activité de la nature est sans limites, tandis que l'activité humaine, combattue par tant d'ennemis, s'énerve et s'amoindrit.
En fut-il toujours ainsi? Non sans doute, car la civilisation primitive, dont on trouve partout de si étonnants vestiges, avait assaini le pays et vaincu la nature par la densité des habittuits. Aujouid'hui, certaines terres restent improductives et deviennent des foyers de pestilence, tant il est vrai que la population est la première richesse. Qu'un courant d'immigration se dessine, et la tierra caliente ne laissera plus apparaître de domaines en friche.
Les terres tempérées sont comprises entre 400 et 1 500 mètres d'altitude; le thermomètre accuse en moyenne 20 degrés. Les Espagnols, qui ne marchandèrent jamais à leurs possessions les dénominations liatteuses, désignaient cette zone sous le nom de Paradis terrestre. On y trouve les cultures spéciales aux troj)iques, et, à côté d'elles, la végétation de la France et de l'Italie. Les cours d'eau y sont nombreux, mais peu abondants; les pluies fréquentes entretiennent une certaine humidité dans le sol et dans l'atmosphère, mais cette région cependant aurait besoin de travaux hydrauliques pour obtenir des irrigations régulières; on en a exécuté de fort intéressants, dont nous aurons à parler.
Enfin, les terres froides s'étendent de 1 500 à 2500 mètres. Au climat, aux fruits du sol, on retrouve l'Europe centrale. Le colon a
à redouter la sécheresse et les gelées d'hiver. Faisons observer qu'à ces hauteurs le problème de l'irrigation devient de plus en plus difficile à résoudre.
Que dirai-je du sol, si ce n'est que jamais laboureur n'en trouva de plus riche ni de plus docile. On parle sans cesse, dans notre vieux continent, de culture intensive. Au Mexique, toute culture peut être considérée comme intensive, car c'est la nature qui la fait telle.
Les terres se comptent par millions d'hectares, où l'on lève jusqu'à trois récoltes par an, sans fumier et presque sans travail. 11 ne faut point s'en étonner, puisqu'elles ont une couche arable de quatre et six mètres d'épaisseur. Voilà la vraie richesse!
Cette terre généreuse a connu, dans un passé qui nous échappe, le soc de la charrue et l'art des constructeurs. Dans certaines régions, lorsqu'on y travaille, on retrouve les traces d'une civilisation qui eut sa grandeur. L'humus des siècles a recouvert la glèbe jadis cultivée et lui tient lieu de robe virginale. Sous les lianes et les floraisons on met à jour des fragments d'aqueducs, des vestiges de jardins suspendus. Ils ont eu le sort de ceux de Sémiramis, enfouis sous les sables du désert; la destinée de Pompeï, conservée dans les cendres du Vésuve. Le travail humain va peut-être donner à ce sol rajeuni une vie nouvelle, plus intense. La mort lui aura été régénératrice.
M A I r it K s K r s K n v rr e u ii s
Puur bien coiupiondrc la vie rurale au Mexique, il faut l'étudier à l'hacienda et au village, il faut rechercher les conditions d'existence de l'hacendado et du péon.
Le colon isolé, réduit à ses seules ressources, arrive rarement à la richesse. Pour réussir, il doit avoir par devers lui un capital proportionné à son entreprise, ou constituer une société d'exploitation. N'oublions pas que nous sommes dans un pays où la grande culture domine.
Les domaines de vingt lieues carrées n'y sont pas rares. Leur exploitation exige une population nombreuse, des contremaîtres, des directeurs. Les serviteurs de tous ordres sont répartis dans des maisons ou cases; le maître et son état-major logent au centre de l'agglomération, dans un bâtiment spécial qui est quelquefois un palais. Ajoutez des magasins, des écuries, une école, une église. L'ensemble de ces constructions constitue Yhacienda. On l'a comparée au manoir féodal accueillant les vassaux réfugiés sous son égide à la fois protectrice et oppressive. L'hacienda, en effet, a été longtemps une forteresse, surtout dans les régions exposées aux incursions des Indiens sauvages et des bandes de partisans, qui, à la faveur des commotions politiques, vivaient de pillage; chaque propriétaire devait alors se défendre lui-même sans faire à la loi un inutile appel. L'hacienda était donc entourée de murailles crénelées qui, quelquefois même, enserraient les habitations des ouvriers. Dans les guerres civiles, plus d'une de ces enceintes a soutenu des sièges. Il y a peu d'années encore, les fortifications étaient soigneusement entretenues et, nuit et jour, des sentinelles veillaient aux portes. En effet, un demi-siècle ne s'est pas écoulé depuis l'époque où l'on ne s'exposait jamais en rase campagne
198 LK MEXIQUE AU ni-BUl DU XX« SIÈCLE
sans une escorte armée du rifle traditionnel. Aujourd'hui, on peut parcourir sans crainte toutes les routes; la police est soigneusement faite par les ruraux, sorte de gendarmerie montée, composée d'hommes d'élite.
L'hacienda a donc dépouillé son caractère belliqueux, et elle se rapproche de l'usine. S'il en était autrement, le Mexique ressemblerait à un camp fortifié, car on comptait en 1901, sur le territoire, sans parler des petits domaines connus sous le nom de ranchos, plus de huit mille haciendas ou exploitations rurales. Trois mille d'entre elles sont consacrées à la culture des céréales, quinze cents à l'élevage; dans les autres on fait du café, du hennequem, du coton, du tabac, du sucre de canne, du pulque, du mezeal, du caoutchouc, du cacao, etc.
11 en est beaucoup qui appartiennent à de riches seigneurs mexicains ou descendants de la race conquérante, à des fermiers enrichis; on en compte aussi un grand nombre qui ont été acquises ou créées par des sociétés.
En général, plusieurs centaines d'ouvriers composent le personnel de chacune de ces exploitations sur lesquelles l'Indien s'établit avec sa famille. Comme elles sont presque toujours à de longues distances des villes, il doit trouver sur place tout ce qui est nécessaire à la vie. Au maître revient le devoir de lui assurer, à des prix raisonnables, l'alimentation et le vêtement, car l'ouvrier agricole est payé en argent chaque semaine et se nourrit à ses frais.
L'hacienda contient donc des magasins approvisionnés par l'hacendado; s'il est le chef de ce petit royaume, il en est aussi le fournisseur.
Ce serait d'ailleurs une erreur profonde de se le représenter comme un oisif donnant des fêtes, ])assant ses journées à la chasse ou à la pèche. Sa vie, au contraire, est presque toujours triste et rude. 11 est privé par la distance même de toute fréquentation mondaine, mais nen semble que plus heureux de pratiquer les devoirs de l'iiospitalité, et l'on ne frappe jamais à sa porte sans y trouver un généreux accueil. Levé avec le soleil, il surveille la formation et le départ des groupes. Il monte ensuite à cheval,
visite les plantations, s'assure que chacun remplit sa tâche. Il centralise la direction de la culture et de la fabrication. A lui incombe encore le soin de préparer les débouchés, d'asseoir les prix, d'apurer les comptes. Si jamais l'œil du maître fut une condition de succès, c'est bien dans une hacienda mexicaine. Quand le propriétaire veut se reposer de ces multiples travaux, il va déployer son luxe à Mexico, ou dans les capitales de l'Europe.
Les jîéons ou serviteurs vivent dans une sorte de vassalité, mais ne sont pas des serfs. On les recrute parmi les métis et surtout parmi les descendants des races autochtones. Les uns vivent à l'hacienda, les autres dans les villages.
Le péon d'hacienda réside avec sa famille dans la maison qui lui a été assignée par le maître. Il prend l'engagement de travailler pour lui, rien ([ue pour lui. Le contrat se fait pendant la semaine sainte, on a voulu lui donner par là une sanction religieuse; il est valable pour une année, mais il se continue par tacite reconduction, et l'Indien, s'il est bien traité, ne cherche pas à le rompre, car il est attaché aux lieux qui l'ont vu naître, au tombeau de ses pères. D'ailleurs, des efforts sont faits pour le retenir; ila la jouissance d'un petit terrain, il prend dans les réserves le bois qui lui est nécessaire, il peut faire paître son bétail dans les herbages sans rétribution.
Sa tâche quotidienne est assez douce ; il l'accomplit sous la direction d'un chef de culture choisi dans ses rangs par le maître, et auquel on donne le titre de majordome.
Très variable est le salaire. On peut l'évaluer à une demi-piastre par jour dans les terres chaudes. Sur le haut plateau, il est d'un quart de piastre; mais en revanche, l'ouvrier de ces régions reçoit différents avantages fort appréciés; on lui fournit le maïs et le vêtement moyennant des prix inférieurs à ceux du commerce. L'hacendado s'adresse encore à d'autres ouvriers qu'il occupe, soit à la journée, soit pendant la période des longs travaux, et il les loge temporairement ; ce sont les Indiens des villages les plus rapprochés. Ceux-là sont bien aussi des vassaux, car ils vivraient difficilement sans le salaire <[u'ils reçoivent du maître, mais ils ont un champ et un toit.
Les indigènes avaient été dépouillés par la conquête; mais le Gouvernement espagnol pour récompenser les villages soumis leur avait concédé des terrains, à la charge par eux d'en jouir ut cominuni. Ce ne fut pas un bienfait. Ce régime créa une sorte de collectivisme grossier qui paralysa tout progrès. Après de longues résistances, ces terres de communauté furent divisées entre les habitants qui en jouissent maintenant ut singuli, les forêts exceptées, qui sont restées communales. Ce droit de posséder, d'avoir un patrimoine foncier, est certainement de nature à stimuler leur énergie, à leur donner des habitudes d'ordre et de travail. En effet, le bien familial est cher à l'Indien. 11 consent rarement à le vendre. Ajoutons qu'il ne cherche guère à l'agrandir. 11 vit de peu : trois ou quatre journées de travail, chaque semaine, suffisent largement à assurer sa subsistance; il n'en demande pas davantage.
S'il consent parfois à s'éloigner de son village, c'est ])our un temps limité. Ainsi il s'engage volontiers ])our la récolte du café et va quelquefois louer ses services à 3 et 400 kilomètres de distance. Le travail est bien rémunéré, mais sans grand profit pour l'ouvrier; le petit pécule qu'il rapporte se vaporise troj) souvent en pulque et en mezcal.
A coup sûr, le sort de ces Indiens est misérable; ils ne semblent pourtant pas aspirer à une condition meilleure. Souvent, ils ont été l'objet d'indignes spoliations. Des maîtres avides leur ouvraient des comptes à la tienda (magasin de vente). Ils achetaient alors sans compter, et surtout se gorgeaient d'eau-de-vie. Dès lors ils étaient rivés par leur dette comme par une chaîne et perdaient jusqu'à la faculté de ne pas renouveler leur contrat d'engagement. Essayaient-ils de quitter la région, ils étaient appréhendés et ramenés de force jusqu'à parfaite libération, ce qui équivalait à un servage perpétuel, car leur compte ne s'apurait jamais. Aujourd'hui, ces abus sont devenus rares. Les ouvriers d'haciendas peuvent changer de maître sans crainte de mesures rigoureuses ; la maind'œuvre est devenue si rare, qu'on accueille le péon partout où il se présente pour travailler. On cherche à le retenir par de bons procédés et on y réussit.
Le Gouvernement n'a pas attendu ce changement dans les
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mœurs rurales pour prendre la défense des péons opprimés. 11 a établi dans chaque hacienda importante un juge de paix chargé de régler les petits différends et d'appliquer les lois de police; par ses soins, des écoles ont été ouvertes; sans doute, elles relèveront le niveau intellectuel et moral des Indiens. Enfin beaucoup de propriétaires, comprenant leurs devoirs d'humanité, créent des hôpitaux et entretiennent dans le domaine un médecin qui donne aux ouvriers des soins gratuits.
L'indigène, surtout celui des hauts plateaux, ne se montre pas très sensible à ces réformes. H croit à la sorcellerie plus qu'à la médecine, et l'ambition d'user de ses droits de citoyen ne le hante pas. Ce qui le charme, ce qui l'attache à la glèbe, c'est la musique, c'est la danse, c'est le spectacle. Les fêtes de toute nature l'exaltent, le grisent, l'enlèvent à sa nonchalance et à sa tristesse coutumières. Malheureusement, elles dégénèrent souvent en orgies.
Par-dessus tout, les pompes de l'Lglise le captivent. Il assiste, sans se lasser, à des cérémonies qui durent plusieurs heures, et la chapelle de l'hacienda n'est jamais assez, vaste.
La religion de l'Indien des campagnes n'est guère (pi'une forme de l'idolâtrie; elle se renferme dans le culte à demi fétichiste des statues et des images. Les péons d'une riche hacienda de l'Etat de Puebla, dont le maître est bienveillant et généreux, s'inclinaient dévotement de père en fils devant une image sculptée qui avait la prétention de représenter saint Jacques. Elle le figurait eu capitaine d'armes du ten)ps de Louis XIII, portant à sa ceinture d'énormes pistolets d'arçon, bizarrement peinturlurés. L'hacendado, homme de goût et de tradition, commanda à Paris une belle statue conforme à la légende et la fit placer sur l'autel. Ce fut une consternation parmi les péons scandalisés. Ils réclamèrent humblement l'ancienne idole, la confidente de leurs vœux, la consolatrice de leurs peines, devant laquelle ils avaient brûlé tant de cierges. On dut céder à leur prière.
Et voilà comment un étranger qui assisterait à une procession solennelle autour de l'hacienda de Saint-Jacques verrait, non sans surprise, figurer sous un dais deux saints Jac([ues, dont l'un,
revêtu d'une armure comme on en portait au siège de la Rochelle, semble, de ses deux pistolets, menacer un parti de huguenots.
Ignorance, superstition, nonchaloir, telle est la physiologie de la plupart de ces populations rurales, disséminées sur le sol, sans liens entre elles, sans le moindre sentiment de solidarité. 11 faut néanmoins juger autrement les travailleurs agricoles des terres chaudes. Leur croisement avec la race blanche et même avec la race noire a donné de bons résultats. Le sang-mêlé est plus intelligent, ])lus curieux d'apprendre; il cherche à se perfectionner dans la culture. Malheureusement, il vit sans prévoyance, et le mot « épargne » est vide de sens à ses yeux.
Le péon des hauts plateaux montre plus d'endurance au travail, on peut même lui faire honneur d'une sobriété relative, et son esprit est moins réfractaire au progrès.
Néanmoins, c'est encore le serf résigné à son sort, sans traditions, sans idéal, le serf écrasé sous des siècles d'oppression, car le sort des Indiens, avant la conquête espagnole, était pire qu'aujourd'hui. Ils subissaient le joug d'une noblesse hautaine et remplaçaient la bête de somme dans les rudes labeurs de la ville et des champs. Le christianisme a apporté quelque adoucissement à leur souffrance, et l'on peut dire que les prêtres et les moines ont été souvent les protecteurs de l'indigène abandonné. Il tourne maintenant ses regards confiants vers un gouvernement libéral et réparateur, soutien des humbles et des faibles, qui ne veut ])!us qu'on applique aux Indiens du Mexique cette terrible sentence d'Homère : Quand un homme est réduit en servitude, Jupiter lui enlève la moitié de son âme.
AGRTCIJLTURK 203
n A C E N D A D O S ET U A N C H E K O S
Si, (Je nos jours, la grande culture mexicaine n'a plus le dominiuni exclusif du sol, on peut dire néanmoins qu'elle y règne encore en souveraine maîtresse. Elle est constituée de façon à rappeler, par certains côtés, le régime féodal sous lequel pendant des siècles vécut l'Europe, mais elle en diffère surtout en ce sens que les grands propriétaires, les hacendados, n'ont pas été réfractaires à la loi du progrès. Ils ont eux-mêmes introduit et appliqué les méthodes nouvelles, ils ont favorisé l'immigration, ils ont fondé des manufactures pour utiliser ou convertir la matière première, ils ont créé des sociétés pour les entreprises qui leur ont semblé au-dessus de leurs forces : intelligentes initiatives qui reçoivent aujourd'hui leur récompense.
La moyenne culture a été plus lente à se développer; elle était cejjendant pour sa sœur ainée un adjuvant indispensable. Au Mexique, plus qu'ailleurs, on peut dire qu'il y a place pour tous. La mise en valeur d'un sol en friche, le dessèchement d'un marécage, le reboisement d'une colline, ne profitent pas seulement au pionnier qui entreprend ces travaux, chacun en tire avantage, car la région se trouve assainie, les voies de communication s'améliorent, les échanges deviennent plus fréquents et plus faciles, la population s'accroît sensiblement.
Sous l'impulsion du Gouvernement fédéral, on a favorisé les entreprises des moyens propriétaires, des émigrants agricoles, qui sont venus tenter la fortune.
Jetons un rapide coup d'œil sur Y hacienda moderne, siège de la grande culture, et sur le rancho qui n'est qu'une hacienda au petit pied. Examinons quel est, par exemple, le personnel d'une exploitation agricole de premier ordre dans l'État de Jalisco, au début du xx* siècle.
20'i LE MEXIQUE AU nÉBlJT DU XX» SIÈCLE
Elle comporte deux grands services très distincts, celui de l'intérieur {casco) et celui du champ (campo), c'est-à-dire des plantations.
A l'intérieur, la direction suprême est confiée à un administrateur général dont la compétence s'étend sur toutes les branches de la production agricole et industrielle.
Viennent après lui :
Le comptable général chargé de la garde des greniers et des magasins.
Les chefs de fabrication à qui incombe la surveillance des différents ateliers.
Les chefs d'ateliers préposés à la marche des moteurs, à la confection des charrues et de tous les instruments aratoires.
Le magasinier auquel revient un rôle important, celui d'assurer les ventes; on lui alloue généralement un tant pour cent sur les bénéfices réalisés.
Le contrôleur qui établit le compte des heures de travail des employés et ouvriers.
Le majordome général des transports qui a pour principale attribution la charge de traiter des questions de tarif avec les muletiers, le roulage et les chemins de fer.
Enfin, le maître maçon qui a pour mission de surveiller l'état des bâtiments et de construire au besoin granges ou appentis sur les plans qui lui sont fournis.
Au dehors, la plus haute fonction revient au majordome des champs, responsable de tout ce qui se passe sur l'exploitation agricole proprement dite. 11 a sous ses ordres un majordome du personnel. Tous deux sont secondés par des capitaines, des caporaux, des gardes subordonnés.
Comme il importe de spécialiser les préposés de culture, on affecte un majordome à chaque plantation : blé, canne à sucre, oranger, caféier, etc.
Le nombre des ouvriers varie beaucoup suivant l'importance des haciendas et la nature des exploitations; quelques-unes en comptent jusqu'à 3000.
Dans les Etats de Jalisco, de Michoacan et de Colima, les travailleurs sont généralement divisés en deux catégories : ouvriers
proprement dits et cultivateurs. Le cultivateur est dispensé de travailler pour l'hacienda pendant la saison des pluies, et il emploie ce congé à faire valoir son petit domaine; il n'en est pas de même de Vouvrier qui doit son travail toute l'année, mais qui, nous devons le reconnaître, s'ingénie à le réduire autant qu'il peut.
De cette hiérarchie on ne trouve guère trace dans le rancho. Le domaine est plus modeste, et bien souvent le maître exploite à titre de fermier ou de métayer.
Le rancho représente ce qu'on appelle en Europe la petite et la moyenne propriété. Qu'un « péon » arrive à posséder quelques terres, — et cela lui est facile, — à y lever deux ou trois récoltes heureuses. — et cela n'est pas rare. — le voilà passé à l'état de ranchero. Il a une maison modeste, il achète un cheval, qui devient son inséparable compagnon.
Le premier degré de l'échelle de prospérité est franchi. S'il peut vaincre l'apathie originelle, il devient laboureur et commerçant. Dès lors, il ne travaille j)lus par lui-même, il a des ouvriers au domaine et un correspondant-commissionnaire à la ville. L'avenir est à lui avec de grandes chances de fortune.
En résumé, on peut appliquer le nom de ranchero à tout propriétaire ou fermier qui vit de la culture ou de la vente des ])roduits de la terre.
Le ranchero mexicain prépare en ce moment une nouvelle classe sociale, la classe de l'avenir. Le Gouvernement de la République le protège et l'encourage; il fait œuvre de sagesse, car c'est par ce travailleur que s'opérera la subdivision de la propriété, si désirable au point de vue social comme au point de vue agraire.
Le ranchero appartient en général à la race hispano-américaine, provenant du mélange des deux sangs caucasien et indien. Partout il parle la langue castillane. Il n'emploie l'Indien que pour les travaux serviles et à défaut de collaborateurs plus actifs. Il s'entend au négoce; avec lui pas de rouages inutiles, il est lui-même son propre majordome, et s'il a besoin d'un second intelligent, il le prend volontiers parmi ses fils ou ses neveux.
Grâce à des efforts opiniâtres, plus d'un rancho s'élève peu à peu à la hauteur d'une hacienda.
206 LE MEXIQUE AU DÉBUT DU XX« SlftCLE
C'est dans l'arrondissement de Cordoba, situé sur le premier gradin de la terre tempérée, et traversé par la voie ferrée qui va de Veracruz à Mexico, que la propriété est le plus divisée. La [, opulation de cette région, où domine l'élément ranchero, est prospère. Elle augmente d'année en année, et nulle part ailleurs les progrès culturaux ne sont mieux acceptés.
Pour tous les entrepreneurs de culture, l'obstacle est la maind'œuvre. Hacendados et ra ne héros emploient beaucoup d'ouvriers indigènes, parce (|u'il en faut un grand nombre pour accomplir une maigre besogne. Tout est prétexte à l'Indien pour alléger son travail : fêtes civiles, fêtes religieuses, fêtes de famille. Je ne crois pas que la propagande socialiste fasse parmi eux des adeptes, mais on a dit avec raison, que s'il se ])roduisait dans le pays une manifestation en faveur de la journée de huit heures, c'est par les patrons qu'elle serait faite. Ceux-ci auraient certainement intérêt à obtenir un travail régulier et assuré de huit heures j)ar jour. Ils acclameraient cette réforme.
AGRICULTURi; 207
Sur le plateau central, la sécheresse est le grand ennemi du (•ultivateur, mais un ennemi qu'on ])eut vaincre, et j'ajouterai, (|uc l'homme a déjà vaincu.
Le témoignage de cette conquête de la volonté humaine sur la nature n'est point consigné dans les livres, ni conservé dans les légendes, — légendes et livres sont quelquefois menteurs; — il est gravé en caractères inefTaçahles sur le sol lui-même. Il s'alfirme par des vestiges de canaux, (l(^ puits, de réservoirs, de tout un système hydraulique dû manifestement à une direction intelligente disposant de forces motrices d'une incontestable puissance.
Le Mexique aux temps précolombiens nourrissait, dit-on, une j)opulation de trente millions d'habitants, l^lle ne pouvait subsister qu'à la condition de rendre productive une quantité de terrains projiortionnelle aux besoins de l'alimentation. Le problème avait été résolu grâce à un développement agricole qui suppose une civilisation avancée. Il vient donc naturellement à l'esprit, (ju'avec les moyens dont dispose la science moderne, on peut obtenir des résultats au moins égaux, sinon plus favorables.
Les émigrants d'Euro|)e ne vont guère au Mexique. Les causes de cette abstention sont multiples; mais au premier rang, on peut citer l'extrême sécheresse du j)ays. Des millions d'hectares de terre arable, avec un humus de plusieurs mètres d'épaisseur, sont à ce point dépourvus d'eau (ju'ils constituent une région à laquelle on a donné l'épithète d'artV/e. Voilà le mal, il est utile de le mettre à nu, car nous savons que le Gouvernement mexicain a placé en tète de son programme économique l'aménagement des eaux.
Dans les régions propres à l'immigration, les rivières sont rares; mais, déjà, on a trouvé moyen de les dériver dans de longs canaux
208 LK MKXIQUK AU DÉBUT DU XX" SIi;CI,E
qui distribuent l'eau aux riverains. Malheureusement, ce système ne peut rendre de services que dans quelques vallées et sur un parcours naturellement restreint; la grande masse des terres n'en profite point. Tous ceux qui ont étudié sur les lieux cette question lommlent le même avis : si l'on veut fertiliser les terres arides, il faut l'aire appel à l'eau de pluie, (le n'est point un paradoxe pour qui ('onnaît la violence des orages de fin d'été et les inondations tliluviennes qui en sont la suite. En quelques heures, dans les harrancas, qui sont souvent encaissées à 100 mètres de profondeur, se précipitent des torrents d'eau limoneuse qui dévalent des montagnes, dégorgent des vallées. Là où l'on n'aurait pas trouvé, la veille, de quoi désaltérer un cheval, passe un fleuve qui entraine des troupeaux, des arbres gigantesques et les porte à la mer comme un fétu de paille.
Fureur d'un moment, car en quelques heures la barranca se vide et redevient sèche. L'eau du ciel, loin de rendre service aux récoltes, a glissé sur la surface du sol, a fait déborder ruisseaux et rivières, nivelant et rasant tout sous son formidable courant.
La barranca est donc un facteur de dévastation, mais elle j)eut devenir aussi une puissance motrice de premier ordre. Il appartient à la science de l'utiliser et de convertir ses forces destructives en agents de fertilisation. Tel est le but que poursuit activement le Ministère du Fomento.
Kn entreprenant cette tâche, il avait la bonne fortune de ne pas s'avancer au hasard. Dans une région limitrophe, les Nord-Américains ont creusé d'immenses réservoirs destinés à recevoir l'eau de pluie, à la conserver pour la répandre ensuite ])endant la saison sèche sur les terres que l'on met en valeur.
Pour être fructueuse, l'opération doit s'étendre sur une large échelle; les réservoirs dont nous parlons sont des lacs artificiels, tels que les Maures en ont fait en Espagne et les Romains dans l'Afrique du Nord.
On pourrait croire qu'en subordonnant la prospérité agricole à ces travaux coûteux, on arrive à fermer l'accès de la colonisation à la petite et à la moyenne culture; il n'en est point ainsi.
Dans la plupart des vallées irrigables, des compagnies se sont
déjà emparées des rivières, les ont dérivées et canalisées de manière à arroser une étendue considérable de terre; puis elles ont offert l'eau aux propriétaires devenus des riverains. Cette industrie est très profitable aux compagnies; elle ne l'est pas moins à ceux qui achètent l'élément indispensable à la fertilité de leur domaine.
N'est-ce pas une entreprise digne d'encouragement celle qui emmagasine le nuage et le vend à des prix qui rémunèrent les actionnaires et enrichissent l'agriculture?
Le même trafic se produira pour les réservoirs ou bassins de retenue dont le Gouvernement favorise la diffusion. Les compagnies agricoles vendront l'eau aux cultivateurs, comme on leur vend le fumier ou les semences. Elles rendront au pays mexicain un inaj)préciable service; car, on l'a dit avec raison, son développement agricole n'est plus aujourd'hui qu'une question d'hydraulique.
II serait injuste d'attribuer au climat seul la sécheresse du pays ; la nature lui avait préparé d'autres destinées en le dotant de forêts superbes, mais la terre mexicaine à subi les ofienses de deux races également ennemies des arbres, les Indiens et les Espagnols.
Dans la vieille Ibérie, la destruction est à peu près complète; l'eau, n'étant plus retenue sur les déclivités, les dépouille de toute terre végétale, les ravine et de chaque rivière fait un torrent. Aucun effort n'est tenté ni par les particuliers ni par l'État pour repeupler les forêts dévastées, pour semer quelques arbres sur les pentes crayeuses. Il va sans dire qu'on a apporté le même désordre, la même incurie, dans le territoire conquis. Pendant des siècles, on a coupé les plus beaux arbres des essences exotiques sans jamais en replanter un seul.
Quant à l'indigène, il détruit sans songer à l'avenir ; la prévoyance n'est pas une vertu indienne. Comment arrêter ces barbares, comment leur imposer le respect des forêts, à eux qui s'assoient ou se couchent à côté de l'arbre sans chercher jamais l'ombre bienfaisante de son feuillage contre les ardeurs du soleil ?
Partout, au Mexique, les désastreux effets du déboisement se font cruellement sentir. On en pourrait donner des exemples par centaines, contentons-nous d'en citer un.
De splendides forêts tapissaient les flancs de la Cordillère que
suit la voie ferrée du Chihuahua au Pacifique; il n'en reste rien, les propriétaires ont vendu les arbres à des entrepreneurs pour l'ébénisterie ou le chauffage.
Qu'est-il arrivé? En détruisant les forêts, les propriétaires ont empêché le retour des pluies périodiques qui fécondaient le sol ; par la sécheresse, la contrée est devenue infertile. Que l'on continue ces razzias barbares, et toute culture deviendra difficile dans le nord du Mexique.
Une autre cause de destruction vient des incendies que l'on ne fait rien pour prévenir, ni pour atténuer, ni pour réprimer, et à la suite desquels, chaque année, des richesses incalculables disparaissent. Nous ne saurions parler des incendies sans dire quelques mots de ce qu'on a appelé le système extensif.
Comme les propriétaires ont, en général, beaucoup plus de terrains boisés qu'ils n'en peuvent mettre en rapport, ils coupent les arbres de j)rix, brûlent le reste et ensemencent sans même appliquer la charrue. Le rendement est énorme et les frais de culture sont nuls. Après deux ou trois récoltes, ils vont plus loin opérer de même, évitant ainsi les défrichements. On voit qu'au Mexique on se soucie peu du grand principe d'économie rurale qui prescrit de rechercher le meilleur produit dans la moindre étendue de terrain.
En résumé, il y a une connexité étroite entre la conservation des produits forestiers et l'utilisation des eaux. Le Gouvernement a pris des mesures qui, si elles sont intelligemment poursuivies, contribueront à résoudre rapidement le problème de la colonisation. Il a résolu d'arrêter la dévastation barbare qui tend à dénuder le Mexique en lui enlevant la verte chevelure de frondaisons, qui l'a protégé contre les tempêtes et aussi contre les agressions brûlantes du climat; il a mis la défense des arbres dans son programme agricole, il en a fait en quelque sorte une institution nationale. En ce qui concerne l'hydraulique appliquée à la fécondité du sol, il a donné l'exemple par des entreprises faites sous son patronage; il a encouragé les dérivations, les barrages, les drainages d'entreprise privée.
En six années, le Ministère a passé 53 contrats et accordé 103 confirmations pour permettre d'employer les eaux fédérales à l'arrosage. Les terrains à irriguer se trouvent dans les Etats de
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Coahuila, Guanajuato, Hidalgo, Jalisco, Mexico, Michoacan, Morelos, iNuevo Léon, Piiebla, Oaxaca, Sinaloa, Oueretaro, Tamaulipas, Veracruz, et sur le territoire de Tepic.
11 convient de citer parmi ces vastes entreprises l'utilisation des eaux de la rivière de San Diego, dans l'Etat de Coahuila; le canal principal est de 17 kilomètres de longueur, avec 35 kilomètres de canaux secondaires, le tout fertilisant 10000 hectares. Dans les rivières de Salinas, de Sierra de la Laja, des efforts non moins considérables ont été faits pour donner à l'agriculture des terrains qui, à défaut d'htimidité, étaient perdus pour elle.
Des grands travaux exécutés récemment au Mexifpie, il en est un qui par son importance mérite d'être mis en relief, la dérivation de l'Atoyac.
Il ne s agit point de 1 endiguement d un torrent, ni de la canalisation d un ruisseau, ni du creusement d un lac artificiel dans *pielque fond de vallée.
L'Atoyac prend sa source dans l'Klat de Puehia. .\j)rès avoir traversé et fécondé la région avoisinant la ville, il active les nombreuses manufactures <pii y sont établies; mais là s'arrêtent ses bienfaits, car bientôt il descend dans un lit profond, son cours devient tellement encaissé <pie ses eaux ne ])euvent plus servir ni à l'agriculture, ni à l'iiulustrie. La pensée de dériver l'Atoyac et de le contraindre <î continuer dans la région sud de Puebla son rôle fertilisateur devait venir à tous ceux qui connaissent cette contrée dont le climat est propre à toutes les cultures, mais que la sécheresse rend parfois infertile.
i>es Espagnols conçurent ce projet dès les premiers temps de l'occupation. En 1576, il fut même agréé par le vice-roi; on n'v donna pas suite. .\u siècle suivant, se trouve la trace d'autres tentatives sans résultat. La dépense à engager et les difficultés à vaincre écartaient les plus hardis ; mais les grandes conceptions trouvent toujours leurs apôtres.
M. Sébastian de Mier, dont les tiavaux agricoles et scientifiques sont tiepuis longtemps connus, étudia attentivement la question. H entrevit la possibilité du succès et demanda une concession pour dériver les deux tiers de l'.Atoyac; elle lui fut accordée en 1881. Il
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n'ignorait pas les obstacles de toute nature qui allaient se dresser devant lui; mais il se mit courageusement à l'œuvre, avec le sentiment qu'il remplissait un devoir envers son pays et qu'il donnait un grand exemjile.
Dans l'accomplissement de sa tâche, M. Sébastian de Mier a connu les déboires amers; c'est le sent réservé aux novateurs. Mais, aux heures de découragement, ils sont soutenus par cette foi raisonnée, scientifique, qui change le cours des eaux, ])erce les isthmes et soulève les montagnes.
Après différents essais, quehpiefois interrompus, et d énormes dépenses, M. Sébastian de Mier ouvrit définitivement les chantiers en 1895. Il en avait confié la direction à M. Coca, ingénieur français de notre Ecole centrale, dont les plans furent mathématiquement suivis. A la fin de 1897, à 1 heure prévue, la dérivation de l'Atoyac était un fait accomj)li. L'inauguration fut solennelle; le président Porfirio Diaz la consacra par sa présence.
Les travaux d'art s'étendent sur un espace de 20 kilomètres. Le barrage principal a 76 mètres de longueur et 12 mètres de hauteur. Les ingénieurs ont construit plusieurs canaux et tunnels, i^e ])lus important de ces derniers atteint un développement de 5 kilomètres environ. Canaux et tunnels ont été calculés pour recevoir 4000 litres par seconde, et la pente est de 40 centimètres par kilomètre.
Sur le parcours de la dérivation, l'Atoyac forme sept chutes importantes, d'une force totale de 23000 chevaux. La première a été louée à une compagnie électrique nord-américaine qui s'en sert ])our transmettre l'énergie à la ville de Puebla. Après avoir formé les chutes dont nous venons de parler, les eaux reixlues à leur cours arrosent, dans la vallée d'Izûcar-Matamoros, plusieurs milliers d'hectares plantés de cannes à sucre et de riz.
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