LA P R O P R I K T K FONCIERE
Lorsque le président Porfirio Diaz eut mit fin aux discordes civiles, il chercha les moyens de réparer les désastres accumulés sur son pays.
Sa jicnsée, nous la trouverons fidèlement redétée dans les premiers rapports qu'il écrivit pour la nation mexicaine. C'est un cri d'alarme, mais en même temps un acte de foi en l'avenir.
L'agriculture doit être remise en honneur, ce sera son premier objectif. Il veut une société assise sur la possession et le travail de la terre; il estime que le labeur accepté comme un devoir doit être le fondement de la richesse. Aussi constate-t-il avec peine ce qu'il apj)elle la « prostration agricole » de la nation. Il en énumère les causes : ce sont les bouleversements politiques qui ne laissent au colon et à l'indigène aucune sécurité, — l'ignorance et la misère du peuple, — le défaut de voies de communication et de canaux d'irrigation, — la législation qui ne donne pas au propriétaire foncier les garanties dont il a besoin.
Il faut donc refaire les lois, et, ce qui est autrement difficile, refaire les mœurs.
Ce n'est point tout.
On ne met pas aisément en culture 1800000 kilomètres carrés de terres avec une population qui était alors de 11 millions d'habitants, c'est-à-dire avec une densité d'environ 6 habitants par kilomètre carré.
Ces terres, fussent-elles le jardin des Hespérides, ont besoin de bras pour produire; il faut déterminer en leur faveur un grand courant d'immigration.
Réformes et colonisation, tels étaient donc les deux termes du problème économique. Les réformes devaient tout d'abord préoc-
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cuper le Gouvernement. Asseoir la propriété sur des bases solides, lui donner la sécurité, fournir les moyens de transport et les débouchés à ses produits, c'est en effet assurer le succès de la colonisation.
Or, quelle était la situation agraire?
En dehors des haciendas, propriété privée, et des pueblos, propriété communale, les terrains disponibles ne manquaient pas. On les trouvait surtout dans les Etats de Chihualiua, de Coahuila, de Durango, de Sinaloa, de Sonora, pays de ces missions qui disparurent avec la suppression des biens de mainmorte.
Les terrains abandonnés, — ou sans titre, — de propriété royale devenus propriété nationale, — appartenaient en principe à l'Etat, mais en réalité ils tombaient dans le domaine de qui voulait les prendre : colons, mineurs, rancheros, hacendados, s'en emparaient à qui mieux mieux, sauf à les laisser sans culture, et constituaient ainsi, en pays mexicain, ces « latifundia » que Pline dénonçait si justement comme une cause de ruine pour les provinces.
Le premier acte du Gouvernement fut de rechercher les territoires de propriété nationale et d'évincer les usurpateurs. Cette réintégration de l'Etat dans son domaine demandait de l'énergie. Elle fut rapidement résolue, mais restait à faire la délimitation, c'est-à-dire le premier acte de l'œuvre cadastrale sans laquelle un peuple vit dans l'inertie agraire.
Or, à cette époque, les finances n'étaient point prospères. Comment procéder à une opération si coûteuse avec des budgets en déficit?
Traiter avec des entreprises privées, les rémunérer en leur abandonnant une part proportionnelle des espaces mensurés par elles, était le seul procédé pour arriver, sans bourse délier, à une répartition exacte.
Plusieurs sociétés offrirent leurs services, le Gouvernement les agréa. En dix années, elles arpentèrent 50 millions d'hectares de terres en friche. Comme rémunération, elles reçurent IG millions d'hectares, soit en argent une somme équivalente à 3 millions de piastres; or un arpentage à la charge de l'État eût coûté bien davantage
Le premier résultat de ce travail fut de mettre l'État en possession efFective de 32 millions d'hectares. La délimitation leur donnait une valeur négociable, ce qui lui permit de les vendre aux particuliers, au grand avantage des finances publiques.
Le second résultat fut de favoriser une large distribution de terrains fractionnés aux habitants des villages et de convertir en propriétaires les indigènes qui, suivant l'expression sévère du Président, « vivaient dans l'abjection ».
Enfin, les sociétés alloties ne pouvant pas garder des terres improductives, tous leurs efforts tendirent naturellement à les mettre en culture.
L'évolution économique que nous venons d'esquisser avait été accomplie par le Pouvoir exécutif. Une série de lois vint compléter ces mesures et les rendre stables.
C'est ainsi que l'on régla les conditions d'occupation et de mise en valeur des terrains en friche et l'utilisation des eaux fédérales, (piestion si grave dans des régions où le rendement peut être décuplé par l'hydraulique. Les Chambres firent disparaître les |)rohibitions ou restrictions apportées à certaines cultures. Enserré dans les lienS d'un étroit protectionnisme, le Conseil des Indes ne laissait pénétrer dans ses colonies que lés produits récoltés ou manufacturés par la mère patrie. C'est ainsi, par exemple, qu'il défendait aux sujets d'outre-mer d'ex])loiter le coton et de planter la vigne, afin d'assurer un débouché plus sûr aux tissus et aux vins d'Espagne. Ce système économique suranné avait créé des usages, établi des traditions qu'il importait de faire disparaître. Enfin, comme couronnement de l'édifice, le législateur décida l'établissement d'un grand livre de la propriété foncière; le cadastre auquel on travaille activement sera basé sur la mesure et l'évaluation des classes.
Comme corollaire de ces décisions, le Ministère du Fomentu s'attacha passionnément à instruire les agriculteurs; il leur donna gratuitement le livre et l'outil.
Ce n'était point assez; il fit acheter des plants et semences des produits les plus renommés et les répandit largement.
L'Italie lui fournit les citrons et les oranges; l'Allemagne, les
diverses A'ariétés de pommes de terre; le Brésil, la coca. Il demanda à la Chine ses meilleurs riz, à la France ses arbres fruitiers.
Il était impossible de s'adresser à des sources plus sûres pour la régénération des espèces abâtardies.
Parlerai-je des distributions de livres, des concours, des primes d'encouragement! Cette partie du programme du Ministère de Fomento ne présente aucune originalité, mais il convient de mentionner les champs de démonstration mexicains qu'on nomme des colonies. Le Gouvernement en a établi plusieurs, qui sont appelés à devenir le conservatoire de bonnes espèces et de la culture raisonnée. Dans le même ordre d'idées, quelques villes ont créé des jardins botaniques très remarquables.
La République mexicaine constate aujourd'hui l'effet indéniable des mesures qu'elle a prises, des sacrifices qu'elle s'est imposés.
Dans son dernier rapport, le général Porfirio Diaz fait connaître, pour la période 1896-1900, la valeur des exportations qui marquent l'étiage de la prospérité nationale; elles portent principalement sur les produits agricoles bruts ou manufacturés. La voici résumée dans l'éloquence des chiffres :
1890-97 28 684389 piastres
Et quand il recherche les cours de cette marche ascendante, il indique les heureuses récoltes, l'extension des relations commerciales, la paix intérieure, et, avant tout, ajoute-t-il, la transformation des terrains de la nation en propriétés individuelles.
Au surplus, il ne doute pas de l'avenir. Les mêmes causes doivent produire les mêmes effets, et les efïorts continuent. C'est ainsi que, de 1896 à 1900, 2 millions d'hectares ont été délimités. Les compagnies en ont retenu 600000; le Gouvernement adjugera la part qui lui revient et, en attendant, pour consolider la propriété rurale, il concède de petits domaines aux colons laboureurs à des conditions qui tiennent plus de la donation que de la vente.
Telles ont été les réformes entreprises; quoique récentes, elles ont produit déjà des résultats excellents. Le Ministère du Fomento
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signale les obstacles qui se sont opposés jusqu'à présent à l'emploi des méthodes perfectionnées, à l'introduction des machines, en un mot au progrès rural. Il en est une bien spéciale à cette région privilégiée, je veux parler de la prodigalité de la nature. Pourquoi tant d'efl'orts, en effet, se dit l'agriculteur mexicain, puisque la récolte suffisante à ses besoins sort spontanément de la terre sans laisser à l'homme d'autre souci que de se baisser pour la prendre? Et voilà comment la richesse du sol peut créer la paresse de l'esprit, comment la vie facile entretient les coutumes routinières si contraires à l'intérêt général. L'introduction du colon européen, travailleur, hardi, ambitieux, fera peu à peu disparaître cette torpeur.
L ELKVAGE
Fernand Cortez, débarquant au Mexique, avait six cent cinquante hommes avec lui, dont seize cavaliers; il amenait aussi dix pièces de canon et quatre fauconneaux. Cette artillerie fit merveille, jamais les indigènes n'avaient entendu « ])arler la poudre »; mais ils turent bien plus effrayés à l'aspect des cavaliers qu'ils prirent pour des êtres surnaturels; les éléphants de Pyrrhus ne jetèrent pas plus de désarroi dans les légions romaines.
Le cheval était inconnu dans le Nouveau Monde. Il en était de même du bœuf, du chameau, de l'àne; sur tous les points du territoire mexicain, la bête de somme faisait complètement défaut. Là est une des causes de la condition servile où se trouvait réduite une partie de la population. En effet, quand l'animal manque, l'homme doit nécessairement prendre sa place et se livrer aux plus durs travaux. Aussi le labourage se faisait-il de main d'homme; la poste était assurée par des relais humains. Les riches proprié- , taires, les fonctionnaires, les chefs voyageaient dans des litières portées sur les épaules des esclaves.
La nourriture carnée était insuffisante, car on ne connaissait pas davantage le mouton, ni le porc, ni la chèvre. La chasse y suppléait; on trouvait en abondance l'ours, le puma, le bison, l'antilope; ajoutons aux animaux comestibles non domestiqués, le tetcliili, chien que l'on engraissait en vue de l'alimentation, mais surtout le dindon dont l'élevage se pratiquait sur une grande échelle. Cortez nous apprend en effet que deux cents dindons étaient quotidiennement jetés en pâture aux fauves de la ménagerie impériale.
L'agriculture mexicaine, si riche en produits du règne végétal, était donc d'une pauvreté sans pareille en ce qui concerne le
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bétail. Ces lacunes de la nature ont été vite réparées, et toutes les espèces importées d'Europe ont prospéré avec une rapidité prodigieuse.
Il serait bien ditlicile de rechercher l'origine des bœufs et des chevaux, que l'on trouve si nombreux au Mexique. Venus de dillerentes contrées, ils apjiartenaient naturellement à des types divers qui se sont croisés, mêlés, fondus au hasard, sans sélection. Il en est résulté des races un peu dégénérées, qu'on améliore sans doute, mais qui d'elles-mêmes se sont harmonisées avec le sol, et, en somme, rendent au cultivateur les services qu'il attend d'elles.
On a dit qu'après les mines, l'élevage était la première industrie du Mexique; et cela est vrai. Seize cents haciendas lui sont consacrées, et l'une d'elles, la Sierra Hermosa, dans le Nord, occupe 400 lieues carrées. Ces entreprises donnent de bons résultats et sont bien faites pour tenter les capitalistes des deux mondes.
Les frais de premier établissement sont minimes. Dans la partie la plus propice à l'élevage en plein air, le Nord, il y a plus de 100 millions d'hectares de terres en pâture, à 5 et 10 francs l'hectare. Sans doute, il est nécessaire d'acheter à plus haut prix les enclaves qui contiennent des sources ou qui sont placées sur la rive des cours d'eau; enfin il faut creuser des puits, ménager des réservoirs pour que l'abreuvage soit à la portée des troupeaux disséminés dans les pacages. La main-d'œuvre n'étant pas très élevée, ces travaux s'exécutent à peu de frais.
La nourriture s'offre d'elle-même; elle croît, spontanément, à peu près partout. C'est la grama, qui donne jusqu'à cinq tonnes d'excellent fourrage à l'hectare et qui assure la subsistance hivernale; c'est la querencia, c'est la longue série des graminées et des légumineuses qui tapissent le versant de la Sierra Madré, toutes végétations qui ne demandent ni semences, ni entretien et qui fournissent aux troupeaux, si noml)reux soient-ils, un inépuisable aliment.
Sur ces hauteurs, l'air est salubre et les plantes de l'Europe poussent à l'envi. L'homme n'a à redouter ni les fièvres endémiques, ni les moustiques qui sont les deux grands ennemis de l'élevage en terres chaudes.
La question des débouchés doit se poser ici. En agriculture comme en industrie, on se plaint de l'excès de production. Il n'y a pas à la redouter dans la fabrication de la viande^ car le déficit constaté en Europe dans la moitié du dernier siècle, et plus récemment aux Etats-Unis, s'accentue singulièrement.
En effet, la consommation augmente avec les besoins que l'expansion de la richesse crée dans les masses jusqu'ici déshéritées ; elles réclament leur part de bien-être.
De plus, c'est un phénomène économique connu que la contenance pastorale d'un pays diminue en proportion des progrès qu'y fait la culture. Les défrichements ont toujours lieu au détriment de l'élevage. 11 en a été ainsi pour l'Europe. De pastorale qu'elle fut, elle devient exclusivement agricole et demande de la viande aux Etats-Unis, pays d'élevage. A leur tour, les Etats-Unis subissent en ce moment les effets de la même loi. La petite culture s'étend dans les vallées et en chasse les éleveurs. Déjà ces derniers ont cherché un refuge dans la région froide, mais ils ont trouvé un climat un peu rude; ils ont été contraints de construire des étables, ce qui augmente sensiblement les frais généraux. Au Texas, qui tut longtemps la terre promise, la culture a envahi le pâturage, l'hectare a triplé de prix, les troupeaux ne trouvent ])lus d'herbages.
Aucun de ces obstacles n'existe dans la région nord du Mexique, et ses débouchés ne laissent rien à désirer puisqu'elle est située à quinze jours de Paris et de Londres, aux portes de New York et de Chicago.
Enfin, le colon peut, sans témérité, placer ses capitaux sur ces terres. Elles ne resteront pas longtemps à l'état vierge ; le barrage des torrents, l'établissement des réservoirs, la multiplicité des puits, ouvriront rapidement la route à la culture, et la culture c'est la plus-value foncière.
Les terres chaudes ne sont point impropres à l'élevage, mais il s'y fait dans des conditions bien différentes. Les bêtes y dégénèrent très vite si elles vivent à l'état complètement libre; elles se perdent dans les inextricables fourrés du Chaparral et ont j)eu de valeur comestible, car malgré l'exubérance de la végétation, elles se nourrissent de substances peu favorables à l'engraissement. Il
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est donc nécessaire d'étahlir ce (ju'on appelle des potreros, c'est-àdire d'enfermer le bétail bovin dans des enclos qn'on a pris soin d ensemencer en herbes de choix. L'éleveur ne doit pas non plus s'en remettre à la nature pour conserver l'espèce, mais bien l'améliorer par des croisements et une sélection méthodicpies. L'élevage en potrero occasionne bien moins de Irais que la stabulation des Ltats-Lnis ou de l'EurojJe, puiscpie l'animal trouve sa nourriture toujours fraîche sur le sol où il vit toute l'année; mais il est naturellement bien plus coûteux que dans les terres froides.
Ce genre d'exploitation demande des capitaux plus considérables et se prête moins aux entreprises de la petite culture.
Kn résumé, l'élevage de la race bovine a pris dans les Etats de la frontière du nord une grande inq)ortaiice; il peut s'étendre indéfiniment. Il a même des chances de succès dans les « terres chaudes ». Prati<jué sur une grande échelle, il permet de doubler en trois ans le capital engagé; tel est le calcul des spécialistes, et il a été vérifié [)ar de nombreux exemples.
Quels sont les Etats qui conviennent le mieux à cette industrie? Une statisti<pie, dressée, en 1902, par la Direction générale de la statistique, donne un total de 5 142 ()()() bêtes à cornes, ayant une valeur approximative de 81 millions 1/2 de j)iastres. Les Etats cpii occupent les premiers rangs dans celle slalislif|ue sont : Jalisco (6G3 000 bêles), Michoacan {\\)1 000), Chihuahua (3% 000), Veracruz (:}92000), Guanajuato (273000), Uurango (233 000), Sonora (260000).
Le Mexique élève beaucouj) de chevaux, (859000 d'après la statistique de 1902, surtout dans Durango, .lalisco et Tamauli|)as). Quelle est leur origine? sont-ils, comme on l'a prétendu, les enfants abâtardis de la souche arabe? Il n'est pas aisé de trancher la question, car ils oITrent à l'observation un mélange de toutes les races connues. II n'en est pas moins vrai que le cheval mexicain, tel qu'()n le voit aujourd'hui, jouit de qualités précieuses. Il vit de peu, supporte les privations et les fatigues avec une étonnante endurance; comme il est très nerveux, il ne manque pas de vélocité.
Sans doute il peut être amélioré j)ar la sélection, mais les tentatives faites n'ont pas toujours été heureuses. Le croisement avec l'anglais américanisé a donné des sujets de taille plus grande, de
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meilleur aspect mais moins résistants. On a monté la cavalerie mexicaine sur ces sujets croisés qui ont de l'élégance; auront-ils du fonds? il est permis d'en douter.
Les mules (33''i000, surtout dans Durango, Jalisco, Zacatecas, Puehla) sont très employées pour le trait, particulièrement pour le service des chemins de fer à traction animale, qui ont quelquefois des inclinaisons de 10 pour 100. Elles seules ont le pied assez sûr pour descendre au galop ces rampes effrayantes.
Les ânes (288 000) sont un peu moins nombreux; les trois Ktats de (îuanajuato, Zacatecas et Durango sont ceux ((ui eu possèdent le plus.
Depuis ([uelques années, on a créé des haras, institué des concours, et le Gouvernement, par une loi du mois d'août 1901, vient de prendre des mesures importantes pour assurer la jiromptc amélioration de la race chevaline. Il permet temporairement l'introduction, libre de droits, des chevaux et juments; il exempte de tous impôts les biens immeubles affectés à l'élevage rationnel ; il institue des concours liippi<[ues et assure des prix à ceux qui y présentent de bons élèves. Voilà cpii est tailler dans le vif.
L'élevage de la race caprine (4206000 tètes, surtout dans les États de Oaxaca 916000, Coahuila 6150000, Durango, San Luis Potosi, Zacatecas) se fait surtout dans la région de Puebla; on pourra l'essayer dans toute la région montagneuse, car cette race, très résistante, se contente de peu et prospère là où d'autres dépérissent ; certaines haciendas comptent des troupeaux de 200000 têtes. A l'âge d'un an, chèvres et boucs se répartissent par groupes de mille et sont confiés à des bergers «[ui, avec leur famille, vont çà et là dans les pâturages, au hasard de la vie nomade. Bêtes et gens se nourrissent des ])roduits spontanés de la terre, l'Indien couchant sous le zarape; ])endant deux ans, cette existence continue monotone, et le troupeau grandit. Enfin les animaux ont atteint la croissance voulue et, à un jour fixé longtemps à l'avance, sont ramenés au bercail ou plutôt à la tuerie, car c'est une hécatombe générale qui se prépare, une matanzn. La scène, — j'allais dire le drame, — se passe dans un vaste enclos; des Indiens vont accomplir la sanglante besogne. Chaque victime est remise à un
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vigoureux indigène qui la chevauche et d'un mouvement brusque la dresse debout sur ses pattes; au même moment, un autre Indien, le sacrificateur, perce d'un long couteau le cœur de la bête qui tombe foudroyée. Elle est immédiatement dépecée et livrée aux préparateurs divisés en plusieurs escouades, qui sont comme les rouages d'une vaste usine, car il n'est pas rare de voir abattre dix mille chèvres dans une matanza.
En quelques heures, la graisse est mise à |)art, convertie en suif, empaquetée et portée dans des wagonnets en partance pour les Etats-Unis ou pour les ports européens. La viande, réduite en chito, servira à la consommation locale; les peaux sont l'objet d'une préparation qui dure trois jours, elles constituent le principal bénéfice de l'élevage, car la chèvre blanche du Mexique est recherchée par les pelletiers européens.
La race ovine (3424 000, surtout Zacatecas 826000, San Luis Potosi, Durango, Puebla) est en progrès grâce aux importations continues d'animaux des plus belles races, particulièrement du bélier américain. Dans le Nord, beaucoup d'haciendas sont consacrées à cet élevage. Le mouton prospère dans ces terrains à herbes courtes que la culture ne touchera jamais à raison de l'extrême sécheresse. Il est telle exploitation, — et l'on peut citer comme la plus importante la Sierra Hermosa, — (|ui compte jusqu'à un million de têtes. La race est médiocre, on la trouve plus riche vers Mexico dans des domaines de vingt à cinquante mille sujets.
La race porcine (616000, surtout Tepic, Jalisco, Michoacan Guanajuato) est en décadence. Avant l'établissement des chemins de fer on élevait le porc dans beaucoup d'Etats, et on l'engraissait avec les féveroUes et le seigle. Pour sélectionner l'espèce, quelques agriculteurs eurent la malencontreuse idée de faire venir des reproducteurs des Etats-Unis. Les reproducteurs apportèrent le rouge, et l'épizootie, qui se déclara en 1887, balaya en peu de mois toute la gent porcine dans les Etats du centre. Depuis cette époque, l'élevage du porc est un peu délaissé.
La statistique, dressée en 1902, attribue à l'ensemble du bétail mexicain une valeur totale de 120 millions 1/2 de piastres, dont l;{ pour l'Etat de Jalisco, 8 pour ceux de Michoacan et de Vera-
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cruz, 7 1/2 pour ceux de Durango et de Guanajuato, 7 pour Chihuahua, 6 pour Zacatecas et Yucatan, etc.
Le commerce des cuirs et des peaux occupe une place importante dans les tableaux d'exportation. En vingt ans, il a passé de 957045 piastres à 3 530435. Cependant on fait encore sécher les peaux au soleil, ce qui leur enlève une jiartie de leur valeur. Les installations, faites pour assurer un traitement meilleur, coûtent peu et donnent des bénéfices, ils serviront de modèle. Malgré ces défectuosités, le Mexique garde le quatrième rang parmi les pays exportateurs.
L ALIME.NTATIO.N l>OPUL\IKE
Comment se nourrit l'ouvrier agricole au Mexique? La question a son importance.
On peut tout d'abord répondre que l'alimentation est à bas prix et que le règne végétal en est la base.
Au premier rang on doit placer le mais qui fut longtemps la seule céréale; aujourd'hui, il faut y joindre le blé venu d'Europe et le riz importé d'Asie.
Le pois chiche et le frijol, haricot brun très nutritif, sont consommés par l'indigène dans de vastes proportions, mais la plante alimentaire de prédilection, dans les terres chaudes, est la banane qui rend aux pays tropicaux les mêmes services que la pomme de terre aux pays européens.
Quant aux boissons il en est deux que les Mexicains qualifient de « nationales »; \e pulque et le mezcal.
Le maïs a ce précieux avantage de croître dans les trois zones, il constitue la base de l'alimentation mexicaine.
Dans le premier âge, il demande des sarclages, sans lesquels il serait étouffé par les mauvaises herbes; comme les racines de cette céréale sont petites et peu en proportion avec sa taille et son volume, il est nécessaire d'augmenter la solidité du pied en amontonnant la terre, opération facile.
Dans les terres chaudes et dans certaines régions du versant oriental de la Sierra Madré, où il y a beaucoup d'humidité et de chaleur, on arrive exceptionnellement à trois récoltes par année; il n'est j)as rare d'en obtenir deux sur les versants du Pacifique. Grâce à cette production, le Mexique est devenu parfois exportateur de maïs. C'est que nos maigres maïs d'Europe ne ressemblent en rien à ceux qui couvrent ces plaines, hauts, droits et
verts, plumets au vent, avec, quelquefois, six cents grains dans un seul épi.
Le maïs est l'objet de préparations <ju'on peut varier à l'inlini et qui font l'occupation principale des femmes indiennes, mais la forme sous laquelle il est le plus recherché est celle de la tortilla, dont tout Mexicain, à quelque classe qu'il appartienne, se montre friand. Le maïs sert à la confection du pain le plus vulgaire et du gâteau le plus raffiné.
Le blé est devenu, depuis (pielques années, la seconde céréale comme importance de production. Il réussit fort bien dans la région froide et donne, malgré les méthodes défectueuses de culture, des résultats très rémunérateurs. Son produit moyen est de vingt à trente fois la semence.
Viennent ensuite le haricot et le pois chiche {garbanzo) qui sont de première qualité et qu'on exporte. L'orge et le riz occupent un nombre respectable d'hectares.
Les végétaux herbacés sont nombreux; nous ne les énumérerons pas, mais nous devons une place spéciale au bananier. De tous, il est le plus généreux, car à surface égale il produit six fois plus que la ])omme de terre d'Europe. On peut dire qu'aucune plante ne rend avec aussi peu de travail une telle quantité de substance; en effet un hectare planté en bananiers nourrit jusqu'à soixante personnes.
Cet arbre est d'un bel aspect. Va\ terre cliaude, il croit spontanément; pour toute culture, on le dépouille des feuilles fanées, des branches desséchées, et le fruit sort de la tige, grandit, s'étale : c'est le régime de bananes.
L'arbre croît aisément dans tous les Etats tropicaux. Une année d'existence et il donne des fruits; chaque plant fournit une grappe qui contient de cent à deux cents bananes.
La culture n'est point compliquée; on sème les rejetons ou hijos et on laisse s'écouler une période de seize mois, après laquelle on est assuré de cueillir un fruit à chaque arbuste.
Un terrain de 500 mètres carrés peut produire 2000 kilogrammes de bananes.
Elles se préparent de cent manières, en achards quand l'écorce
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est verte, grillées sous la cendre, crues, cuites, assaisonnées, en compote.
La banane fraîche devient depuis quelque temps un article d'exportation. Le Nord-Américain y prend goût; on l'exporte convertie en une farine qui est extrêmement nutritive.
I.,a viande ne joue pas un grand rôle dans la nourriture des travailleurs; sur place, elle se débite à des prix qui la rendent accessible à tous, quoique ces prix aient singulièrement augmenté depuis quelques années. Mais, en revanche, il se fait une énorme consommation de fruits. Inutile de les énumérer; on trouve au Mexique tous les produits pomologiques de l'Ancien et du Nouveau Monde; ils poussent en telle abondance, que ceux-là seuls ont une valeur marchande qui peuvent être utilement livrés au commerce d'exportation.
Nous venons d'indiquer ce que mange l'ouvrier agricole; voyons maintenant ce qu'il boit. Parlons du pulque et du mezcal.
Les Mexicains d'avant la conquête avaient un culte pour le maguey (agave mexicana). et jamais produit de la terre ne mérita mieux la reconnaissance d'un peuple. Le guy des Druides n'était (|u'un symbole; le maguey est la corne d'abondance d'où l'on peut tirer, sans crainte de l'épuiser jamais et presque sans efforts, la nourriture, la boisson et le vêtement.
L'aspect de cet aloès est mélancolique. Les feuilles atteignent trois mètres de longueur. Epaisses, rigides, ne s'animant même pas au souffle du vent, elles donnent au paysage une teinte sombre, une apparence sépulcrale.
Les indigènes de certaines régions uni lungleinps vécu et vivent encore du maguey ou agave, dont les variétés sont nombreuses et les propriétés très différentes, suivant les espèces. De son suc ils tirent \e pulque, qui est la boisson nationale; de ses racines, une substance nourrissante, d'un goût agréable, connue sous le nom de corazon. Ils lissent avec la libre une étoffe résistante et assezsouple; avec les feuilles soumises à un broyage persistant, on fabriquait le papier sur lequel sont écrits les manuscrits aztèques. Le savon indigène, connu sous le nom d'amote, vient encore d'un agave. 11 n'est pas jus(ju'aux dards aigus des feuilles qui ne soient utilisables; ils servent de libules, d'ardillons et d'aiguilles.
De nos jours, l'agave, qu'il soit à l'état sauvage ou cultivé, est employé à la fabrication du pulque dont la consommation locale est de cinq millions d'hectolitres par an.
Tous les peuples ont leur boisson fermentée : les Chinois la demandent au riz, les Allemands fabriquent leur bière avec l'orge et le houblon, la vigne envahit peu à peu les deux hémisphères. Seul le Musulman échappe à cet appétit qui semble un besoin de nature, mais il rem])lace l'alcool par le café qui lui donne une excitation analogue. Le Mexicain a le pulque qu'il préfère au vin, à la bière et au café, le pulque qui figure dans tous les débits de la capitale et dans les tavernes du plus petit village de la partie centrale du pays, notamment dans les Etats d'Hidalgo, de Puebla, de Mexico et dans le District fédéral.
On comprend qu'avec une consommation aussi étendue, il ait fallu pratiquer en grand la culture du maguey; aussi s'est-elle multipliée sur les hauts plateaux, où la ])lante pousse drue et puissante dans des terrains infertiles en apparence.
Pour faire un niagueyal en vue de la production du pulque, on emploie V agave salmiana ou atrovirens ; on en plante des rejetons sur un vaste espace, en ayant soin de laisser entre chaque rangée un intervalle de 3 ou 4 mètres. Les feuilles grandissent lentement, et la plaine, que rien ne trouble, va garder pendant huit ou dix ans son aspect de nécropole. Cette période est nécessaire au maguey pour arriver à la fructification. Elle s'annonce subitement par l'éclosion d'une hampe dont la hauteur atteint rapidement 6 mètres et qui se termine par une magnifique couronne de fleurs qui forment comme un calice d'or.
Ainsi que la plante, l'indigène se réveille, le moment du saciùfice est venu. Il n'attend pas que la hampe ait entièrement jailli de la racine, il s'attaque au cœur et pratique une large coupure, puis il creuse une cavité d'un demi-mètre de profondeur dans laquelle vient se déposer le suc des feuilles.
L'aloès blessé donne en effet toutes les réserves accumulées pendant sa longue gestation. Chaque jour, souvent même deux fois par jour, des ouvriers viennent recueillir le précieux liquide {aguamiet). Placé dans des outres, porté à l'usine, il est soumis pendant
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une semaine à une série de fermentations, et c'est en pleine fermentation que le produit se consomme.
Un pied de maguey peut fournir jusqu'à six litres de suc, pendant deux et même trois mois. Le rendement en pulque étant sensiblement égal à la quantité de jus recueillie, on peut dire qu'on retire d'un aloès en moyenne cinq hectolitres de liqueur.
Après ces incisions et ce travail de suppuration végétale à outrance, le maguey épuisé est frappé à mort; mais comme témoignage de sa vigueur d'antan, il laisse de nombreux rejetons prêts à prendre sa place.
Le pulque aftectc une couleur blanchâtre, son goût se rapproche de celui du cidre, avec une pointe sulfhydrique tout à fait spéciale. S'il est recherché par les indigènes, les étrangers ne s'en accommodent pas aisément. Au surplus, ce breuvage ne peut être consommé que dans un rayon assez rapproché des haciendas où on le fabrique, car il se corrompt presque aussi vite que le lait. Tous les jours un train spécial part d'Orizaba [el tren del pulque) et apporte à Mexico le produit des exploitations. On a beaucoup cherché les moyens de vaincre les ferments du pulque et d'assurer sa conservation; la chimie jusqu'ici est restée impuissante.
La fabrication et la vente du pulque ont été la source d'énormes fortunes; les haciendas de maguey de pulque sont au nombre de 158 ; on en compte 102 dans l'Etat d'Hidalgo, 32 dans celui de Puebla, 17 dans l'Etat de Mexico et dans le District fédéral 7; plus d'un riche propriétaire est intéressé dans la taverne où l'on vend la boisson nationale et qui prend le nom àe pulyueria.
Mexico compte actuellement neuf cent cinquante débits de pulque, dont quelques-uns méritent d'être visités. Les artistes mexicains les décorent parfois d'anacréontiques allégories, mais ils semblent avoir une prédilection pour les sujets héroï([ues; la bataille de Pharsale fait pendant à l'entrée des Croisés dans Jérusalem; on y célèbre les épisodes glorieux de la guerre de l'Indépendance, et comme le chauvinisme est de toutes les latitudes, on y montre un régiment français fuyant devant une guérilla mexicaine.
La pulqueria est à Mexico ce qu'est le débit de vins à Paris, l'estaminet à Bruxelles et le bar à New York. On y cause, on y fume
des cigarettes, on y joue, on s'y querelle aussi parfois, car le pulque coûte 15 centimes le litre, et un homme vigoureux peut difficilement supporter une bouteille de cet alcool qui donne une lourde et troublante ivresse.
La valeur du pulque comme boisson hygiénique est en ce moment très contestée, mais cela tient surtout à son mode de préparation. Un savant distingué, le docteur Antonio Carbajal, inspecteur sanitaire du Conseil supérieur de salubrité, vient de publier une fort intéressante étude dans laquelle il démontre que le pulque, tel qu'il est actuellement fabriqué, contient de nombreux germes nuisibles à la santé. 11 estime que pour les faire disparaître il faudrait modifier cette industrie dans un sens plus conforme à l'hygiène.
Si les commissaires de l'Exposition n'ont pu offrir du pulque aux visiteurs, en revanche, ils leur ont fait connaître le mezcal, qui est encore le produit d'un aloès, mais plus petit et dont le jus est moins sucré.
Le mezcal est un alcool; le maguey sur lequel on le recueille {aloes sylvestre ou bien encore agave tequilana) pousse principalement dans le nord-ouest, et l'on peut citer comme centres de production, Jalisco et la Sonora.
Dans la Sonora, on ne prend pas la peine de le cultiver. Les indigènes apportent le maguey au distillateur, qui fait le travail sur place. Il ne conserve de la plante que le cœur {corazon) qu'il fait cuire. Le jus et le marc fermentent ensemble, et le tout est distillé dans un alambic.
Il en résulte un produit inférieur qui vaut de douze à quinze centavos par litre.
Comme la plante pousse dans tous les terrains, même les jilus récalcitrants, il est peu de rancheros ou de propriétaires qui n'aient leur champ de maguey où ils distillent, dans un appareil primitif, le mezcal destiné à la consommation familiale. Ainsi que la France, le Mexique a ses bouilleurs de crû.
Dans l'Etat de Jalisco, le maguey-mezcal est cultivé méthodiquement dans 45 haciendas. I^a liqueur obtenue est d'une très bonne qualité. Cette fabrication a fait la fortune de la petite ville de Tequila. On compte sur le district plus de soixante millions de
pieds qui fournissent chaque année environ 75000 hectolitres d'une marque particulièrement recherchée ; car si nos Charcutes sont fîères de leurs eaux-de-vie de Cognac, l'Etat de Jalisco ne l'est pas moins de son mezcal de Tequila.
La fabrication diffère de celle du pulque. Le cœur du maguey cuit pendant vingt-quatre heures dans des fours avant d'être soumis à une forte compression, la fermentation dure une semaine; il ne reste qu'à le distiller dans de bons appareils, et ceux qu'on emploie à Tequila sont très perfectionnés. Nous ne voulons pas entrer ici dans le détail de cette fabrication assez compliquée; elle comporte quatre opérations distinctes, la torréfaction, le malaxage, la fermentation et la distillation.
Le me/cal se conserve indéfiniment et supporte fort bien le transport. Le succès qu'il a obtenu à l'Exposition universelle de 1900 permet d'espérer cju'il deviendra article d'exportation, surtout si on parvient à le débarrasser de la saveur empyreumatique qui le caractérise. En attendant, il reste une liqueur exclusivement mexicaine dont les gens du peuple font un usage immodéré.
On distille enfin le fruit des palmiers, la figue indienne, le maïs, l'orge ; eu terre chaude, on boit plus spécialement Vaguardiente, eau-de-vie de canne à sucre, et la chicha, mélange d'eau d'orge, de pâte de maïs et d'ananas.
Quelques distillateurs fondent, dans la région de Jalisco, une industrie nouvelle : ils prétendent utiliser le mezquite, arbre qui servait uniquement de combustible et qui est très abondant. Ils en retirent un alcool dont le prix de revient est très minime.
Dans plusieurs Etats, on fait du vin passable, et dans nombre de villes se sont établies de puissantes brasseries qui produisent une bière excellente ; mais ni le vin ni la bière ne servent à l'alimentation de l'ouvrier agricole.
L A G R l C U L T U R K ET L K S MORMONS
De toutes les colonies étrangères qui se sont établies en pays mexicain, les plus prospères sont celles des Mormons. Méthodiquement, ils s'infiltrent, par le nord, dans le Chihuahua et la Sonora. Leur invasion pacifique est encouragée.
Les Mormons sont de merveilleux défricheurs de terre, ils ont fait leurs preuves dans l'Utah, un désert, par eux transformé en oasis.
Nous n'avons pas à rechercher ici pourquoi les Etats-Unis, pays classique de toutes les libertés, se sont montrés si sévères pour les adeptes de Joë Smith. Leur attitude s explique j)ar des motifs d'ordre social et d'ordre politique. Au Mexique, le vent souffle à la tolérance en matière religieuse; au surplus, le Gouvernement fédéral ne veut voir dans les nouveaux venus que des ruches richement peuplées qui viennent essaimer sur son territoire et lui apporter l'accroissement de population auquel il aspire. La question de natalité domine toutes les autres, or les saints des derniers Jours ne laissent rien à désirer sous ce rapport; ils croissent et multiplient suivant la Bible, et élèvent des enfants qui seront certainenement de bons laboureurs.
La polygamie n'en reste pas moins un cas pendable, et la loi pénale la frappe sévèrement. Mais qu'importe, puisque, depuis 1891, le Grand Conseil lui-même l'a réprouvée! Elle disparaîtra donc peu à peu des mœurs mormones; en attendant, la magistrature fermera les yeux, et tout porte à croire que peu de bigames auront à comparaître devant les tribunaux criminels.
Le premier essai d'établissement eut lieu à Piedras Verdes. Une petite colonie y fut fondée en 1886 ; elle prospéra et permit aux évêques d'étudier la région en vue de l'immigration qui entrait dans
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leurs desseins. Quelques années après, six cents familles venaient, comme les Hébreux cherchant la terre promise, mettre en valeur un immense territoire à Boca Grande.
Jamais colons ne trouvèrent plus de facilités et d'encouragements : exemption du service militaire; exemption des contributions, à part les minimes charges fédérales; exemption des droits d'importation sur les instruments de labour, les machines, les animaux de service et de reproduction; primes pour les grands travaux, voilà une série d'immunités bien faites pour attirer l'étranger et le retenir. Ce n'est pas tout : des terrains leur sont concédés, tantôt à titre gratuit, tantôt à des prix très faibles, avec d'extrêmes facilités de paiement.
Les premiers Mormons immigrants reçurent à titre de don 50000 hectares dans le Chihuahua. Ils comj)tent aujourd'hui huit colonies agricoles, et d'autres encore sont en voie de formation.
Les groupes mormons proviennent des Etats-Unis où les terres se font rares. Ils arrivent par escouades composées d'agriculteurs et d'ouvriers appartenant à tous les corps de métier. Des prospecteurs les ont précédés, car ils ne marchent pas au hasard. Leur territoire est d'avance délimité, et ils entrent de suite en possession. La brousse et la forêt se transforment rapidement sous leur activité. En quelques jours, un champ est défriché, ensemencé de maïs, entouré d'une palissade; le bétail est enfermé dans un vaste enclos où il trouve des graminées en abondance. Maïs et bétail, c'est le patrimoine de tous, c'est aussi la vie matérielle assurée. Puis chacun plante sa tente ou construit sa hutte dans une terre (pii devient sa propriété privée; bientôt la ville s'édifiera plus solide, sur plan soigneusement dressé, car sans perdre de temps, maçons, charpentiers, serruriers commencent leur œuvre. On y trouve des fabriques et des magasins, mais on y chercherait vainement un « bar », une cantine ou un débit de tabac.
Dans la colonie, tout le monde travaille de ses mains, c'est la loi de Dieu, en même temps la loi civile. Évêques et prêtres poussent la charrue : « Nous prêchons le dimanche par la parole, disent-ils, dans la semaine par l'exemple. » On comprend la somme d'efforts que peut donner une société ayant pour devise : « Qui travaille
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prie », et qui fait de ce précepte le premier article de sa foi ardente. Le succès, il faut le reconnaître, couronne partout leur constance. Chacune de ces colonies, dont la plus ancienne compte seize ans à peine, prépare des colonies nouvelles qui iront s'établir pleines de sève, au bas de la Sierra Madré, mère des grands arbres et des sources fécondes.
L'administration mormone est régulière comme celle d'une maison de commerce. Chacun a une tâche assignée et fait connaître en fin d'année sou bilan. Les parts de bénéfice sont minutieusement
réglées.
Il y a dans la colonie « Juarez » une société d'agriculture où l'on expérimente les méthodes nouvelles. Une école assure l'enseignement primaire à l'aide d'instituteurs et d'institutrices, qui ont pour mission spéciale de préparer la jeunesse à l'amour de la terre.
Toutes les colonies sont organisées sur le même modèle et donnent des rendements à peu près semblabes. Suivant la disposition des lieux et les aptitudes du sol, chacune d'elles se livre plus particulièrement, soit â l'élevage, soit aux cultures industrielles, soit à la transformation des matières premières en produits fabriqués.
L'organisation de ces phalanstères ne procède point du communisme, quoiqu'on l'ait souvent écrit. Le territoire tout entier est bien déclaré propriété du Seigneur, mais c'est une simple formule comme on en trouve un si grand nombre dans le patois de Chanaan. Il y a bien des pâturages communs, certains tènements sont ensemencés, récoltés, consommés ou vendus au bénéfice de la communauté; cette jouissance ut universi n'empêche pas le colon d'avoir quelques hectares à lui, bien â lui, qu'il exploite à sa guise et dont le profit lui aj)partient. L'émulation, le sentiment de la propriété ne sont donc pas exclus du phalanstère mormon; l'effort individuel n'est pas étouffé sous l'effort collectif.
J'ai évité de parler de la morale de cette étrange secte et des dangers qu'elle présente pour l'état social d'un peuple. Confiné dans mon sujet, je dois constater que les disciples de Joé Smith sont des agriculteurs de premier ordre, que dans leurs villages on ne connaît pas d'indigents et qu'une voix autorisée a pu dire d'eux : « Ce sont les plus laborieux d'entre les hommes. »
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Nous 110 tenterons pas d'énumérer ici les produits du règne végétal au Mexique, autant vaudrait entreprendre d'écrire un traité de botanique pour les deux hémisphères. Une classification scientifique serait aussi par trop longue, et d'ailleurs n'apprendrait rien sur la situation agricole de la République mexicaine au commencement du xx' siècle.
Notre but, dans ce chapitre, est de faire connaître les principaux produits de la terre, de les classer suivant leur utilité et surtout suivant le rang qu'ils occupent dans l'exportation qui est le véritable critérium de la richesse.
Une constatation nous frappe dans le tableau que nous essayons de tracer; il y a une étrange disproportion entre les possibilités productives et la consommation locale. Le sol en effet peut rendre bien plus qu'il n'est besoin pour nourrir les habitants, et les débouchés au dehors ne sont jamais régulièrement assurés. On en peut dire autant de toutes les contrées sud-américaines. Partant de là, certains économistes s'élèvent contre les entreprises coloniales et cherchent à en détourner les capitaux. A quoi sert, disent-ils, de fertiliser les montagnes et les plaines, si la matière première n'est pas demandée par le commerce et assurée d'un marché permanent? Et sérieusement, ils engagent le Mexique à limiter son effort, à restreindre sa fécondité. C'est, on le voit, le système de Malthus appliqué à la terre.
Ces médecins d'un nouveau genre ont donné un nom à la maladie qu'ils prétendent traiter et guérir, ils l'appellent surproduction. Le mot est d'un français douteux; mais, circonstance plus grave, il sert à rendre une idée étroite et fausse.
Il n'y aura jamais trop de production dans un pays où les expor-
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tations, suivant une marche ascendante et régulière, ont augmenté de cent pour cent dans les quatre dernières années du xix° siècle; par expérience acquise, le passé lui répond de l'avenir. Les textiles, le bétail, le café, le tabac ont des débouchés sans limites, et pour assurer la vente des innombrables végétaux utiles qui sont dans le même cas, il suffit d'en affiner la qualité par des procédés rationnels et du travail, au lieu de s'en remettre paresseusement à la nature. Sans doute, il se perd quantités de graminées, de légumes, de fruits; sans doute les forêts et la lande regorgent de richesses inconnues ou délaissées. Propriétaires et indigènes ont pu manquer d'activité, d'intelligence et surtout de ca2)itaux. Ce qu'une génération n'a pas fait, une autre le fera grâce à cette terre inéjîuisable et à la confiance que donne le succès.
Que, sur un point du globe, il y ait pléthore de matières premières et encombrement du marché, cela se voit tous les jours; mais sur un autre point la pénurie se constate. Dès lors un équilibre favorable aux deux parties doit rapidement se produire, grâce aux modes de transport qui, par leur rapidité et leur bon marché, ont vaincu les distances. Il n'est pas de contrée trop riche tant qu'il existe des pays déshérités, pas de surabondance, quand à côté il y a privation. La surproduction dont on médit est la condition essentielle du commerce, puisque, sans elle, l'exportation serait impraticable. La solidarité humaine ne nous fait-elle pas un devoir de bénir les greniers remplis, en pensant aux greniers restés vides! Si l'on peut faire un reproche à la richesse, ce n'est jsas d'être exagérée, mais d'être souvent mal répartie.
l. — Fibres et Textiles.
Depuis près de quatre cents ans, industriels et explorateurs parcourent le pays qui fut la Nouvelle-Espagne jiour lui arracher, outre ses métaux précieux, ses plantes, ses fruits et ses fleurs. 11 semble que le sol ait dû, dès longtemps, leur livrer tous ses trésors.
Il en restait un cependant, mais d'apparence si humble que personne ne soupçonnait sa valeur. Le hasard l'a fait découvrir, je veux parler du hennequen (agave saxï).
Au sein d'une des régions les plus chaudes, le Yucatan, sur un sol volcanique, aride, souvent dénué de terre végétale, pousse cette plante étrange qui s'accroche aux rochers comme si elle cherchait un point d'appui contre les tempêtes, et qui semble ne demander qu'à l'air sa nourriture. Les feuilles du hennequen sont d'un vert pâle; elles mesurent près de deux mètres de longueur sur une largeur d'environ quinze centimètres, et contiennent une fibre ou filasse très résistante, plus fine que le chanvre, qui ne durcit point à l'air, que l'humidité ne pourrit point, et qui supporte, sans geler jamais, les froids du pôle nord.
Il y a un demi-siècle, le hennequen n'était encore connu que des naturalistes qui l'avaient classé sous le nom d'agave ainericana. Les indigènes du Yucatan s'en servaient cependant de temps immémorial pour tresser des cordes et des hamacs. Quelques-uns de ces objets, transportés sur des navires américains, furent remarqués pour leur finesse et leur éclat. Des maisons de New York achetèrent de la filasse et l'essayèrent à divers usages. Bientôt on l'employa à la fabrication des agrès de navires, on en fit des sacs, des stores, des tissus, des tapis.
La plante longtemps dédaignée était déjà classée comme marchandise lorsque les producteurs de blé du nord-ouest américain imaginèrent de s'en servir pour lier leurs gerbes. A partir de ce moment la consommation fut triplée. C'était la fortune pour la presqu'île de Yucatan. Les commandes prirent une si rapide extension qu'après avoir épuisé les champs de hennequen à l'état sauvage, il fallut le mettre en culture, si tant est que ce mot convienne pour une si facile exploitation.
Le hennequen ne demande rien au sol, rien que de l'aridité, et les terres stériles ne manquent pas dans cette région. Voici comment on le traite. On creuse de distance en distance des trous dans le roc et on y dépose la bulbe d'un drageon qu'on entoure de cailloux. Puis on laisse agir la nature, en ayant soin toutefois, après la saison des pluies, de le débarrasser des herbes qui pourraient l'étouffer.
Au bout de cinq ans, les feuilles ont atteint la croissance normale; on les coupe pour en extraire la fibre, et il en pousse de non-
velles pendant une période de temps assez longue et qui varie de huit à vingt années.
Aujourd'hui le hennequen du Yucatan est dirigé vers tous les grands centres de consommation nord-amcricnins : New York, New Orléans, Baltimore, Philadclpliie, Saint-Louis, San Francisco... Il n'est pas moins em[)loyé en Europe. Dans la péninsule, où s'est concentrée la production, quatre cents haciendas sont consacrées à sa culture, grâce à laquelle des fortunes prodigieuses se sont édifiées. La plantation de Ticilche, près de Merida, produit environ 1000 balles, soit 375000 livres de fibre raffinée par mois. Le développement a été tel que des lieux de production au port de Progreso, par où on exporte, deux lignes ferrées ont été construites, toutes deux du plus fructueux rendement. De 1880 à 1902, il a été exporté ])ar Progreso 6872429 balles de hennequen, représentant un poids de 1116006232 kilogrammes et une valeur de 185937955 piastres. L'année la ])lus faible, 1880, donne à la statistique 112911 balles; 1901 avait été l'année de la plus forte exportation, avec 517519 balles.
En 1880, le prix moyen du hennequen était de 9 ccntavos le kilogramme, mais il s'est progressivement élevé; en 1901, il était coté à 27 cenlai'os, pour arriver à 30 centavos en 1902.
Des essais ont été tentés pour introduire la culture du hennequen dans différents Etats de la République. Les grands propriétaires, alléchés par les bénéfices réalisés avec cette fibre dans le Yucatan, n'ont rien négligé pour arriver à de bons résultats. Déjà, les nouvelles plantations faites sur différents points de l'État de Jalisco ont donné d'heureuses récoltes. On a donc des raisons d'espérer que le hennequen contribuera à la prospérité des régions baignées par le Pacifique.
Le Mexique compte bien d'autres plantes à fibres.
Le zacaton (chiendent) a été longtemps considéré comme \mv mauvaise herbe dont il fallait expurger les terres. Par un singulier retour, sa racine est maintenant très recherchée pour la fabrication des balais et des brosses. Le zacaton pousse en zone froide, dans les sols les plus ingrats. L'exploitant n'a qu'à arracher la plante, à l'emballer et à l'expédier. La vente est facile, et nous pouvons citer
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un Français qui, sur le versant du Popocatepetl, a établi un rancho de zacaton où il occupe cinq cents ouvriers.
L'i.rtle, production du maguey manso, et le lechuguilla servent à confectionner les toiles grossières, les sacs, les cordes.
Enfin on pourrait énumérer bien d'autres espèces de magueys, d'une fibre aussi fine et aussi résistante, qui, à un certain moment de leur croissance, donnent une matière propre au tissage; on les emploie aussi à faire du crin végétal, du papier, et les Indiens se servent de leurs feuilles pour couvrir les toits de leurs habitations. Etranges végétaux que ces aloès aux propriétés si multiples ! Ils croissent à l'état sauvage en Amérique et en .Vfrique, et presque partout ils restent sans emploi. Cependant on en tire à peu de frais des fibres autrement solides que le lin et le chanvre aux cultures coûteuses. L'avenir leur réserve peut-être une destinée aussi brillante que celle du hennequen du Mexique.
Il est un produit textile qui ne donne j)as les résultats sur lesquels on avait quelque droit de compter, le coton qui occupe une place par trop modeste dans la liste des objets exportés. Culture déchue, car les Mexicains des premiers siècles tissaient leurs vêtements et leur linge avec ce textile. En 1750, le Mexicpie fournissait à l'Europe plus de coton que les Etats-Unis d'Amérique, et il était si abondant qu'au marché de la Veracruz on le vendait 30 fr. 0/0 au-dessous des produits similaires de l'Amérique du Nord. Les temps sont bien changés.
Et cependant la supériorité du coton mexicain sur le coton américain est un fait hors de doute : on ne l'ignore pas sur les marchés spéciaux, et les prix que nous relevons en étudiant les statistiques de l'Amérique et de l'Europe en sont la preuve palpable. Entre tous ces produits, le coton du district d'Acapulco est le plus recherché.
Dans la zone du golfe du Mexique, l'Etat de Veracruz est celui où les terres propres à cette culture abondent le plus. Sur le versant du Pacifique, elle comprend tout le littoral. Les Etats de Jalisco, Michoacan, Oaxaca, Durango et Coahahuila, sont très favorisés par la nature de leur sol.
Malheureusement les procédés de culture sont déplorables, et
longtemps la difficulté des transports a empêché toute exportation. Cet obstacle a enfin disparu, et les propriétaires ont rénové leurs méthodes culturales, non sans succès. Tout récemment, des terres ont été mises en valeur dans le nord de la République; en quelques années, les prix de vente des domaines en exploitation cotonnière ont triplé. La petite bourgade de Torreon, qui est le centre du marché, est devenue une ville importante dans une période de moins de dix ans.
Les haciendas destinées à la production du coton sont actuellement au nombre de 108, dont 60 dans l'État de Coahuila, 23 dans celui de Veracruz et 15 dans le Guerrcro.
Gardons-nous, dans cette nomenclature, d'oublier la ramie {urtica nivea) dont la fibre brillante et soyeuse ne le cède à aucune autre comme résistance. Elle remplace le coton, le lin et le chanvre. Elle se prête à la fabrication du linge de table, des draps, des mouchoirs, de la bonneterie, de la cordellerie; on la mêle même à la laine pour le tissu des mérinos.
Rien n'est plus facile que de cultiver la ramie qui est persistante et donne des récoltes pendant plusieurs années. Avec l'âge, la fibre gagne en finesse et en résistance. On en fait trois coujies annuelles. Les conditions climatériques sont excellentes pour cette plante qui se plaît dans les terres des vallées riches en humus.
Le Ministère du Foniento, qui comprend le bel avenir réservé à la ramie, a démontré, par des calculs certains, qu'elle sera pour les capitalistes une source de gros bénéfices. Des sacrifices ont été faits, d'excellents résultats obtenus dans les Etats de Puebla, de Sonora, et de Veracruz. Ils serviront d'exemple et d'encouragement.
ha piia donne une fibre qui se rapproche de la ramie sans avoir son brillant éclat. On s'en sert pour fabriquer des cordages justement recherchés ; ils présentent en effet une force bien supérieure à celle du chanvre, et les variations atmosphériques n'ont aucune prise sur eux. Il est difficile de ne pas parler du caoutchouc, dans ce chapitre consacré aux textiles. Bien avant qu'il ne fût révélé à l'Europe, les Mexicains s'en servaient pour confectionner leurs vêtements et leurs chaussures ; la gomme qu'ils retiraient des ficus, sous le nom de hulequahuit, n'avait pas d'autre usage.
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L'ancien continent a connu le caoutchouc par un Français. En 1736, le savant La Condamine, délégué à Quito en mission géologique, rapporta à l'Académie des Sciences des échantillons d'une substance innomée qu'il qualifia de « noirâtre et résineuse ». II ne se doutait pas de la valeur de sa découverte, et il a fallu des années pour qu'on en comprît l'importance. Tout d'abord le caoutchouc fut présenté au public sous la forme d'un modeste instrument de bureau destiné à effacer le crayon, puis on en fît des jarretières et des bretelles. Il y avait loin de ces maigres utilisations au caoutchouc vulcanisé et durci, employé aujourd'hui dans la grande industrie.
La production annuelle de cette gomme dans le monde est d'environ 57000 tonnes sur lesquelles le Mexique en fournit 2250 seulement. C'est bien peu pour une région où poussent tous les ficus connus et notamment le castilloa elastica dont les produits font prime.
Malheureusement, il y a très peu d'exploitations régulières. On récolte le caoutchouc dans les forêts, au hasard des recherches, et on sacrifie l'arbre en pratiquant sur le tronc des incisions barbares qui le frappent à mort. Ce n'est pas une culture, c'est une dévastation.
Des renseignements fournis par le Ministère du Fomento, il résulte qu'une plantation caoutchoutière bien conduite enrichit toujours celui qui l'entreprend. Depuis quelques années, les colons des terres chaudes se sont mis en mesure de répondre aux demandes toujours croissantes de l'industrie; en cela ils ne courent aucun risque, car les 2250 tonnes du Mexique ne suffiraient même pas aux besoins de la fabrication des automobiles en France.